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n
REVUE D'ALSACE
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KvlbimM. ~ XnpriflMrto Y«wr« ^4«r * CI*.
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REVUE D'ALSACE
NOUVELLE SERIE
QUATRIEME ANNEE
TOME QUATRIÈME
COLMAR
kV BUREAU, PLACE DU MARCHÈ-AU-PETIT-BÊTAIL, N* 23
1876
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H- V- 2.7
1
LETTRES INÉDITES
DE Louis XTTT, Louis XIV, du prince de Condé, etc.,
▲DRESSÉES AU MAGISTRAT DE STRASBOURG OU RELATIVES AUX
AFFAIRES DE CETTE VILLE.
(1642-1647)
Tirées des Archives de la ville de Strasbourg
Les docoments publiés ici pourroot servir en quelque sorte
de Bupplément aux pièces nombreuses de la même époque,
éditées autrefois par Eentzinger et Yan-Ruffel. Ils ne pré-
sentent point par eux-mêmes un intérêt majeur, je suis le
premier à le reconnaître. Ils s'intercaleront modestement à
leur place, dans les recueils cités plus haut, apportant un léger
surcroît d'informations aux détails déjà connus sur cette période
de notre histoire locale.
Ce qui m'a porté à copier ces pièces, il y a quelques années
déjk, et ce qui m'engage à les publier aujourd'hui, c'est la
certitude que dans très peu de temps les originaux auront
cessé d'exister. C'est en aidant les recherches que je faisais
aux Archives de la ville, en 1869, à la piste de Josias Glaser,
que mon savant et obligeant ami, M. Tarchiviste Brucker, mit
la main sur la liasse renfermant les documents qui vont
suivre et qui se trouvaient au milieu d'une foule d'autres
papiers, non encore classés alors, relatifs à la guerre de
Trente- Ans.
Cette liasse avait probablement traversé le sac lamentable
de lHÔtel-de-Ville, en 1789; elle avait traîné dans les ruis-
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6 REVUE D* ALSACE
seaux et de plus, elle avait dû être inondée de vin. Remise
sans doute dans ce piteux état dans un tiroir des Archiyes,
l'humidité avait produit ses effets ordinaires sur les papiers
qui s*y trouvaient. Ils avaient lentement pourri, et quand
nous voulûmes examiner le contenu du dossier, un bon
nombre de ces pièces étaient devenues complètement illisibles
où s'en allèrent en poussière, au premier contact. Ge que j'en
pus déchiffrer encore fut transcrit afin d'empêcher la dispari-
tion complète de ces documents qui, depuis cinq ans, ont dû
nécessairement dépérir encore, et qu'aucun soin ne saurait
soustraire désormais à une destruction totale.
J'ai naturellement tftchéde trouver dans d'autres documents
ofiSciels, l'explication de certains points obscurs de ces lettres,
et j'ai consulté de préférence les protocoles du Conseil des
Treize pour cette époque. Je ne puis m'empêcher de signaler
ici un fait qui s'est révélé à moi pendant ces recherches. Il
paraîtrait que même les protocoles de ce corps suprême et
dont les délibérations restaient secrètes, ne contiennent pas
tout ce qui se passait au sein du Cionseil. Plus d'une des
lettres transcrites plus bas, et bien certainement arrivées aux
destinataires, puisqu'on les retrouve dans leurs archives, n'a
point été mentionnée dans les procès* verbaux officiels des
séances. Cest un détail que l'historien futur de Strasbourg,
qui devra nécessairement dépouiller tous ces protocoles, fera
bien de ne point perdre de vue. J'ai joint ces édaicisaements
au bas des pages, tout en regrettant de ne pouvoir en fournir
davantage, et laissant à d'autres, plus savants ou plus heureux,
la tâche d'expliquer plus tard ce qui a dû rester obscur pour
moi.
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LETTRES IKÉDITB8 DB LOUIS XIU, LOUIS XIV, ETC.
I.
Lettre du roi Louis XIII à M. Mekhior de Fhle^ résident
de France à Strasbourg
Monsieur de l*Isle, J'ay esté bien fiasché de ce qui est
arrivé aux députez de la ville de Strasbourg qui alloient
trouver le duc Charles de Lorraine, comme j'ay fait en-
tendre à ceux qui sont venus vers moy de la part de la
dite ville, pour m'en faire plainte \ C'est ce que je luy tes-
moigne aussy par la response que je fais à sa lettre qu'ils
m'ont rendue ; mais c*est une affaire faitte et en laquelle il
y a de telles circonstances que je ne puis autre chose pour
le présent qu'avoir du déplaisir qu'elle se soit passée de la
sorte qu'ils m'ont représenté. Vous tiendrez la main par
^ La ville de Strasbourg, étroitement liée en 1642, à la politique fran-
çaise, tenait à rester en bons termes avec les princes et généraux voisins
qui auraient pu dévaster ses terres. Parmi ceux dont elle craignait le
plus les incursions, était aussi le duc Charles IV de Lorraine. Pour se le
rendre propice, le Magistrat décida qu'on lui enverrait un cadeau de six
chevaux. A ce moment, le duc était encore l'allié de la France, mais peu
après il rompit le traité qui le liait à Louis XIII. Quand les envoyés de
Strasbourg passèrent le 13 novembre 1641 à Lorentzen, à proximité du
rayon d'observation du commandant français de Saverne, M. de Pesse-
tières, ce dernier, qui depuis longtemps était mal disposé pour la Répu-
blique, fit enlever le convoi, sans doute sous prétexte qu'on le menait à
l'ennemi. Ce fut en vain que les Conseils envoyèrent, le 17 janvier 1642,
une députation à la Cour de France, composée de deux membres de la
Chambre des XV, François-Sébastien Rœder et Jacques-Frédéric Bœcklin,
et du secrétaire de la Chambre, Gaspard Bernegger. On leur donna de
belles promesses, mais on se refusa, comme le montre la lettre du roi, à
toute restitution. Ce qu'il y a d'amusant dans cette affaire, c'est que le
due de Lorraine n'entendait pas perdre le cadeau qu'on lui avait destiné.
Il envoya son secrétaire, le sieur Le Petit, à Strasbourg, pour demander
les chevaux, puis, déclarant qu'il serait trop difficile de les mener et de
les entretenir, son envoyé insinua au Magistrat qu'il préférait de l'ar-
gent comptant (einm sack voU geldesj. Les procès-verbaux des XIII
d'avril à juin 1642 sont remplis de ces négociations.
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8 RBYUB D' ALSACE
votre prudence et adresse à ce que la dite ville soit tou-
jours bien persuadée de ma bienveillance en son endroit
et du désir que j*ay dé la luy faire cognoistre en tout ce
qui me sera possible. Quant à ce qui est des isaufconduits
pour aller à l'assemblée où Ton doit traitter de la paix *,
vous pourrez l'asseurer qu'il m'en sera délivré un général
pour tous les alliez et adhérents de cette couronne, en
vertu duquel ladite ville pourra envoyer ses députez à la-
dite assemblée où mes plénipotentiaires auront ordre de
soubtenir ses intérêts comme les miens propres, aînsy que
l'en ay cy devant asseurée et que vous luy confirmerez de
nouveau en termes exprés. Sur -ce je prie Dieu qu'il vous
ait, Monsieur de Flsle, en sa sainte garde. Escrit à Nar-
bone* le premier Avril 1642.
LOUIS.
BOUTHILLIER.
n.
Lettre du roi LOUIS XIV au baron ^OystmvilU.
Monsieur le baron d'Oysonville, Ayant accordé à mes
bons amis, Testât, Maistre et Conseil de la Republique de
Strasbourg la sauvegarde et confirmation d'exemption
que vous se et qui est conforme à celle que le feu Roy,
Monseigneur mon Père de glorieuse mémoire, que Dieu
absolve, les avait faict expédier, J'ay bien voulu l'accom-
pagner de cette lettre pour vous dire que l'intention de la
' « L'assemblée où Ton doit traitter de la paix » c'est la coniérenee
des plénipotentiaires européens, résolue à la suite de la signature des
préliminaires de paix de Hambourg, le ^5 décembre 1641, mais qui lie
devait se réunir que bien des mois après, à Munster et Osnabrûck.
' Louis Xlll était alors occupé de la conquête du Roussilion, et se
trouvait dans le Midi avec le cardinal de Richelieu, qui poussait d'un
coté le siège de Perpignan, taudis qu'il surveillait de l'autre les intrigues
de Monsieur et de Cinq Mars.
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UrriRES IlCtolTBSDBLOinSXniyLOXTIBXIV, ETO. ^
Royne régente. Madame ma Mère et la mienne est que
irous Fobserviez et fassiez Tobserver en ce qui deppendra
de Yous et gardiez en toutes occasions la bonne voisinance
et correspondances requises avec ceux de la dite Répu-
blique et leurs subjectz, m'asseurant qu'ils y correspon*
dront de leur part, en ce qu'ils doibvent, pour le bien de
mon service et Tadvantage de cette Couronne, et la pré-
■fiente n'estant pour autre fin, je prie Dieu, Monsieur le
Baron d'Oysonville, qu'il vous ayt en sa saincte garde.
Escrit à Paris, le 8 Juillet 1643.
LOUIS.
A Monsieur le Baron d*OysonvîUf, mon Lieutenant au
gouvernement de la ville et forteresse de Brisac et du
pays en dépendant.
m.
Lettre du baron itOysonville à Messieurs de Strasbourg,^
Messieurs,
Le Sieur major Schord de mon régiment (d'infeinterie)
allemande m'a fsiîct entendre que pour avoir assisté à une
presche de la religion prétendue réformée chez feu Mon-
sieur De risle, résident pour Sa Majesté en vostre ville,*
' C'est un de ces points sar lesquels noos n'avons tronyé aucun ren-
seignement dans tes protocoles des XIII. Nous avons en vain parconrti
tous les proces-yerbauK de mars à juin 1644. Nous y avons trouvé un
certain nombre de lettres du baron d'Oysonville mentionnées et discu-
tées, mais de celle-ci point de trace. Le nom du major Schord (ou peut-
être Scbard) n'est point mentionné non plus dans les registres détaillés
du volume qui renferme les protocoles de 1644.
' Melchior de l'isle, résident de France auprès de la République de
Strasbourg et quelques princes voisins, y était arrivé pour la première
foie en 1631. Appartenaot à la religion protestante, il avait été bien
reçu par le gouvernement de la ville et sut déployer beaucoup d'habileté
dans la représentation des intérêts français à Strasbourg. Il doit être
mort dans les premiers mois de ^1644, et fat remplacé, peu après, par
H. Stella de Morimont. Le sujet de la lettre me semble assez bizarre.
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10 BEVUE d'ALSAGB
VOUS Tauries mis en une amende de quatre-vingt livres. Je
ne scay pas Messieurs quel (sic) est la prétention et quelz
sont les privilèges des ministres du Roy qui sont de cette
religion, mais je scay bien que ceux de la religion catho-
lique appostolique et romaine que je professe, ont toujours
eu tout pouvoir de faire dire et célébrer la Sainte-Messe
dans leurs maisons, chez tous les princes et dans tous les
estats qui professent une religion contraire et j'ay veu des
personnes de qualité subjectz et servants les susdictz
princes faisant profession de la religion catholique, qui
n'en avoient pas l'exercice libre mesme (en ?) ce temps et
cette occasion pour y assister sans qu'ils en ayent jamais
esté punis. Ainsy Monsieur de l'Isle a peu prétendre les
mêmes droits en sa religion en son logis. Taurois pu vous
prier de droict de ne point demander Tamende au susdit
major Schord et mesme en considération qu'il n'est point
vostre bourgeois et qu'il a service actuel en mon régiment
et est seullement par rencontre auprès de sa femme qui
est retirée en vostre ville, soubs votre protection et puis-
que je vous ay dict que je ne suis pas bien informé des
privilèges que feu M. de l'Isle et les semblables ministres
du Roy, professant la religion qu'il professoit, l'ont peu
prétendre dans leur logis, je vous demande par faveur et
grattification de vouUoir cesser la demande que vous avez
faict faire au dit major Schord d*une amende de 80 livres.
J'auray obligation de me dire d'aultant plus, Messieurs,
Vostre très-humble et très-affectionné serviteur,
De Brisach, d'OYSONVILLE.
Ce 3 AvrU 1644.
Messieurs^ Messieurs les Prêteurs, Consuls, et Sénat de la
République de Strasbourg, à Strasbourg.
M. de l'Isle avait incontestablement le droit, selon tons les usages diplo-
matiques, de faire célébrer dans son domicile le culte qu'il professait.
On ne voit pas trop de quel droit le Ma(pstrat empêchait un militaire
au service de France, qui dés lors n'était pas son sujet, à prendre part à
ce culte domestique.
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UPTTBBB INÉDITES DE LOmS Xm, LOinS XIV, BTO. 11
IV.
Lettre du prince de Conde à Messieurs de Strasbourg^.
Messieurs, celle-ci servira pour accuser la réception de
la vôtre et pour vous asseurer de la continuation de mon
affection, avec la quelle je vous prie de croire que je feray
auprès de la Reyne et dans le Conseil tout ce qui me sa (sic)
possible en votre faveur, ne désirant rien tant que de vous
Élire paroître combien je suis véritablement, messieurs,
Votre très-affectionné à vous faire service,
HENRY DE BOURBON.
A Paris,
4 Febvrier 1644.
V.
Lettre du duc d'Enghien à Messieurs de Strasbourg^
Messieurs, Ayant besoin de trois mil rézeaux de grain,
de quelque matérial (sic) et munitions de guerre pour
^ Le testament de Louis XIII avait nommé la reine régente, Monsieur,
lieutenant-général du royaume, et le prince Henri de Gondé, chef des
Conseils. Bien que le Parlement cassât le testament royal peu de jours
après la mort du souverain, sur la demande même d'Anne d'Autriche,
Monsieur et le prince de Condé conservèrent les titres dont ils avaient
été revêtus ; c'est à cause de ce titre que le Sénat de Strasbourg av^it
réclamé de lui sa protection pour l'avenir, par lettre du 21 août 1643.
Le prince et les magistrats de la République avaient antérieurement déjà
échangé des lettres de condoléance au sujet de la mort du roi. Voyez
KsifTziifGBR, L p. 254 et 25.7, et protocole des XIII, 21 août 1643,
21 février 1644. La ville s'était plainte de la misère amenée en Alsace
par rinvasion de l'armée française; elle avait expédié, pour plus de
sûreté, ses doléances par la voie de Lyon, en triple expédition à la
régente, à Monsieur et à Condé. C'est à cette pièce que répond le billet
du prince.
^ Le duc d'Enghien avait été chargé de conduire des renforts à l'armée
de Turenne qui campait alors en Alsace. Il avait passé à Saveme dans
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12 wamm d'axailcb
Tannée que je commande, J'ay bien voulu vous prier par
celle-cy de m'en accorder la sortie de votre ville, etc.
LOUIS DE BOURBON.
A Brisac, ce 2 Aoust 1644
VI.
Lettre du duc fEnghien a Messieurs de Strasbourg,^
Messieurs, J'ay tant de preuves de votre affection au
service du Roy et aux Interests de la cause commune que
je me pcometz que vous ne desnierez pas la prière que je
vous &iictz de permettre la sortie de votre ville pour les
denrées et choses nécessaires à Tarmée de Sa Majesté, par
les Sieurs de Champlastreux et Tracy, sans lesquelles il est
du tout impossible que elle puisse subsister, etc.
LOUIS DE BOURBON.
Du Camp de Langendentsling,
le XV* Aoust 1644.
1m derniers jours de juillet, et j avait rencontré le secrétaire de ta
Chambre des XV, Gaspard Bemegger, chargé de loi souhaiter la bien-
veoae an nom du Magistrat. Celni-ci avait été bien reço. avait obtenu de
loi des sanve-gardes poor llarlenheim et Wasselonne, et avait autorisé,
par contre, le maréchal de Goiche à défiler avec les bagages de l'armée
par ce dernier endroit (Protocoles des XIII, 21 juillet 1644). C'est après-
sa jonction avec Tnrenne, qui campait alors entre Brisach et Fribourg,
qu'Enghien demanda ces nouveaux envois de provisions en tout genre.
La lettre du duc est mentionnée au protocole des XIII, du 96 juillet
(vieux style).
^ Le protocole des XIII» du 8 aoAt 1644, mentionne cette lettre
d'Enghien, et une lettre semblable de Turenne, qui priait le magistrat
de ne laisser passer aucun soldat qui n'aurait point un passeport, tout
en favorisant, dans la mesure du possible, les cantiniers qui viendraient
faire des achats à Strasbourg. Cela fut accordé.
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LRTBB8 INÉDTTBS DB LOOIB Xm, LOT7I8 XIV, STO. 13
VU.
Lettre du duc uTEngbien ù Messieurs de Strasbourg,
Messieurs, Je vous ay voulu escrire un mot de ma main
pour vous prier de vouloir prendre créance aux choses
que le S*" de Tracy vous dira de ma part et luy octroyer
les choses qu'il vous demandera *. J*attens cela des bonnes
volontés et de Taffection que vous avës tousiours tesmoigné
au service du roy et de la bonne cause, en mon particulier
je vous seray très-obligé et vous tesmoigneray tousiours
que je suis, Messieurs,
Vostre trës-affectioûé à vous faire service,
LOUIS DE BOURBON,
Au bout du pont de Strasbourg,
18Aoustl644*.
^ M. de Tncy, le mtinitionnaire général fGeneralcommiêsariuiJ de
l'armée d'Enghien devait demander et vint demander en effet an Magis-
trat 9000 rézeanx de blé (Protocole des XIII, 26 juillet 1644). Il ne faut
jamais perdre de vne qne les correspondances françaises sont datées
d'après le calendrier grégorien, les lettres et les protocoles de Strasbourg
d*apràs le calendriw julien. Il y avait alors dix joars de différence.
* Eng^ien et Turenne se mirent en marche vers le nord dans les pre-
miers jours d'août. Le jeudi 8 août 1644 (rieiix style), le commandant
de Kehl, le capitaine Gornelins Beek avisait le Magistrat qne le chef des
pontonniers (BrUckeMneigiêrJ de Tannée française, s'était présanté chec
lai pour inspecter le pont sur la Kintiig, sans dovte potr y organiser le
passade des tronpes. Il le renvoya à ses sopérienrs. Dans la mette
séance, l'ammeister régnant rapporte qne M. de Tracy est venu loi de-
mander l'antonsatioii d'aehelér en ville 1,000 qnartands de &rine chei
les boulangers, en offrant paiement immédiat et promettant de vanter à
S. A. la prévenance dn lla^strat. A peine lai a^t^l accordé ia première
demande, qn'il vient réclamer encore un supplément de 300 qnartands.
Les avocats-généranx de la ville sont d'avis d'accéder, afin de se débar^
raaser de lui. [Sur une observation de l'ammeister Stasdel, on charge
M. Steinbock de sorveiller la fabrication ék pain ehes les boulangers,
qni trompent volontiers quand ils ont d'aussi grandes livraisons à faire.
Pans une seconde séance, tenue l'après-midi du même jotir, les députés
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14 RBVUB D'aLBAOK
vni.
Lettre du duc étEnghien à Messieurs de Strasbourg ^
Messieurs, Envoyant en votre ville le pourvoyeur de ma
maison pour y faire quelques provisions pour la fourni-
ture d'icelle, je vous prie de luy en vouloir permettre la
sortie et de croire qu'en revanche de cette faveur et de
celle que j'ay désia reçeue de vous en semblable occasion,
Il ne s'en présentera point de vous servir que je ne vous
fesse paroistre que je suis véritablement, Messieurs,
Vostre très-aflfectionne à vous feire service,
LOUIS DE BOURBON.
Du Camp devant Philisbourg,
le XXVI* Aoust 1644.
IX.
Lettre du duc d'Enghien à Messieurs de Strasbourg^,
Messieurs, La facilité avec laquellç vous m'avez accordé
les campagnes passées les chosss que je vous ay deman-
da Magistrat lai rendent compte qu'ils sont allés complimenter les deax
généraux et qa'ils les ont trouvés à table dans une maison non loin de
Kehl. On les y a fort gracieusement reçus, la courtoisie de la ville a été
hautement reconnue, et on leur a fait part que le quartier général serait
transféré pour la nuit à Auenheim. Le Conseil décide qu'on offrirait à
Gondé quinze quartauds d'avoine, un demi**foudre de vin rouge et un
demi-foudre de vin blanc et huit beaux poissons. Le secrétaire Bemegger
ira les remettre ce soir dans un batolet (Protocole des XIII, 8 août 1644).
^ Tandis que les armées descendaient le Rhin, Tracy restait à Stras-
bourg, faisant des achats considérables, obtenant le droit de faire cuire
2 à 9000 miches de pain par jour chez les boulangers de la ville, don-
nant des dîners d'apparat au Magistrat et complimenté par eux en retour,
avec cadeaux de vin, etc. On comprend que le duc d'Enghien ait con-
tinué à bien traiter un Etat, qui, quoique neutre, lui rendait de pareils
services. (Protocoles des XUI, 12 août. 17 août, 2 septembre 1644.)
' La lettre d'Enghien est mentionnée au protocole des XIII, le mer-
credi 14 mai 1646. Le Magistrat décide d'y avoir égard dans la mesure
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LKTTRBd IKfiDrTBS DB LOXJSB Xm, LOUIS XIV, BTO. 15
dées me £aict espérer que vous ne me desnierez pas la
prière que je vous Ëdctz de vouloir permettre au Sieur de
Besselière, gouverneur de Saveme, ou à ceux qu'il enverra
en votre ville, d'y faire achaptz d'avoines et de quelques
denrées pour la provision de ma maison, vous asseurant
que Je recognoistray toutes les assistances que vous me
donnerés par la conservation des terres qui vous appar-
tiennent et par un soing particulier que j'auray de tout ce
qui vous touche, estant véritablement, Messieurs,
Vostre très-aflfectionné à vous Éadre service,
LOUIS DE BOURBON.
De Paris,
le XVII* May 1645
X.
Ijfttre du duc d^Enghien à Messieurs de Strasbourg'^.
Cette lettre est conçue absolument dans les mêmes termes que la lettre
suivante, sauf que le nombre des rézeaux n*y est point indiqué. Nous ne
reproduisons donc ici que le post-scriptum autographe de Condé :
P. S. J'auray le mesme soin et s'il se peut plus grand
que je n'ay eu, des choses qui vous appartiennent et je
da possible. Il le fit, car lorsque les demandes de Pesseiières eurent été
satisfaites, et qu'an nouvel envoyé, le major de Fontaines, vint de
Saveme, demander encore soixante quartauds d'avoine, on les lui délivra
sur-le-champ.
^ Entre cette lettre et la précédente, le Magistrat reçut une autre mis-
•sjve d'Enghien qui paraît perdue. En effet, par le protocole des XIII, du
2 juin 1645, nous apprenons que Vintendant Moié envoie à Messieurs de
Strasbourg une lettre du duc qui demande la permission de faire acheter
des blés à Strasbourg. Les porteurs de la lettre déclarent qu'il leur faut
2/X)0 qoartands de blé et 500 quartauds d'avoine. Sur ce chiffre, il leur
en &ut 300 dés aujourd'hui, ainsi que la permission de faire moudre
ce blé.
Le samedi 7 juin» Bemegger, envoyé au devant du duc à Saveme,
revenait sans Tavoir encore trouvé. Mais à peine de retour à Strasbourg,
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16 BKTUS D'MiSAOS
YOU8 testnoigneray tousiours moa amitié en touttes sortes
de rencontre •
Vostre très^ffectionnë à vous £sdre service,
LOUIS DE BOURBON.
De Verdun,
ce VII Juin 1645.
XI.
LiUn du duc d'Enghim à Messieurs de Strasbourg '.
Messieurs, Je me trouve tellement satis&it des tesmoî-
gnages que vous me donnés de vostre affection que je ne
perdray point d'occasion de vous en tesmoigner mes res-
sentiments pour vous obliger à me la continuer. Ce que
me promettant, je vous prieray de vouloir faire fournir le
plus promptement qu'il se pourra au munitionnaire géné-
ral de Tarmée du Roy que Je commande, la quantité de
on billet de Pesseliôres ravertissaît de la vanne d'Enghien, et nne dépu-
tation 86 préparait à partir. Dans ce moment, Intj revenait aassi pour
commencer les approvisionnements. Le 10 juin, il demandait 300 quar-
tands d*avoine, le 12 juin, Enghien ini-mème faisait réclamer par un de
ses serviteurs» 40 hectolitres de vin, 70 quartands d'avoine et 20 quar-
tauds de farine. Le 13, Tracy obtenait la permission de faire cuire 3,600
livres de pain chez les boulangers de la ville. Ce même jour, MM. l'am-
meiater Meyer et Tavocat-féoéral Iralin. rendaient compte de l'accueil
gracieux que le duc leur avait fût à Saveme (Protocole des XIII, 7, 8,
10, 12, 13 juin 1645).
^ Enghien fit demander ee nouveau subside par M. de Vautorté. Le
Magistrat, dont les provisions s'épuisaient, voulut lésiner d'abord, mai»
renvoyé du duc déclara qu'une quantité moindre ne lui serait d'aucune
utilité, qu'il ne pouvait, il est vrai, forcer Strasbourg à donner ce qu'on
lui demandait, mais que s'il devait partir les mains vides, le duc n'au-
rait plus de raisons pour ménager spécialement les terres de la Répu-
blique. Le Magistrat, effrayé, se hâta de tout accorder (Protocoles des
XIII, 25 juin 1645 et jours suivants). M. de Vautorté semble avoir
séîoumé pendant tous les mois de juin et de j«illet à Strasbourg, à moins
qu'il ne fît de fréquents voyages de cette ville au camp français.
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UrrTBBS INÉDITBB DB LOUIS XHI, LOUIS XIV, ETC. 17
deux mil raisseaux de bled dont il a besoin pour sur-
venir (sic) à la subsistance d'icelle. C'est ce que J*attens de
rinclination que vous feittes paroître en touttes rencontres
au service de Sa Majesté, vous asseurant que je la feray
valoir autant qu'il me sera possible, et qu'en touttes ren-
contres vous cognoistrés que je suis véritablement, Mes-
sieurs,
Vostre très-afifectionné à vous servir,
De Spire,
Ce 30 Juin 1645.
LOUIS DE BOURBON.
XII.
Lettre du duc iPEnghien à Messieurs de Strasbourg.^
Messieurs, Ayant reçeu de vous jusques à présent toutes
les assistances que j'en ay souhaittées, je me pronretz que
vous ne me desniéré pas encore celle que je vous demande
de deux mil Rézeaux de bled pour la fourniture de l'ar-
mée que je commande, que vous m'obligerés infiniment
de faire dellivrer au munitionnaire d'icelle outre ce que
vous m'avés déia accordé. Et sy Êdre ce peut, ladite quan-
tité de grain convertie en ferines, ou au moins la meilleure
partie, vous asseurant que comme c'est chose qui m'Im-
porte beaucoup et qu'il y soit rencontré toute sorte de
Ècilité et dilligence, que je vous resteray fort obligé de les
y apporter et en conserveray toujours un ressentiment
^ Cette lettre se rapporte également à la mission de If. de Vantorté, et
le Magistrat dnt s'exécuter avec pins on moins de bonne grâce. On com-
prend de quelle utilité devaient être pour lui ces immenses greniers
publies, situés sur le Marché-aux-Ghevaux (place du firoglie) et dont les
deux tronçons, séparés par un préfet peu respectueux des monuments
historiques, font encore face au théâtre actuel.
NoureUe Série — 4« Année. 2
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18 REVUE D'iOiSÂCR
très particulier que vous cognoistrés aux occasions, et que
je suis véritablement, Messieurs,
Votre très-aflfectionné à vous servir,
LOUIS DE BOURBON.
Du Camp de Neckerhausen,
le HT* Juillet 1645.
XIII.
Lettre de Messieurs de Strasbourg au duc (TEnghien,^
Monseigneur, Sur Tadvis qu'on nous a doné [sic) que
V. A. avoit pris résolution de s'en retourner en France,
Nous avons creu que le respect que nous devons à V. A.
nous oblige à députer vers elle nostre Collègue le Sieur
Martin-André Kœnig, de nostre Conseil des Treize et
Gaspar Berneg, nostre Secrétaire, pour en nostre nom
recevoir de V. A. l'honneur de ses commandements et
l'asseurer de nos très-humbles services." Ce qui nous faict
' Le duc d'Ënghien passa encore tous les mois d'août et de septembre
sur les bords du Rhin ; plus d'une fois encore il réclama le concours de
la republique de Strasbourg. Ainsi le 23 août, un sieur Girart se pré-
senta de sa part à Fammeistre régnant pour réclamer quatre-vingts quar-
tauds d'avoine et 4,100 instruments divers pour travailler à des tranchées.
La ville ne refusa pas absolument, mais demanda une liste spécifiée des
engins qu'on demandait, et comme la livraison tardait, on envoya le
secrétaire Bemegger auprès d'Enghien, qui se trouvait alors près de
Philipsbourg, sous prétexte de le féliciter de son rétablissement (il avait
été malade), mais en réalité pour qu'il ne perdît point patience (Proto-
cole des XIII, 23 août, 13 septembre 1645).
* Ce n'était pas uniquement pour échanger avec lui des compliments
flatteurs que Strasbourg envoyait des députés au duc d'Enghien. Ils
allaient demander au général qui quittait l'armée des lettres de recom-
mandation et des sauf-conduits nouveaux pour ses deux successeurs,
Turenne et le maréchal de Grammont. Ils revinrent en ville, ayant été
très gracieusement reçus et ayant obtenu ce qu'ils avaient désiré (Proto-
cole des KIII, 20 septembre 1645).
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LETTRES INÉDITES DE LOTHS XIII, LOTHS XIV, ETC. 19
supplier V A. d'adjouster foy et créance entière à ce qu'ils
luy proposeront de notre part et de nous faire la grâce de
nous croire, Monseigneur, de V, A.
Très-humbles et très-obéissants serviteurs,
Les Préteur^ Consuls et Magistrat de la
République de Strasbourg.
Ce-^ Septembre 1645.
XIV.
Lettre du Magistrat de Strasbourg au duc d*Enghien.^
Monseigneur, Monsieur le maréchal de Turenne a bien
fiiict paroistre par les efifects que les recommandations en
nostre faveur que V. A. nous a faict espérer avant son
départ, ny les services par nous rendus à la Couronne de
France et spécialement à Tarmée qu'il commande, ne sont
^ Cette lettre montre qne les sauf-conduits donnés par Enghien
n'avaient point servi à grand'chose. C'est le 11 décembre 1645 que le
bailli de la Wantzenau annonce au Magistrat que le major-général Schœn-
beck s'est présenté inopinément devant la Wantzenau, que ses soldats
avaient incendié plusieurs maisons, puis s'étaient jetés dans les fossés du
eh&teau et qu'il avait dû en ouvrir les portes pour éviter une prise d'as-
saut. Le lendemain, le secrétaire de la Chambre des XIII et le major de
Mûllenheim sont députés auprès de Schœnbeck pour se plaindre de cette
flagrante violation de la neutralité de Strasbourg. Le général ou colonel
français les reçut assez poliment, leur exprima son regret de ce qu'on
avait agi ainsi, dit qu'il avait défendu à ses troupes de brûler et de piller
dès qu'il avait su qu'elles se permettaient de le faire, mais qu'après tout
son régiment devait camper quelque part, et qu'il ne pouvait pas le
laisser périr de froid et de faim. La ville, ainsi rebutée, écrivit pour se
plaindre au gouverneur suédois de Benfeld, Ifoser, ainsi qu'à la reine
régente et au duc d'Enghien. Schœnbeck n'en bougea pas davantage des
quartiers d'hiver choisis avec tant de violence. Il paraîtrait même que
peu à peu Ton parvint à trouver un modus vivendi avec l'intrus, car
nous le voyons demander à Strasbourg une fourniture de cent mous-
quets pour ses troupes, et le bailli de la Wantzenau écrit au Magistrat
qu'il a choisi le colonel pour être le parrain de son nouveau-né (Proto-
cole des XUI, 11-21 décembre 1645)
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20 RSYUB D*ÀLSULCB
auprès de luy en aucune considération, puisqu*il a assigné
au colonel Schœnbeck nos terres de la Donation Suédoise *
pour quartier d'hjrver, qu'il y a fedct prendre de force
comme V. A, apprendra plus particulièrement par le
Mémoire qui luy sera présenté. Cette action est accompa-
gnée de tant d'indignité et d'injustice, eu esgard à tant de
lettres patentes, sauve-gardes et exemptions qui nous ont
été octroyées de temps en temps, en vertu desquelles nos
sujets doivnet être exemptez de semblables exactions, que
nous nous asseurons de la bonté, générosité et bienveil-
lance de V. A. qu'EUe sera bien ayse d'employer son crédit
et authorité pour nous avoir quelque satisfaction et répa-
ration d'un tort et affnmt insupportable, qui fournit aux
ennemis de la France matière de se réjouir et de se
moquer de nous, qui avions creu jusques à présent et
tasché d'en persuader tous nos voisins que les armes de
France n'avoyent autre but que de sauver et garantir les
Estats d'Allemagne de l'oppression qu'ils souffroient. La
gloire luy en demeurera et à nous le désir de nous revan-
cher d'une grâce si singulière, et ce en qualité. Monsei-
gneur, de V. A.
(La signature manque.)
Ce-^ Décembre 1645
XV.
Lettre du Magistrat de Strasbourg au prince de Conde}
Monseigneur, En la concurrence d'un grand nombre de
personnes affligées de la mort de Monseigneur le prince de
^ Strasbourg avait reçu le 29 avril 1633 les bailliages de la Wantzenan
et du Kochersperg, plus une série de bâtiments dans l'intérieur de la
ville, de la part de la Régence saédoiseï afin de conserver sur les bords
du Rhin un si utile allié.
* C'est dans la séance de la Chambre des Conseils, du 2 janvier 1647»
que Bemegger donna lecture du brouillon de cette lettre, qui fut adopté
par les membres du Conseil présents (Protocole des XIII, 2 janvier 1647)
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LETTBBfi INÂDITES DB LOUIS Xm, LOUIS XIV, ETC. 21
Condé, vostre Père, nous sommes de ceux que cette perte
touche le plus sensiblement, voyans nostre République
privée d'ung puissant Patron, lequel avec une affection
autant constante qu'elle estoit généreuse et désintéressée,
avoit de tout temps et en toutes occasions, protégé,
appuyé et fevorisé nos interests. La douleur que nous en
sentons s'accroist au double par la part que nostre devoir
nous oblige à prendre à celle de V. A. tellement que nous
nous trouvons si occupez à son grief, que tout ce que nous
pouvons à présent apporter pour sa consolation c'est de
lui tesmoigner que nous en avons besoin nous-mesme.
Nous ne doubtons néantmoings, Monseigneur, de la vertu
invincible de V. A. Elle nous fait espérer que parmy tant
de victoires et de trophées, parmy les faveurs et les car-
resses de la Fortune, parmy les cris et les applaudissements
de toute la France, toutes arrivées du vivant de Mon-
seigneur son père, Elle portera patiemment cette affliction
particulière et imitera en cela l'exemple de ce grand Capi-
taine Romain qui voyant ses triomphes meslés des funé-
railles de ses plus proches, rendoit grâce à la Fortune de
ce que parmy tant d'heur et de gloire, elle se contentast
de cette part. Le plus grand soulagement que nous avons
en nostre ennuy est d'estre asseuré que V. A. n'est pas
moings héritière de son père en l'inclination qu'il a eu
vers nous et nostre République, qu'EUe l'est de ses vertus
et biens. Aussy sommes-nous résolus d'honorer, respecter,
et servir V. A. avec la mesme dévotion et de luy donner
des preuves que sommes véritablement, Monseigneur,
de V. A.
(La signature manque.)
2
Ce-y^-Janvier 1647.
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22 BEVUB D'ALSAOB
xvf.
Lettre du prince de Conde au Magistrat de Strasbourg.^
Messieurs, La cognoissance que J'ay de la bonne volonté
que feu Monsieur mon père a eue pour vous me persuade
facilement la douleur que vous m*escrivés avoir ressentie
de sa mort et les preuves que vous m'avés données de
vostre affection me font croire que vous avés pris part à
Taffliction que cette perte m*a causée. Je vous en suis infi-
niment obligé et vous asseure qu'en touttes occasions où
j'auray le moyen de vous en tesmoigner mes ressentiments,
vous cognoistrés par les eflFects que je n'ay pas moins de
désir que feu Monsieur mon père, de vous servir et de
vous faire paroistre que je suis véritablement. Messieurs,
Vostre trés-aflFectionné à vous servir,
LOUIS DE BOURBON.
De Paris,
ce III febvrier 1647.
A Messieurs, messieurs les Préteurs, Consuls et Sénat
de la Ville de Strasbourg.
^ La réponse du nouveau prince de Condé fut lue aux Conseils dans
la séance du 8 février. Gomme il ne s'agissait que d'une simple lettre de
remercîments, il fut décidé qu'on n'y répondrait point (Protocole des
Xin, 8 férrier 1647).
RoD. Reuss.
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CURIOSITÉS
DE
L'HISTOIRE DE MONTBELIARD
MŒURS GASTRONOMIQUES ET BACHIQUES.
Lorsqu'on lit la description des festins et des beuveries
sans fin du bon Pantagruel, on serait tenté de croire que
Rabelais n'en a puisé tous les détails que dans sa riche ima-
poation. II n'en est rien cependant ; il a été le peintre fidèle
des mœurs d'une époque où toutes les. classes de la société,
la noblesse et le clergé aussi bien que le peuple et la bour-
geoisie, étaient infectées de la sensualité la plus grossière.
Les habitants du pays de Montbéliard n'étaient pas plus
sobres que leurs voisins, les Alsaciens et les Allemands, qui
avaient la réputation universelle et bien méritée de buveurs
et de mangeurs intrépides. Tous les détails qui vont suivre
et qui peignent un des côtés saillants des mœurs de nos
ancêtres, ont été puisés dans des documents ou des historiens
dignes de confiance. Nous aurions voulu trouver des rensei-
gnements plus considérables sur les habitudes bachiques et
gastronomiques de nos pères avant le XY* siècle, mais de ce
qne l'on sait d'eux aux époques postérieures, il est permis
de dire que depuis les temps les plus reculés la tempérance
était une vertu qu'ils observaient bien rarement.
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24 REVUE D'ALSACE
Banquets de lliAtel-de-ville.
Lorsque Eberhard le Barbu, comte de Wurtemberg et de
Montbéliard, fit son entrée dans cette ville le 18 janvier 1470,
la municipalité lui fit une fort belle réception. Les enfants
portèrent des banderettes de papier au devant de lui; l'on
alluma des feux de joie sur la Crotte (citadelle); le Magistrat
lui fit présent, pour sa bien-venue, d'une bourse contenant
800 florins d'or, et lui donna un banquet dont le menu est
très curieux :
26 gelines et 6 chapons, tant pour le banquet que pour le
souper des damomUes;
Poisson frit;
Pfttés composés de chair de veau, suc et moelle de bœuf;
NieUes (gftteaux de pflte feuilletée);
Gelées et blanc-manger;
La dépense pour épices, tant poivre, gingembre, graine de
paradis, clous de girofle, cannelle, poivre long, noix muscades,
fleurs de noix muscades, safiran, qu'amandes pour faire les
pfttés, gelées et blanc-manger, se monta à plus de 800 florins ;
Pain d'Allemagne et autres;
Hypocras, vin de Beaune, de Besançon, de Ribeaupierre.
Le banquet fut égayé par un ménétrier avec son fils, que
Ton fit quérir pour la circonstance.
Peu de temps après eut lieu un deuxième diner ofiert par
la ville probablement au même prince, mais cette fois ce fut
un diner maigre dans toute la force du terme, un vrai dtner
de carême où il n'y avait ni gelines ni chapons, et rien que
du poisson. Le repas était composé de 6 grosses carpes, de
89 carpes ordinaires, de fnosteUes (loches) frites et de
38 harengs. On ne sait pas si ceux-ci étaient salés, mais il est
permis de le croire, vu la quantité énorme de vin qu'il fallut
pour désaltérer les convives : 6 tines de vin blanc (S becto-
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Ot7RI08ITÉ8 DE l'HIBTOIBB DS MONTBÉLIARD 26
litres), dont Fan doit a^x pauvres de tho^itai le rériduz
pœir Dieu. Nous doutons que ce résidu fut considérable.
En 1478 la ville de Montbéliard offrit au comte Henri un
repas qui paraît avoir été assez frugal, à en juger par le
prix : 8 florins, 8 gros blancs (un peu moins de 17 francs
bibles de Montbéliard). Pour cette somme on eut : vin, pain,
sel, fiirine, œufe, beurre, lait, chair de veau (28 livres), figues
et raisins (4 livres), sucre et dragées, chandelles et torches
en dre pour l'éclairage. Une gratification au cuisinier de
Momieur y était comprise.
Le S8 septembre 1555, Barbe de Hesse, qui venait d'épou-
ser le comte George, fit son entrée solennelle à Montbéliard.
Elle fut reçue par le Magistrat et la milice bourgeoise sous
les armes, au son des tambourins et des fifres et au bruit du
canon des remparts. Après la cérémonie, le maire et les neuf
mattres-bourgeois allèrent se restaurer à Thôtel-de- ville. Ces
messieurs furent assez sobres, car les frais du repas, y com-
pris les pains blancs qui avaient été distribués aux élèves des
écoles, ne s'élevèrent qu'à la modique somme de 48 gros,
2 niquets (un peu moins de 4 francs faibles). Il est probable
que ce n'était qu'une nouene (goûter) où MM. les édiles se
contentèrent de boire quelques channes (pots) de vin pour
rafraîchir leurs gosiers altérés par les discours qu'ils venaient
de prononcer.
Banquets du château.
Le 1* janvier 1627, une députation du Magistrat de Mont-
béliard présenta, à titre d'étrennes de la nouvelle année, au
jeune prince George, fils du duc Louis-Frédéric, une chatne
d'or composée de 86 chaînons, à laquelle était suspendue une
médaille aussi en or. La duchesse, sa mère, Anne*£léonore
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36 REVUE D'ALSACE
de Nassau, reçut de son côté deux tasses en vermeil. Pour
les remercier de leur gracieuseté, le prince Louis-Frédéric
invita les maîtres-bourgeois à dîner au château, et ils y
tureni festayés très joyeusement.
Le boulanger Hugues 6ois-de-Ghesne nous rapporte, dans
sa chronique, que le 27 janvier 1664 le prince Georges traita
au ch&teau MH. du Conseil de régence et le lendemain les
neuf maîtres-bourgeois; pendant le repas Ton tira plus de
80 coups de canon. Le 4 février suivant, Son Altesse séré-
nissime reçut à sa table la moitié des dix-huit notables et le
samedi suivant Tautre moitié, et ils y firent gouterding (bonne
chère), Bois-de-Ghesne a oublié de nous dire ce que Ton but
et mangea à ces divers repas; mais il est indubitable que
Ton y fit de copieuses libations.
Le 19 octobre 1666, l'intendant d'Alsace, Golbert de Groissy,
frère du ministre de Louis XIY, vint faire une visite au duc
George. Invité à dîner par ce prince, on servit sur la table
une carpe du poids de 18 livres, entourée de 12 têtes de
poisson de la même espèce, dont le moindre pesait 2 livres.
Ge mets, quelque rare qu'il fût, ne valait cependant pas celui
qui décorait la table du baron d'Oppel le jour de son instal-
lation comme gouverneur du comté de Montbéliard (octobre
1769). G'était un brochet de 80 livres, qui avait été pris dans
le Doubs, près du village de Bavans. Afin de pouvoir servir
ce monstrueux poisson, on avait fait fabriquer à la forge
d' Audincourt un plat de fer battu proportionné à sa grosseur.
Un splendide banquet fut celui donné (26 novembre 1704)
par le duc Léopold Ëberhard le lendemain du jour où les
bourgeois de Montbéliard lui prêtèrent serment de fidélité. Il
admit à sa table la noblesse de sa cour, tous les membres de
son Gonseil, les officiers des justices d'Héricourt et de Bla-
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ouBiosrrÉs de l'histoibe de montbéliabd 27
mont, les ministres de la ville, une grande partie de ceux de
la campagne, le maire et les membres du Magistrat de Mont-
béUard. Les jeunes gens de la ville étaient chargés du ser-
vice d'honneur. On but les santés dans une grande coupe de
vermeil que Ton se passa à la ronde, et à chaque toast se fai-
sait entendre une décharge d'artillerie. Les convives n'eurent
pas soif, car il fut bu rien qu'au dessert 71 pots .de vin
(162 litres). Ce banquet coûta 1,456 francs.
Vins dlioimeiir et cadeaux offerts aux personnages arrivant
à Montbéliard.
Chaque fois qu'un prince ou qu'un personnage illustre
faisait son entrée en ville, la municipalité lui présentait les
vins d'honneur et lui offrait des cadeaux qui, la plupart du
temps, consistaient en victuailles.
Lorsqu'au mois de janvier 1470 l'archevêque de Besançon
se rendit à Montbéliard pour apaiser des difficultés qui
s'étaient élevées entre le Magistrat et les hommes cFégKse de
cette ville, qui prétendaient être exempts d'impôts et de con-
tributions, il reçut à son arrivée des maîtres-bourgeois le don
de 6 moutons, de 9 tines de vin rouge et d'un saumon de la
valeur d'un florin.
Lors de son passage à Montbéliard (janvier 1495), l'empe-
reur Maximilien reçut de la municipalité un bœuf et un cha-
riot de vin.
Le 14 septembre 1526, lorsque le duc George prit posses-
sion du comté de Montbéliard, la bourgeoisie lui offrit, à
titre de joyeuse entrée, une voiture de vin, 2 bœufs et 12 mou •
tons. Il répondit à ce présent par le don d'une biche vivante
qu'il envoya au Magistrat de la ville.
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28 RBVUE D*AL8ACB
Lorsque Marie de Brandebourg-Anspach, épouse du duc
Christophe, fit son entrée à Montbëliard, le 17 avril 1544, la
municipalité lui donna une pièce d argenterie de la valeur de
80 écuK d'or; et afibi que Tallégresse fût partagée par tous
les ftg^, il fut di^ribué à chacun des élèves des écoles, au
nombre de 276, un gftteau de la valeur d'un liard.
Le 22 juillet 1S42 le duc Christophe, en faisant son entrée
en ville, reçut du Magistrat, à titre de bien-venue, 4 bœufs,
18 moutons et 2 chariots de vin.
Le 81 janvier 1884, le comte George, après avoir reçu le
serment de fidélité des bourgeois de Montbéliard, leur accorda
une gratification de 80 francs pour 8"éb(Utre entre eux et vider
leurs tasses à m santé.
Lors de rentrée du duc Frédéric à Montbéliard le 25 juin
1581, on distribua aux 200 élèves des écoles, qui faisaient
partie du coitége, des petits tourteaux.
Pendant les vingt-deux jours que le duc Jean-Frédéric et
son frère Magnus firent à Montbéliard à la fin de septembre
et au commencement d^octobre 1615, il fut consommé pour
le service de la Cour : 70 bœufs, 523 moutons, 57 veaux,
859 poules, et pour l'entretien des chevaux 3,826 quartes et
demi d'avoine. Nous ne connaissons point la quantité de vin
qui fut bue, mais à en juger par ce qui fut mangé, elle dut
être considérable.
Festins des membres du Conseil de régence.
Si les princes de Montbéliard et les Magistrats de cette
ville ne dédaignaient point de faire un bon repas, il en était
de même pour les membres du Conseil de régence; ils
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CUBI08ITÊ8 Dfi L'HIBTOIBB DB MONTBÉLIABD 29
aimaient les franchit» lippëes^ et parfois il leur arrivait,
même après boire, de se Lallre et de casser les verres. C'est
ce que nous rapporte le conseiller Perdrix dans sa chronique:
« MM. du Conseil ont traité le s^eur Paul Forstner (fils du
chancelier) à Audincourt (4 octobre 1661), où ils ont été foi*t
joyeux. Le 6 suivant ils y ont été derechef avec leurs femmes,
et, après avoir bien bu, le conseiller George Duvernoy se prit
de dispute avec le prévôt (Pierre Vurpillot), et voulant le
frapper avec son pistolet, quMl avait caché, en donna un
grand coup sur la tête au régistrateur Thévenot, lequel se
sentant offensé et pensant se revenger, mit la main sur le
pistolet, qui par bonheur n'était pas chargé, et voulant en
donner un coup au sieur Duvernoy qui Tavait excédé, alla
frapper à la tête le procureur général (Jérémie Duvernoy)
qu'il ne voyait point. Tellement qu'il y eut un grand vacarme;
le sieur conseiller Duvernoy voulait tout tuer. *
C'est ainsi que les premiers magistrats du comté de Mont-
béliard donnaient au peuple l'exemple de la sobriété et de la
modération I
Duvernoy, qui cite cette anecdote dans ses Ephémérides^ la
fidt suivre du menu du repas du 4 octobre :
francs gros blancs
2 potages avec poules et viande de bœuf 3 9
2 autres poules, avec andives cuites 2
2 salades 9
2 jambons 1 6
Une langue 6
Un pâté rond de chapon 1 6
3 carpes 1 9
2 poules d'Inde 5
Une oie 2
Un rôt de venaison 1
2 lièvres 2
Une longe de veau i 3
Un plat de choux-fleurs 1 6
Des cftpres 7 2
A reporter "îô êT" %
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30 RBVUB d' ALSACE
fhmct gros bUmcs
Ri^lHfrt 20 61 2
5^ tant perdrix que poules de bois 5
8 bécasses 2
2 grives, 6 alouettes 2 6
9 pigeons 3 6
6 artichauts 2
Un plat de beignets 6
Une tarte et un gâteau feuilleté 5
2 autres gâteaux 6
Un plat d'écorce de citron 1
Un plat de dragées et muscadines \
2 plats de confitures sèches 2 6
2 citrons et une orange 1 3
2 jcmchères 9
Un plat de raisins 4 2
Pain. . . * 2
19 pots de vin (près de 44 litres) 13
Pour les chevaux 3
Total 71 francs
ou 56 livres 16 sols tournois.
Pour les verres rompus le 6 octobre, 14 quarts d'écus (14 francs ou
11 livres 4 sols tournois.)
Banquet de théologiens.
Lorsqu'au mois de mars 1686 les théologiens Jacob André,
Oziander et Théodore de Bèze se réunirent à Montbéliard
pour tflcher d'arriver à une fusion entre les confessions
luthérienne et calviniste, les graves questions qu'ils traitèrent
dans ce colloque ne les absorbèrent pas au point qu'ils crus-
sent devoir refuser les gracieuses invitations que leur fit la
municipalité. On lit dans les comptes de la ville (année 1586) :
« Item, a fourni et payé ledit mattre-bourgeois la somme
de 219 francs 8 gros 1 blanc, monnaie de Bourgogne, pour
les frais du banquet fait à Son Excellence (le duc Frédéric
qui présidait le colloque) le quatorzième jour de mars Tan
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CUBIOSITÊS DE l'HISTOIRB DE MONTBÊLIARD 31
da présent compte, et aux sieurs théologiens de la conférence
revenant à 248 francs 9 gros 10 niquets, monnaie dudit
Montbéliard. >
Largefises municipales.
Lorsqu'un événement heureux s'accomplissait pour la
commune, la municipalité donnait des réjouissants publiques
et faisait des distributions de vin. Ainsi, lorsque le SI mai
1557 intervint entre le comte George et la bourgeoisie de
Montbéliard un accord sur les difficultés qui s'étaient élevées
au sujet des franchises de la ville, la joie causée par cette
pacification fut partagée par tout le peuple, et le Magistrat
fit distribuer 9 tines de vin (4 hectolitres et demi), une pour
chaque quartier, afin de boire à la manutention, des fran-
chises et à la longue me et santé du prince.
Un repas bourgeois au XVin« siècle.
Après avoir parlé des banquets donnés par nos comtes,
par leurs conseillers et par les magistrats muçicipaux^ il est
juste que nous donnions le menu d'un bon dîner tel que le
concevait un bourgeois du XYIIP siècle, menu qui se trouve
dans une chanson patoise que nous a laissée le bonnetier
Léopold-Prédéric Douyen, chantre fécond, jovial et plein de
de naturel.
1.
Foune^ vais en lai boitcherie,
EtcheUe eune griotte (toie),
Tchante pouille ai cies boitchies^
Et dis li bin lu crotte
S'ei te beillent di refus,
Dis-li que te n'en vaut pus.
Refrain.
Tralideri, tralidera.
Et prends vadje ai toi bouche (bourse).
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S2 REVUE D'ALSAOB
2.
Pou queure di pietenais (panais)
Et f& de lai greiche
Foune, prends de lai roilienaie (rognon de cochon)
Mais non pei de gaise (chèvre).
Prends vadje que c'en feu di nwuton
Su boitchie ça-t-in lorron.
Refrain.
3.
Se ça de lai tchai (chair) de bue (bœuf)
Ne prends pé de lampe (morceau du ventre).
I ne vaux ne miss (panse), ne queue,
Ne griotte (cou), ne tchambe (jambe).
Ne me prends ne pie, ne cô;
Dans lai teite e yet trou d'os.
Refrain.
4.
Se t'eppoutche di pourtcho (porc frais)
Prends me de lai meiche (merse)
Ce lopin (morceau) a long di cô
Que Torroille a-t-eprei.
Se t'eppoutche di tchambon (jambon)
Boute lai moutaidge (moutarde) a long.
Re{)rain.
5.
Boute nos lai truite a bien (bleu),
Lou bertchet (brochet) en sace biantche.
Lai carpe dans lou vin tieu (cuit).
Dans lou vordju lai tantche (tanche).
Lou pertchet (perche) a bon reuii ;
Lou berbé (barbeau) quand el a frit.
Refrain.
6.
Se reppoutche di 4jibie (gibier).
Boute lou en s&se (sauce) ;
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CURIOSITÉS DE L'HUTOIBB DB MONTBfiLIABD 33
Di seie (cerf), ou bin di sanglie,
Di tchevruille (cbevreuii) ou de Tase (lièvre),
Pique lou aivo di lai (lard) ;
Mais lou tâchon (blaireau) a-t'essai grai (gras).
Repram.
7.
Prends enne londge de via (filet de veau).
Nos airan di roe (rôti).
Nos ruran (laisserons) les os
Pou faire in bon solmi (salmis)
Prends in ràbe de tchevri (chevreau).
Refrain.
8.
Pou faire ce bon repei
Et nos fS^-t-ai boire /-
De lai bière dai Pays-Bei
Et di djus de lai Loire,
Di sitre (cidre) de Normandie
Et di bon tokai d'Hongrie.
Refraitt.
9.
Serai vos bin ringalai,
Dites-me, mes chires (messieurs),
Sans sulcrute (choucroute) et sans lai (lard)?
Et me semble oêi dire
Que nos an raibiai (oublié) de pus
Pou ces fonnes (femmes) in topecu^
Refrain.
Traiideri, tralidera.
Et prends vadje ai tai bouche.
' Tape-cul, beignet fait d'œufs et de farine, et sauté dans la poêle.
N<niT«U« Séne. — 4** Année, 3
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84 ESVUB D'âLaAGB
Stipulations et redevanoet en vietnaOleB.
L'amour de la bonne chère apparaissait même dans cer-
taines redevances que les sujets devaient à leur seigneur, les
fidèles à leur curé.
Ainsi, parmi les ressources du casuel des prêtres figuraient
notamment le sol ou la geline pour la bénédiction du lit des
nouveaux époux; le denier du jour et du lendemain des
noces, accompagné de 4 blancs, ^ d*un pain et d'une pinte de
vin.
Dans un traité passé le 17 octobre 1509 entre le bailli du
comté de Montbéliard et le curé de Sainte-Suzanne, village
où il y avait alors une croix miraculeuse qui attirait une
foule de pèlerins, il fut stipulé que ce prêtre aurait les œuCs,
poussins, gelines, fromages, beurre, pain, pâtés qui seraient
offerts à la croix.
Le prieur de Ghfttenois afferma en 1812 à une famille de
cultivateurs certaines terres situées à Villers-le-Sec ou Ville-
mont (hameau détruit, entre Ghâtenois, Gharmont, Béthen-
court et Nommay), au prix de 11 sols et d'un petit réguast
(régal). Le plein réguat se composait ordinairement de trois
fouaches (pain blanc ou pain au lait et au beurre) et de deux
gelines. Cette redevance était moindre pour le peUt régtÂOSt.
Au village de Saint-Maurice-sur-lc-Doubs Fabbaye de
Baume-les-Dames touchait une dîme en froment et en avoine.
Le jour de sa perception Fabbesse devait un pkin régal à
tous les liabitants, et ce banquet pris en commun ne dégéné-
rait que trop souvent en une véritable orgie. Dans le but
d'éviter de nouveaux désordres, elle proposa en 160S de lui
substituer une quantité suffisante de pain et de viande, qui
serait distribuée à domicile, offrant môme d'ajouter un pot
^ Il fallait 4 blancs pour un gros et 12 gros pour un franc faible de
Montbéliard
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CURIOSITÉS DE l'histoibe db montbéliabd 35
de vin pour les plus vieux et une pinte aux jeunes hommes.
Mais cette sage mesure fut repoussée par tous les habitants
de Saint-Maurice, par respect pour les bons us du vHtage.
En 1517, Etienne Berteret fil un legs au couvent de Bel-
champ, qui permit à chaque religieux d'avoir une channe
de vin pour sa not$ene (goûter).
Une redevance seigneuriale très curieuse était le cens des
mmaudes, qui existait au moyen-âge dans plusieurs localités
du comté de Montbéliard. A Lougres la menaude consistait
en 6 poules et S rézeaux de fleur de farine, au feur de six
pains blancs le réseau. A Etouvans elle se composait de
2 chapons trésannés (surannés, hors d'âge), d'um au/ne de
Provins de longueur entre la queue et la téte^ et de 2 pains de
la hauteur d'un arpent, en mettant le pouce au milieu pour
tourner à Feniour; et lors de la livraison au seigneur, celui-ci
devait un pâté. Il est dit ailleurs que le cens des menaudes
consistait en deux pains d'assez bonm grosseur, comme de la
longueur d'une main en rondeur et de la hauteur du poing. A
Brognard cette redevance consistait un tm pldn régal de
S fouKaiceSj et de 2 gelines à livrer tous les ans le jour de
Noël
Repas de baptême.
De tout temps la naissance d'un en&nt a été célébré par
des festins.
Dans le pays de Montbéliard le père du nouveau-né con-
viait ses parents et amis à wfi repas de gésine, de relevaiUes
ou de compérage. Quelques jours après, lors du baptême,
c'était un nouveau banquet appelé, nous ne savons pourquoi,
bee^aune ou béjau/ne. On y voyait figurer en première ligne
Vhypoeras et les bretelles (brioches ou craquelins). Quoique
supprimé par plusieurs règlements somptuaires, cet usage
ne continua pas moins à prévaloir, de même que celui qui
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86 REVUE D' ALSACE
imposait aux compères et commères (parrains et marraines)
Tobligation d'envoyer des gâteaux et autres friandises aux
femmes en gésine (accouchées encore gisantes).
Repas de fiançailles.
Dans toutes les classes de la société il a toujours été
d'usage de faire suivre les fiançailles d'un repas plus ou moins
somptueux, suivant le rang et la fortune des parents des
futurs époux. Le prince George, dans le journal manuscrit
qu'il nous a laissé, donne la description suivante de la céré-
monie des fiançailles de l'une de ses filles et du festin qui
eut lieu à cette occasion :
« En 1671 le prince Silvîus de Wurtemberg-Œls envoya
un député à Montbéliard pour passer son contrat de mariage
avec la princesse Eléonore. Il fit sa harangue au prince qui
lui répondit, et parla ensuite à sa fille; celle-ci ayant répondu
à son père, le député lui donna la main, et elle s avança
auprès de lui. Le député remercia par une harangue, et le
prince fit un souhait. Après cela, le député mena la princesse
dans son appartement, suivie de sa grand'mère, de sa tante,
de ses sœurs et d'une dame d'honneur. Deux maîtres d'hôtel
allaient devant, et étant dans l'appartement, le député fit des
présents que son fils apporta. Et puis il se retira après que
la princesse lui eut fait des présents pour son époux. Le
Conseil et le Collège allèrent complimenter le député, et après
la jeune fille. La cérémonie de la recherche (fiançailles?) se
fit dans le poêle (appartement) du prince, qui était debout en
haut d'une table; à son côté droit étaient les dames, grand'-
mère, tante, cinq soeurs, une dame d'honneur; plus bas, à
gauche, le Conseil; plus bas, le ministre de la Cour et du
Collège, le docteur Rœmer, et le médecin de Cour Biuninger.
Les maîtres d'hôtel allèrent quérir les gens, et le député fut
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cuRiosnÉs DE l'histoire de montbéliard 37
mené dans le poêle de derrière; el en étant ressorti le pre-
mier, on le plaça à côté du prince et la jeune princesse à
côté du député. Il y eut un beau dîner et un beau souper.
Le député et la jeune princesse étaient assis sous un riche
dais et dans des fauteuils en broderie. Au dîner assistèrent le
Conseil, le pasteur et le Collège; au souper assistèrent les
dames. Au dtner on tira vingt et quatre bottes à chaque
santé. Au souper il y eut un beau concert de musique, et
Taprès-dlner la jeunesse alla voir courir la bague, tirer du
pistolet et faire d'autres exercices. >
Repas de noces.
C'étaient surtout les festins de noces qui étaient considé-
rables et par la profusion des mets, et par le grand nombre
des invités, et par le temps qu'ils duraient. Au mariage du
fils d'Albert Binninger, châtelain de Blamont, qui fut célébré
à Montbéliard le 11 juillet 1626, il y avait 218 convives. Il
existait cependant des ordonnances qui fixaient à 60 le
nombre des personnes qui pouvaient être invitées aux noces,
indépendamment des jeunes fils et filles qui sont pris par les
noîweaux mariés pour les accompagner et faire honneur
comme d ancienneté; qui réglaient à quatre ou cinq sortes les
viandes à servir sur ks trois, quatre ou cinq tables de gens
Ole plus qui pouvaient être montées; qui déterminaient la
durée des noces à un jour et non davantage; qui défendaient
de donner ou d'accepter des étrennes, sai^f un écot raison-
fiable V et qui ne permettaient que des danses honnêtes, nms
non dans la nuit^ sur les rues ou lieux scaiidaleux, ains en
la maison de ville ou autres maisons convenables.
' A ce qa'il paraît, c'était l'habitade à Montbéliard qae chaque invité
laissât sons son assiette une pièce de monnaie, comme cela existe encore
dans certaines parties de l'Allemagne.
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38 BJSWJSK d'alsage
Le conseiller Perdrix dit dans sa chronique au sujet de
son mariage: < Le 6 novembre 1661, j'ai marchandé mon
festin de nopces au cousin Jean-Guillaume Wild, et luy
donne par teste 24 batz le premier jour et 28 batz le lende-
main (ce qui équivalait à 3 francs faibles de Montbéliard). »
Ce n'était vraiment pas cher, c Le 26 j'ai célébré mes nopces,
auxquelles ont assisté 100 personnes le premier jour et 48
le lendemain. On n'y a dansé que deux ou trois rondeaux ;
pour quoy Son Altesse sérénissime (le prince) a esté telle-
ment indignée, qu'elle menace de punir exemplairement
ceux et celles qui ont dansé. Le bon Dieu le veuille adoucir I
— Le 5 décembre j'ay présenté requête à Son Altesse séré-
nissime pour tâcher à l'adoucir à cause des danses qu'on a
faites à mon festin, et ce tant eu mon nom qu'au nom de ma
femme, et l'ay mise (la requête) entre les mains du sieur
Paul Forstner, lequel m'a promis de la lui faire tenir; mais
on dit qu'il (le prince) ne l'a pas voulu avoir. — Le 12 j'ai
esté convenu (appelé) sur les Halles avec ma femme et
Alexandrine Perrenon, pour comparoistre en personne a6n
Jentendre une cakmge (remontrance) de M. le procureur
pour avoir dansé en mon festin de nopces quelques rondeaux. »
Lorsque le prince George épousa au mois d'avril 1648
Anne de Goligny, il y eut à l'hôtel-de-ville de Montbéliard
un repas qui dura trois jours.
Au mois de septembre 15S5, sur les sollicitations du duc
Christophe de Wurtemberg, qui craignait de ne pas laisser
d'héritiers pour lui succéder, le comte George, figé de 67 ans
épousa Barbe, fille de Philippe-le-Magnanime, landgrave de
Hesse. Les noces eurent lieu à Riquewir; un* grand nombre
de seigneurs y assistèrent, parmi lesquels : Philippe-le-
Magnanime, le duc Christophe et son épouse, Wolfgang, duc
de Deux-Ponts, le landgrave Louis, Charles, margrave de
Bade, etc.
Sattler donne des détails curieux sur ce mariage : « Le
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GUBiosrrÉs de l'hibtoi&e de montbélia.rd 39
landgrave de Hesse conduisit à Riquewir la princesse Barbe.
Le comte George avec le duc de Wurtemberg vinrent à leur
rencontre à cheval, et le dernier fit une harangue à laquelle
répondit le duc Wolfljang de Deux-Ponts, beau-frère de la
princesse. Puis ils descendirent de cheval devant la porte de
Riquewir et suivirent à pied la voiture de la princesse jus-
qu'au château, où elle fut ac^mpaguée du duc Wolfgang et
du landgrave Louis, et reçue par la duchesse de Wurtem-
berg. Le même soir, après les cérémonies accoutumées, le
mariage fut béni en chambre par le ministre de la Cour du
comte George, Jean Schardin. Après le souper on conduisit
les époux dans leur chambre à coucher, où ils se mirent au
lit, tandis qu'on servit à ceux qui étaient présents du vin et
des confitures. Cette cérémonie fut suivie d'une danse au son
des fifres et des tambours. Nul ne fut admis à danser près
des nouveaux époux que les personnes prises dans le rang
des princes. Les comtes et autres personnes de la noblesse
dansaient sous leurs yeux, chacun avec deux flambeaux. Ce ne
fut que le jour suivant que les époux furent conduits à Téglise
au son des tambours et des trompettes. >
Bepas d'ontarromoiits*
Les funérailles donnaient lieu aussi à des repas. Voici ce
qu'en disait Pierre Toussaint, surintendant des églises, dans une
remontrance de Fan 15S6 qu'il adressa au Conseil de régence
de Montbéliard : c II y a aussi une mauvaise coutume audit
Montbéiiard, qu'après qu'on a ensépuli (inhumé) quelque
mort, tous ceux qui l'ont accompagné prennent celui duquel
on a ensépuli la femme ou l'enfant, et le mènent à la taverne;
et Dieu sait quelle beuverie on fait là avec grands dépens
superflus et perdition de temps, là où il suffirait qu'après
l'ensépulissement les parents ou quelques proches voisins ou
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40 RSVXnE D*âL8A0B
amis demeurassent avec les affligés pour les consoler, et que
les autres s'en retournassent à leur labeur. >
L'usage des banquets funéraires existait non-seulement
dans le peuple et la bourgeoisie, mais encore chez les princes
de Montbéliard. < J'eus l'honneur, dit le conseiller Perdrix
dans sa chronique, d'assister le 27 juillet 1663 aux funérailles
de Son Altesse sérénissime (le duc Léopold-Frédéric) et de
souper au château, où le peu d'ordre qu'il y avait en rendit
beaucoup de mécontents. »
Le 3 mars 1786, le duc Charles-Eugène rendit une ordon-
nance par laquelle il interdit aux personnes peu aisées toute
espèce de repas mortuaires qui, dit-il, « ne peuvent éfare que
trop onéreux et très incommodes aux parents de la personne
défunte; et pour que les avantages qui résulteront de la pré-
sente disposition soient généraux, nous défendons égal^nent
toute espèce de repas mortuaires à tous nos sujets de la
campagne, voulant pour cet effet que les parents du défunt
étrangers de son village, autres que pères et mères ou enfants,
ne soient point invités au convoi funèbre. »
L'usage des repas funèbres existe encore parmi les habi-
tants de la campagne. Je rappellerai à ce sujet une réponse
naïve qui me fut faite un jour par un jeune villageois auquel
j'avais demandé des nouvelles de son oncle, vieux célibataire
assez riche dont il était l'héritier : « Ah I monsieur, le pauvre
homme est mort; cela nous a fait bien de la peine; aussi lui
avons-nous fait un bel enterrement : nous avons bu au repas
180 litres devint >
Régime d'nn comte de Montbéliard.
Le jeune comte Frédéric de Montbéliard était à peine
arrivé à la Cour du duc Christophe de Wurtemberg (août
1668), qu'il fut soumis à un régime diététique dont les dis-
positions suivantes sont rapportées par Duvernoy dans ses
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GURiosrrÉB DE l'bibtoirb de montbéliard 41
éphémérides. Son lever ftit fixé pour toute Tannée à 7 heures
du matin; une soupe composait son déjeuner; on ne devait
servir à sa table ni poisson salé, ni anguilles, ni carpes, oins
êeuhment de la truite et du brochet; aucun mets ne pouvait
être assaisonné d'épices; la viande de bœuf et celle de porc,
la choucroute, les haricots et pois secs, les lentilles lui étaient
interdits; sa nourriture devait consister en légumes, œufe,
volailles, oisillons et jeune viande ; il ne devait boire qu'un
gobelet de vin par chaque repas, et 8*il avait encore soif, on
devait lui présenter ce même gobelet avec de Teau préalable-
ment bouillie ; il pouvait manger le tiers d'une grappe de
raisin, une demi-poire ou pomme, quelques cerises ou fraises,
mais ces fruits devaient avoir atteint leur parfaite maturité ;
tous les quinze jours il devait prendre un bain de vapeur;
diaqoe semaine on devait lui laver la tête avec une eau de
lessive; le barbier devait lui couper de temps en temps les
cheveux, mais tatAJaurs au croît de la hme et dam des signes
fawrables; il ne pouvait se coucher ni se lever qu'en pré-
sence de son gouverneur ou de son précepteur, qui tenait la
main à ce qu'il récitât ses prières avec dévotion; il ne pou-
vait porter ni poignard ni autres armes tranchantes; néan-
moins il avait une petite épée à sa ceinture quand il sortait
pour assister au service divin ou se rendre à la promenade;
on lui permettait de se livrer à des exercices du corps, tels
que l'escrime, la course, le jeu de quilles; le chant et la
musique devaient lui être enseignés; enfin chaque soir il
était tenu de venir souhaiter, en termes convenables. la bonne
nuit au duc Christophe, à son épouse, au jeune duc Louis et
aux princesses.
Au mois de mai 1577 le même comte Frédéric était allé
prendre les bains de Gœppingen, dans le duché de Wurtem-
berg. Voulant sans doute rendre sa cure plus salutaire et en
abréger la durée, il se baigna 180 heures consécutives, c'est-
à-dire l'espace de plus do cinq jours et cinq nuits complets.
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42 RBVUE d'albaœ
Déjà son père, le comte George, et après lui le duc Chris-
tophe, avaient fait la même chose, car on Ht dans une corres-
pondance manuscrite de ces princes que le second, étant à
Bnde, avait pris un bain dont la durée fut de 127 heures, et
que le premier s'était baigné en deux fois seulement au delà
de 600 heures, ce qui lui occasioniia une grave indisposition,
dont il ne ne fut délivré que quatre ans après.
Fêtes de villages.
Les fêtes de villages étaient et sont encore le motif de
copieux repas et de libations sans fin. Ces réjouissances
publiques sont souvent attristées par des querelles entre les
jeunes gens qui s'y sont rendus; d'où le proverbe qu'tV n'y a
pas de bettes fêtes sans coups demies et reçus.
En vue de réprimer les désordres qui en résultaient, le
gouvernement supprima, le 19 août 1546, les fêtes patronales
où se faisaient, dit l'ordonnance, < grands frais, danses, jeux
prohibés, grandes superstitions et décisions désordonnées. >
Ce règlement, ainsi que ceux qui parurent aux XVII* et
XVIII* siècles sur le même objet, ne fut exécuté que momen-
tanément. -
Parties de vignes.
Un usage qui existe encore dans le pays de Montbéliard,
est celui de convier ses parents et ses amis à un repas
champêtre dans la vigne que l'on vendange. On y mange sur
le pouce des choses froides, telles que pâtés, jambons,
andouilles et fromages. 11 n'est pas rare d'y boire plus de vin
(|ue l'on n'en récolte, surtout si Tannée est peu productive.
Heures des repas.
Au XVI* siècle, et beaucoup plus tard, les familles bour-
geoises de la ville dînaient à dO heures du matin et soupaient
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cuBiosiTÉs DE l'histoirb db montbéliard 43
à 6 heures du noir. Au XVII' siècle les princes de Montbé-
liard mangeaient à peu près aux mêmes heures. Ainsi. Léo-
pold-Frédéric, peu de jours avant son mariage avec sa cou-
sine Sybelle de Wurtemberg (22 novembre 1647), avait fait
le règlement suivant sur le service de sa maison : « A 9 heures
du soir, comme aussi pendant le dîner et le souper de la
Cionr, toutes les portes extérieures doivent être fermées;
chaque repas, composé de 12 plats en deux services et d'un
dessert, doit commencer et finir par une prière récitée à
haute voix; on doit dtner à 11 heures du matin £t souper à
6 heures du soir; au lever et au coucher, on distribuera à tous
les hôtes du château des coupes remplies de vin etd'hypoeras.
Le prince Greorge, frère et successeur de Léopold-Frédéric,
fit aussi un règlement pour les gens de sa maison. Entre
antred choses curieuses, il enjoignit à son maître d'hôtel de
tenir la serviette sous le bras quand il annonce que la table
est servie.
Le goûter, qui à la campagne s'appelle nouene et consiste
en un morceau de pain avec un oignon, du lard ou du lait,
prend le nom peu français à'envelle, lorsque les belles dames
de la ville se réunissent entre elles pour humer un délicieux
café à la crème, accompagné de pâtisseries, tout en devisant
sur les nouvelles du jour et en médisant un peu sur leur
prochain.
Vaisselle.
Au Xyi"* siècle la vaisselle d'étain était, même à la Cour
des princes de Montbéliard, la seule en usage dans les
&milles bourgeoises. Celle des campagnards était en bois ou
en terre. On servait le vin dans des coupes d'argent ou de
vermeil, et chaque famille un peu aisée en possédait un
nombre plus ou moins grand. Au XYII*" siècle nos comtes ne
mangeaient plus dans Tétain. Léopold-Frédéric avait de
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44 rbyub'd'alsaoe
Targenterie; mais à sa mort, arrivée en 1662, une partie
était m manu infidelium; il l'avait mise en gage chez un riche
banquier de Dôle pour avoir de quoi manger dans celle qui
lui restait.
Habitudes bachiques et ivrognerie.
Nous venons de passer en revue les principales circonstances
de la vie où nos a!eux aimaient à banqueter; mais Jes récep-
tions de leurs princes, le mariage ou le baptême de leurs
enfants, la mort de leurs parents, les fêtes de village, etc., etc.,
n'étaient pas des occasions assez fréquentes pour eux de se
livrer au plaisir de la table, de satisfaire leur terrible appétit
et leur soif ardente.
Parlons d'abord de BfM. les neuf maîtres-bourgeois, aux-
quels étaient confiées Tadministration, la justice et la police
de la ' ville de Montbéliard. Leurs séances, et elles étaient
nombreuses, se terminaient toujours par d'abondantes liba-
tions à l'hôtel-de-ville, qui était un véritable cabaret muni-
cipal. Ainsi, lorsqu'ils venaient d'être élus et de prêter ser-
ment au temple Saint-Martin, de bien et fidèlement remplir
leur mandat, ils se rendaient, suivis de leurs électeurs, au
cabaret de la maison de ville, pour y banqueter joyeusement.
Avaient-ils inspecté les cheminées, vérifié les poids et mesures,
procédé à la taxe des denrées, aborné quelques communaux
ou marchandé les réparations à faire aux bâtiments de la
ville; avaient-ils tenu la justice sous les halles, fait rédiger
quelque humble requête à S. E. le prince ou une supplique
aux seigneurs de sa Cour et chancellerie; enfin, avaient-ils
procédé à la vérification du budget de la commune, c'était le
motif de copieuses bmveries. Et le lendemain, l'hôte de la
maison de ville découvrait au milieu des gobelets et des brocs
d'étain renversés une délibération couverte de lie et de sauce,
mais bien libellée et surtout bien Jaconique. Il y joignait le
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CURIOSITÉS DE L'HIBTOIRS DE MONTBËLIARD 45
compte de Torgie et s'en allait trouver le fermier de la ville,
qui lui payait la dépense; car, il &ut le dire, tout cela était
fait peut-être dansTintérêtde la commune, mais certainement
toujours à son compte. Aussi, au XVI* siècle, la ville avait*
elle déjà beaucoup plus de dettes que de revenus. Mais le
crédit, à quoi eût-il été bon sans cela? < Le crédit est comme
le vin, disait sentencieusement Girard Belorce, l'un des maî-
tres-bourgeois de Tan 1578 ; si l'on n'en use point, il s'évente.»
Et tous ses collègues répondaient en chœur : Bmons donc!
Si par extraordinaire MM. les neuf-bourgeois ne se rafraî-
chissaient pas à rhôtel-de-ville même, ils se rendaient au
cabaret qui y était attenant, propriété de la commune et
loué à son proiBt C'est là qu'ils faisaient les nombreux dîners,
toujours aux frais de la ville, dont on trouve la mention à
chaque page des comptes de la municipalité.
La régence, les officiers des seigneuries, le magistrat des
villes, les maires et échevins des communautés rurales, ne
procédaient à aucune opération qu'elle ne fût suivie d'une
nouene ou goûter ; après la tenue des assises, chaque membre
recevait une indemnité pécuniaire destinée à sa r4fection, si
même on ne la lui donnait en nature, selon le tarif, qui la
réglait à 4 chimnes ou pots de vin (9 litres), une livre de
figues et une livre de raisins secs; le procureur général
percevait pareille quantité de vin pour son droit de réception
du serment des neuf maîtres-bourgeois de Montbéliard nou-
vellement élus.
L'exécution des criminels était même une occasion de pro-
fits gastronomiques. Les ministres de la ville, le maire, le
procureur général, les neuf-bourgeois et les quatre chésels ou
notables, qui étaient tenus d'assister au supplice des con-
damnés à mort, recevaient chacun comme salaire i franc
10 gros et 3 blancs, plus 4 channes de vin, une livre de
figues et une autre de raisins secs. Le greffier touchait 1 franc
et 4 channes de vin; les quatre sergents de ville qui escor-
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46 RBVUB d'albagb
iaient le criminel, et dont le dernier était appelé iue<Mens
ou chasse-pauvres^ recevaient chacun 6 gros et un pot de vin.
Après l'exécution, les neuf-bourgeois se rendaient au cabaret
et y dépensaient habituellement S florins à la charge de la
ville (6 francs faibles ou 96 sols tournois).
Quels bons buveurs étaient ces gens -là I mais aussi
quelles fortes têtes, quels estomacs complaisants et quelles
faces rubicondes ils devaient avoir I Faut-il donc s'étonner si
dans ces siècles de framhes Hppées le vin était devenu une
monnaie pénale? Le 6 décembre 1628, le Magistrat de Mont-
béliard, désirant obtenir de ses membres plus d'assiduité dans
leurs fonctions, décida que celui d'entre eux qui, sans motif
valable, se dispenserait de paraître aux jours des tenues de
justice et autres assemblées, serait condamné à une pinte de
vin au profit de la compagnie. Dans le règlement du 12 jan-
vier 1575 sur les médecins, chirurgiens et apothicaires,
rédigé par l'illustre docteur Jean Bauhin, se trouve l'article
suivant : « Ceux qui le dimanche feront barbes ou cheveux,
seront amendables pour chaque fois d'un quartei de rm, si
ce n'était grande nécessité. >
Les prêtres n'étaient pas plus exempts que leurs ouailles
du péché d'intempérance. C'est ce qui est démontré par
l'enquête qui eut li^u sur leur conduite en 1552, d'après les
ordres du gouveraement de Montbéliard, et qui fut Mte par
le surintendant des églises Pierre Toussaint. Nous en extrayons
les passages suivants :
t Le curé de Voiyaucourt but un jour avec un habitant du
village 7 channes de vin (16 litres), tellement qu'ils sortirent
ivres de table. Celui de Bavans s'en alla le jour de Noël der-
nier au cabaret et but jusqu'à minuit, Umt qu'il en put char-
ger, et comme quelqu'un lui remontrait l'indécence de cette
conduite, il s'en vint à lui jurant: < Mort Dieu! qu'est-ce que
ça te fait-il? tu pourrais bien avoir quelque malencontre! >
Et toute la nuit se promena avec son beau-frère par le vil-
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CURIOSITÉS DE l'histoire db montbêliard 47
lage, portant une arquebuse sur son épaule. -— Avant que
l'Evangile fut prêché publiquement es village, le curé de
Vaudoncourt avec trois autres prêtres voisins avaient le bruit
(renom) de vider les vaisseaux de vin partout où ils se trou-
vaient, et avaient fait une certaine paction entre eux, que
cekii des quatre qui serait ie premier surpris de tm, paierait
Téeot de tous. Le curé de Saint- Julien est souvent es tavernes
plein de vin, et là on fait un sot de lui Il a coutume que
quand on fait quelque banquet en commun, il se met en
chausses et pourpoint comme un laquais, pour rester aux
tables, puis danser comme les autres. Le curé de Désaudans
est compagnon de celui d'Âibre à boire, danser et faire toutes
sortes de dissolutions; grand blasphémateur. Etant récem-
ment aux noces d'Aibre, après avoir longuement ivr<^é et
gourmande (s'être livré à la gourmandise), après souper
amena un ménestrier à Désaudans, et donna nuitamment
des aubades auprès de la maison d'une veuve , etc. Quant
à la doctrine du curé d'Allanjoie, il prescha au peuple dudit
lieu, le dimanche après la feste de la Pentecôte, ces paroles :
€ Pùur cette heure je n'ai loisir de vous exposer TEvangOe^
car fat ici un mien cousin qui m'est venu voir, et me faut
Tatter festoyer. » Il avait ivrogne la nuit devant ce jour jus-
qu'à minuit. Un jour de feste Saint-Léger, s'étant enivré
avec plusieurs autres prestres, ils s'en allèrent jouer, et il fit
plusieurs grands blasphèmes, causant par les rues comme
un homme hors de soi, et trébuchant par les fanges et bour-
biers. A Dambenois, aux vespres, jetant son eau bénite sur
le peuple, était si ivre qu'il chancelait et trébuchait ça et là,
tellement qu'il mit la main jusqu'à terre et ne put retourner
à Allanjoie. Une autre fois étant ivre et devant l'autel, il se
mit à hurler comme un veau, ne sachant ce qu'il disait. Le
vicaire d'Aibre s'enivre journellement, et menace de battre
et tuer tous ceux contre qui il a quelque mécontentement, et
même ses paroissiens. Après boire, il saute et danse, et fait
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48 RBTUB D'ALSAOB
plusieurs folies indignes d'un pasteur; comme le lendemain
de Noël étant iyre, ne cessa presque tonte la nuit de courir
par le village avec le tambourin et quelques compagnons
audit lieuy et fut donner des aobades cette même nuit à
Semondans. — Le curé de Blamont prend son passe-temps
jour et nuit à ivrogner et jouer aux cartes arec le greffier
dudit lieu, tant en la maison de celuiHd qu'es tavernes. >
L'ivrognerie était chose si habituelle au XYII'' siècle, qu'un
contemporain, qui nous rapporte les fdtes qui eurent lieu en
1667 à Montbéliard a la Cour du comte George, à l'occasion
de la visite des princes de Wurtemberg, trouvait extraordi-
naire que personne ne s'y fftt enivré. D'un autre côté, nous
voyons que lorsque le duc Ulric de Wurtemberg, après être
venu assister aux funérailles de Léopold-Prédéric, son beau-
frèm quitta Montbéliard le 12 août 1662, ses domestiques
étaient très satisfaits éPa^nrir Hé saœéls tous les fours.
Le prévôt de Montbéliard, dans un mémoire qu'il présenta
en 1608 à la régence, résumait ainsi son opinion sur les
habitants du comté : < Les sujets sont tellement négligents
qu'ils ne se soucient de rien payer, et aiment mieux pour la
plupart boire et gourmander leur argent, s'ils en ont ou
s'embarquer en procès les uns contre les autres, que de
s'acquitter et payer leurs dettes; outre que cela les rend
paresseux à travailler. >
Dans le rapport du 7 septembre 1562 qui fut fait par le
surintendant des églises et les commisêaires de la régence
sur l'état moral des villages du comté de Montbéliard et de
la seigneurie de Blamont, on vDit que les habitants étaient
tous plus ou moins adonnés au vin, au jeu |et à des excès de
toute nature. La même chose fut constatée dans un mémoire
dressé à la suite d'une nouvelle enquête qui eut lieu en 167S.
En 1786 le surintendant des églises s'exprimait à son tour
de la manière suivante : c II règne dans un grand nombre
de villages un vice odieux et ruineux; il consiste non-seule^
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CURIOSITÉS DB l'histoirb db montbéliard 49
ment dans la paresse et Tesprit de cldcane, mais encore et
principalement dans l'ivrognerie à laquelle on s'abandonne
aujourd'hui plus que jamais. »
OrdonnaiLGes sur les cabarets et contre rivrognerie.
On, essaya de réagir contre ces funestes habitudes, et Ton
rendit plusieurs ordonnances limitant les dépenses excessives
qui se faisaient aux repas de fiançailles, de noces et de bap-
têmes. Mais elles ne produisirent que de faibles résultats,
étant enfreintes par ceux qui les premiers auraient dû les
respecter. Aussi l'inexécution de ces règlements de police
exdta-t-elle plus d'une fois les plaintes des pasteurs, et voici
ce que disait à ce sujet, dans une de ses remontrances au
Conseil de régence, le surintendant Pierre Toussaint : « Il
ne faudrait pas faire comme par ci-devant, qu'on mit seule-
ment par écrit une ordonnance de réformation et qu'on la
publiât et pendît au marché, et qu'ensuite on la laissât là, et
que ceux qui la publient fussent les premiers ti^ansgresseurs. >
Les cabarets qui, comme bien vous pensez, étaient très
fréquentés, furent l'objet de nombreux règlements. Ceux de
la ville étaient sous la surveillance directe des neuf maîtres-
bourgeois. En leur qualité de fervents adorateurs de Bacchus,
ils ne devaient rien négliger pour que les lieux où l'on
sacrifiait à ce Dieu laissassent quelque chose à désirer; et il
est à croire qu'en les inspectant, ils s'y attardaient quelque-
fois pour s'assurer que le vin qu'on y débitait était de bonne
qualité. Peu après l'an 1560 ils obligèrent les Mtes et taver-
fU&rs de mettre enseigne devant leurs maisons, fixèrent le
prix de la table d'hôte à S sols bâlois, et décidèrent que l'on
aurait pour son repas quatre bens et raisonnables metSj deux
sortes devin et du fruit. Ce n'était vraiment pas cher.
NouTeUeSéri« — 4i Année. 4
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50 BBVUB D*AL8ACB
Ge règlement fut pris à la suite d'une remontranoe adressée
au Magistrat de la ville le 11 août 1550 par le Conseil de
régence, remontrance concernant Textirpation de divers abus
et rétablissement d'une bonne police à Montbéliard. On se
plaignait notamment de ce qu'il n'y avait pas d'auberges suffi-
santes et convenables pour recevoir les étrangers, et qu'ils y
étaient rançonnés, ce qui était cause qu'ils ne séjournaient
pas dans la ville.
Dans son ordonnance judiciaire du 21 août 1684, le duc
Frédéric, c pour prévenir les excès intolérables qui se com-
mettaient dans la manière de vivre de ses sujets, qui fré-
quentaient les hôtelleries, cabarets et tavernes d'une fiiçon
telle qu'ils négligeaient de vivre honnêtement et sobrement
^en leur domicile avec leurs familles, ne s'occupaient plus de
leurs affaires, laissaient leurs terres sans culture, et dépen-
saient leur avoir, si bien qu'ils étaient réduits à la mendi-
cité, etc.; > le duc Frédéric, disons-nous, défendit à toute
personne de firéquenter les cabarets de son domicile, sous
peine de 10 livres d'amende, et dans le cas d'insolvabilité, de
huit jours de prison au pain et à l'eau, tant contre les auber-
gistes que contre les consommateurs. Il permit néanmoins
aux personnes d'aller acheter du vin dans les cabarets pour
le boire chez elles ; en outre*, les juges, qui se rendaient dans
les localités soumises à leur juridiction pour y rendre la
justice, pouvaient prendre leur r^fedUm et dîner dans une
auberge.
Cette ordonnance fut renouvelée en 1587, 1621, 16S7,
1644, 1660 et 1662. Le 21 mars 1724, il fut défendu aux
cabaretiers de donner à boire plus tard que 10 heures du
soir, et pendant les dimanches et jours de fête, sous peine de
dix livres d'amende la première fois, et du double en cas de
récidive. Le 27 novembre 17S7, on leur interdit de fiiire
aucun crédit, sous peine de n'iivoir aucun recours pour le
paiement de telles créances ; d'avoir dans leurs établissements
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CURIOSITÉS DE L'HISTOIRE DE MOMTBÉLIARD 51
des consommateurs après 10 heures du soir, et de donner à
boire et à manger les dimanches matin et les jours de fête,
sous peine de 10 livres d'amende. En outre, ceux qui étaient
trouvés ivres sur la voie publique, devaient être mis en
prison. Cette ordonnance fut confirmée en partie par une
autre du 10 mars 1792.
Droits sur les vins.
L'achat et le débit des vins n'étaient pas libres dans le
comté de Montbéliard ; ils étaient soumis au droit de Banvin
et à celui d'Angal; le premier était perçu au profit du comte,
le second à celui de la ville de Montbéliard.
Voici comment, dans un dénombrement de Tannée 1681, le
duc Frédéric-Charles, administrateur du Wurtemberg, agissant
comme chef de la famille pendant Tabsence du comte Georges
de Montbéliard, définit le droit de Banvin tel qu'il s'exerçait
à Montbéliard : < Item, nous compëte le droit de banvin qui est
tel que, par chacun an, pouvons faire vendre vin l'espace de
six semaines entières et consécutives, sans que nul autre,
quel qu'il soit, puisse ou doive vendre ou débiter autre vin
que du nôtre; et si autrement nous plait, pouvons faire
publier ledit droit et en donner l'échute au plus offrant et
dernier enchérisseur, ou même, si ainsi nous plait, l'admodier
et donner à main-ferme ; et peut valoir par communes années
5, 6, jusqu'à 700 francs, quelquefois plus et moins. >
A côté de ce droit, il en fut établi un autre, le 1" janvier
1692, par le prince Frédéric, par lequel il réservait au
domaine le monopole de la vente du vin dans le cx)mté de
Montbéliard et les seigneuries pendant toute l'année. Sur les
représentations qui lui furent faites de toutes parts, son fils
et successeur, le duc Jean-Frédéric, supprima ce monopole le
6 novembre 1608.
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52 REYUB D* ALSACE
n ne faut pas confondre le droit de Banvin avec VArgal,
impôt perçu au profit de la ville de Montbéliard sar le vin
qui s'y débitait II était primitivement* (XV* siècle) d'un denier
par channe, soit 3 sols ou i batz par tine ; il fut augmenté
par une ordonnance du duc Louis-Frédéric, du 6 décembre
16S0, sur la demande de la municipalité, de 2 batz, à condi-
tion que le produit en serait employé au paiement des dettes
de la ville.
Nature des vins du pays de Montbéliard.
Avant de terminer ce chapitre concernant les mœurs
gastronomiques et bachiques de nos ancêtres, disons un mot
des vins dont ils faisaient une si grande consonmfiation. Us
provenaient en majeure partie des vignobles du pays. Sur la
table seule des princes de Montbéliard et de leurs principaux
vassaux, l'on servait les grands crûs de Bourgogne et
d'Alsace.*
Les vignes du comté de Montbéliard étaient beaucoup
plus nombreuses anciennement que de nos jours. Gela
s'explique lorsqu'on songe que ce pays était séparé de
l'Alsace et de la Franche-Comté par des lignes de douane,
que les droits d'entrée étaient considérables, et que les voies
de communication étaient très difficiles. Les habitants de la
principauté étaient obligés de cultiver eux-mêmes leurs
vignes, et ce n'était que dans les mauvaises années, lorsque
la récolte avait manqué, qu'ils faisaient venir des vins des
contrées voisines.
Les vins de notre pays sont peu alcooliques, légèrement
acidulés et ont un goût de terroT assez prononcé. Ceux que
Ton récolte dans les bonnes années, sont agréables à boire.
^ Voyez ce qui a été dit sur le banquet donné par E6erhard-le -Barbu,
eu 1470.
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GUmOSITÉS DE l'histoire DE MONTB&LIARD 53
Les meilleurs vins blancs sont ceux de Bart et d*Ecurcey ;
les meilleurs rouges proviennent des côtes de Fremuje
(Doadeval), et de Saint-Symphorien (Mathay). Une bonne
andouille (saucisse faite de viande de porc assaisonnée de
cumin et fumée), arrosée d'une bouteille de ces vins, constitue
un goûter qui est en grand honneur parmi les habitants du
pays. Le plus mauvais crû est celui de la citadelle de Mont-
béliard : c'est un vrai tord-boyàux; aussi dit-on qu'il faut
quatre personnes pour en boire un verre.
P.-E. TUEFFERD.
(la 9uUe h la prochaine livraisonj
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COLLECTIONS
ET
COLLECTIONNEURS ALSACIENS
I6OO-I82O
Q^ntiquitésy dMonnaies^ ^MidailleSj Tableaux^ ^Manuscrits
Gravures^ Curiositisy etc.
< Les collectionneurs sont les heureux du siècle, ils
échappent à l'ennui, se préoccupent peu des bruits de la
terre, peuvent satisfaire leur passion prédominante à tout
ftge, vivent généralement fort vieux, et meurent presque sans
s'en douter. Chaque jour leur apporte une jouissance nou-
velle, et les plus experts ont la joie de contenter leurs désirs
en augmentant leur fortune; car une collection bien faite
acquiert souvent la valeur d'un gros patrimoine.* » A ce
tableau si vrai, tracé de main de maître, il faut ajouter
qu'avant la fin du XVII* siècle, et avant la réunion de
l'Alsace à la France, il existait déjà, dans cette province,
< des cabinets de curiosités tant naturelles qu'artificielles.' >
« Si les bibliothèques ' sont des amas de livres, selon l'auteur
de la Bibliothèque curieuse et instructive, les cabinets, au
^ LoRÉDAN Larchrt. Revue anecdotique, Paris, 1859, p. 193.
* IIrrmann. Notices historiques, littéraires et statistiques sur Stras-
bourg, 1819, 381-392.
• Trévoux, 1704, in-12. Exemplaire de Fabbaye d'Etival.
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OOLLBOnONS BT OOLLBCTIONMISUBS ALBA0IEM8 66
contraire, sont destinés à certains livres de choix et aux
curiosités qui en peurent faire Fornement ; les plus ordi-
naires sont les tableaux, estampes, monnaies, sceaux,
médailles, jetons, statues, raretés des Indes, de la Chine, du
Japon, animaux étrangers, plantes singulières, métaux^
minéraux, pierreries, camaïeux, pierres gravées, agates,
talismans, manuscrits, cartes, armes antiques et modernes,
instruments de musique, habits de toutes les nations, poids
et mesures des anciens, coquillages, pétrifications, urnes,
vases, lampes antiques, etc. >
Gomme on le voit, le champ est vaste pour les chercheurs,
même il y a deux cents ans. époque où furent écrites ces
lignes. L'amateur moderne n'y trouvera rien à changer. C'est
pour lui faire connaître les noms de quelques-uns de ses
confrères alsaciens, que j'entreprends ce travail, heureux si,
malgré de nombreuses lacunes, il en est satisfait.
DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.
Le cabinet Scbafelitzky ou SchafflUtzel est la plus ancienne
collection strasbourgeoise que j'aie pu rencontrer. Gaston
d'Orléans avait offert 24,000 florins pour les 18,000 monnaies
ou médailles, pesant 200 livres en argent et 14 marcs d'or,
qui en étaient le plus bel ornement, et qui attiraient dans
rhôtel Scbafelitzky, rue des Pucelles, tous les étrangers de
distinction, lors de leur passage dans la capitale de l'Alsace.^
Gaston, comme on le sait, grand amateur de raretés, était,
pour s'en procurer, continuellement en correspondance avec
les savants du temps, soit par lui-même, soit par son biblio-
thécaire, l'abbé Blondeau.
Les riches patriciens strasbourgeois avaient, comme dans
beaucoup d'autres grandes dtés, le goût des raretés. Sébastien
Schag, dont le nom a survécu, grâce à son voyage en Terre-
* F. Pitou. Strasbourg illustré, v. p. 81.
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56 BEVXTB D*^LSAOB
Sainte, avait, de retoar à Strasbourg, et étant membre du
Conseil des Quinze, acheté une mèche des cheveux du célèbre
peintre Albert Durer.* Cet amour des belles choses animait
aussi les plus grands seigneurs : le cardinal de Richelieu,
pour augmenter ses trésors bibliographiques, payait large-
ment des érudits de tous les pays, entre autres Jean Tilman
Stella, d'origine allemande. Ce choix était justifié par la
profonde connaissance des livres qu'avait ce docte persoimage,
qui, outre une riche collection d'imprimés, possédait une
magnifique suite de manuscrits qui avaient déjà fiiit, avant
la sienne, la réputation de deux bibliophiles, enfants tous
deux de la ville de Schlestadt : Jacques Spiegel, secrétaire de
l'empereur Maximilien, et Jacques Wimpheling.
A Paris, le docteur Jacques Mentel, né à Château-Thierry,
de parents originaires de Strasbourg, avait aussi commencé
de bonne heure à amasser des. manuscrits précieux. Il avait
le manuscrit grec de Simon Sethi, d'après lequel on donna
l'édition grecque et lati«}e de 1657, et des manuscrits et révi-
sions de Cetse, dont Gui Patin lui reprochait, au mois de
juin de la même année, de faire attendre trop longtemps
l'impression, t II est vrai que Mentel avait le défaut de
beaucoup de collectionneurs: il achetait avec la ferme inten-
tion de publier, mais il ne faisait jamais rien.' » Sur quoi,
Gui Patin, prenant le parti des éditeurs des classiques, qui
avaient souvent recours à lui, ne manquait pas une occasion
de le railler.
Pierre Petit adressa au docteur Mentel, une de ses élégantes
odes latines, dans laquelle on trouve les vers suivants :
sic te M enteli, si qua întracta'bile cœlum
Non sinit agrorum peilere more fores;
* X. MossHANN. Notice pabliée dans le Dictionnaire biographique
d'Alsace, 1869.
' Â. DB LA FiZBLiBRB. Rimaille sur les pltis célèbres bibliothèques de
PariSj p. S59'
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COLLECTIONS ET OOLLECTIONMEUBS ALSACIEMS 57
Intentum libris, veterumque obscura medentum
Scrinia versantem Pieris umbra tenet.
En 1669, la bibliothèque de Mentel, alors riche de plus de
10,000 volumes, alla enrichir celle du roi.
Ce médecin bibliophile, dont les ancêtres avaient quitté
l'Alsace en 1548, était parent de Jean Mentelin, l'inventeur
de rimprimerie. Quoique le nom de Jean Gutemberg ait
prévalu dans la capitale de TAlsace, bien des érudits acC/Or-
dent le premier rang au modeste enfant de Schlestadt. Parmi
eux, on peut citer l'avocat Dorlan, l'imprimeur Heilz.^ Grâce
à leur zèle et à celui du curé d'Obernai, le buste de Mentelin
fut inauguré dans une des salles de la bibliothèque de la ville
de Schlestadt. L'historien Schœpflin conservait précieuse-
ment dans son cabinet la pierre tombale de Mentelin. Ce
modeste monument, gravé par Weis, pour le Muséum Scficspf-
Uni d'Oberlin, a été détruit lors du funeste embrasement de
la bibliothèque de Strasbourg, pendant le siège de cette ville.
Une autre relique existerait encore peut-être de l'illustre
imprimeur. Gela serait sa presse, qui, d'après Hermann,
fut longtemps conservée avec soin: peut-être, dit-il, sera-
t-elle retrouvée quelque jour parmi les nombreux modèles et
machines depuis trop longtemps entassés dans une chambre
obscure, d'où, faute d'emplacement convenable, on n'a pas
encore pu les retirer. Cette chambre obscure est un des
étages de la tour qui servait d'observatoire, la tour près de
l'hôpital actuel.' Le docteur Mentel avait déjà cherché, par
divers écrits, à tirer de l'oubli la mémoire de son parent.
' Gh. Gérard. Les Artistes de l'Alsace pendant le may enrage. 1872.
Feu Heitz était un des pins intrépides coUectionnenrs de tout ce qui
regardait FAlsace. « La détermination du véritable inventeur de Fart
typographique formait le sujet favori de ses études, pendant ses der-
nières années » (R. Rbuss. Catalogue Heitz, 1868.)
' HsRifANN. Notices UttéraireSt historiques, sur Strasbourg, 1819,
t. U, p. 413.
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58 REVUE D*AL8^0B
Tout ce qui peut constituer un cabinet se trouvait chez
Louis-Baltbazar Etlnast, riche négociant strasboui^eois et
assesseur au grand Sénat. Il avait des objets d'bistoire natu-
relle, des antiquités, des monnaies, des médailles, des curio-
sités, des gravures et des tableaux. Parmi ces derniers,
quelques œuvres de Jean Baldnung dit Grfln, peintre mort à
Strasboui^ en 1546; quatre toiles de Jean Hirtz: la Vierge
avec t enfant Jésus; tm Port de mer; une Forêt; ht Mort
tirant sur un vieillard et sur une vieille femme. Toutes ces
peintures étaient exécutées à Thuile, les trois dernières sur
cuivre. Presque tous les peintres alsaciens étaient représentés
dans la galerie de Eûnast. Cet amateur passionné avait réuni
en outre plus de 8,000 gravures, et son catalogue ^ porte le
nom de plus de cent maîtres. Ktlnast avait la vue de la
catbédrale, découpée en parchemin, d'après le dessin de
Specklin.
Le catalogue EUnast se trouvait dans une collection de
livres vendus récemment à Strasbourg ; c'était une brochure
în-18,imprimée à Strasbourg, en 1656-1668.'
Un des fils de Balthazar-Louis on de Georges Eûnast, Gt
vendre toutes les raretés amassées par sa famille depuis tant
d'années. L'Armoriai d* Alsace, de 1696, mentionne un
Philippe-Hougs Eûnast, avocat et procureur au grand Sénat.
* C'est un des plus ancieus connus. Voici le titre : EXÛTIKO-
OAYMATOY-PrHMATO-TABïEION, d. t. OrdenUiche Verzeichnusz
derjenigen Raritœten fremder und anderer Sachen so sich in Hem
BaUhazar Ludwig Kunasts E. E. Grossen Raths Beysiizers und fur-
nehmen Handelsmanns sed. hinder lassener Kunstkammem befunden,
Strassburg, gedu bey. I. Wdpem, im, J, MDCLXVlll, inS".
La seconde édition in-4* parut en 1673. Musewm genuinitm Kunaste-
rium. Le professeur Hermann avait ces deux catalo||[ues; la bibliothèque
de Strasbourg en avait aussi un exemplaire. Il est moins que cendres
actuellement.
* Weickamms KwMtkammer in UVm zu sehen, etc. (Librairie Âug.
Simon. Novembre 1874.)
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COLLECTIONS BT COLLBCTIONNBURS ALSAOIBNS 50
n a laissé des notes très curieuses sur Strasbourg.^ Selon
lui, à la fin du XVU* siècle, on comptait dans cette ville, sept
beaax et grands jardins, connus sous le nom de Lemps,'
Flacb, * Eausmann, * Spielmannj ^ Lobstein, * Sebitz, ^ et
RicbshofFer.
Outre un beau jardin, Tammeister Daniel Ricbshoffer, né
le 10 décembre 1640 et mort le 2S septembre 1695, avait
encore une belle collection de tableaux et de gravures.^
Un M. de Ratzamhausen^ de Strasbourg^ avait réuni un
cabinet aussi important que ceux de Kttnast et de Bracken-
hofEer. Son catalogue est mentionné par Eeysler, dans ses
Neuegtm Beism, 1. 1*', p. 152, en l'an 1729. Il a été réimprimé
en 1768, à l'occasion de la vente de ce qui restait de ce
cabinet. M. de Ratzambausen, outre une riche bibliothèque,
un médaillier, avait plus de 30,000 gravures. Un tatou
(Panzerthier) à neuf bandes, décrit par Scbreber, passa de
ce cabinet dans celui d'Herroann.
Schœpflin avait proposé à Dom Galmet Tachât du cabinet
Ratzambausen, pour le. monastère de Senones. Le propriétaire
en demandait 30,000 francs, mais peut-être serait-il plus
traitable,' observait-il.
* 1* Beschreibung der Stadt Strassburg, 2 volumes manuscrits in-4',
complétés par G. Schertz. Hermann s'en est servi pour ses notices.
2* Dodecas anctgrammatum ; épitaphiorum atque inscriptionum sepul-
eralium prœsertim argentoratensium. Cette dissertation est citée par
l'arctiiviste Breu (V. Aufschlagbr, l'Alsace), Toutes ces richesses, conser-
vées dans la bibliothèque, sont perdues k jamais.
' Sénateur.
* Médecin (famille d'imprimeurs célèbres).
* Orfèvre.
* Sénateur.
* Marchand.
^ Médecin professeur.
* Son portrait a été gravé par J.-A. Seupel. Presque tous ses tableaux
passèrent dans la collection May no.
* L'abbé Guillaume. Nouveaux documents sur la correspondance de
D. Calmet Nancy, 1874, p.l94.
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60 BBYUE D*ALSAGB
On pouvait alors aisément se former une collection d'an-
tiquités. Celles-ci n'étaient pas rares en Alsace. Beaucoup
gisaient où la charrue venait de les découvrir : souvent un
dieu était converti en moellons. Les murs du couvent des
Récollets d'Ëhl petit hameau bâti sur les ruines de Tantique
HelvetuSj près Benfeld, renfermaient une foule de sculptures
gallo-romaines. Plus tard, la bibliothèque de Strasboui^ y
recueillit deux autels, dont un quadrilatéral avec les figures
de Minerve, de Mercure, d'Hercule et de Vesta.
Bien des églises avaient des fragments antiques incrustés
dans leurs murs : celles de Schweighausen, de Dorlisheim.
de Langen-Souitzbach, de Seltz, d'Avolsbeim, de Mackwiller,
la chapelle de Reichshoffen, etc. Dans le département de la
Meurtbe, il n'y avait que l'église de Tarquimpol (l'ancienne
station de Decempagi), qui offrait cette particularité.
Strasbourg eut dans ses murs, quelques années avant sa
réunion à la France, un célèbre numismate parisien, le
docteur Charles Patin. Il y fit imprimer, en 1671, ses /mpe-
ratorum romanorum numwnata,^ ouvrage bien oublié de
nos jours, et c'est de cette ville qu'il écrivit, en janvier et en
octobre de la même année, les relations de ses courses artisti-
ques et numlsmatiques en Allemagne. Il est à regretter qu'il
n'ait pas donné la description de « la fameuse ville de
Strasbourg > qu'il avait promise.
Quelques propos indiscrets lui avaient attiré la haine de
Colbert, et il avait cru prudent de s'expatrier. Il alla mourir,
toujours exilé, à Padoue, où il occupait une des chaires de
l'Ecole de médecine. On le voit, sur son beau portrait in-4%
revêtu de sa robe de docteur, tenant une médaille à la main;
la chaîne d'or à médaillon, présent du prince de Wurtem-
berg, pend à son col; un riche médailler est à côté de lui.
^ Relouons..,, de voyages en Allemagne, Bohême, Angleterre^ etc.
Amsterdam, 1095, p, 135.
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COULEOTIOK8 ET OOLLEGTIONMBURS ALSACIENS 61
A droite, sous le trait, T. Roos del. Au dessous, le professeur
B€Bcler a écrit un quatrain laudatif en latin.
A Strasbourg, le cabinet d'Elias Brackenboffer, issu d'une
famille patricienne de cette ville, était excessivement curieux.
Beau-frère du célèbre généalogiste Spenerus, Elias, né en
1618, voyagea pendant les années 1643 et 1647, en Alle-
magne, en France et en Italie. Il a laissé sur ces pays d'in-
téressantes relations avec des notices sur les villes qu'il a
parcourues, sur les mœurs et sur les personnages notables
de l'époque, avec un grand nombre desquels il s'était mis en
relation. Pendant ses voyages, il réunit les premiers éléments
de sa riche collection d'antiquités, de monnaies, de médailles,
d'objets d'histoire naturelle, d'objets d'art, de curiosités, de
tableaux et de gravures. La relation de ses voyages n'a
jamais été publiée, et le manuscrit de sa collection de
monnaies fut donné à la ville par le dernier de ses descen-
dants.* Elias Brackenboffer demeurait rue des Serruriers,
dans l'hôtel de sa famille, devenu, de nos jours, la Brasserie
du Léopard. (Piton, v. 204.)
On remarquait dans sa galerie de tableaux plusieurs toiles
de vieux peintres strasbourgeois : un Saint Jérôme sur
ifmre^ par Pierre Dieterlin ; deux aquarelles sur bois : le
Rapt des Sabines et le Christ en croix, par J.-Félix Bicler, etc.
Le catalogue Brackenboffer parut en 16S8, lors dune
vente que Ton fit d'une partie de ses curiosités. La minéra-
logie allait jusqu'à la page 78; l'histoire naturelle jusqu'à la
page 91 ; la botanique jusqu'à la page 94; les « choses arti-
ficielles » jusqu'à la page 110; et les antiquités jusqu^à la
page 160.*
' Frédéric Brackenboffer, maire de Strasbourg. Après le blocus de 1814.
les Strasbourgeois lui offrirent un vase en vermeil ciselé par Kirstein,
d'après les dessins d'Ohmacht, qui sculpta aussi son buste. M. Bracken-
boffer possédait une grande toile de Heim, représentant Faustinus
apportant à sa femme Romulus et Remus.
* J. Hbrx ANN. Les différents cafnnets de curiosités de Strasbourg avant
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60 BEYUB D ALSACE
Le catalogue des monnaies donné à la ville formait
S volumes iu-folio ; il avait été rédigé par le collectionneur
lui-même, sous le titre : Pecimiarum nummarumque toUus
fere orbis historia et jura, lexiei forma proposita, ou B&-
schreibtmg der meisten Oeldsortm der ganzen Welt, nach der
Ordntmg des Alphabets vorgetragen. Strasbourg, 1665, Tous
les ouvrages numismatiques alors connus sont Cités dans la
préface.
Il est étonnant que Fauteur de la Biblioffièque curieuse
(p. 116) mette ce catalogue comme imprimé à Strasbourg,
in-4'*, en 1577. Le même ordre n'est observé que dans celui
d'OlœUs Worm, de Copenhague. Elias exhorte d'abord les
curieux à dresser plusieurs cabinets semblables, pour Futilité
du public et pour retirer de l'oubli et de la poussière une
infinité de choses rares et curieuses qui périssent, étant
dissipées.
Le savant collectionneur qui donnait de si bons conseils
était en outre un bibliophile distingué, qui avait eu le bon
esprit de faire graver pour sa bibliothèque un ex libris
finement travaillé avec ses armoiries parlantes, comme les
décrit Y Armoriai d'Alsace, qui donne également le blason de
sa femme, Barbe Ehrard. La devise du noble conseiller des
Treize, était : A. 37, V. i, Wirds wohl machen.
Une collection qui attira l'attention du savant Dom
Ruinart, de passage à Strasbourg pour y faire des recher-
ches historiques, fut, en 1696, le Muséum Ipolii (sic), qu'il
déclare être d'une grande richesse en objets précieux de
tout genre. Il aurait été à désirer que le savant religieux eût
été plus explicite et nous ait initié un peu plus à la vie
intellectuelle du Strasbourg de cette époque. Quoi qu'il en
soit, Dom Ruinart a voulu sans doute parler du cabinet de
la Révolution de 4789; 3 pages manuscrites ia-4*. Collection Heitz,
n"" 1498. (A la bibliothèque de l'Université de Strasbourg), manuscrit de
l'un ou l'autre des frères Hermann.
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GOLLBCnONB ET G0LLB0TI0NMEUB8 ALSACIENS 68
Sporer ^ ou de Jean-Frédédéric Spoor, libraire, remarquable
par ses objets d'histoire naturelle, ses curiosités et ses objets
dart, et dont la marque était un olivier croissant sous la
gloire de Dieu ; devise : sic facile cresgam ; au bas^ son
monogramme. Gomme en Italie et ailleurs, les libraires
strasbourgeois possédaient des antiquités et des objets d'art.
Dom Ruinart eut le bonheur de rencontrer, dans le vicaire
général de Tévéque de Strasbourg, un bibliophile distingué
et un savant appréciateur des études historiques. C'est à
Feldkircb que l'abbé de Gamilly ' vint trouver Dom Mabillon.
Après avoir assuré l'élection de M. de Rohan, comme
chanoine, puin comme évéque de Strasbourg, M. de Gamilly
fut nommé à l'évêché de Toul, puis à l'archevêché de Tours.
On conserve encore le catalogue de la vente de ses livres.
Dans l'enclos de Sainte-Odile, il existe une pierre-borne à
ses armes, et son portrait se trouve à la bibliothèque de
Gaen, comme bienfaiteur.
Le cardinal de Rohan, premier du nom, évéque de
Strasbourg, acheta, moyennant 86,800 livres, la célèbre
bibliothèque de Thou, possédée alors par le président de
' Hbrmann, t. II, p. 382. Sporer, amateur d'objets d'art, d'histoire
naturelle et de curiosités. Sporer et Spoor doivent être le même nom.
* Et non Vahbé de Camillac, comme l'écrivent Matter et l'abbé Mar-
chai : iUustrimmum ahbatem CamiUiacum vicariwn generalem (l'abhé
de Gamilly, vicaire général). Il s'est rendu assez célèbre en Alsace
pour que Ton se souvînt un peu plus de son nom. M. Gh. Gérard
en parje longuement dans sa charmante brochure V Alsace h table.
Son catalogue de livres est intitulé : CamiUia/na, seu catalogue libro-
rum htbliothecœ D. D. Francisci BUmet de CamiUy , archiepiscopi
Turonensie. Parisiis. C. Osmont et Gàb. Martin^ 4796^ (Vente Luzar-
ehes 1869, n* 5991 ) Le portrait de M. de Gamilly a été gravé dans
VBisUnre du diocèse de Tovl, par le R. P. Benoît Picard. L humble
capucin a du être bien étonné, dans l'antre monde, de la bévue
du savant abbé Marchai, qui a eu le tort de sauter plusieurs passages
dans la traduction du Voyage de Dom Ruinart en Alsace (Documents
sur VHisioire de Lorraine, 1862» p. 83), qu'il traduisit.
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64 RBVUB d'albagb
Menars. Le cardinal avait déjà un commencement de biblio-
thèque. Il habitait, à Paris, Tadmirable hôtel qui porte
encore son nom, rue du Chaume. La collection qu'il venait
d'acquérir fut placée dans les appartements du rez-de-
chaussée, et par ses ordres, son bibliothécaire, Tabbé d'Oliva,
Italien d'une grande érudition, rendit a la bibliothèque de
Tbou une partie de Téclat dont elle avait joui sous son
premier maître. Il l'augmenta des manuscrits de la collection
P. Pithou, de Nicolas Lefêvre, de P. Dupuy (dans ces derniers
était le recueil de Loménie). Cette belle bibliothèque, un des
joyaux de Thôtel de Soubise, eut une bien triste fin : elle fut
vendue lors de la faillite du prince de Guéménée. La vente,
qui eut lieu en 1789, dura quatre mois, et ne produisit que
la faible somme de 26,000 francs, chiffre bien inférieur à sa
valeur. Il y avait 60,000 volumes 1 1 1 Ils sont, pour la plupart,
bien reconnaissables à leur belle reliure en maroquin rouge
avec filets et tranches dorées et armoiries sur les plats.*
Un souvenir bibliographique se rattache encore à la
mémoire du cardinal de Rohan. Ce fut lui qui, en 1735, lors
d'une visite à Tabbaye princière des chanoinesses de Rémi*
remont, comme délégué apostolique, ordonna l'établissement
d'une bibliothèque dans l'illustre Chapitre.' Ce fut le commen-
cement de la future bibliothèque municipale de la ville.
A Colmar, Nicolas Corberon père, premier président du
Conseil souverain d'Alsace, avait apporté, en 1700, de Metz,
où il était procureur général, une assez importante collection
de manuscrits sur la Lorraine et le pays messin, et une
^ A. Frangklin, La Bibliothèque de J.-A. de Thott {Bulletin du bour
quiniste, 1870, p. 25).
« Le cardinal de Rohan, dit Madame dans sa Correspondance^ a belle
mine comme madame sa mère ; mais il n'a pas de taille : il est vain
comme un paon, plein de fantaisies, tripotier, intrigant, esclave des
jésuites ; il croit tout gouverner, et il ne gouverne rien ; il croit être
sans égal au monde. » (Paris, 1863, 1. 1, p. 214.)
' Statislique des Vosges, t. î, p. 590, 1847.
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GOLLEOnONB ET OOLLBOnONNBUBS ALSACIENS 65
collection de médailles antiques.^ Son fils, également premier
président à Golmar, donna le tont à Dom Galmet, abbé de
Senones, après le décès de son père. Ce dernier, né à Paris
en 1658, fut enterré à Golmar , dans Téglise des Pères
Âugustins. Le premier président Rossée occupait, dans ses
derniers temps, rhôtel Gorberon. Le graveur des Rochers a
reproduit, dans une grande planche, les traits de t^ois
Gorberon : les deux de Golmar et celui qui fut avocat général
à Metz.
Le mathématicien strasbourgeois Jean-Gaspard Eisen-
schmidt était un archéologue distingué; il s'était passionné
pour les antiquités, les monnaies et les médailles. Après son
décès, en 1712, la ville de Strasbourg acquit ses instruments
astronomiques. Son quart de cercle, garni d'une lunette sans
micromètre et d'un limbe en cuivre divisé par transversales^
fut k*ansporté à l'observatoire, où il était conservé avant
1789, comme objet de curiosité.' C'est le mathématicien
strasbourgeois, Jules Reicheit,* numismate et amateur lui-
même d'antiquités, comme Ëisenschmidt , qui décida le
magistrat, en 1678, à céder la tour de l'hôpital pour les
observations astronomiques.
Les peintres Walther père et fils avaient formé un cabinet
d'objets d'art et de curiosités à Strasbourg. Ils sont dtés par
Hermann avec d'autres amateurs du même genre, le mathé-
maticien Jules Reystz et un bourgeois i;ommé Mfilbe. Les
chirurgiens A. Erieger et Herr collectaient les antiquités, les
monnaies et les médailles; le marchand Georges Menges
recherchait les objets d'art, les curiosités, les gravures et les
^ VEx Ubriê de M. de Corbeion est anonyme ; on y voit ses armes
d*aziir au chevron d'or accompagné de trois tours de môme; deux
licornes pour supports. D. Galhbt. Bibliothèque lorraine. S. Libutaud.
Catalogue des portraits lorrains,
' Obirlin. AUnanach ^Alsace, 1788, p. 360.
• 1637-1717.
Nouvelle Série — 4« Année 5
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66 REVUS d' ALSACE
tableaux. Le greffier de la fabrique Notre-Dame avait réuni
beaucoup d'objets d'histoire naturelle, ainsi que MQlbe, cité
plus haut.
DIX-HUITIÈME SIÈCLE.
Le botaniste Jean-Philippe Bœcler, fils du professeur à
TEcole de médecine/ outre sa bibliothèque scientifique, avait
réuni beaucoup de médailles, de monnaies et d'antiquités.
Cette collection fut dispersée après sa mort, arrivée en 1766.
Un avocat au Conseil souverain d'Alsace, Nicolas-Joachim
Descartes, nommé, en 1718, conseiller au Parlement de Metz,
était aussi un chercheur infatigable. Il avait'fait détacher les
deux inscriptions d'un autel quadrilatéral en pierre, trouvé
près de Metz en 1749, et en avait fait don à M. Gayot, depuis
préteur royal à Strasbourg. M. Gayot fils les donna à
Schœpflin.' A la mort de M. Descartes, arrivée en 1769, à
l'flge de 77 ans, on vendit toutes ses collections. M. Dupré de
Geneste acheta, pour 2,295 livres 6 sols, un lot très impor-
tant d'estampes, d'objets d'histoire naturelle, de tableaux, de
porcelaines, de dyptiques en ivoire, etc. Les Bénédictins
messins ont signalé le conseiller Descartes comme un homme
de goût, possédant de grandes connaissances en archéologie.*
Le professeur de logique et de métaphysique J.-P. Bar-
tenstein* (1652-1726), originaire de Lindau, avait forme,
à Strasbourg, une collection numismatique, à laquelle il
avait joint quelques antiquités. Il était membre de la Société
poétique, connue sous le nom de KUeblalt
Le bedeau de l'Université protestante de Strasbourg, Jean-
^ G. Stoffel. Dictionnaire biographiqw d'Alsace. Mulhoase, 1889.
' Scbœpflin les a fait graver dans son Akatica, t. I, p. 587; les Béné-
dictins de Metz, dans leur Histoire de cette villei les donnent également,
ainsi qa'Oberlîn.
' E. Michel. Biographie du Parlement de Metz, 1853, p. 123.
* J.-A. Senpel a gravé son portrait.
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OOLLBOnONS BT COLLECTIONNEURS ALSACIENS 67
Pierre Tschernein, antiquaire, comme il s'intitule, fut con-
damné par le grand Sénat à faire, le 10 juin 1738, amende
honorable et au bannissement, pour avoir exposé des estampes
contre la religion catholique.* En vain prétendait-il que ces
gravures représentaient un ancien pilier de la cathédrale
de Strasbourg, décrit et représenté dans Touvrage de Scha-
dseus, imprimé en 1617, et qu'il les avait achetées à l'in-
ventaire d'un autre antiquaire nommé Dallhofen; les estampes
furent brtlilées par la main du bourreau, et la sentence
exécutée contre lui.'
Les monastères alsaciens suivaient le mouvement scienti-
fique de l'époque. Les études refleurissaient en paix, après
les grandes guerres du XVIP siècle ; et ce n'est qu'avec
réserve que l'on doit ajouter foi au dire jaloux de quelques
religieux ou de quelque érudit, qui ne faisaient souvent pas
assez la part des désastres qui avaient accablé les établisse-
ments claustraux de la province dans les siècles précédents.
Que d'abbayes avaient été pillées et incendiées I que dar-
chives avaient été détruites ! que de bibliothèques dispersées I
Il n'est donc pas étonnant que le frère Martin,' prémontré du
couvent de Sainte-Odile, se soit permis d'écrire à l'illustre
abbé de Senones, Dom Galmet, < que les bons Pères du pays
préféraient passer un demi-jour à table qu'un quart d'heure
dans leurs archives. » * Cette attaque injuste était répétée
plus tard par l'historien Grandidier. < Vous trouverez dans
' Revue ér Alsace, 1859, p. 41.
' Dans ses Cwrioeités de voyages en Alsace, H. Ang. Stœber a omis
la dernière fMge du récit du très célèbre évêqae de Salisbnry, Gilbert
Bumet. Cette page de l*évêqae anglican est la description dn cbapiteau
à Foceasion daquel Tschernein fat condamné, et d'an autre cbapiteau
représentant un moine glissant sa main sous le vêtement d'une nonne. Il
dit que c'est Geyier qui se moquait par là des moines.
' 1724. Serait-ce Tabbé de Gussy, auteur d'une Histoire du Hohen-
hùurg?
^ L'âbb6 Guillauxk. Correspondance de Dom Calmet. Nancy, 1874.
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08 RBVUB U'AhBkCR
les abbayes de cette province, écrivait-il à Dom Grappin, peu
de science et point de bibliothèque, mais de la bonhomie
et du bon vin. » ^ Plus loin, l'abbé, s'adressant à un magistrat,
est plus incisif : < Gomme nos bénédictins de cette province
ne sont rien moins que travailleurs, et qu'ils n'ont en général
d'autre occupation que leur chœur et leur cave »,it demande
une pension sur une abbaye 1 1 1
En réponse à ces injustes appréciations, Nicolas Delfils,
abbé de Lucelle, reformait à grands frais sa bibliothèque
incendiée totalement. Vers la fin du siècle précédent, plusieurs
moines étaient morts victimes de la science, en voulant sauver
des manuscrits. Les volumes de la nouvelle bibliothèque de
l'abbaye sont reconnaissables aux armoiries dorées frappées
sur les plats (1708-1751).
Les religieux de M armoutiers entretenaient une correspon-
dance historique suivie avec les savants lorrains. Dom
Galmet, le capucin B. Picart, de Toul, les doctes Bénédictins
de Metz, étaient souvent consultés par eux. Le bibliothécah*e
cherchait à refaire une liste cpmplète des abbés du monastère
et des prieurs de Saint-Quirin, que les auteurs du GalUa
Christiana avaient donné avec beaucoup de fautes. < La biblio-
thèque de Marmoutier, dit l'abbé de Senones, a peu de livres
antiques, mais des nouveaux assez. » '
L'abbé de Neubourg, Jacques Glacier d'Auvillers, avait
enrichi la bibliothèque de son monastère, de livres rares et
précieux (1715-1769).
L'abbaye de Munster était devenue un foyer de fortes
études. < Voltaire est très partisan des Bénédictins, écrivait
un religieux de ce couvent. C'est le seul Ordre qu'il aime,
parce que nous étudions et que nous laissons le monde
' Gh. Wbiss. Revue d'Alsace. 1855, p. 331.
* Manuscrit de \» bibliothèque de Metz. — A. Bbnoit. Lettre inédite
de P. Benoit Picart, sur le prieuré de Saint-Quirin — D, Galmet.
Notice de Lorraine,
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GOLLB0TION8 ET C0LLECTI0NNEUR8 ALSACIENS 69
comme îl est, sans nous mêler d'intrigues. » Cela n'empêchait
pas le coadjuteur de l'abbaye, Dom Benoît Sinsart, d'envoyer
ce coup de patte à ses doctes confrères : c Les étranges gens
que les Allemands! Dieu les bénisse avec leur érudition,
qu'on ne sait à quelle sauce mettre! > L'abbé de Munster se
couvrait, dans des circonstances extraordinaires, de la cou-
ronne dite du roi Dagobert.*
A Neuwiller, l'abbé-prévôt Le Vayeur, originaire de
Phalsbourg, avait créé une bibliothèque remarquable dont
on rencontre souvent des exemplaires, reconnaissables au
blason et au nom de l'abbaye, frappés en or sur les plats des
volumes.' L'abbé Le Vayeur achetait tous les manuscrits
qu'il pouvait rencontrer. C'est ainsi qu'il acquît un Armoriai
du Magistrat de Strasbourg^ richement enluminé et qui se
trouve actuellement chez un antiquaire de Strasbourg.*
L'église paroissiale actuelle possède encore les belles tapisse-
ries représentant les miracles de saint Adelphe, évêque de
Metz, restaurées dans ces dernières années par la Société
française d'archéologie.*
Dom Ruinart, Dom Calmet, et plus tard lïnspecteur
Matter, ont parlé des manuscrits de la bibliothèque de
l'abbaye princière de Murbach, qui possédait jadis de splen-
dides tapisseries représentant les bienfaiteurs du couvent, et
de splendîdes pièces d'orfèvrerie sacrée, reliquaires, bustes
en argent, calice de 1606 valant 500 ducats d'or, enfin une
mttre phrygienne mitra phrigtonica, ornée de perles et d'or,
opus elegantissimum^
^ Sehœpflin a donné le dessin de C9t insigne royal.
■ Bibliothèque de Saveme. — Ancienne bibliothèque de Strasbourg, —
Bouquinistes de cette viUe, Abbé Guillauub. Manuscrit des P. P Capucins
de Phalsbou/rg.
* M. G. Brion, place de la Cathédrale. L'abbé Staub. (Société des
Monuments historiques d'Alsace^ 1868).
* Rev. d^A Is , 1855, p. 1. Quelques-unes sont à la bibliothèque de Colmar.
* Dox Calmet. Diarium Beîveticum, Einsiedleny 1756, p. 6.
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70 BEVUB D*AL8AGE
Les chartreux de Molsheim possédaient de beaux manuscrits
et d'admirables vitraux. Les religieuses du couvent de Saint-
Etienne, de Strasbourg, montraient le manteau de sainte
Âttale et des tapisseries représentant la vie de cette sainte
personne et celle de la ihaumaturge de Hohenbourg.
Le musée de Ck)lmar montre avec orgueil les précieuses
peintures tirées du couvent d'Issenhdm. Tous ces cbe&-
d'œuvre, qui ornaient Tbumble couvent, n'ont pas été
retrouvés ; il en a été de même pour les manuscrits et les
livres précieux des Johannites, de Strasbourg, dont Hermann
n'a pas retrouvé les plus précieux.^
Un abbé d'Ebersmflnster avait fondé un très beau cabinet
d'histoire naturelle, bien augmenté depuis par le goût de ses
moines.' L'église, bAtie dans le siècle' dernier, offre le type
complet du style architectural adopté par les Bénédictins de
cette époque.' On y voit de belles fresques sauvées en partie
par le conventionnel Bailly. La statue de la Viei^e, en
argent, les reliquaires, les meubles^ la bibliothèque, avaient
été transportés à Strasbourg, et l'abbé Rumpler, de très
querelleuse mémoire, avait acheté la chAsse vitrée renfer-
mant la statue en bois du duc Âdalric, coiffé à la romaine
et babillé en étoffes de soie. Cette châsse orne maintenant
une chapelle du mont Sainte-Odile.
D*après une lettre, adressée en 17B2, de Munsta* à Dom
Galmet, un M. Kleber avait une riche collection de miné-
raux, parmi lesquels brillait un morceau de mine d'argent
rouge, unique pour sa richesse, sa grosseur et sa beauté, et
dont on lui avait offert 600 livres. Parmi les lettres adressées
à Dom Fange, abbé de Senones, il en est une de M. Mathieu,
amateur dont il va être parlé, datée de Sainte-Marie-aux-
' Notices, t. II, p. 380.
• Notice manuscrite (TBermann.
* Saint-Avold, en Lorraine ; Saint-Quirin, dans les Evêchés ; Einsiedlen,
en Suisse.
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GOLLECTIONS BT GOLLEGTIONNEURS ALSACIENS 71
Mines, le 18 avril 1768, par laquelle cet amateur offrait
d'échanger contre des tableaux ou des encadrements, tout ce
qui se fait dans les mines : pilons, lavoirs, fonderies, etc., le
tout en cristallisations et pétrifications. Un mois après,
Mathieu se décidait à offrir gratuitement ce qu'il proposait
avec d'autres choses qu'il avait achetées.*
Le pasteur de Mattersholz, Christophe Beysser, précédem-
ment à Sainte-Marie-aux-Mines (1789-1778) et le procureur
du roi au siège présidial de cette ville industrieuse, Mathieu
des Essards, avaient formé une collection remarquable de
cristaux et de cristallisations, tirés des mines du pays. Le
dernier amateur entretenait une correspondance suivie arec
l'abbé NoUet et le célèbre Buffon. Son cabinet alla se fondre
plus tard dans celui du roi.'
A Strasbourg, M. Peyer avait une collection minéralogique
formée bien avant 1772. On y voyait des coquilles et des
minéraux très beaux tirés surtout du pays de Deux-Ponts.
A Mulhouse, le docteur Jean Hoffer, mort en 1781, avait
aussi collecté une belle suite de fossiles et d'insectes.' U avait,
à force de courses, réuni un bel herbier des plantes du
Sundgau.
En 1772, parut à Strasbourg le Muséum Grauelanium
sive colkctionnes regni mineralis, in-8^ C'était le catalogue
des objets d'histoire naturelle possédés par le professeur de
physique Jean-Philippe Grauel, médecin, mort en 1761, et
enrichi par son fils, Frédéric, mort dix ans après. On y
voyait des fossiles rangés dans un ordre très remarquable. Le
tout fut emballé et envoyé à Paris. Le cabinet de physique
des deux Grauel fut acheté par le professeui Schurer.
Un pharmacien de Mulhouse, Josué Risler, avait, comme
* L'Abbé Guillauub. DocimenU inédits sur la Correspondance de
Dam Calmei et de Dom Fange. Nancy, 1873, p. 14.
* Grandidibr. Histoire de la viUe de Lièvre, 1810, p. 78.
* HXRMANN.
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72 REVUB D* ALSACE
son compntriote Hoffer, collaboré aux Acta Helvetica. On
voyait chez lui toutes les plantes des environs de sa ville
natale. Un pasteur de cette ville, Spcerling, avait également
du goût pour les plantes et les antiquités. Il devint le beau-
père du respectable fondateur de rétablissement de Rixheim,
Zuber.
A Golmar, le directeur de la loterie ELnoU, depuis conseiller
de préfecture, grand amateur des arts, avait formé une
collection de tableaux, acquis à Paris pendant la Révolution.
Il avait une jolie copie de la Belle Jardinière^ de Raphaël. Ce
tableau appartient aujourd'hui au docteur Faudel.^
Malgré les souvenir douloureux que les collections Schœpf-
lin et Silbermann éveillent, il est temps cependant de chercher
à les faire revivre en essayant de donner une frible idée de
ce qu'elles pouvaient être, lorsque, dans des temps meilleurs,
le respectable professeur Jung en était le zélé conservateur.
Par un sentiment bien rare d'abnégation, l'historien
Schœpflin avait, quelques années avant sa mort, arrivée
en 1771, donné à sa ville adoptive sa bibliothèque et toutes
ses curiosités. Un compte-rendu sommaire de ces richesses
fait connaître qu'il possédait des monuments égyptiens,
étrusques, grecs, romains, mérovingiens et du moyen-âge.
On y voyait des dieux lares, des vases, souvenirs de son
voyage en Italie, des médailles, des pierres gravées, des
autels, des colonnes milliaires, des inscriptions, etc.' Mais ce
qui rendait la collection Schœpflin bien précieuse, c'était le
grand nombre d'objets qu'il avait réunis sur l'Alsace. Tout le
monde était fier d'augmenter ses richesses locales. L'inten-
dant Feydeau, MM. Gayot, de Dietrlch, de Bock, de Lôwenstein,
les princes de Linange-Dabo, de Hesse-Darmstadt, le duc de
' Rwue d'Alsace, 1856, p. 291.
' 11 avait aussi une collection d'empreintes en soufre de la fabrique
de M. Lippert.
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COLLECTIONS ET COLLECTIONNEURS ALSACIENS 73
Wurtemberg, le maréchal de Coigny, les évoques de Stras-
bourg et de Spire, les monastères, les ministres du culte, lui
envoyaient tons les monuments anciens trouvés sur leurs
terres. Le professeur Oberlin a heureusement sauvé de Toubli
toutes ces raretés en publiant le premier volume du Muséum
Schoff/Hni.^ Strasbourg, 1778, in-4^ comprenant les Lapides,
ma/rtnùraj vasa de la collection. Weiss a gravé les 17 plan-
ches qui accompagnent Touvrage, illustré en outre de gra-
vures dans le texte. Les amateurs des antiquités de Nieder-
bronn, Wasselonne, Reichshoffen, Brumath, Saint- Avold, etc.,
retrouveront là des choses perdues à jamais.
Schœpflin, dont le portrait fut peint par Heilmann, avait :
1* le Manuscrit in-folio de Jacob Meyer,^ chroniqueur stras-
bourgeois, allant jusqu'au XVP siècle, et augmenté consi-
dérablement par ses continuateurs; 2° les portraits du roi de
Hongrie, Mathias Conoin, de* Marie de Bourgogne, fille de
Charles-le-Téméraire, tué devant Nancy en 1477,' de son
fils, PhiHppe-l^BeaUy et de sa femme Jeanne-la- Folk, etc. Le
savant historiographe avait, en outre, plusieurs cartons de
gravures : 1* Imagines civitatum, prœliorum et festivitatum
' En 1740, on trouva, près de Verdan-snr-Mense, an tombeaa d'un
chef franc avec ses armes et ses insignes. L'intendant de Greil envoya le
tout à Schœpflin, et Oberlin décrivit la trouvaille dans le Muséum
(dessin XVI}. D'après la scienee moderne, ce qu'il présente pour une
couronne est la partie supérieure d'un sceau, et le casque du chef franc
ou mérovingien serait le milieu de son bouclier.
' Bbbu. Catalogue d'ouvrages sur l'Alsace, 1828.
* Les Strasbourgeois prirent une part glorieuse à cette bataille, comme
alliés du duc de Lorraine. Ils rapportèrent, d'après Hermann, comme
trophées la robe du due de Bourgogne, huit drapeaux bourguignons et
•ne corne d'ums dos gros muhe-geschrey ^ servant de trompette et
marquée des trois alérions lorrains. Où sont passées ces choses précieuses,
titres de gloire d'un peuple? D'après Schuler, quatorze drapeaux pris
par les Strasbourgeois à la bataille de Nancy et dix-huit drapeaux con-
qais à Morat, étaient suspendus dans le chœur de la cathédrale. Ces
trophées furent déplacés eu lôôl par ordre du Magistrat.
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74 BEVOT d'alsaob
AlsaUœ ; V Imagines cwitaUs et tempU argmSnmris ;
S"* Sammhmg von abbUdung dnzemer Thdie der stadt Strass-
but g; 4"" Iconismi appidorum urbium et castrorvm AlsaHœ.
0. h Meyeri. i67i, etc.
Le musée de SaTerne a heureusement les moulages de la
Oybèle trouyée dans cette ville et du Lepontius signifer^ de
Strasbourg. Ce sont deux prédeuz souvenirs d'un musée
bien célèbre.*
Les livres de la bibliothèque de Schœpflin étiùent bien
reconnaissables à leur ex HbrfSj gravé assez grossièrement.
Au milieu d'une rocaille, le blason, et sur la console bz
bibliothegâ sGHOEPFUiLNA. Go sout maintenant, s'il en existe
encore, des vignettes bien précieuses par leur rareté.
La collection alsacienne du fiicteur d'orgues Jean-Ândré
Silbermann Ait également détruite lors de l'incendie de la
bibliothèque de Strasbourg. Moins riche, sous certains
rapports, que celle de Schœpflin, elle l'emportait au point de
vue alsatique. Donnée également à la ville, cette collection
avait un médailler très remarquable cité souvent par les
chercheurs numismatiques alsaciens, des dessins, des livreri,
des notes sur l' Alsace, etc. Les cartons de gravures étaient
au nombre de douze, dont dix sur l'Alsace et un sur la
cathédrale. Dans un des premiers, il y avait quelques por-
traits anciens, entre autres, une gouache représentant le
vieux préteur de Elinglin.* Le cardinal de Lorraine, évéque
' D. Fischer. Le musée de Scweme, 1872, n** 48, 49. — Notke gur le
couvent de la congrégation N.D. de Saveme, 1874.
' Grande perruque blonde, yeux vérons, teint coloré, robe noire.
Friese raconte qu'en 1793, lors de la vente par la nation des meubles du
général Klinglin émigré, dans son hôtel, faubourg de Pierre, ies paysans
d'Iilkirch achetèrent le portrait du vieux prêteur, pour conserver à
leurs enfants les traits du tyran qui les avait rendus pauvres et malheu*
reux.
Silbermann avait aussi copié, en un volume in-folio, les coUactfMutay de
Spœcklin.
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GOIXBCnONB ET COLLBGTIONMBURS ALSACIENS 75
de Strasbourg; rond gravé en 1605, avec une vue de Stras-
bourg au yerso.^ Pour pendant, son compétiteur,* peint par
Jacob von Heiden, à Strasbourg, gravé en 1604 par Jacob
von Heiden fils; le maréchal Dibour (sié), le cardinal de
Rohan^ des pasteurs, des professeurs, etc.
Silbermann avait eu le bon esprit de donner la description
de son cabinet dans le Journal de Murr^ t. 8, p. 12, 1780.
Ce collecteur passionné pour tout ce qui touchait sa chère
province, demeurait au quartier FinckwîUer, près le chantier
Stuber. L'archiviste Grembs, dans ses MemorabUia argenti-
nenria (1764-176S), fait le plus grand éloge de son aménité
sodale, de sa probité et 4^ l'estime que ses concitoyens
avaient pour lui. Les qualités de son âme se reflètent sur son
portrait, gravé par G. Guérin, d'après Daniche fils.
Le cabinet de M. le préteur d'Autigny (1770, démission*
naire en 1780) avait quelques rares pièces du règne minéral,
c n s'accroît de jour en jour, dit la notice manuscrite d'Her-
mann, et ne laissera pas d'être, avec le temps, un des plus
dignes d'être vu. » En 1781, M. d'Autigny donna à la ville
« le plan en bas-relief d*un bâtiment à faire à l'instar des
vauxhalls anglais devant la porte des Juiâ. » On n'exécuta
jamais ce projet venu d'outre-mer, et les obus de la dernière
guerre se sont chargés de détruire le modèle donné par le
préteur. Toutes les semaines. M. d'Autigny réunissait dans
son hôtel, en conférences scientifiques, les savants strasbour-
geois. Grftce à lui et au maréchal de Gontades, la ville fut
éclairée par des lanternes. Retiré à Paris, il continua à
correspondre avec ses doctes amis de Strasbourg. Le cabinot
de mécanique de la ville de Strasbourg a été formé, d'après
^ Berstett et Dom Galmet ont donné les médailles de ce prince de
TEglise, dont le musée lorrain possède deux portraits, l'un ayant une
barbe noire» l'autre blonde.
' Voir NumUmatique de Berstett.
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76 RBYUB d'aLSAGE
GrafFenauer, à Toccasion de quelques pièces précieuses
données par M. d'Autigny.*
c M. Dartein, Jean-Félix, commissaire général des fontes
pour rartîilerie, a un cabinet peut-être unique en Europe,
par l'assemblage exact des modèles en petit de tout ce qui
est nécessaire pour faire la guerre. Rien n'y est oublié; tout,
jusqu'aux plus petite objets, s'y trouve réuni ; le grand soin
qu'il s'est donné à les rassembler est parfaitement récompensé
par Tadrai ration que mérite un cabinet aussi curieux.' >
Dartein, savant métallurgiste, est très estimé comme auteur
d'ouvrages sur la fonte des canons.
Le docteur en médecine J.-R. Spielmann, professeur de
chimie, doyen de l'Ecole de médecine, associé aux Académies
de Nancy, de Paris, etc., avait commencé sa collection d'his-
toire naturelle bien avant 1752. Il avait des fossiles remar-
quables et des minéraux rares. L'ample correspondance qu'il
entretenait avec tous les savants de l'Europe, l'avait mis à
même de porter sa collection à un haut degré de perfection.
Spielmann est de nos jours un peu oublié. S'il survit, c'est
grâce au beau portrait que lit de lui, en 1781, deux ans
avant sa mort, le peintre G. Guérin. Le docteur Spielmann se
fit aussi représenter en silhouette en pied,' l'épée au côté,
une fleur à la main. Outre sa collection d'objets d'histoire
^ Le recneil manuscrit de ses dissertations se trouvait entre les mains
de M. Le Barbier de Tinan, intendant militaire, son neveu.
* Promenade d*un jeune didachophyle en Alsace, en Suisse, Paris, 1786.
Cité par M. À Stœbbr, Curiosités de voyage en Alsace. Colmar, 1874,
p. 174.
* D*après la baronne d'Oberkirch, ce fut un artiste genevois nommé
Huber, qui mit ces dessins à la mode. Ses portraits de Voltaire firent sa
fortune. Il fut quelque temps à la petite cour de Montbéiiard ; puis il
alla dans tontes les cours de l'Europe. En fait de portraits alsaciens faits
à la silhouette, on connaît ceux de Colmar. évêque de Mayence, d'Her-
renschneider, d'Eromerich, du prince Louis de Hesse, de la famille
d'Oberlin, etc.
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COLLECTIONS BT 00LLEGTI0KMBUB8 ALSACIENS 77
naturelle, il possédait aussi une riche bibliothèque, vendue à
sa mort, dont Jean Striedbeck a gravé la vignette avec
868 armes parlantes.
Lorsque Jie naturaliste Buchoz fit exécuter à grands frais
son bel atlas de fleurs et de plantes, Spielmann vint géné-
reusement à son aide en faisant graver par Defehrt deux
planches : le Bois gentil et la Lauréole. Les titres religieux et
scientifiques se trouvent naturellement au bas de chaque
planche, il fit aussi peindre, par Hien, peintre originaire de
Deux-Ponts, quelques oiseaux de sa riche collection.
Son fils, Jean-Jacques, professeur de pathologie à l'Aca-
démie protestante, mourut en 1810.
« Le baron de Dietrich fils, dit la notice manuscrite,
commença avec une ardeur singulière, en 1770, un cabinet
d*histoire naturelle ; il s'empressa de le mettre en ordre, lors-
qu'il fut revenu de ses voys^es dans les principales contrées
de TËurope. » En i 786, il fut nommé associé de l'Académie
des sciences et inspecteur des forges et fonderies du royaume.
Ses ouvrages sur la minéralogie de l'Alsace et de la Lorraine
sont encore estimés. G. Guérîn grava son portrait Les traits
de M. de Dietrich portent l'empreinte de la douceur de son
ftme. Mais les anxiétés fiévreuses de la politique devaient
empoisonner les dernières années de son existence. Il ter-
mina ses jours à Paris sur Téchafaud. Elu maire
constitutionnel de Strasbourg, il avait eu l'honneur de voir
ses traits reproduits en 1790 par deux médailles, Tune
frappée à Paris, l'autre à Strasbourg, par Kamm.
A la mort de Grandidier, tous ses manuscrits furent
achetés par H. de Turkheira, ammeister de Strasbourg, qui
se proposait de donner la suite de V Histoire dAkace. Le
frère de Grandidier, aumônier des hussards de Ghamboran,
l'aurait fortement aidé. Mais les événements ne permirent
pas de réaliser ce projet.
Le cardinal-évéque de Strasbourg, le prince René^Louis
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78 RBVUB d'alsaob
de Rohan IV, peut aussi être dté parmi les collectionneurs
alsaciens. Son chftteau de Saverne était une merveille, contre
laquelle luttaient inutilement bien des palais de princes
souverains. Â la Révolution, beaucoup de meubles et de
tableaux furent vendus par la nation. La bibliothèque natio-
nale de Paris possède, par suite du don d'un )i. Gama, un
petit portrait en provenant. Cette peinture, attribuée à Mathias
Grûnenwald, représente un pasteur reformé du XYI* siècle
et non le célèbre Jean Guttemberg.^ Une curiosité disparut
aussi dans ces temps néfastes : ce fut la Corne du chftteau de
Hoh-Barr. Â-t-elle été brûlée avec les portraits de princes et
de prélats sur la place publique, au milieu de laquelle la
société populaire avait dressé un bûcher ? '
Le cardinal de Rohan, que son secrétaire, Tabbé Georgel,'
nous représente comme ayant eu toujours du goût pour les
sciences occultes et la botanique, fut, par suite de ses liaisons
avec Cagliostro, entraîné dans des expériences qui, à la fin,
lui coûtèrent l'honneur et la liberté. Il avait fait construire
un cabinet de physique expérimentale avec sa table de
marbre, destinée à la démonstration des diverses lois de la
mécanique, et un cabinet d'histoire naturelle renfermant
plusieurs objets curieux. Le Directoire du département du
Bas-Rhin fit transférer toutes ces collections pour en enrichir
celles de la ville de Strasbourg. Les splendides volumes de la
bibliothèque, sur les plats desquels étaient frappées en or
les armoiries cardinalices avec cette mention : ex bibliothbga
TABBRNENSi, suivireut lo même chemin. Chose à remarquer:
pendant que ces raretés disparaissaient de Saverne pour être
plus tard la proie des flammes à Strasbourg, les démocrates
du lieu achetaient pour leur club, les tables, chaises, bancs
et autres meubles tirés des bfttiments du Commun.
^ MagcLsin pittoresque.
' D. FisGHBR. Notice sur le château de Saverne.
• Mémoires. Paris, 1820, t. H, p. 48.
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OOLLBOnONB BT COLLBOTIONMBUBS ALSACIENS 79
En 1799, le cabinet du professeur de physique Louis
Schurer, * de Strasbourg, mort en 1792, (ut acheté par l'Ecole
centrale du département de la Roër, et transféré à Cologne.
Schurer s'occupait particulièrement de Félectricité. La collec-
tion d'instruments de physique et de mathématiques d'un de
ses derniers élèves, le respectable professeur Herrenschneider,
décédé en 184S, à l'Age de 82 ans, fut léguée au séminaire
protestant de Strasbourg.
ARTHUR BsNorr.
Wachsmath a dessiné, ponr sa bibliothèqae, un charmant ex-lifrrts.
fia /in h la prochaine livraison J,
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LE FOYER ALSACIEN
LÉGENDES ET TRADITIONS POPULAIRES»
X.
LES NAINS DU HOHNECK
Vous coanaissez les pftturages du Hohneck, élevés au-
dessus des forêts de sapins et des escarpements, où la Fecht,
encore pénétrée de la fraîcheur de ses sources, ruisselle entre
les touffes de fougères vertes. Au soir de la Saint- Jean, trois
jeunes filles descendaient par Je sentier du Wormspel à la
Volmsa. Rieuses et folâtres, elles allaient d'un pas leste,
léger, devisant de mille choses. Lina, la plus grande des
fillettes, efieuillait des marguerites pour savoir laquelle des
trois la première serait fiancée, c Lina, Marthe, Anna, disait-
elle, en arrachant une à uae les blanches pétales de la fleur,
Lina, Marthe, Anna Linal > A un détour du sentier
apparut le pâtre Tony, qui ramenait ses deux ânes à la censé
du Wormspel. — t Bonsoir, Tony, cria Lina d'une voix
vive, fais que les petits nains de là-haut nous soient propices. »
Puis les jeunes filles s'échappèrent derrière les fourrés de
hêtres touflfus. Le pâtre surpris, devenu rouge comme une
^ La Revue d'Alsace reprend et va continuer la suite de ces récits
publiés par Fauteur dans ce recueil de 1862 à 1865 et dans plusieurs
journaux littéraires de Paris. La Rédaction.
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LES MAINS DU HOHNBOK 81
fraise des montagnes, suivit du regard les agiles promeneuses,
sans dire mot, pour reprendre ensuite son chemin avec une
allure embarrassée, après avoir senti quelque chose se
retourner dans sa poitrine. Lentement les ânes remontèrent
la pente gazonnée à Theure déjà tardive. Sans le secours de
Moperlé, son brave vieux chien, Tony eût eu bien de la peine
à tenir ensemble, à faire avancer ses bétes, qui s'attachaient
aux ronces. De loin, Mathiss, le mattre du Wormspei, reprocha
au garçon sa rentré attardée : c Tout va au diable ici. Jamais
le travail ne se fait en temps voulu. Le diable m'emporte si
dans mes vieux jours je ne suis pas forcé de traîner après
moi la besace du mendiant. Vite à la besogne, fainéant. Quand
les vaches doivent être traites, tu lambines encore sur le
ciiemin de la vallée I »
Uaître Mathiss Ërtlé aurait toujours voulu empocher les
écus du fumage à vendre avant d'avoir tiré le lait du pis.
Cette préoccupation avaricieuse rendait au marquaire la vie
dure en Tagitant sans repos. On eût dit, à l'entendre toujours
crier misère, à malmener son garçon vacher, que le chaume
du Wormspei était ruiné, perdu par la négligence ou la
paresse de Tony. Toutefois, Tony avait chez les gens de la
montagne la réputation d'un bon et laborieux domestique,
bien tranquille, mais dur au travail, et qui ne se plaignait
jamais de rien. Maintes fois les voisins se demandèrent
comment le pauvre gars pouvait, rester au service d'un
homme comme maître Mathiss, un ladre chez lequel il n'y
avait même pas de la soupe chaude à manger chaque jour.
Sous un calme apparent, Tony avançait vite à la besogne.
Pendant que le maître rabâchait encore ses griefs quotidiens
et récriminait entre les dents contre l'insouciance de la jeu-
nesse d'à présent, son aide avait débarrassé les ânes du licou,
rincé dans la fontaine les vases à traire et rempli un de ses
seaux de lait écumant. Les cinq vaches brunes furent traites
ainsi en quelques instants, puis les noires et Blanchette, la
NouTttUe Série — 4fi Année 6
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83 RftvuB d'alback
maîtresse vache qui porte la cloche au pâturage. Aussi, tout
alla si bien que Tony se trouva faire, dans le même temps,
deux fois autant de besogne que le vieux marquaire bourru.
S'agiter et travailler ne sont pas la même chose. Plus maStre
MathiHS grondait Tony pour le presser, moins il arrivait lui-
même à bout de tâche. Avec son humeur chagrine, il lui
arrivait justement de gâter ou de faire de travers ce qu'il
reprochait à son garçon de manquer, s'embrouillant d'autant
plus qu'il insistait davantage sur les remontrances. C'était
un homme difficile à vivre, et un singulier type. Ceux-là qui
l'ont vu une fois assis sur son siège à un pied, grand, sec, le
dos voûté, la tête coiflfée de la petite calotte en cuir, avec ses
grands sabots, sa camisole et son pantalon en toile de chanvre
lustrée de bouse, trayant la vache d'une main en gesticulant
de l'autre pour prêcher l'économie d'un ton nasillard, ceux-
là n'oublièrent jamais la physionomie du marquaire du
Wormspel.
La traite finie, les vaches purent retourner au pâturage,
car par le beau temps elles passent la nuit dehors. Pour le
marquaire et son garçon cependant, l'heure du repos ne
sonnait pas encore. Une fois le lait tiré, commencent immé-
diatement les opérations pour la confection du fromage.
Figurez-vous, à l'intérieur de la censé, une chambre basse,
aux murs noirs, qui reçoit seulement le jour par une fenêtre
étroite et par la porte ouverte. Cette chambre fait suite à
retable et sert* à la fois de fromagerie et de demeure pour
les gens. Une cheminée à large manteau en occupe un des
coins avec son âtre, tandis que le lit se trouve du côté opposé.
A côté sont le séchoir, le saloir, la presse, des baquets en
bois, divers ustensiles épars pêle-mêle. Pour faire le fro-
mage, on filtre le lait à travers les touflfes de lycopode feuillue ;
on en prépare le caillé dans un chaudron après y avoir mis
la présure; on enlève le petit lait qui surnage pour couler
ensuite la pâte obtenue dans les formes où elle achève de
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USB MAINS DU HOHNBCK 83
s'égoatter lentement. Deux fois par jour, le matin et le soir,
maître Mathiss entreprend cette série d'opérations, pendant que
Tony transporte ayec ses deux ftnes les fromages dans le bas
de la vallée, à Metzeral^ dans rintervalle des grandes traites,
qui ont lieu après le lever du soleil et à son déclin Les
autres menus services du ménage restaient à la charge du
garçon, et parfois aussi la cuisine. Cuisine bien simple, car
l'ordinaire des repas consiste en petit-lait, avec des pommes
de terre, ou en serai avec du pain bis. Si, pour l'extra des
dimanches, composé de soupe au lait avec des légumes au
lard, Tony coupait le pain blanc, Mathiss avait imaginé
de faire siiBer le garçon, afin de l'empêcher de grignoter
une tranche avant le repas. Avant de se coucher, le jeune
vacher devait encore visiter le troupeau au pftturage dans la
nuit.
Cette nuit, le brave Tony ne pouvait pas dormir, quoique
bien fatigué. A son air plus taciturne encore que d'habitude,
on eût pu remarquer une sérieuse préoccupation. Quelque
chose lui tourmentait la tête. Sans dire un mot, sans répondre
à une amère semonce de son maître avarideux, qui lui repro-
diait de donner tout son souper au chien, il monta avec
Moperlé à la source du Sibbaldia. La source jaillit au haut
du grand cirque, sur la droite du Hohneck, où les tentures
de neige éblouissante se conservent jusqu'après la Saint-Jean.
Tant que la neige tapisse les paroie supérieures du cirque,
le filet d'eau de la source y creuse une voûté où le cresson
continue à végéter pendant l'hiver, et que la glace épargne
toujours. Pendant l'été, les plantes de la source fleurissent
encore, quand le soleil a tout desséché sur les pentes arides,
et la fraîcheur de cette eau vous coupe les lèvres. Aussi,
disent les montagnards, la fontaine du Sibbaldia, au cirque
du Wormspel, est froide à l'époque des chaleurs d'été, tandis
que sous l'influence des froids de l'hiver, elle s'échaufle. A
l'aide d'un tronc d'arbre disposé en travers du cours de l'eau
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84 RBVUB d'albacb
ayec quelques grosses pierres, les pfttres ont établi une sorte
de petit bassin où le bétail vient s'abreuyer. Tony s'assit sur
une des pierres du bassin; à côté de lui, Moperlé, sa longue
tête de loup allongée entre les pattes. Un beau clair de lune
répandait sur les montagnes sa douce et pâle lumière. Kastre
mirait discrètement son image dans Tonde limpide mais
tremblante de la source. Rêveur et distrait, le garçon vacher
regardait le jeu de la lumière dans Teau, contemplait les
étoiles fixées dans les profondeurs célestes, jetait par moments
un coup d'œil à son chien, qui alors remuait la queue en
signe de plaisir. Mais ni rattachement du fidèle Moperlé^ ni
le ciel avec ses étoiles, ni la lumière de la lune réfléchie sur
le miroir de la source, n'occupaient Tattention du jeune pfttre.
De tout autres pensées étaient venues ce soir le réjouir et
lui donner à la fois de sérieux soucis. Lina, la nièce du
maître marquaîre, avait, sur le chemin, souri à Tony en
lui demandant d'obtenir la faveur des petits nains du
Hohneck.
Il y a des nains au Hohneck, comme tout le monde sait
fort bien. Ces curieux petits êtres, participant en même
temps de la nature des esprits et de la nature humaine,
occupent, avec les pfttres et les vaches, le domaine des
montagnes. Habitant des galeries souterraines à Tintérieur
de ces montagnes, ils forment plusieurs peuplades, les unes
bienfiiisantes, les autres funestes pour les hommes ; ceux-ci
maîtres des orages et des brouillards, ceux-là occupés du
soin du bétail, de travaux agricoles ou de l'exploitation des
mines. Les nains des mines remuent de gros blocs d'argent
sous la forêt de Silberwald, au-dessus de Munster. Les nains
du Hohneck possèdent, au contraire, des troupeaux de magni-
fique bétail et viennent occuper les chalets abandonnés sur
les chaumes, quand la colchique d'automne commence à
s'épanouir dans les prairies humides, quand les pfttres,
chassés par le froid, redescendent au fond de la vallée. Ces
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LES NAINS DU HOHNEOK 85
bonnes créatures s'occupent pendant tout rhiver de la con-
fection da fromage pour les pauvres gens. Sans être aperçus
jamais, au milieu des nuits sombres, ils s'introduisent dans
les cabanes et déposent sur les tables les meilleurs fromages
avec des pelotes du beurre le plus délicieux. Quand les
paysans trouyent ces dons à leur réveil, ils savent bien qu'ils
viennent des nains et ils les bénissent de tout leur cœur.
Personne aujourd'hui ne voit plus les nains de la montagne,
mais tout le monde en a entendu parler dans les récits des
veillées. Les vieilles fileuses de Metzeral, les bûcherons du
Herrenberg, les marquaires des Hautes-Chaumes en racon-
tent encore des choses si merveilleuses que Tony, pendant
qu'il répétait les paroles de Lina : « Tflche que les petits
nains nous soient propices, » Tony eût bien voulu trouver un
moyen de gagner la faveur des génies. Cette Lina était si gen-
tille, elle avait un si bon regard! Vraiment, un pauvre garçon,
obligé de vivre avec un maître rebutant comme notre fro-
mager, devait, pour un sourire de la jeune fille, tout entre-
prendre pour lui faire plaisir. Si pour cela il suffisait de
traverser un des feux qui brûlaient sur les coteaux inférieurs
de la vallée, allumés ce soir en mémoire de la Saint-Jean,
le pâtre s'y serait déjà élancé. Tony passait sa main sur les
poils rudes de son chien, et tout en le caressant, il semblait
loi demander pourquoi les nains ne venaient pas le visiter
à la fontaine f Comme il serait content de leur parler et
comme il leur ferait bon accueil! Les bienfaisants génies ne
refuseraient pas sans doute de répondre aux prières de
Tony. Puis le garçon vacher tournait le regard vers la
vallée pour deviner, à travers le clair de lune, la position
d'une maison ou d'une demeure. Et il rêvait éveillé, et au
milieu de son rêve des voix caressantes, mélodieuses, soufflaient
à son oreille: « Les petits nains viendront t'aider, Tony. Attends
et travaille I > Qui n'a cru souvent à la réalité de ses désirsf
A ce moment, le compagnon de maître Mathiss sentait tourner
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86 BBVUB D'ALSACE
autour de lui la foule des génies protecteurs ; il admirait la
splendeur de la nuit, et le sommet du Hohneck lui semblait
un délicieux séjour.
Délicieux séjour, le sommet du Hohneck I Est-il un lieu
baigné par un air plus pur? Est-il un lieu que le soleil salue
plus tdtf La flère montagne étend sur T Alsace et la Lorraine
ses puissante rameaux. Elle domine la plaine ayec ses
moissons jusqu'au Rhin brumeux. Pendant Thiver, les neiges
immaculées la couronnent d'un diadème. Pendant l'été, les
riants pftturages succèdent aux neiges au dessus des forêts
profondes et des coteaux qui distillent le vin. Aux jours
d'orage, la foudre sillonne et laboure sa tête. Dans son calme
habituel, les sources limpides ruissellent sur ses flancs, sau-
tent de cascade en cascade par dessus les rochers, se glissent
sous l'ombre des sapins p<»ur donner aux vallées leur fraî-
cheur et pour féconder la plaine. Nous aimons dans le
Hohneck un boulevard de la patrie, et parceque nous l'aimons
il est si beau t Ses jours sont beaux, ses nuits splendides.
Pendant les nuits sereines, le ciel là-haut resplendit d'étoiles.
Mille et mille points de feu scintillent dans les célestes pro-
fondeurs où les montagnes regardent passer le grand char
d'or aux roues ailées. Plus belle encore devient la nuit, quand
les étoiles pftlissent devant la douce lumière de la lune. Une
clarté mystérieuse descend sur les chaumes dont les contours
s'estompent vaguement autour de la cîme arrondie en ddme.
Sommeillez-vous à l'abri des bouquets de hêtres, un rayon
discret se glisse entre l'ombre des branchages pour vous sou-
rire, tandis que le souffle tiède des nuits d'été vous caresse
le front comme un baiser. Tout repose alors dans la nature.
Seule la lune veille. Elle s'élève, monte plus haut, toujours
plus haut, pendant des heures et des heures, discrètement, sans
bruit, comme si elle avait peur de ravir à la terre son calme
en efDeurant le gazon et le roc» des hautes sommités. Les
vaches restées au pâturage dorment groupées ou ruminent,
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LB8 NAINS DU HOHNBGK 87
après un court sommeil, l'herbe fine en regardant passer
rastre d'un œil placide. Tout à coup un son éclatant, que dix
échos répètent et se renvoient, retentit comme un appel au
milieu de la nuit, avec des intonations mélodieuses, tantôt
adoucies, tantôt plus graves, suivant que les mouvements de
la brise le rapprochent ou Téloignent. C'est la trompe des
marquaires qui annonce aux vaches l'heure de la traite
nocturne. Les plus grosses laitières secouent la tête avec la
clochette pour attendre le troupeau; les jeunes génisses
regardent d'un air étonné les pfltres qui viennent et s'en
retournent avec les seaux pleins de lait Puis la nuit reprend
son silence et dans le silence son repos.
La trompe du Wormspel tira aussi Tony de son rêve pour
le rappeler à la censé. Dans la journée du lendemain les
choses continuèrent à suivre, sur la montagne, leur cours
habituel : le marquaire à ses fromages, le garçon tantôt au
chaume avec le troupeau, tantôt sur le chemin de la vallée
avec les ânes. Maître Mathiss, nous ne l'avons pas encore dit,
était un des gros propriétaires de la contrée. Outre les pâtu-
rages du Wormspel, étendus depuis le Hohneck jusqu'au
Spitzekœpf^ au-dessus du grand cirque, un terrain susceptible
de nourrir vingt vaches pendant la saison de la Saint-Jean à
la Saint-Michel, il avait des prairies fauchées, à la Wolmsa,
pour les foins d'hiver, une maison au village avec le verger
et le champ de seigle. Les vaches nourries au chaume étaient
toutes à lui, sauf les trois brunes et Blanchette, la grande
laitière, qui appartenaient à sa belle-sœur, la mère de Lina.
Les autres marquaires, qui entretenaient à la montagne un
plus grand nombre de bêtes, tenaient le pâturage à ferme, et
la plupart de leurs vaches en location à prix d'argent, pour
la saison d'été seulement. Dans de pareilles conditions, quand
le plus clair des produits s'en va en fermage, l'exploitation
des chaumes rend maigrement au marquaire. Seul proprié-
taire de son bien, Mathiss Ertié, bien qu'il ne fût pas fier, se
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88 BBVUE d'alsack
grattait Toreille avec une satisfactiou non dissimulée en pen-
sant qu'il n'avait de compte à rendre à personne. Bon an,
mal an, le pâturage du Wormspel lui rapportait ses trois mille
écus, à raison de cent cinquante francs par tête de bétail, le
fromage vendu à quarante francs le quintal de cent livres.
Un joli revenu, n'est-ce pas ? que bien des bourgeois de la
ville pourraient envier. Avec cela, on comprend la considé-
ration dont notre fromager, le riche Eaasbur, comme l'appe-
laient les gens de Metzeral, jouissait dans la vallée, à cause
de son bien, et sans avoir donné jamais un sou à qui que
ce soit. Plus d'une fois son nom figura sur les listes du
Conseil de la commune, dont il refusa cependant toujours de
faire partie, sous prétexte de n'être pas encore établi, et, d'un
autre côté, il ne voulait pas se marier, à cause de la dépense-
Une pensée unique préoccupait constamment le vieux
vacher. Arrondir son bien gagné à la pluie et au soleil, multi-
plier le nombre des vaches entretenues l'été au chaume,
acquérir dans la vallée assez de prairies pour la nourriture
des bêtes pendant l'hiver. Dès maintenant, il avait beaucoup
de peine à suffire avec le garçon à tout le travail de la froma-
gerie. Pour rien au monde, il n'eût voulu engager un second
domestique, quand la nourriture et les habits de Tony coû-
taient déjà tant. Mais enân pourquoi un homme de sa trempe
serait-il au monde, si chaque année, à force de sueur, d'écono-
mies, un bon bout de terrain ne venait s'ajouter à son avoir?
Des temps mauvais pouvaient venir, où l'on aurait peine à
vivre. En prévision, ne fallait-il pas frapper à grands coups
la terre comme un arbre d'avelines, afin de s'assurer des
ressources pour les mauvais jours ? c Autrefois, disait souvent
maître Mathiss, les gens n'étaient pas dépensiers comme de
nos jours. Les paysans de la vallée vendaient leur beurre au
lieu de graisser la soupe ; on mangeait les vieilles pommes
de terre de la précédente récolte au lieu de servir celles de
l'année. Toute ménagère amassait des écus, au lieu d'aban-
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LES NAINS DU HOHNtiCK 89
donner sa bourse à ses filles pour len nouvelles modes. Ah !
le bon tempF d'autrefois ! Combien il valait mieux que notre
siècle de dépenses! » Vivant seul avec Tony, le possesseur du
Wormspel se tirait encore d'affaire à assez bon compte. Son
garçon regardait aux intérêts de la maison sans être trop
exigeant. Une seule chose indisposait le marquaire au point
de le jeter dans des colères rouges : c'était l'attachement de
Tony pour son chien, un méchanf animal errant, recueilli
sur le grand chemin, une bouche inutile à nourrir sans aucun
profit II avait bien, à la censé, deux cochons entretenus
avec du petit lait et les débris de cuisine pour vendre ces
cochons au bout de l'année; mais à quoi bon nourrir un
chien I A voir la faim sortir toujours des yeux de cette pauvre
béte, dont la maigre échine eût pu servir d'enseigne à la
disette, à la voir s'enfuir^ tremblante, avec la queue entre les
jambes, quand, de loin, elle apercevait le marquaire, vous
eussiez deviné que celui-ci lui donnait des coups de bâton au
Heu de pain. L'ami Tony avait beaucoup de peine à lui passer
à la dérobée une partie de sa soupe, pour suppléer par des
caresses à l'insufiBsance de la ration, estimant que malgré
tout Moperlé sera bien utile à son maître.
Isolés pendant tout l'été sur les Hautes-Chaumes, les pâtres
voient peu de monde. Presque tous ont un caractère taciturne,
et moins qu'aucun autre, le maître de Tony n'ouvrait la
bouche quand il n'avait pas des motifs d'intérêt. Quand le
temps était beau, le dimanche, ses deux nièces, Lina et sa
sœur, venaient au Wormspel apporter les nouvelles du
village. Si les jeunes filles pouvaient annoncer une augmenta-
tion du fromage, leur vieil oncle les écoutait volontiers, non
sans laisser entendre qu'elles pouvaient rester à la maison
pour tout autre chose. Maître Mathiss Ërtlé ne se décidait
pas à desserrer les dents autrement que pour gronder ou
pour marchander un prix. Mais avec le marquaire il y avait
un garçon auquel lu venue deis fillettes faisait toujours bien
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90 BBVUB d'aLSAOS
plaisir. Sans être plus caosenr, timide même, Tony aimait
beaucoup roir les deux sœurs. Deux bonnes filles, surtout
lina, la grande, avec ses yeux profonds, purs comme de l'eau
de source, limpides comme elle. En sa présence, le soleil
semblait plus radieux, Tombre plus fraîche, la vie meilleure.
Les jours de fête qui ramenaient étaient vraiment d'excellents
jours I Le dimanche eût dû revenir plus d'une fois par
semaine ! Pour réparer l'impression fâcheuse du maussade
accueil de loncle, il n'y avait nulle attention que le brave
garçon n'imaginflt. Tantôt il apportait aux gaies visiteuses des
gflteaux de miel sauvage trouvé dans un sapin creux des
Spitzekœpf, tantôt il leur cueillait une jolie corbeille de
fraises et de framboises avec des bouquets de fleurs. Une fois,
Lina se mouilla les pieds en traversant la tourbière au bas
des pâturages. Dès le lendemain, Tony avait roulé de gros
blocs de granit sur la trace du sentier, entre les mottes de
sphaignes humides et dans les flaques d'eau. Epiant ensuite,
derrière un buisson de hêtres, la promeneuse à son prochain
passage, il se dit : l'oiseau qui saute sur la mousse, la
feuille des bois qui tombe mollement, se posent sur les pierres
de la tourbière avec moins de douceur que ses deux pieds
légers.
Lors de la fenaison, les ouvrières du village aidèrent à
rentrer les foins des prairies inférieures. Maître Mathiss,
retenu au Wormspel pour le soin de la fromagerie, ne pouvait
aider les faneuses et les faucheurs pendant la journée entière;
mais Lina et Tony étaient au pré. C'est un beau temps que
celui des foins, dans la vallée : la nature des montagnes
apparaît splendide. Riante et gracieuse, la prairie de la
Wolmsa dessine un ovale à fond uni, pareil à un tapis de
fleurs aux couleurs vives. Un ruisseau à Tonde babillarde
glisse entre des rives herbeuses, ou sautille au milieu des
grosses pierres comme un gai éclat de rire. Des éboulements
de rochers gris enlacent la prairie et le pied des montagnes.
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/
LES NAINS DU HOHNECK 91
formant vers le débouché une digue où les flots se recueillent
ttu iastant, pour forcer ensuite le passage à travers une pro-
fonde coupure. La gorge de la Fecht s'ouvre en avant ; en'
arrière les sommets pointus des Spitzekœpf se découpent
dans le ciel bleu. Sur les pentes rapides et sur les escarpe-
ments, de grands sapins redressés, droits et fiers, élèvent
leurs sombres massi& au-dessus de la tiède verdure du
gazon. L'appel du coucou résonne sous le bois, le geai lui
répond sur la lisière de noisetiers, le criquet chante dans le
foin, le lézard se chauffe au milieu des pierres, et les fleurs
sourient au papillon. Ahl quelle grflce dans cette scène; dans
ce site quelle sérénité I Aucun pays du monde n'offre de
tableau plus charmant. Charmantes «ont aussi les jeunes
faneuses qui avec de joyeux refrains retournent le foin au
soleil.
— t Pourquoi ce silence, Tony? dît Lina en prenant au
garçon vacher sa fourche des mains. Sais-tu combien les rêves
m'ennuient? Dis-moi plutôt si les petits nains du Hohneck
travaillent bien pour nous. > Et comme la fillette lui propose
de sécher ensemble la partie du pré sur l'autre rive du
ruisseau, Tony réplique : — « Ensemble, la tâche ira plus
vite ; je viens. » Tous deux passèrent l'eau, la jeune fille en
sautant avec de folâtres cris de joie, le garçon un peu moins
lestement et avec un air embarrassé. Tous deux se mirent à
retourner le foin odorant pour en faire de petits tas allongés
en droite ligne. Lina se reprenant à parler des petits nains,
Tony raconta que les nains étaient propices au chaume du
Wormspel. Le pâturage était abondant, les vaches donnaient
du lait en quantité, le fromage réussissait à merveille. Sans
doute, maître Mathiss prétendait devoir cette chance heureuse
à son seul travail, peut-être un peu au bon temps exceptionnel
de cette année. Mais si une influence bienfaisante ne nous
favorisait, le temps ni le travail ne seraient féconds. Donc, les
bons génies du Hohneck nous protègent.
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\r4 RBYUB DL8AAGE
— c A merveille, fit la jeune fille, et que je serais curieuse
de les Yoir, ces bons petits nains. > — c Pour ça, mieux vaut
ne pas y songer, reprit le pfttre, les génies de la montagne
apportent aux hommes de grands bienfoits, seulement ils
n'aiment pas livrer les secrets de leur existence. Une visite
indiscrète- pourrait les incoqamoder, peut-être les éloigner
pour toujours. Savez-vous Fhistoire des nains de la Gayeme
des Loups, au pays de Ferrette. Je Tai entendue raconter par
le bûcheron Holtzmann, en remontant, avant-hier, le chemin
de schlitte du FischbœdLé, à Tendroit des grands éboulements
de pierre où Torage vous a surpris cet été, Lina. Il y avait à
la Heidenfiuh de Ferrette une population de nains fort nom-
breuse, vivant dans dei chambres taillées au milieu du cristal
de roche, et dont les murs étaient d^argent. Chaque cham-
brette était occupée par un couple, homme et femme. Ils
n'avaient point d'enfants, mais jouissaient d'une jeunesse
étemelle. Leur figure était belle, leurs yeux brillants comme
des étoiles. Tout le monde s'émerveillait à la vue de ces êtres
privilégiés. Quand venaient les foins, et à l'époque des
moissons, ils descendaient des montagnes munis de faucilles
pour aider les cultivateurs à rentrer les récoltes, Les gens,
en reconnaissance, ofTraient aux nains à boire et à manger
ce qu'ils avaient de meilleur à la maison. Les bons rapports
auraient duré toujours, sans la légèreté de quelques paysannes.
Gomme les nains portaient de longs manteaux ou des robes
traînantes, on n'avait jamais pu voir la forme de leurs pieds.
Or, quelques filles curieuses résolurent de voir à tout prix ces
pieds, ou tout au moins de juger de leur forme par leur trace.
Gela devait être bien intéressant de savoir comment étaient
ces pieds I Que firent donc les espiègles villageoises ? Elles
savaient que les nains sortaient le matin par la Gaverne des
Loups pour aller boire les gouttelettes de rosée sur l'herbe
ou le nectar dans le calice des fleurs. Vite on porta du sable
devant l'entrée de la caverne, et avant le jour les jeunes filles
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LBS NAms DU BOBNBCE 93
se cachèrent alentour, derrière les buissons, afin de bien yoir
ce qui se passerait. A l'heure accoutumée, les nains parurent
à la file, un à un, lorsque de tous les buissons sortirent de
grands éclats de rire. En marchant sur le sable fin, les petits
promeneurs avaient tracé des empreintes de pieds de chèvres
et de pattes d'oies. Naturellement il n'en fallait pas davantage
pour provoquer un accès d'hilarité folle chez nos drôlessesde
paysannes. Mais aussitôt les nains de la Caverne des Loups
s'étaient enfuis sous terre, et depuis plus un seul ne se
montra dans tout le pays. >
Telle est l'histoire des nains du pays de Ferrette. Lina la
trouva jolie, quand môme la curiosité des jeunes filles lui
semblât punie trop sévèrement. Elle demanda à Tony s'il ne
savait pas lui raconter encore d'autres histoires pareilles.
Elle aimait tant ces récits, charme des longues veillées d'hiver,
alors que les fileuses réunies autour du poêle font marcher
leur rouet et préparent le chanvre destiné au trousseau.
Alors que la bise souffle au dehors sur la neige épaisse,
jeunes et vieux écoutent et redisent les belles légendes et les
traditions transmises depuis les anciens temps. Le pâtre ne
cacha pas combien il était heureux de pouvoir faire plaisir à
sa compagne. Seulement pendant l'histoire, les fourches, au
lieu de retourner l'herbe, s'étaient arrêtées souTent. Le
soleil baissait du côté des Spitzekœpf, et le grand carré de pré
était à peine retourné de moitié. « Brebis qui bêle perd sa
dentée d'herbe », dit le jeune garçon. Et comme tout à coup
le chant des faneuses avait cessé, Lina tourna la tête et vit
maître Mathiss qui venait en grondant. Elle s'écria : c Que je
suis contente, oncle. Le fromage vient bien cette année,
grâce aux bons nains 1 Vous êtes satisfait, n'est-ce pas, cher
onde? » — « Au diable tous les nains avec les gens qui en
parlent^ Dieu me damne I Avec ces fidnéants, il faudra encore
crever de faim et le foin ne rentre pas; les mauvais esprits
peuvent enunener les vaches du Wormspel. »
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d4 BEVUE D'AL8A0B
Les foins rentrèrent, mais un peu moins vite que si le
marquaîre avait été de meilleure humeur. Quelque temps
après, le garçon et les ânes, en transportant les fromages
dans la vallée, furent surpris par un violent orage. Déjà le
matin, Tony avait vu la touffe de lycopode nager sur Teau
dans Fauge de la fontaine, au chalet C'était un signe de
pluie, car quand le temps doit être beau, la lycopode reste
au fond. Il avait bien pressé le pas pour remonter au
Wormspel avant que la pluie ne vienne. L'orage marchait
encore plus vite. Des nuages pesants et sombres envahis-
saient le ciel du côté de la montagne. Un vent impétueux
souf&ait par rafales, soulevait des flots de poussière, ployait
la cime des arbres avec des craquements terribles. Il y avait
des éclairs qui embrasaient l'espace comme d'un feu immense.
Puis à ces clartés subites, sinistres, succédaient des ténèbres
de plus en plus épaisses et plus sinistres encore, pendant que
le tonnerre ébranlait ciel et terre par ses roulements préci-
pités. Contraint à chercher un abri, le pauvre Tony se réfu-
gia dans une nuiison isolée en arrière de Metzeral. Les ânes
furent attachés dans la grange, et lui, tout trempé par la
pluie, entra au poêle. Là une bonne vieiUe grand'mère,
entourée de trois enfants attentifis, lisait dans un livre à gros
caractères Toraison à lire pendant l'orage. La grand'mère
invita le pâtre à s'asseoir près de la fenêtre, et continua
d'une voix lente sa prière. L'orage dura longtemps. Comme
il pleuvait à ne pas lâcher un chien, Tony, pour se distraire,
demanda la permission de feuilleter les livres placés sur un
des rayons de l'armoire entr'ouverte : la grande Bible enlu-
minée de Martin Luther, le Jardin du Paradis de Schmolke,
les poésies de Pfeffel et le Bekhengtbckchm^ de Braun, le Traité
qui explique la magie, la baguette divinatoire, l'influence du
Malin sur les hommes, avec les moyens à employer contre le
diable et ses suppôts. Tous ces traités se trouvent chez les fa-
milles du val de la Fecbt, où tout le monde maintenant sait lire.
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LB8 NAIKB DtJ HORMBOK do
Plusieurs heures durant, la pluie tomba comme si le del
a^ait dû se fondre en eau. Le ruisseau de la Wolmsa, si gai
et si paisible les derniers jours, était devenu un torrent
boueux dont les flots gonflés inondaient les prairies et par
places le chemin, en roulant de grosses pierres et des débris
de bois. En même temps Tair était devenu froid, ce qui sem-
blait indiquer une grêle abondante sur les sommets. Gomme
la nuit approchait, Tony se décida à partir pour la montagne
malgré la persistance de la pluie. Cette violence extraordi-
naire de l'orage ne le laissait pas sans inquiétude sur ce qui
se passait au Wormspel. Peut-être le troupeau resté au pâtu-
rage assez loin du chalet n'avait pu à temps rentrer à l'écu-
rie, et dans tous les cas maître Mathiss serait de nouveau
bien l&ché s'il était obligé de faire la traite du soir avant le
retour de son aide. Cette fois les ânes ne s'attardaient pas
après les ronces du sentier. Ils marchaient vite et sans être
stimulés. La pluie continuait battante, glacée. Quel chemin,
bon Dieu I A la Wolmsa, au Fischbœdlé, au Schiessrothried,
dans la forêt et les prairies, les eaux torrentielles avaient
creusé de profondes ravines, défoncé le sol, entraîné de gros
blocs de pierre. La voie des schlitteurs était renversée par
places. Ailleurs de gros troncs de sapins jetés à terre barraient
le passage. Au dessus de l'étang du Fischbœdlé la paisible
cascade des Wasserfelsen, qui aux premiers jours du prin-
temps ondule sous la brise comme une dentelle diaphane,
grondait pareille à une chute tumultueuse. Au dessus des
fbrêts la pluie devint plus rare, mais le sol était jonché de
gréions, tandis que des traînées de vapeur, d'épais nuages
chassés par le vent passaient et repassaient avec une vitesse
vertigineuse, tantôt couvrant les montagnes avec leurs escar-
pements d'un voile gris, tantôt dissipés brusquement comme
s'ils étaient bus par un courant d'air plus chaud. De sa vie
Tony n'avait vu les effets d'un orage aussi terrible.
Arrivé au Wormspel, le garçon ne trouva personne, ni son
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96 BEVUB d'albaob
maître ni le troupeau. Le chalet était vide, Fétable aussi. La
nuit Tenait Plein des plus sombres appréhensions, Tony
s'empressa de mettre les fines à Tabri pour aller ensuite à la
recherche des vaches. Son inquiétude augmenta encore lors-
qu'en passant devant la porte il s'aperçut que la touffe de
victoriales, les Mnihameler^ attachée contre le mur, afin de
garantir le lieu contre le Malin et les maléfices des mauvais
esprits, avait disparu. Pour le coup c'était trop fort. Plus de
doute qu'un grand malheur devait être arrivé. Peut-être les
nains des brouillards, non pas les nains bienfaisants aux
pfltres, mais les méchants lutins du Rothabach, avaient-ils
enveloppé de brumes le troupeau pour le précipiter par
dessus les rochers du Schwalbennest ou dans quelque autre
abtme du Hohneck. Encore si maître Mathiss se trouvait là
pour donner des nouvelles. Rien ne fournissait la moindre
indication sur ce qui pouvait être arrivé. Sur tout le chemin
de Metzeral au Wormspel notre pauvre ami n'avait rencontré
personne, pas une âme, et maintenant il se trouvait seul au
p&turage au milieu de la nuit, sans savoir de quel côté aller.
Pareilles hésitations s'expliquent dans de telles circonstances.
Toutefois, pendant que le vacher inquiet tournait à pas lents
autciur du chalet, une forme noire apparut dans l'ombre.
C'était Moperlé, le chien fidèle, qui accourut. Pauvre bétel
comme elle était haletante et ruisselante à la fois de pluie et
de sueur 1 Elle léchait les mains de Tony, gémissant et aboyant
tour à tour, le tirait par le pantalon, courait vers le haut du
cirque qui domine le Wormspel, puis revenait comme pour
appeler son ami et lui dire : < Viens au plus vite. » Ainsi le
malheur que le pâtre appréhendait était arrivé. Point de doute
possible là -dessus. Mais où et comment? le chien ne pouvait
le dire. On ne pouvait faire mieux que de le suivre. Tony
alluma sa lanterne, prit un b&ton ferré et ferma avec soin la
porte du chalet. Moperlé se voyant compris, poussa des aboie*
ments de reconnaissance pour ensuite s'élancer en avant
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LB8 NAINS DU HOBNBCK 97
Malgré la nuit sombre, malgré la pluie qai recommençait,
malgré le vent qui hurlait dans l'étroite goi^e, le pfttre et ie
chien remontèrent non sans peioe le mauvais sentier du
Hohneck entre les précipices et les tas de pierres éboulées. Un
de ces escarpements, le plus élevé, dressé tout droit, s'appelle
la Roche des chevreuils, parce que les chevreuils pourchassés
sur les terrasses supérieures, en s'élançant par ce passage,
trouvent le vide et tombent les membres brisés. Qui sait si
les vaches du Wormspel n'avaient péri comme cela pendant
l'orage? Les vieux marquaires parlent souvent de la perte
d'un magnifique troupeau tombé jusqu'à la dernière béte au
fond du lac de Sultzeren après avoir été surpris par un vio-
lent orage, en s'élançant, affolé par la terreur, au milieu des
brouillards et des nuages par dessus les hauts escarpements.
Sous l'impression de cette pensée pénible, notre ami attei-
gnit les pâturages du plateau. Son chien, toujours en avant^
courait sur la ligne de fatte, le long du fossé de limite tracé
à travers les pftturages et les petits massife de hêtres. Par
moments la brave béte se retournait, afin de voir si le pâtre
suivait toujours. Vers l'approche de la ferme du Lundebûhl,
Tony aperçut 'une clarté aux fenêtres. Les gens de cette censé
devaient encore être debout, et le pâtre se dirigea de ce côté.
Mais Moperlé continua à suivre le fossé en aboyant de nou-
veau, Tenant tirer son maître par les habits comme pour lui
dire encore de ne pas s'arrêter au chalet. Tony étant entré
cependant, Moperlé resta à la porte avec des cris de détresse
pour s'éloigner et revenir et s'éloigner encore. Surprise 1 Le
pâtre, en ouvrant la porte, trouva maître Mathiss Ërtlé couché
sur le lit où deux hommes, ses hôtes, lui appliquaient des
compresses d'arnica sur une jambe. Le maître et le garçon
se reconnurent. Mathiss s'était cassé la jambe pendant
l'orage près du col de la Schlucht en courant après son trou-
peau dispersé, c Ces maudits lutins me ruinent, dit le vieux
marquaire du Wormspel aussitôt qu'il aperçut Tony. Cherche
Mouy«UB Série — 4« Aimée 7
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96 RSVtTE d'aLSAGS
les vaches, ramène nos bétes. Moi je ne puis me tenir
debout, mais on me soignera après. Vite, rendez-moi mon
troupeau. Les nains des brouillards ruinent le Wonnspel.
Malédiction! malédiction I » — « C'est vrai, ajoutia un des
fromagers du Lundebûbl, jamais ces méchants esprits n'ont
soulevé pareille tempête. Ecoutez-les encore qui sifflent et
ricanent à travers la cheminée. » Et chacun de prêter l'oreille
pour entendre dans la cheminée du chalet comme un bruit
confus de voix, de sifflements et d'éclats de rire attribués
aux vilains farfadets. Personne ne se souvenait avoir vu un
orage comme celui de la veille, aussi soudain, aussi effirayant.
Sur les pâturages, les éclairs, accompagnés de formidables
craquements, avaient embrasé ciel et terre dans un feu
immense, foudroyant arbres et rochers. Puis la grêle et les
nuages avaient répandu des ténèbres plus épaisses que dans
la nuit la plus obscure. Affolées par la terreur, les vadbes des
chaumes s'étaient enfuies dans toutes les directions malgré
les efforts de leurs gardiens pour les rassembler dans les
étables. Celles qui n'avaient pu être ramenées devaient être
tombées par dessus les précipices et perdues. C'est en rame-
nant leur dernière bête que les pfltres du Lundebûhl avaient
trouvé mattre Mathiss évanoui au pied d'un rocher, avec une
jambe cassée, près du passage de la Schlucht
Sur les supplications du blessé, qui semblait préférer la
mort à la perte de ses vaches, un des hommes consentit à
accompagner Tony pour continuer les recherches encore
avant le jour. Le lendemain matin le marquaire du Wormspel
devait être transporté à Metzeral, aQn de recevoir les soins
que réclamait son état. En attendant, le malheureux souffrait
de la fièvre, et par moments délirait, bien moins sous l'effet
de son accident qu'à cause du préjudice qu'il redoutait pour
sa bourse. Perdre la vie eût été peu pour le vieil avare, mais
perdre la valeur de son troupeau, voilà bien autre chose. Il
restait peu de chance pour sauver les vaches perdues. Néan-
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LBS N4IN8 DU HOHNSOK 99
moins il était bon de s'assurer de la catastrophe, et Tony et
son compagnon se remirent en chemin, afin de battre ]a
montagne dans tous ses recoins. Les deux hommes retrou-
vèrent le chien qui, flairant la présence de Mathiss, n'avait
voulu entrer au Lundebûhl, mais qui courut de nouveau
dans la direction du fossé frontière avec les mêmes démons-
trations. Bien que la pluie cessât alors tout à fait, le gazon
était trempé^ ainsi que les buissons de hêtres. Les pâtres
souffraient beaucoup de cette froide humidité, mais sans y
faire attention. Ce qui préoccupait Tami Tony, c'était la pen-
sée de Lina. Lina lui avait recommandé de gagner la faveur
des nains de la montagne, et voici qu'au lieu d'une faveur il
voyait ses vaches perdues! Gela ne devait pas et ne pouvait
pas être. Si les lutins malfaisants avaient par vengeance
voulu punir son mattre, les petits nains amis des marquaires,
ces bons esprits invoqués tant de fois ne lui avaient-ils pas
promis de l'assister toujours?
Les deux pâtres marchèrent longtemps, toujours conduits
par leur chien, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, comme sur
une piste à travers les escarpements et les sentiers ravinés.
Le ciel reprit sa sérénité. L'aube commença à blanchir, et
bientôt le soleil levant fit fumer les brumes du matin sur les
cimes des Vosges. Toujours Moperlé, Tony et le fromager du
Lundebûhl allaient et venaient des montagnes aux vallons
et des forêts aux pâturages. Point de vaches nulle part, ni
même des gens pour donner une indication. Le vacher du
Lundebtihl trouvait qu'il se donnait beaucoup de peine pour
rien. Le garçon du Wormspel devenait plus soucieux et à
chaque instant soupirait tout bas : < Pauvre Lina! pauvre
Lina! » Le chien seul s'animait davantage, allait plus vite en
flairant Therbe humide, parfois s'arrêtant pour lever la tête
et jeter dans les fourrés un regard attentif. Tout à coup un
bruit de clochettes résonna derrière les grands hêtres, d'abord
vague, puis distinct. Une exclamation de Tony répondit au
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100 BEVUB D*AL8A0B
son connu des clochettes. Un instant après apparut dans le
chemin Blanchette, la mattresse-yache, puis à la file tout le
troupeau du Wormspel. Les bêtes remontaient lentement du
côté de la montagne pour regagner leur pftturage, quoique
fatiguées. Elles mugirent en signe de reconnaissance à la
vue de leur gardien, c Voisin, félicitons-nous, fit le marquaire
du Lundebûhl en tapant sur Tépaule de Tony; tous ayez
une bonne chance. » — < Beaucoup de chance, oui, parce
que le fidèle Moperlé nous a conduits et parce que les bons
petits nains du Hohneck nous protègent I »
La guérison de maître Mathiss Ërtlé traîna eu longueur.
Dans l'impossibilité de faire autrement, le vieux marquaire
chargea son garçon de soigner les afiTaires de la ferme, et lui
envoya un aide pour le transport journalier du fromage dans
la vallée. C'était )à un surcroit de dépenses dont il fallut
longtemps gémir. En fin de compte, mieux valait encore
nourrir une bouche de plus et sacrifier quelques écus, que
si lors du grand orage tout le troupeau avait été perdu. Tony,
laborieux et économe, s'acquitta bien de sa tâche, tellement
que son maître, au grand étonnement de tout le monde, ne
se plaignit plus du rendement de la ferme. Les vaches profi-
taient à vue d'œil, et chaque jour les ânes apportaient de la
montagne un surcroît de fromage. Maître Mathiss en vint à
se demander si depuis sa chute, depuis le jour malheureux
où les vaches du Wormspel fiiillirent se perdre toutes, les
petits nains n'avaient pas pris Tony sous leur protection.
Tout de même, cette année permettait l'achat d'une nouvelle
pièce de pré dans la vallée ou d'une étendue de bois à la
montagne.
Mais Tony était bien plus content encore. Ce qui le réjouis*
sait, lui, ce n'était pas l'augmentation de ses fromages, mais
la pensée de redescendre bientôt dans la rbllée. En efTet, la
Saint-Michel approchait Vers cette époque, la gelée et les
premières chutes de neige ramènent les vaches à la maison.
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LBB NAINS DU HOHNBCK 101
Pendant les veillées d'biver il devait avoir l'occasion de voir
plas souvent au village la nièce du marquaire, qui, Tété
durant, était venue au chaume les dimanches. Se rapprocher
de Lina, vivre aux lieux où elle serait, quelle plénitude du
bonheur 1 Combien la montagne où la jeune fllle avait paru
quelques instants était belle, combien serait plus délicieux le
séjour enchanté par sa présence de tous les instants! Cette
pensée fidsait vivre notre ami, et la vie lui semblait bonne et
souriante et le del plein d'espérances et d'illusions. Pleins
d'illusions tous ses rêves I Pauvre Tony! L'avant-demîer
dimanche de septembre, le pfttre attendit à l'heure accoutu-
mée la visite de Lina à la ferme, mais elle ne vint pas et
Tony fiit triste. Une douleur poignante l'accabla avec la nou-
velle racontée par des bûcherons de passage au Wormspel
que la nièce du maître marquaire avait quitté Metzeral
l'avant-veillé pour aller aux colonies, bien loin au delà des
mers. Lina était partie sans que Tony n'en sût rien. Cela
ne pouvait être, et pourtant cela était. •
Un profond déchirement, une détresse immense pour le
jeune vacher. Tout ce monde des montagnes, tout à l'heure si
ravissant et plein d'attrait, était en un instant devenu vide
et morne. La nature ne faisait que refléter l'état intérieur de
son âme. Pour vivre dans la solitude des hauts pftturages, au
milieu d'humbles occupations, l'ami des petits nains du
Hohneck n'en avait pas moins un cœur accessible aux sen-
timents élevés et tendres. Quand, dans le cours d'une exis-
tence pénible, un rayon doux et chaud vous efiEleure'ou vous
touche, faut-il éviter le rayon de lumière parce qu'il est bien-
faisant? Le sourire de Lina fut pour Tony ce bienfaisant
rayon de lumière. Triste, las, la poitrine pleine de sanglots
refoulés, le pfttre, après le départ de la jeune fille, sans dire
à personne la cause de son chagrin, sans se plaindre jamais,
allait chaque soir gagner le Rocher des chevreuils qui domine
le Wormspel, où d'un regard vous embrassez à la fois les
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102 REVUE D'aLSAOE
montagnes, les yallées, la plaine avec leur vaste perspective
et leur magnifique horizon. Devant vous, les Spitzekœpf se
dressent avec leurs cimes pointues et grises, posées les unes
au dessus des autres comme des tours amoncelées, entre le
Wormspel et le Nid d'Hirondelle. Una s'était souvent assise
sur ce rocher comme dans un lieu de prédilection. En s'enve-
loppant de son souvenir, Tony méditait ce feuillet d'un vieux
livre trouvé sur le rocher : « L'amour est une grande chose
et un grand bien. Seul il allège toute peine^ subit toutes les
traverses avec un égal courage, supporte sans Ich sentir les
plus lourds fiirdeaux. H donne de la douceur à ce qui est
amer; il rend agréables les contnariétés. Un amour élevé
pousse aux nobles actions; il tend en haut et ne veut pas
ramper sur la terre. Il veut être libre et ne souffire aucun
lien qui le retienne ou qui entrave son élan. Au ciel ni sur la
terre il n'y a rien de plus aimable, de plus puissant, de plus
relevé, de plus heureux, de plus parfait que Tamour. Le
cours de Tamour est rapide^ son vol est haut, son essor
indomptable. L'amour donne tout pour tout et possède tout
pour tout. Point de mesure pour lui. Son zèle dépasse toute
mesure. L'amour ne sent aucun poids et il ne compte pas le
travail. Jamais dans ses aspirations il ne se demande : où
prendrai-je mes forces? Rien ne lui paraît impossible, car il
croit tout pouvoir et tout permis. Pour cela même l'amour
est capable de tout. Pendant que celui qui n'aime pas se
laisse abattre et se décourage, celui qui aime accomplit beau-
coup de choses. Même pendant le sommeil Tamour veille et
ne dort pas. Nulle fatigue ne le lasse ; il vit à l'étroit sans
éprouver de gêne, et nul effroi ne le trouble. Pareil à une
vive flamme, comme un flambeau ardent, il monte avec force,
certain de pénétrer partout .... Tu es tout à moi, je suis tout
à toi, dit l'amour Que mon âme ressente combien il est
doux d'aimer I Je veux t'aimer plus que moi-même et ne
m'aimer que pour toi, et aimer en toi tout ce que tu aimes.
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LES NAINS DU HOHNKCK 103
L^amouT est prompt, sincère, ardent, aimable, fort, magna-
nime, patient, constant, courageux. Jamais il ne se cherche
soi-même. Pour lui point de désespoir, car il est plein de con-
fiance, même dans la douleur. Qui n'est pas déterminé à tout
souffirir pour son amour, n'est pas digne d*aimer. Qui aime,
doit trouver doux ce qui est amer, et agréable ce qui est
pénible, par afiection pour ce qu'il aime I »
Charles Grad.
Au chalet de la Schlucht, Octobre 1873.
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FAITS MÉMORABLES
DU
BLOCUS ET DU SIÈGE DE BELFORT
Du 84 Déoembre 1818 au 16 AviQ 1814
Journal tenu par M. TRIPONE, François-Joseph, notaire
à Bélfort, membre du Conseil général du Haut-Rhin.^
La place est sous les ordres de M. Jean Legrand, comman-
dant d'armes des ville et château.
La garnison consiste dans les dépôts du 68* régiment
d'infanterie de ligne, commandé par M. Kail, membre de la
Légion d'honneur, colonel ; et du 14* régiment de chasseurs
à cheval, sous les ordres de M. Delorme, membre de la
Légion d'honneur, major, n'ayant que 60 chevaux.
Le château est armé de 78 bouches à feu. Le commandant
d'artillerie est M. Labombardière, membre de la Légion d'hon-
neur, chef de bataillon au SI* régiment d'artillerie à pied. Il
n'a pas de canonniers, excepté deux officiers.
Il n'y a presque pas de subsistances pour la garnison.
On parle, pendant tout le mois de décembre 1818, de
l'approche des armées alliées, mais on ne sait rien d'officiel.
Le bruit de la veille est détruit par le bruit du lendemain.
^ Nous avons fait de vaines recherches pour avoir en communication
l'original de ce document. On ne sait le sort qu'il a subi. Son édition
est faite d'après une copie qui appartient à M. le receveur municipal de
la ville de Belfort, et qui a été obligeamment mise à notre disposition.
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LE BLOOUS ET LB SlAOB DB BBLFOBT BN 1814 106
22 DÉCEMBRE 181S. — Vers 1 heure da matin on a été
informé que Tennemi avait passé le Rhin sur le pont de Bftle
et qu'une colonne arriverait ici incessamment.
Le commandant a retenu plusieurs détachements de cons-
crits — la plupart Piémontais — de divers régiments; quel-
ques soldats du train qui se rendaient à Strasbourg, et dont
plusieurs avaient déjà dépassé Belfort
Par ce moyen, la garnison a été composée de 8,000 hommes
et 50 choraux. Les soldats du train et les chasseurs démontés
ont été destinés au service de l'artillerie. Beaucoup de finmilles
ont quitté la ville et les finubourgs. J*ai remis au courrier
Moqueris une caisse d'argenterie et un paquet de mes titres
et papiers personnels à l'adresse de ma cousine, à la Visita-
tion à Troyes.
On a ramassé quelques subsistances dans les villages les
plus rapprochés.
28 DÉCEMBRE. — Les renseignements de la veille sont con-
firmée. L'alarme est à son comble. Les portes sont fermées
toute la journée. Il part encore beaucoup d'habitants.
24 Décembre. — Mon fils Florentin, et Michel Heaume,
mon clerc, poussés par une indiscrète curiosité, vont se pro-
mener à Pérouse pour voir les ennemis; ne les apercevant
pas encore, ils dépassent le village et s'approchent de Chèvre-
mont. Ils sont bientôt arrêtés par les coureurs qui les con-
duisent devant les of&ciers à Ghèvremont. De là ils sont tra-
duits devant plusieurs généraux à Bessoncourt, interrogés et
renvoyés sous l'escorte d'un cavalier, jusqu'aux avant-postes
français. Partis dès le matin, ils n'ont été de retour qu'après-
midi à 1 heure.
Vers 2 heures après-midi, le chftteau a commencé à tirer
sur l'ennemi. Les troupes bavaroises se sont approchées par
Ghèvremont, Pérouse, Offemont, tandis qu'une autre colonne
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106 BEVUE D*ÀLSACE
arrivait par Délie sur Danjoutin. Avant la nuit, la place a été
investie de toute part.
La famille Steullet, juge de paix, et celle du juif Dreyfus,
se sont réfugiées, avec leurs effets, dans mon ancienne maison.
25 DECEMBRE. — Le château a tiré une cinquantaine de
coups de canon, principalement sur le fiiubourg de France
occupé par l'ennemi, qui était logé dans quelques maisons.
Le fauboui*g, pris et repris, a enfin été évacué par Tennemi,
et il a tenu ses sentinelles vers les extrémités, après avoir
commis quelques pillages, notamment chez M. Digue, hor-
loger, et perdu quelques fantassins et cavaliers. La garnison
a perdu une trentaine d'honmies, tant prisonniers que tués.
La maison de M. Gh. Blétry, celle de M. François Dauphin,
celle de M. Bely et autres ont reçu des boulets du château.
26 DÀXMBRE. — Le château a beaucoup tiré dans la mati-
née sur les postes qui se faisaient voir au bord du bois de la
Perche; il a cessé Taprès-midi à cause du brouillard. La
fusillade a continué toute la journée entre les avant-postes.
On répand le bruit que des secours pour la garnison s'ap-
prochent.
On a brûlé le moulin neuf, plusieurs maisons voisines au
Fourneau, la maison de bois du Faubourg, au bout du pont,
sur la rive droite de la Savoureuse; la petite maison de la
bascule, la maisonnette en planches de La FeuiUade, perru-
quier, celles des jardins de TEspérance.
Dans la crainte d'un prochain bombardement, nombre de
fiamilles ont déposé leurs meubles et réfugié leurs personnes
dans le magasin à poudre des tours bastionnées. J'ai mis mes
meilleurs effets dams celle de la manutention. J'ai eu dix sol-
dats logés dans mon bureau.
27 DÉCEMBRE. — La fusillade a continué entre les avant-
postes.
Le château a tiré quelques coups de canon. Le comman-
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LK BLOOUB ET LB SIÉOB DE BELFORT BM 1814 107
dant a fait abattre toutes les palissades et une partie des murs
de clôture des jardins du fiiubourg de Brisach. On a mis le
feu à la maison et aux bftiiments de la veuve Tuebert, aux
maisons etgloriettes de ces jardins, excepté celle de M. Boillot.
J'ai retiré mes effets du magasin à poudre et les ai fait
descendre dans une cave voûtée. Ma femme est accouchée à
7 heures du soir d'un enfant mftle. ,
S8 Décembre. — Le château n'a pas tiré. Une partie de la
garnison a été occupée à transporter au ehftteau des subsis-
tances prises en réquisition chez les habitants et surtout chez
les négociante.
A 10 heures du soir l'alarme a été donnée, et toutes les
troupes ont pris les armes. On croyait que l'ennemi prépa-
rait l'escalade du rempart près de la glacière. La lumière des
pote à feu jetés du ehftteau dans le fossé, a fait voir que per-
sonne ne s'était approché.
29 Décembre. — Bien d'extraordinaire pendant la matinée.
A midi un détachement est allé recueillir du grain chez Henri
Piqnard, au fiiubourg de France. On continue à monter au
ehftteau toute sorte d'approvisionnemente.
J'ai feit murer la porte de ma cave voûtée pour préserver
mes effete et minutes du feu. J'ai fait enfouir l'argent.
SO Décembre. — Depuis 4 heures du matin jusqu'à 6 heures,
l'ennemi a lancé sur le ehftteau 1,300 obus. Plusieurs, tombés
dans la ville, y ont fait des ravages, entre autres à l'hôtel de
la sous -préfecture (collège actuel), dans la salle du café du
sieur Léopold Gilles, etc. Le feu n'a été communiqué nulle
part. A midi, le commandant m'a accordé un factionnaire
pour la sûreté de mon dépôt public; à S heures après-midi
la garnison a fait une sortie avec 600 hommes, 80 chevaux et
ane pièce d'artillerie de campagne. Le but était de s'emparer
d'une batterie enjiemie sous la pierre de la Miotte. U n'a pas
été atteint, et|le tout s'est borné à une vive fusillade qui a tué
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106 BEYCn D'aL8AGB
et blessé quelques hommes de part et d'autre. A 6 heures,
transport de M. T... à la tour bastionnée, avec ses enfants.
Florentin et les filles sont demeurées à la maison pour
veiller et éteindre le feu en cas de malheur. BfM. SteuUet et
Beaume ont aussi passé la nuit dans ma maison.
SI Décembre. — Vers S heures du matin Tennemi a
recommencé son feu d'obusiers et de canon ; il a été terrible
et le chftteau n'a pas riposté. Un boulet a traversé chez moi
un corps de cheminée au dessus du toit. Un obus a éclaté
dans le magasin de M. Ugonin, contigu à ma maison. L'hdtel-
de-yille et plusieurs autres bâtiments ont été atteints La
maison du juif Rueff a beaucoup de dommages.
Les chefs militaires prétendent tenir pendant deux mois.
Aucun bourgeois n'a de vivres pour aussi longtemps. La
disette se fait déjà sentir. Le temps est serein, sec et froid
depuis le commencement du siège. Les habitants ne prennent
aucune part à la défense de la place.
1** Janvier 1814. — Depuis hier, à 9 heures du soir, une
grêle d'obus, de boulets et même quelques petites bombes ont
foudroyé touteb les parties de la ville; nombre de maisons
sont fracassées dans l'intérieur, beaucoup d'autres à leurs
couvertures. Celle où je demeure a été légèrement endomma-
gée au bord du toit, vers l'angle méridional.
A 11 heures du soir l'explosion d'une bombe de 60 pesant,
tombée dans la rue à deux pouces du seuil de la boutique
occupée dans ma maison par M. Rameau, a fracassé vingt
grands carreaux, beaucoup de petits et une quantité plus
grande encore dans mon ancienne maison. Le cousin Prique-
1er a reçu deux obus dans la maison Bevalot. L'afiluence
dans la casemate témoigne assez la crainte des habitants
pour la nuit prochaine.
2 Janvier. — Le chftteau a beaucoup tiré pendant la nuit. Le
feu de l'ennemi a été vif et principalement dirigé sur le fort.
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LB BLOCUS ET LB SIÂGS DB BBLPORT EN 1814 109
Vers midi, ou a remarqué beaucoup de mouvement chez
]eB assiégeants; on a vu passer de Baviiliers à Danjoutin et
du Yaldoie dans la forêt d'Âraotde la cavalerie et des caissons.
3 Janvier. — L'ennemi n'a pas tiré un seul coup pendant
la nuit. Son silence et le mouvement de la ville faisaient pré-
sumer qu'il s'était éloigné, mais au jour on a reconnu ses
sentinelles placées comme les jours précédents. A 8 heures
le chftteau a tiré quelques coups de canon et lancé quatre à
cinq bombes dans la plaine de Brasse.
Nous craignons d'être forcés d'évacuer la casemate qui
nous sert d'asile; on parle d'y déposer les militaires malades
et blessés. On fait la perquisition et l'inventaire du bois de
chauffage chez les particuliers. Les habitants craignent
l'enlèvement de leurs provisions. Les mesures prises pour
placer les malades et les blessés dissipent notre crainte d'être
obligés de sortir du magasin à poudre.
4 Janvier. — La nuit a été tranquille. Deux coups de
canon sont partis du château. L'ennemi n'a pas tiré, mais il
a surpris un poste de cinquante hommes dans la maison de
la dame veuve Royer, sur la route de Roppe. Le sieur
Engerran, sergent-fourrier au 68*, beau-frère du sieur Anto-
nin, a été pris avec quarante-trois hommes. Un soldat et un
sergent se sont seuls échappés. On assure que les mouve-
ments de dimanche étaient pour changer tous les postes qui
jusque-là étaient composés de troupes bavaroises, et qui ont été
remplacés par des Saxons et des Autrichiens. Aujourd'hui,
pour la première fois depuis le blocus, la porte de Brisach a été
ouTorte pour relever les postes avancés, qui ont été doublés.
Le chftteau a tiré pendant cette journée quelques coups de
canon et d'obusiers. Les soldats ont été retirés dans les
casernes pendant la nuit, mais ils resteront le jour chez les
habitants. Il a été question de mesures à prendre par les
principaux habitants pour se préserver des violences de la
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110 * msvuB d'alsaoii
multitude, qui presque manque de subsistances. M. Jobert,
ingénieur, a proposé d'obtenir du commandant d'armes la
iacttlté d'instituer un comité qui s'occuperait des moyens de
parer à ce grave inconvénient.
5 Janvier. — On n*a rien entendu pendant la nuit Vers
9 heures le cbftteau a tiré quelques coups de canon et lancé
deux ou trois bombes. On promet à la garnison qu'elle sera
incessamment secourue.
Quantité de bourgeois sont commandés chaque jour pour
travailler au cbftteau, et pour continuer à y monter des
approvisionnements et des matériaux. Le plus grand tour-
ment est d'ignorer ce qui se passe au dehors. On n'a pas la
moindre notion sur la situation des places du Rhin, sur
Besançon I Même mystère sur les forces des ennemis, sur
leurs marches, sur leurs progrès. On croit que le comman-
dant a tâché de sortir de cette anxiété en envoyant quelqu'un
à la découverte.
6 Janvier. — Nuit parfaitement tranquille. Rien de fftcheux .
ne s'étant passé pendant les quatre dernières nuits, nous
nous sommes décidés à quitter le magasin à poudre, sauf à y
rentrer au besoin. Nous y avons laissé nos bois de lit Â
8 heures du matin, Beaume, Steullet, Tintin et moi, nous
avons rapporté ma femme à là maison par une grande pluie.
7 Janvier. — Le calme le plus profond pendant la nuit.
Arrivée de Breymann venant de Vesoul avec des nouvelles
insignifiantes.
8 Janvier. — Un seul coup de canon tiré du ch&teau pen-
dant la nuit n est tombé de la neige abondamment jusqu'à
midi. Le château a tiré quelques bombes et quelques boulets
sur les ennemis formant des retranchements sur les hauteurs.
A 10 heures du soir, nous venions de nous coucher, lorsque
Beaume est venu nous donner l'avis qu'il avait reçu de
M. Emon, commandant du génie, l'ordre de se renfermer dans
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LB BLOCCB BT LB BSÊQK DB BBLFORT BK 1814 111
tes casemates, attendu que la nuit serait orageuse. Nous nous
sommes levés aussitôt et renfermés dans le magasin à poudre,
où nos trois lits étaient restés. Depuis 11 heures le feu n'a
pas cessé; une multitude d'obus et de boulets ont frappé
presque toutes les maisons. Le feu avait pris dans qtielques-
unes et a été éteint. La femme Yemier, née Garandal, la
tante de la femme du sieur Jobin Bergatte, ont été tuées. La
serrante de Mme Grandidier a eu la jambe cassée; on lui a
fait Tamputation. Plusieurs autres personnes ont été blessées,
La charpente du magasin à poudre sud-ouest a été brûlée.
9 Janvier. — Le même feu a duré pendant toute la nuit
et la journée. Vers 10 heures un obus a frappé la cheminée
de la cuisine de mon ancienne maison, à la hauteur du toit;
il est tombé sans éclater près de la porte de Brisach, et Tintin
Ta ramassé. Plusieurs autres ont frappé mes deux maisons;
à 5 1/3 heures un autre est entré dans mon salon par la
fenêtre, a éclaté sur le seuil de la porte de la chambre à cOté,
a fracassé la glace du salon, brisé celle de la chambre, le
parquet, plusieurs meubles, les portes, etc., etc. Un autre,
entré dans mon ancienne maison par la fenêtre, a percé te
plancher et le plafond de mon ancien bureau, a éclaté dans
la paillasse de M. Steullet On a éteint le feu à Tinstant. On
a compté dans deux jours 1,800 coups. Les ravages de la
nuit et de la journée sont immenses. Â 8 heures du soir un
parlementaire ennemi a apporté la nouvelle sommation de
rendre la place, à dé&ut de quoi on la réduirait en cendres.
D doit avoir été répondu verbalement qu'il était trop tard
pour que te Conseil de défense pût délibérer, mais qu'on
ferait cesser le feu du château si Tennemi faisait arrêter celui
qu'il dirigeait sur les habitants paisibles. Le feu a discontinué
toute la nuit.
10 Janvier. — Le Conseil de défense a délibéré dès le
matin ; trois ou quatre coups de canon tirés du château, vers
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1 la BKVtTB D*AIi8àGB
8 heures, ont redonné Téponyante. On a su que le comman-
dant avait dépéché un parlementaire au général ennemi
Blanchi pour rassurer que les coups étaient partis sans ordre.
On attend arec anxiété les résultats des délibérations du
Conseil et la détermination de Fonnemi. Il parait constant
que notre malheureuse ville va être brûlée si on ne se con-
cilie pas.
On rapporte que les désastres du samedi au dimanche sont
la suite de Tindignation du général autrichien, qui avait
envoyé un parlementaire sur lequel les conscrits ont tiré, que
Ton a fait attendre plus de quatre heures, et qui enfin s'en
est retourné sans réponse.
A 10 heures du matin M. le colonel Eail est parti en voi-
ture comme parlementaire, chargé des pouvoirs du comman*
dant et d'un projet de capitulation arrêté par le Gonseii de
guerre. On dit quUl est allé jusqu'à la maison de M. Gasner,
où le général Blanchi est venu pour Técouter; au retour du
colonel, vers S heures, le bruit s'est répandu que le général
ennemi n'avait pas pris sur lui de répondre au projet, mais
qu'il l'avait envoyé au général en chef Schwartzenberg.
On dit que le projet est de rendre la ville dans huit jours
si dans l'intervalle elle n'est pas secourue; que la garnison
se retirerait alors au château; que la ville serait neutre et
que les bourgeois se garderaient eux-mêmes; que l'ennemi
ne pourrait pas s'avancer plus près du côté de la ville que
ses postes actuels; que les personnes et les propriétés seraient
respectées. Voilà ce que j'ai pu recueillir des bruits courants,
n paraît que jusqu'à la décision du général en chef il y aura
suspension d'armes. Le général Bianchi doit avoir^ appris au
parlementaire qu'on s'occupait de la paix.
Nous sommes sortis pour la deuxième fois du magasin à
poudre pour venir coucher au milieu des ruines de notre
maison, heureux dans nos malheurs s'ils doivent se borner là.
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LB BLOOIXB 8T tS SOlOB I« BBLt^RT SN I8l4 113
11 Janvixr. — La naît a été tranquille. On ramasse tout
le bois àe chaufEage que l'on peut se procurer dans les fau-
bourgs, et on le porte au cbftteau. On prétend savoir par des
gazettes allemandes qui ont pénétré, que des retranchements
s'établissent autour de Paris. Une trentaine d'Autrichiens
amenés à Belfortpar desyoiluriers de Ghfttenois, qui croyaient
que la yille était rendue, ont été renvoyés.
12 Janvier. — Tout a été depuis hier dans le calme. On
monte toujours au château du bois de chauffage et des
planches. On a saisi pour la même destination des grains et
farines déposés par des gens de la campagne chez le sieur
Ugonin et la dame Glavey, née Royer. On attend toujours
avec inquiétude quelle sera la détermination du général en
chef ennemi.
Le froid de la nuit dernière a été très vif. 11 est tombé
beaucoup de neige jusqu'à midi, alors l'air s'est radouci. A
10 heures du soir on nous a annoncé que tout était à peu
près d'accord, et que nous pouvions dormir en sécurité.
18 Janvibr. — La neige a diminué pendant la nuit. Un
vent assez impétueux a brisé la plupart de nos carreaux de
papier. On ne sait encore rien de positif sur la capitulation,
mais on nous assure que nous serons tranquilles jusqu'à la
décision du général eu chef. On a vu aiyourd'hui une procla-
mation de ce général ainsi conçue :
Français,
La yictoire a conduit les années alliées sur votre frontière. Elles vont
la franchir. Noas ne fiiisons pas la guerre à la France, mais nous repous-
sons loin de nous le joug que votre gouvernement voulait imposer à nos
pays qui ont les mêmes droits à Findépendance et ont les mêmes droits
que le vôtre.
Magistrats, propriétaires, cultivateurs, restez dans vos foyers. Le main-
tien de Tordre public, du respect pour les propriétés particulières, la
disdpllne la plus sévère marqueront le passage et le séjour de nos
armées; elles ne sont animées de nul esprit de vengeance; elles ne veulent
pas rendre a la France les maux sans nombre dont, deimis vingt ans,
eUe a accablé ses voisins et les contrées les plus éloignées; d^autres prinp
Nour«dle Série - 4* Annéf 8
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114 taswE d'alsacs
cipes et d'autres vues que celles qui ont conduit vos armées chez nous,
président au Conseil des monarques alliés. Leur gloire sera celle d'avoir
procuré la fin la plus prompte aux malheurs de FEurope. La seule con-
quête qu'ils ambitionnent est celle de la paix, mais d'une paix qui assure
à leurs pays, à la France, à TËurope un véritable état de repos. Nous
espérions la trouver avant de toucher au sol français; nous allons Ty
chercher.
Au quartier général de Lœrrach, le 21 décembre 1813.
Signé : Le maréchal, prince de Schwarlzenberg,
commandant en chef de la grande
armée des alliés,
14 Janvier. — La nuit et la journée ont été fort tranquilles.
On a fiiit des visites domiciliaires pour constater les quan-
tités de farine et de blé de chaque particulier. Le Conseil
municipal a été assemblé pour désigner les bouches inutiles
que le commandant a le projet de faire sortir de la ville;
mesure peu exécutable, car il reste à savoir si l'ennemi les
laisserait passer. On a commencé à soupçonner que les len-
teurs apportées à la conclusion de la capitulation n'étaient
pas rassurantes. Ce qui m'a inquiété, c'est d'apprendre que
l'ennemi travaillait à l'instant même à ses batteries. Â
10 heures du soir nous avons été avertis que les négociations
étaient rompues, et qu'il n'y avait pas un instant à perdre
pour regagner le magasin à poudre; nous nous y sommes
rendus la mort dans le cœur, et jamais il n*y eut tant de
monde.
Vers minuit le feu de l'ennemi a commencé; il a lancé
environ 200 obus, dont la direction, venant des hauteurs de
Bavilliers, d'Ëssert et de Danjoutin, paraissait être contre le
château; mais beaucoup de maisons, et surtout celles placées
au pied du fort, ont été endommagées. La neige abondante
qui tombait, a vraisemblablement interrompu le feu, qui a
cessé vers S heures.
L'ennemi tire de temps en temps; le château riposte par
quelques coups. On continue les visites domiciliaires. M. Wild^
accompagné d'un of&cier de chasseurs à cheval, s'est présenté
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ut BLOCUS BT LK SIÉaS DB BBLFOBT BN 1814 115
diez moi, et on s'est contenté de la déclaration de Florentin
qu'il nous .restait peu de fiirine et de blé. J'ai fait descendre
dans la cave les miroirs, marbres, porcelaines, etc. Rien
n'égale l'anxiété.
Nous craignons que l'intérêt des habitants soit nul dans
l'esprit des militaires, et nous n'avons plus d'espérance que
dans la pensée que l'ennemi n'usera pas d'une rigueur
inutile à ses vues; la continuation d'un simple blocus devant
toujours le rendre maître de la place, quoique un peu tard,
et toute idée de secours, même éloigné, paraissant ridicule.
16 Janvier. — Au grand étonnement, il n'a pas été tiré
un seul coup pendant la nuit. Dans la matinée, la garnison a
monté au château une assez grande quantité de fagots pris
chez Dorvaux au magasin à bois; tout convient à ces mili-
taires. Ils ont fait hier chez les marchands une perquisition
de morue pour mettre cette denrée en réquisition comme
approvisionnement de siège.
On a enterré hier dix-sept ou dix-huit soldats morts de
maladie à l'hôpital. Le bastion du Trou-du-Renard servant
aigourd'hui de cimetière, sera bientôt insufBsant.
n y a un mouvement chez les assiégeants. Les troupes du
blocus ont marché en avant et sont remplacées par d'autres,
qu'on dit russes. Les gens du faubourg ont entendu pendant
la nuit dernière le bruit des chariots.
17 Janvier. — La nuit a été tranquille. Dans la matinée,
le château a tiré dix à douze coups d'obusiers et de mortiers
sur les batteries ennemies, au delà du faubourg de France.
On parle d'un emprunt forcé de 8.000 francs demandé par
les cheb militaires aux habitants, qui ne paraissent pas en
état de le fournir.
On annonce que le château veut brûler les maisons Gasner,
Klopfiteiii et Lapostolet, occupées par l'ennemi.
On doit abattre aujourd'hui les chevaux amenés par les
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116 ttiSVtnB D*AIJ9A0B
soldats du train qui font le service de l'artillerie, et les
employer à la subsistance de la garnison. Les chevaux sont
au nombre d'environ quarante, après quoi il restera une
trentaine de chevaux du 14* régiment de chasseurs. D n'y a
plus de viande chez aucun boucher. Le dernier mouton que
noQS avons eu, a coûté 75 centimes la livre.
18 JAirnBR. — Nuit et journée tranquilles. Vingt-cinq fan-
tassins piémontais ont déserté pendant la nuit. La mauvaise
nourriture, la btigue, le dégel et la pluie augmentent le
nombre des malades. A 10 heures est arrivé un parlemen-
taire ennemi, ofiBcier du génie. Il est entré en ville les yeux
bandés, et a été conduit chez le commandant, où il a dîné.
La musique du 6S* lui a donné des sérénades. Il est reparti
à 5 heures. On est bien impatient d'apprendre ce qui a été
conclu avec lui.
On répand que le quartier général ennemi est à Langres;
que les troupes passées et passantes sont en très grand
nombre; que sur la route, les habitants ont chaque jour jus-
qu'à quarante hommes à loger par maison. Les troupes
quittent la grande route à Pérouse pour éviter le canon du
château, et passer, les unes vers Offemont pour gagner le
Yaldoie, Gravanche et Essert, et les autres derrière le bois
de la Perche pour arriver au même point par Danjoutin et
Bavjlliers, d'autres encore par le canton de Délie.
On dit qu'il y a un autre passage de troupes et d'artillerie
par la vallée de Saint-Âmarin et le département des Yosgee.
On dit que beaucoup de troupes ont passé par Giromagny,
et ont pris la route d'Auxelles-Bas pour se porter en avant
par Ronchamp.
Les bruits varient sur l'objet de l'entrée du parlementaire.
Les uns disent qu'il est venu engager le commandant à ne
pas brûler les maisons Gasner, Klop&tein et Lapostolet en
promettant qu'il ne serait pas tiré sur la ville; d'autres, qu'il
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us BLOCUS KT LB BlAOK DE BBLFORT EN 1814 117
est yenn pour reprendre les conférences du premier projet
de la capitulation. On ne sait rien de positif.
Il a dû annoncer que les alliés avaient Mt sauter le châ-
teau de Blamont; qu'ils étaient en possession de Genëye;
que les habitants de Langres ayant voulu opposer de la résis-
tance, avaient été traités rigoureusement; que Farmée mar-
chait en avant, et qu'une grande bataille déciderait incessam-
ment du sort de la France.
19 Janvier. — Aucun bruit pendant la nuit. La pluie et le
dégel continuent. On a vu une multitude de voitures et
transports d'artillerie couvrii' la route de Danjoutin jusqu'au
chemin de Bavilliers. Beaucoup étaient arrêtées et dételées.
Le chemin de traverse de Bavilliers est tellement rompu, que
l'ennemi est obligé de doubler l'attelage.
20 Janvier. — Môme calme pendant la nuit. J'ai vu Issen-
si^hmid, d'Ëssert, revenant de Giromagny. Il nous a confirmé
le passage des alliés par Giromagny depuis Les Errues; il
nous a même assuré que les gardes impériales prenaient
cette route et devaient défiler aujourd'hui ou demain.
Le commandant a reçu hier soir une nouvelle sommation
de rendre la place; il y a été répondu négativement, à ce
qu'on assure.
On aperçoit des mouvements et des transports de muni-
tions par caissons dans les batteries ennemies. Le château a
tiré une quinzaine de coups de canon, bombes et obus, sur les
batteries dans l'après-midi. Nous craignons que la nuit ne
soit pas tranquille.
Le passage des convois d'artillerie, voitures bâchées et
même de carrosses, n'a pas discontinué aujourd'hui de Dan-
joutin à Bavilliers. Je suis sorti aujourd'hui de la ville pour
la première fois depuis le blocus. J'ai vu le faubourg de
France et le Fourneau fort tristes et presque déserts.
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118 BEVOT D'aLRAOB
21 Janvier. — Contre notre attente, la nuit a été tranquille
Vers 7 heures du eoir, une sentinelle, placée à la porte de
Brisacb, avait donné une fiiusse alerte', de là quelques coups
de canon et de fusil tirés au hasard.
Rien de remarquable dans la journée. La gelée a repris.
22 Janvier. — Nuit très calme; le froid est vif et le temps
serein. On voit des fourgons et convois ennemis sur la route
de Danjoutin.
28 Janvdsr. — Rien de nouveau. On prétend que la garni-
son est réduite à 1,100 hommes efiectifis parla mort, maladie
et désertion. On a aussi répandu le bruit que la ville de
Besançon était rendue, mais que la citadelle tenait; que les
empereurs de Russie, d'Autriche et le roi de Prusse avaient
24 Janvier. — La nuit a été fort tranquille. Le matin« le
chftteau a tiré deux coups de canon. On dit qu'il continue à
passer de Danjoutin à Bavilliers beaucoup de cavalerie. Nous
avons quitté pour la troisième fois le magasin à poudre en y
réservant notre place et y laissant nos bois de lit. Pouvons-nous
espérer de n'être pas obligés d'y retourner? Voilà trente-un
jours de blocus; combien durera-t-il encore?
On a entendu ou cru entendre de la canonnade et de la fusil-
lade du côté de Lure; plusieurs personnes m'ont assuré avoir
entendu lire une proclamation du commandant de place
qui exhorte à la patience, au courage, et tait espérer un pro-
chain secours Bien des gens n'en attendent plus, et croient
que les bruits de la proclamation sont des moyens imaginés
pour arrêter la désertion qui continue.
26 Janvier. — Nuit tranquille. On assure que les canonnades
et fusillades continuent. A supposer que cela soit vrai, je l'attri-
bue à toute autre cause qu'à cette prétendue arrivée de secours.
Les ennemis font peut-être l'exercice à feu ; ils peuvent célébrer
quelques réjouissances sur l'arrivée de leur souverain; on peut
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LE BLOCUS XT LE SIÈGE DE BBLFORT EN 1814 119
entendre d'ici le canon de Besançon; celui d'Haningue, répété
par récho, peut paraître tiré d'un côté opposé. Des membres du
Ck)nseil municipal ont parcouru aujourd'hui les maisons pour
recevoir les souscriptions volontaires des personne^ qui vou-
dront venir au secours des indigents. La contribution court
depuis le dimanche 28 ; on paie tous les cinq jours et d'avance.
26 Janvier. — Nuit tranquille. On a vu dans la matinée,
sur le chemin de Danjoutin, la marche rétrograde de quelques
caissons d'artillerie. Nous avons su, par un homme venu de
Giromagny, que tout y était tranquille; qu'il n'y passait plus
de troupes depuis quelques jours; que les denrées y sont aux
prix anciens. Il est encore question de faire évacuer par les
habitants le magasin à poudre, pour y mettre les malades. Il
nous reste beaucoup d'inquiétude au sujet du peu de subsis-
tances, que nous craignons de nous voir enlever. On parlait
encore d'un emprunt forcé pour payer la solde militaire; mais
je crois qu'on commencera par faire payer les contributions
encore dues sur 1818, des acomptes sur 1814^ et tout ce qui
peut rester en arrière des divers impôts et des revenus de la
ville. En général, le présent et plus encore l'avenir ne me
présentent que des idées effrayantes. Nous sommes tranquil-
lisés par M. Emon sur divers bruits annonçant de nouvelles
attaques sur la ville.
27 Janvier. — Le château a tiré dans la matinée beau-
coup de coups de canon, bombes et obus. Le feu protégeait
une sortie de la garnison faite pour prendi'e des vivres dans
la ferme de M. Gasner, provenant des Schuller. On a ramené
deux vaches, des grains pris chez Joseph Klopfstein, et
deux sacs appartenant aux soldats ennemis, qui ont pris la
fuite au nombre de sept. Mais ensuite l'ennemi ayant paru
ep force, le détachement s'est retiré.
28 Janvier. — â 1 heure de l'après-midi, un obus a frappé
la maison de M. Gunin, est tombé dans la rue et a éclaté en
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120 BEVIJE D'ALSAOB
renversant un soldat, qui n'a pas été blessé. Encore plusieurs
autres sont tombés sur la ville. Le feu est occasionné par la
crainte d'une sortie.
29 Janvier. — La garnison, au nombre de six cents hommes
d'infanterie, trente hommes de cavalerie, treize pièces de
campagne, a fait une sortie. Les troupes se sont portées vers
la maison de M. Gasner, et ont trouvé les batteries vides sur
le chemin d'Essert et la ferme de Schuller. Partout l'ennemi,
peu nontibreux, s'est retiré dabord, ensuite il est revenu en
force. La fusillade a été très vive; l'ennemi n'a pas montré
de cavalerie; il a ensuite fait feu avec quelques pièces de
campagne amenées de BaviUiers à Ëssert. Le chftteau a beau-
coup tiré. La garnison a mis le feu à la maison et à la grange
de Jacques Elopfetein; elle a ramené une trentaine de vaches,
des cochons, des volailles et des denrées. Elle a perdu une
quarantaine d'hommes tués et blessés; elle a fiait une dou-
zaine de prisonniers. On dit que quelques hommes de la
garnison se sont livrés au pillage de linge et argent dans les
maisons du faubourg.
30 Janvier. — La nuit et la journée, il ne s^est rien pré-
senté de remarquable.
81 Janvier. — Même situation. On annonce que la garnison
fera une nouvelle sortie demain, et que tous les chevaux de
trait et chariots sont commandés.
l** Février. — La nuit a été tranquille. Plusieurs per-
sonnes ont reçu par la voie de Fennemi des lettres de nos
concitoyens réfugiés à Yesoui et à Lure. Elles annoncent
qu'un officier russe les a accompagnés depuis Langres, d'où la
plupart étaient allés jusqu'à Vesoul, et se louaient de cet offi-
cier. M. Réchoux mande à M. Haas qu'il feut prendre courage
et que nous serons bientôt réunis. L'officier ennemi, qui a
apporté ces lettres jusqu'aux avant-postes firançais, a dû dire
que sous peu de jours la paix serait annoncée. La sortie n'a
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LB BL0008 BT LB SIÉ6B DB BELFOBT EN 1814 1S21
pis été fiiite. Dans Taprès-midi le château a tiré sept coups
de canon sur la batterie de Pérouse, où l'on voyait des tra-
▼ailleurs.
S Févribr. ~ La nuit et la journée tranquilles, sans évé-
nements ranarquables. A 10 heures du soir on a crié au feu
et battu la géuérale. Le feu avait été mis méchamment à
rhôtel-de-ville; dans les coulisses de la salle de spectacle, on
a cherché à persuader que c*était un complot de Tennemi,
qui aurait, durant llncendie, pu tenter un coup de main.
Mais d'autres personnes ont soupçonné que cette méchanceté
avait d'autres motife. Le feu a bientôt été éteint.
8 FÉVRIER. — Il y a quelques jours que le petit Rameau,
étant allé avec sa mère dans la maison de son grand'père
(maison Lebleu), accompagné d'un caporal ennemi, celui-ci a
demandé pourboire et a obtenu 8 francs. Il a demandé quelle
heure il était, et le jeune homme ayant tiré sa montre d'argent,
le caporal la demanda à emporter jusqu'à 4 heures, promet-
tant de la rendre sous parole d'honneur. Cette montre d'argent
ayant été ensuite inutilement réclamée, M""* Rameau en a
écrit au général ennemi à Bavilliers, et j'ai vu la lettre en
réponse datée du 2, par laquelle le général, en lui renvoyant
la montre et même les 8 francs, la remercie de lui avoir pro-
curé l'occasion d'exercer la discipline qui doit distinguer les
troupes alliées. Réception de divers bulletins annonçant
bataille à Bar-sur-Âube et perte de 2,000 Français. Lyon
occupé par les alliés. Le duc d'Ângouléme à Bflle, coureurs
ennemis sous les murs de Paris.
4 Février. — Nuit et journée tranquilles. L'officier du
génie arrivé en parlementaire le 18 janvier, est revenu
aujourd'hui à 10 heures. Introduit les yeux bandés chez le
commandant, il en est reparti à 5 heures du soir. Une heure
après un autre envoyé est venu rechercher un papier oublié
par le premier.
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123 REVUE D* ALSACE
5 FÉVRIER. — Rien de nouveau que le bruit que les alliés
sont près de Paris, et que le parlementaire d'hier en est venu
annoncer la nouvelle au commandant.
6 FÉVRIER. — MM. Emon, Tcard et quelques officiers de la
garnison sont allés à midi dîner avec Tofficier du génie parle- {
mentaire chez M. Gasner, sur la route de Bavilliers. On i
conjecture qu'il n'est plus question, pour la reddition des {
ville et chftteau de Belfort, que du plus ou moins d'avantages
pour la garnison dans les conditions de la capitulation. Le
pain bis se vend 1 franc la livre. Les autres denrées sont
rares et à un prix exorbitant
7 FÉVRIER. — Dénonciation faite contre moi, chez le com-
mandant, de vingt à trente sacs de blé cachés; visite rigou-
reuse et ouverture du caveau; il n'y a rien été trouvé.
8 Févrusr. — Rien de remarquable.
9 Février. — Mise en réquisition de SOO à 400 sacs
d'avoine chez le sieur Bely et C*, au faubourg, et de vins chez
diSërents marchands.
10 Février. — Assemblée de boulangers, qui ont promis
douze sacs de blé pour éviter les visites domiciliaires.
i 1 Février. — Le château a tiré six ou sept coups de canon
pendant la nuit; on dit que l'ennemi travaille à ses batteries.
1 2 Février. — Une fusillade entre les postes, sur les rochers,
s'est fait entendre depuis minuit; dans la matinée, le ch&teau
a tiré plusieurs coups de ce côté.
18 Février. — Â 10 heures du matin, la garnison a fait une
sortie au nombre d'environ 600 hommes d'infanterie, 42 chas-
seurs, 8 pièces de campagne et des travailleurs. On s'est dirigé
principalement sur Danjoutin, d'où l'on a ramené quelques
sacs de grains et de fiirine, une paire de bœu6, quelques
vaches, veaux et moutons. Une seconde voiture de fiirine
est restée en route, parce que les chevaux avaient été tués
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LE BLOCUS KT LB BIÉaB DB BELFORT EN 1814 123
par un obus. Un autre détachement s'est porté sur le chemin
de Pérouse, mais n'est pas entré au village. On a ramené
une trentaine de prisonniers. Nous avons perdu quarante
blessés et autant de tués et de prisonniers. Tout était rentré
à i heure. Le château a tiré environ trois cents coups.
Un nommé Barbarot, demeurant au Fourneau, soldat du
6S% a été tué d'un boulet. Le sieur Houssel a reçu une balle
à l'épaule. Tous deux étaient allés par dissipation ou curio-
sité.
14 Février. — Nuit tranquille; rien de remarquable dans
la journée.
16 Février. — Il entrait dans le projet du commandant de
soumettre les habitants à un impôt en argent sous le nom
d'emprunt. A cet effet, il a invité le maire à lui fournir
8,600 francs pour donner à la garnison un acompte sur la
solde.
Le Conseil municipal a délibéré et a nommé des commis-
sions pour visiter les caisses publiques.
Ces mesures ne produisaient rien ; on en est venu à la suite
légitime, qui consiste à fiiire payer l'arriéré des contributions
de 1818, et les contribuables ont été sommés à son de trompe
de les acquitter.
Dîné chez Dauphin.
On fabrique du pain composé moitié d'avoine, et on annonce
que cette ressource permettra à la garnison de tenir encore
un mois. La ration est de 8 onces de pain, S onces de riz ou
gruau d'avoine, 2 onces de viande (celle-ci est remplacée par
un peu d'huile) et un demi-litre de vin.
16 FÉVRIER. — Rien de remarquable. À 8 heures du soir
on a mis pour la seconde fois le feu à l'hôtel-de- ville, qui fut
aussitôt éteint.
17 FÉVRIER. -— Calme parfait. Visites domiciliaires et enlè-
vement de blé et d'avoine chez quelques propriétaires.
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1<M BEVUE D*ALBAGB
18 FimiBR. — Tranquillité parfidte. Beaucoup de fausses
nouvelles se répandent. Il est passé hier quarante pièces de
canon ennemies par Sermamagny et Lachapelle, allant en
avant. Le passage des ennemis est continuel.
20 Février. — Calme parfait. Le maire a convoqué les plus
imposés des habitants pour aviser aux moyens de fournir au
commandant 3,600 francs qu'il demande pour cinq jours de
solde aux militaires. On a nommé une commission composée
de MM. Georges, Guenin et moi, pour vérifier la situation de
caisse du receveur de la commune; il a été reconnu qu'en
argent comptant et en cote de contributions de 1818 qui peut
être exigée, il y avait au delà de 8,600 francs.
il Février. — Nuit tranquille, malgré la fausse annonce
d'un bombardement.
22 Février. — Nuit calme. Le château a tiré quelques
coups de canon sur des convois et troupes passant de Dan-
joutin à Bavilliers.
28 Février. — Deux coups de canon pendant la nuit. On
abat les arbres de la promenade de la grande place pour
donner le bois aux indigents.
24 Février. — Convocation de cinquante-cinq des plus
imposés; peu s'y trouvent, et la demande du commandant en
secours n'a aucun résultat. La mortalité et la désertion
réduisent la garnison à 800 hommes.
25 Février. — Quelques coups de canon tirés sur des
troupes et convois entre Danjoutin et Bavilliers; fusillade
entre les avant-postes, près de la forge.
26 et 27 Février. — Rîen de remarquable.
28 Février. — Fausses nouvelles non accréditées.
1^ Mars. — L'état-major a vendu des bois en gros qui
avaient été amenés sur les glacis pour palissader la place.
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LB BLOCUS BT LE SIAgB DB BBLFORT BK 1814 1S5
2 Mâbs. — Une pièce de 24 surchargée a crevé; plusieurs
coups de canon sur les convois de Danjoutin à Bayilliers.
5 Mars. — Invitation à son de trompe à tous les habitants
de déclarer à la mairie la quantité de vin qu'ils ont, sous
peine de visites domiciliaires. Cette démarche répand l'épou-
vante. On est prêt à manquer de tout, exposé à se voir arra-
cher les dernières ressources.
La viande se vend 26 sous la livre, le cheval 8 sous.
4 Mars. — On a mis en réquisition environ 150 mesures
de vin chez divers négociants. On parle de Tincendie de
Troyes.
B Mars. — Rien de nouveau, à l'exception de quelques
coups de canon tirés au château. On a saisi neuf ou dix sacs
d'avoine chez le sieur Baume.
6 Mars. — Quelques personnes ont reçu la pièce suivante
imprimée :
• NùuceUes offideUes de Fartnée. — Le 24 février, le
maréchal BlQcher, avec l'armée de Silésie, a passé l'Aube à
Baudemont. Le maréchal Marmont, battu le même jour, a été
repoussé de Sézanne sur la Ferté-sous-Jouarre. Le maréchal
Bltlcher est arrivé le 27 avec son armée à la Ferté-sous-
Jouarre, où il s'est réuni avec une partie de celle du Nord.
Cette armée, que l'empereur Napoléon a dit détruite, est forte
de plus de 200,000 hommes. Elle marche par Meaux direc-
tement sur Paris. Le feld-marécbal commandant en chef, le
prince de Schwarzenberg, après avoir eu de nouveaux succès,
est toujours à la poursuite de l'armée française. »
On travaille â retenir l'eau de la grande rivière pour la
reverser dans le canal de la ville, et obtenir par là le roule-
ment du moulin. On a construit des moulins à chevaux dans
le hangar placé sur la rampe du château ; ces entreprises ne
peuvent avoir des résultats avantageux, et rappellent le tort
que l'on a eu de brûler le moulin neuf.
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126 KBVxm d'alsagb
On espère, des suites d'une explication qui a eu lieu
aujourd'hui entre le commandant et M. Parrot, procureur
impérial, qu'il n^y aura plus de visites domiciliaires chez les
habitants non marchands de subsistances. Ce dernier lui a
démontré, le décret du 24 décembre 1811 à la main, que
celles qu'il avait ordonnées et les enlèvements de denrées
étaient illégales, vexatoires et punissables.
7 Mars. — Les nouvelles arrivées hier se répandent et
sont crues authentiques.
8 Mass. — Vers 8 heures après-midi, un parlementaire a
apporté une dépêche au commandant, n n'a pas été fait de
réponse aujourd'hui. On a fait entrer en ville tous les che-
vaux du fauboui^ et saisi les avoines de M ,
maître de poste.
9 Mars. — Circulaire et invitation du commandant aux
habitants les plus aisés de verser chez M. Haas, receveur de
l'arrondissement, les uns 200 francs, les autres plus ou moins ;
total 6,000 francs, desUnés, dit la lettre, à augmenter la ration
du soldat. Le tout à compte des contributions de 1814. J'étais
invité pour 200 francs.
M. Malesherbes, officier au 14' chasseurs à cheval, de ser-
vice à l'artillerie du château, a disparu la nuit dernière. Les
uns disent qu'il a déserté; d'autres disent, avec plus de vrai-
semblance, que la dépêche apportée hier par un parlemen-
taire et que l'on a dit au public ne contenir que la demande
de trois jeunes Juifé, renfermait aussi des nouvelles très
importantes et décisives, que l'ennemi a proposé au com-
mandant de faire vérifier par un officier qui, muni de son
passeport, avait la fiiculté d'aller aux informations en traver-
sant les lignes du blocus; que le commandant, acceptant cette
offre, a fait partir M. Malesherbes. Les trois jeunes Juifis ont
été conduits aux avant-postes autrichiens.
10 Mars. — J'ai réponda à M le commandant et lui ai
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LE BLOOUB BT Lfi SIÉGS Dfi BBLFORT EN 1814 là?
manifesté Timpossibilité absolue de rien payer sur mes con-
tributions de 1814, tant que durera le blocus.
Un officier du 81' régiment de ligne et sept soldats ont déserté
la nuit dernière. — On travaille à une saignée qui doit con-
doire, de la rivière, des eaux dans le canal de la ville; sous
Touvrage à corne; Fennemi tire des coups de fusil sur les
travailleurs, qui sont des gens de corvée. Le château les
protège par quelques coups de canon. L'état-major continue
la vente commencée il y a quelques jours, des chène^i et
sapins amenés sur le glacis avant le blocus pour palissader
la place ; ils les donnent à vil prix.
11 Mars. — On a placé une pièce de 12 sur l'ouvrage à
corne, pour protéger le travail qui doit donner de Teau au
canal. Nous avons fait une promenade au château, pour voir
la vente des bois.
12 Mars. — La batterie du Trou-du-Renard a lancé, vers
7 heures du matin, quarante obus sur la hauteur de la po-
tence. On présume, d'après la démolition des baraques brûlées
dans un jardin du faubourg de Brisach, démolition à laquelle
des hommes de corvée sont journellement occupés, que la gar-
nison, affaiblie par la mort et la désertion journalière, ne
tardera pas à abandonner les postes extérieurs. La ration de
vin est diminuée de moitié : un litre pour quatre hommes. Les
moulins a chevaux et à bras ne fournissent que cinq sacs et
demi par jour. A 8 heures de l'après-midi, l'officier du génie
qui est déjà venu deux fois en parlementaire, après avoir fait
demander une heure au commandant, est arrivé et a été
conduit en ville les yeux bandés. Il est reparti à 6 heures.
On dit qu'il était venu l'inviter à rendre la place et à proposer
une capitulation en faisant sentir que la garnison et les habi-
tants, réduits aux extrémités, seraient encore obligés d'at-
tendre en état de blocus la ratification de la capitulation
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128 BBVntt D*At8AGB
pendant huit jours. Le Conseil de défense a remis au lende-
main la réponse.
18 Mars. — Deux obus, l'un lancé à 10 heures du soir,
Tautre à 6 heures du matin, partis du château, et une fusillade
entre les avant-postes, ont fait présumer que la réponse du
Conseil était négative. En effet, on dit qu'elle arait été envoyée
sur ce pied au général ennemi, yenu pour la recevoir dans la
maison Gasner.
14 Mars. — On a commencé la vente des tabacs de l'en-
trepôt. Celui en poudre, de première qualité, a été adjugé
de 12 à 16 francs. Lies citoyens les plus notables de In ville
sont convoqués en grand nombre pour demain^ 10 heures, à
la demande du commandant On présume qu'il sera fait à
cette assemblée, par le Conseil de défense, qui doit y assister,
une nouvelle demande de fonds. Le chftteau lance des obus
et des boulets dès le matin. ^
15 Mars. — Le résultat de l'assemblée a été de payer le
premier quart des impositions de cette année entre les mains
de commissaires nommés par les habitants, pour être employé
à l'achat de subsistances distribuées tant à la garnison
qu'aux habitants pauvres. Il reste à savoir si ce paiement à
des receveurs illégalement nommés, libérera valablement les
contribuables.
Le chftteau a continué son feu, et le canon placé sur Fou-
vrage à corne a tiré toute l'après-midi sur les ennemis, infan-
terie et cavalerie, qui se montraient entre Gravanche et la
Forge. Pendant la nuit, l'ennemi a lancé des obus et boulets
sur la ville ; le faubourg a beaucoup souffert, et l'on craint
que ce soit un prélude pour la nuit prochaine.
16 Mars. — Journée tranquille, à l'exception de quelques
fusillades entre les avant-postes.
17 Mars. — Contre notre attente, la nuit a été tranquille;
il parait que le bombardement de l'avant-demière nuit a été
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LB BL00C8 XT LB 6IÉGB DB BBLFOBT BN 1814 129
attiré par les provocations et les railleries aussi indécentes
qa'inQtiles de mardi. On accuse le commandant Labombar-
diëre d'être monté sur Taffût d'une pièce de 4, près la
chapelle de Lorette, d'avoir provoqué Tennemi du geste et de
la voix, et, pour lui fiiire croire que les bourgeois prenaient
part à la défense de la place, d'avoir crié : < Courage, braves
habitants de Belfort, ne craignez pas ces cochons, ces coquins,
etc. • > On dit aussi que le château a beaucoup tiré sur le
général ennemi, qui faisait à cheval une tournée près des
avant-postes, du côté de Gravanche.
18 Mars. — A une heure après minuit, le canon s'est fait
entendre et a répandu Talarme. L'ennemi a tiré une vingtaine
de coups de canon et d'obusier, depuis les bains de la Forge,
sur la pièce de l'ouvrage à corne, dans le dessein de la
démonter, n n'a pas atteint son but. Le chftteau a beaucoup
tiré. Les obus et les boulets de l'ennemi sont tombés au Four-
Dean et au Faubourg.
On a beaucoup travaillé au batardeau, par lequel on espère
donner de l'eau au moulin. Les ouvriers étaient protégés par
des troupes et par deux pièces de 4 disposées près du jardin
de M. Jobect, à VE^^anee. Le feu n'a pas discontinué toute
la journée.
On a vu dans la matinée un piquet de cavalerie et un
peloton d'infanterie entre Ëssert et Gravanche. On assure que
des bulletins ennemis annoncent la défaite complète de Mar-
mont et de Bonaparte, qui avait eu quelques succès les
premiers jours du mois. Les sentinelles ennemies ont crié
toute la journée: < M pour Bonaparte! etc. Mangeurs
de cheval, venez chercher du pain 1 »
Quelqu'un qui se dit bien informé, assure que les subsis-
tances ne peuvent pas atteindre le 81 mars.
19 Mars. — On a achevé le batardeau qui doit verser les
eaux de la rivière dans le canal ; le soir, l'eau est en effet
Nouvelle Série — 4« Annéi* «^
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130 RBYnB d'alsacb
arrivée en Tille, et le moulin a été mis en mouvement Mais,
à 8 heures du soir, ce travail, mal conçu et sans solidité, a
été détruit en un instant par Tirruption des eaux. On s'est
mis aussitôt à réparer^ mais cet établissement à la légère et
sans principe ne peut se soutenir. Les travailleurs sont tou-
jours protégés par Tartillerie et l'infanterie.
20 Mars. — Il a été envoyé, dans la matinée, un message
au général ennemi. La réponse est arrivée aussitôt. A Tinstant
on a donné Tordre de cesser toute hostilité et tous travaux,
notamment ceux du batardeau. Il paraît que le Conseil de
défense veut enfin proposer une capitulation. La garnison a
été passée en revue par M. le colonel Kail. Vers 8 heures,
M. Emon et le colonel sont partis pour BaviUiers ; ils ont
laissé leur voiture aux avant-postes, et ont continué leur route
dans celle du général ennemi, envoyée pour les recevoir.
21 Mars. — Il y a espoir de succès dans les négociations. On
renvoie à Tennemi, sans condition, les prisonniers faits dans
les sorties. Ils sont partis à 11 heures du matin. A 11 heures
et demie on a chanté un Te Deum et tiré vingt et un coups
de canon, pour célébrer Tanniversaire du roi de Rome.
On arrête les travaux du batardeau, et M. Ch. Bletry, arrivé
aux avant-postes, n'apporte aucune nouvelle. Beaucoup de
bourgeois sont allés causer, dans l'après-midi, avec les
ennemis.
22 Mars. — On répand la nouvelle de victoires remportées
sur les Français ; l'état-major en fait répandre une en sens con-
traire. Il paraît que le Conseil de défense n'a encore préparé
aucune capitulation, et même que le colonel du 63* et le com-
mandant d'artillerie résistent à l'ouverture d'une négociation.
Le général Men^ud s'est retiré aujourd'hui du Conseil, après
avoir inutilement cherché à amener une détermination con-
traire. — Nouvelle publication pour déclarer les grains et
farines pour plus de six semaines.
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L8 BLOCUB BT L8 BlAOB DB BBLFORT BN 1814 131
28 Mars. — Nouveaux travaux pour le batardeaa ; habi-
tants et soldats, tout est occupé. Proclamation d'une récom-
pense de 200 francs et plus à celui qui donnerait grains et
fiuînes en dépôt.
24 Mars. — Continuation des travaux da batardeau. Le
moulin roule à deux tournants. Depuis quelques joars on
n'entendait ni canonnade, ni fusillade; les hostilités ont recom-
mencé aujourd'hui par deux obus lancés à 11 heures du
matin du bastion au-dessus du Fourneau, sur les postes enne-
mis, et la fusillade a suivi.
25 Mars. — Proclamation qui enjoint de payer six mois
de contributions de 1814; autre qui défend d'approcher de
l'ennemi, de lui parler, et ordonne aux avant-postes de faire
feu sur les contrevenants.
26 Mars. — Rien de nouveau qu'une visite chez M. Juster,
sur dénonciation de riz. On n'y a rien trouvé. La veuve
Schai^el avait vendu quinze sacs de blé à l'état-major, à
100 francs l'un; on lui a donné 500 francs, et un bon pour
le surplus.
27 Mars. — Vers 4 heures, l'oflader du génie Gerusdorff,
déjà venu plusieurs fois en parlementaire, est entré en ville,
les yeux bandés, et a été conduit chez le commandant, où il
est resté jusqu'à 6 heures. On dit qu'il a apporté une lettre
du prince de Schwartzenberg, qui autorise le général comman-
dant le blocus à accorder à la garnison une capitulation
avantageuse et honorable. On répondra demain.
21 Mars. — Toujours de fimx bruits et nouvelles. — Nou-
velle convocation de citoyens notables, qui fut peu nombreuse.
M. George a déclaré qu'il répugnait à la plupart des habitants
d'être présidés par un maire Iflche, immoral et injuste.
Quelques personnes, en petit nombre, ont fait des dons volon-
taires en argent, billets, etc. Il entre chaque nuit du blé, de
la fiurine, du bétail, de la viande, de la volaille et autres den-
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182 BEvuB d'alsaob
Fées; voilà ce qui prolonge nos malbeurs. Les habitants
cupides fournissent da blé à la garnison à raison de 100 firancs
le sac. Cette manœuvre (Mige les habitants à une dépense
excessive pour obtenir quelques aliments.
29 Mabs. — On a annoncé, d^ le matin, que les ennemis
étaient en retraite, et autres bruits. Pendant toute la journée
on a vu défiler sur toutes les routes un grand nombre de
chariots, de chevaux, des hommes armés et désarmés. J'ai
vu, depuis le chftteau, avec un télescope, une ou plusieurs
rangées de voitures couvertes de toiles blanches, parquées
à La Ghapelle-sous-Ghaux, depuis Téglise jusqu'à la route;
d'autres voitures, des chevaux et des hommes, descendant
dans le même village et filant sur Chaux; d'autres descen-
dant par la hauteur sur le Valdoie ; d'autres par la forêt
d'Ârsot. Les deux pièces d'artillerie placées sur l'ouvrage à
corne ont fait feu plusieurs fois sur les convois passant au
bord de cette forêt. On a barré le canal à la sortie de la yille,
pour inonder les fossés.
80 Mars. — La marche rétrograde des convois ennemis n'a
pas été aussi forte qu'hier. On a aperçu aujourd'hui une
trentaine de voitures seulement, et quelques escortes. Il est
très douteux que ce soit là une retraite ; il est présumable
que les convois sont à vide et vont chercher des vivres.
On a publié deux proclamations du commandant : la pre-
mière invite les gardes nationaux infirmes, exempts ou âgés
de 60 ans, à faire leur déclaration à une Commission ; et la
deuxième convoque tous les citoyens composant la garde
nationale à se réunir demain, à 10 heures, au Manège, pour
y être passés en revue. On annonce des perquisitions de vin
chez les habitants. Les avant-postes tout autour de la place
ont échangé des coups de fusil sans interruption toute la
journée. Nous avons eu un homme tué et plusieurs blessés.
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LB BLOCUS BT IJB BIÉOS DB BBLFOBT BN 1814 133
81 Mars. — Il ne s'est présenté pour la formation de la
garde nationale que quelques officiers. M. le colonel Kail
nous a lu un discours et a annoncé des mesures rigoureuses.
A S heures, un parlementaire ennemi, annoncé avant midi, a
été intlroduit en ville, les yeux bandés, et a apporté la nou-
velle d'une victoire décisive remportée par les alliés dans les
plaines de la Champagne, de leur entrée très prochaine dans
Paris, et de Fimpossibilité où se trouve l'empereur Napoléon,
cerné de toutes parts, de s'opposer à leurs progrès. Il a
promis d'annoncer sous peu de jours des événemente d'une
importance majeure ; il a remis au commandant des bulletins
et proclamations du prince de Schwartzenberg, très rassu-
rantes pour les Français. La venue de ce parlementaire,
nommé Yung, aide-de-camp du général, était bien à propos
pour nous rassurer contre les mesures de rigueur et de
terreur dont nous étions menacés par les che& militaires. Il
a demandé une suspension d'armes pour pouvoir célébrer
demain les réjouissances de la victoire des alliés.
1" Aybsl. — Pendant la nuit et la matinée, rien vu ni
entendu, excepté quelques coups de feu isolés. A 4 heures
du matin, l'ennemi a fait une salve de 60 coups de canon,
entre Essert et Bavilliers, pour célébrer la victoire. Le feu
du château et la fusillade ont commencé à midi. On a décou-
vert le magasin à poudre, pour en convertir la charpente en
bois de chauffage. Une nouvelle proclamation, faite dans la
sohrée, somme la garde nationale à se réunir demain, à 11
heures, sur la place du Manège, pour être passée en revue.
S AvBH.. — Quelques correspondances attestent l'entrée à
Pftris du prince de Schwartzenberg. Trente-deux hommes de
la garde nationale se sont réunis, à 11 heures, sur la place
du Manège. M. le colonel Kail a témoigné son mécontentement
et fiiit tenir note des présents. La majorité des habitants
refiise énergiquement de porter les armes. A midi, M. Guenin
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134 BXVUB d'albacob
a été arrêté et mis en prison ; il est lieutenant et n'a pas
paru à la réunion ; on eroit que c'est le motif de son arresta-
tion. Il a été iftché avant la nuit On a traeé une tête de pont
en avant du pont du Faubourg ; on croit que le Faubourg sera
abandonné par la garnison. Les militaires ne doivent plus
coucher chez les habitants, mais dans la Halle au blé, au-
devant de laquelle on va placer deux canons. Toutes ces
mesures tendent à en imposer aux habitants et à leur
inspirer la terreur.
S Avril. — On a soustrait, pendant la nuit, six chevaux de
particuliers qui devaient être tués et distribués à la garnison.
Les deux chevaux de carrosse de M. Kail, colonel, qui devaient
être abattus, lui ont été renvoyés, d'après le vœu des proprié-
taires d'autres chevaux, qui ont consenti que les leurs
fussent distribués en primes, en vue d'adoucir le chef.
Il a semblé que cette déférence, et quelques autres circon-
stances, avaient calmé les militaires. Ils ont paru aujourd'hui
plus civils envers les habitants. On n'a pas encore commencé
le travail de la tête de pont, ni disposé de canon sur la place.
La fusillade a duré toute la journée entre les postes de l'Es-
pérance et du Moulin neuf. A ce poste, un factionnaire firan-
çais a été tué d'une balle entrée par la nuque et sortie par
le ventre. Dn autre a été tué dans la rue des Barres.
4 AvKCL, — A 10 heures du soir, une fusillade vive s'est
Sût entendre à l'ouvrage à corne. Le château a lancé plusieurs
boulets et obus. A minuit, même bruit. On a su le matin que
des pourvoyeurs, ayant tenté de firanchir les postes ennemis,
avaient été repoussés, que notre poste de l'ouvrage à corne
avait cru que l'ennemi approchait pour détruire le batardeau,
et que les coups de fiisil et la canonnade n'avaient pas d'autres
causes.
Dans la matinée, un factionnaire français, qui avait fidt
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LB BLOOnS ET LE SIÈGE DE BBLFOBT EN 1814 135
feu SOT le poste ennemi, à l'entrée du faubourg de France, a
été ajusté et tué raide par un chasseur tyrolien.
On a lu en viUe la déclaration des puissances alliées expo-
sant les motifs qui les avaient déterminées à consentir au
congrès de Ghfttillon, et à le dissoudre; Tordre du prince de
Scfawartzenberg, du SS mars, et un bulletin annonçant la
vietoire remportée par les alliés à la Ferté-Gbampenoise, le
S5 mars, et au combat du lendemain.
5 AvBiL. — La nuit a été par&itement calme. La garnison
n'a plus ni vin ni eau-de-vie, ni huile, ni médicaments, riz
et autres provisions, et malgré soixante-quinze sacs d'avoine
vendus par Gœtzmann pour 1,800 francs, et payés comptant
et d'avance, il ne lui reste plus que pour six jours de vivres
et quelques chevaux. Une dizaine d'hommes ont déserté la
nuit dernière et pendant la journée.
6 Avril. — Pendant la nuit, l'ennemi a tenté de surprendre
le poste de l'hôpital militaire. Un de nos soldats ayant déserté
du poste de l'Espérance, à 10 heures du matin, on lui a tiré
une vingtaine de coups de fiisil sans l'atteindre. Les Autri-
chiens, étant venus le recevoir, la fusillade s'est engagée;
l'ouvrage à corne et le chftteau ont tiré sur ce point des
boulets et des obus. L'ennemi s'était logé dans les baraques
brûlées de TEspérance. Gela a duré jusqu'à midi.
Un parlementaire est annoncé pour S heures. En effet, à
cette heure, MM. Gerusdorff et Yung ont été reçus par l'adju-
dant de place Ycard, et ont été conduits en ville, les yeux
bandés, dans la voiture du colonel Kail. Ils ont annoncé la
nouvelle déjà répandue le matin : l'entrée des alliés à Paris,
la reddition de cette capitale, Louis XVIII proclamé par les
Parisiens, la disparition de Napoléon. Us sont repartis à
5 heures. M. Gerusdorff doit revenir demain pour traiter de
la capitulation de la place. On croit qu'elle sera rendue
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196 * BBVUE d'alsacb
lundi. Les partisans de Bonaparte sont consternés* — La
joie est dans les cœurs.
Jbudi-Saint, 7 ÂTRiL. — Le parlementaire n'est pas renu . . .
Ge sera à nos gou7ernants> qui ont Tair de révoquer en doute
les nourelies d'hier, à fidre les démarches de la capitulation.
Ds n'ont plus de yiyres et s'obstinent à tenir. Les alliés ont
célébré la reddition de Paris à 10 heures, au devant d'BsBert»
par une salve d'artillerie de 100 coups de canon. Les hosti-
lités ont recommencé à midi. Nous avons lu le bulletin du
SI mars, contenant : 1° Une proclamation du prince de
Schwartzenberg, donnée sous les murs de Paris ; H^ la capitu-
lation ; S"" la déclaration des puissances alliées, concernant
leur engagement de ne plus traiter avec Bonaparte, de
respecter l'intégrité de l'ancienne France, et de garantir la
Constitution que le peuple français se donnera; 4'' et l'histo-
rique de l'occupation de Paris. On vend, à l'arsenal, les
ferrailles, outils, moules de boulets, et même une pièce de
canon de 24, que l'on a sdée par morceaux.
8 Avril. — Les Autrichiens ont brûlé, ce matin, la petite
maison du jardin de Blum, près de la blanchisserie militaire.
L'ouvrage à corne et le château ont beaucoup tiré sur la
maison des bains de la Forge, où l'ennemi a un poste. Dans
l'après-midi, des visites domiciliaires ont élé faites au faubouig
de France, chez MM. Dauphin, aubergiste, et Dépîerre. On a
saisi chez ce dernier six chevaux, dont deux appartenant au
sieur Toublon, trois à Jean-Glaude Ménétré le jeune, de
Pérouse. Ils ont été conduits en ville pour être abattus.
9 AviUL. — On annonce la vente des draps et fournitures
d'habillement du 68* de ligne et du 14* chasseurs à cheval.
On contihue la vente des ferrailles, outUs et cuivres de l'ar-
senal. Vers 2 heures, a paru un décret du 2 avril, qui
nomme un gouvernement provisoire, déclare Bonaparte déchu
du trône, et délie les Français du « serment de fidélité^ et
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us BLoons XT iM mtOM vm bxlfobt bn 1814 197
Tadresse da Sénat aux armées. Le colonel Kail étant allé aux
avant-poBtes ennemis» les actes loi ont été notifiés, et il a été
convenu d'une suspension d'annes depuis 7 heures du soir
jusqu'à nouvel ordre.
Dans la matinée, le chiteau a tiré une cinquantaine de
coups de canon; on ne sait sur quoi; on présume que c'est
pour décharger les pièces, ou pour user les munitions. Un
Autrichien a tué d'un coup de fusil le jardinier Grille, fils
aîné, dans son jardin, à la suite d'une querelle.
DuANCHB, JOUR DE Paqitbs, 10 AVRIL. — Ou S reçu un
bulletin du 4 courant contenant la nomination des commis-
saires du gouvernement provisoire aux différents ministères,
les motift et le texte du décret du Sénat du 2; l'acte du Corps
législatif qui y adhère ; et une adresse de la Cour de cassation
au Sénat Les chefti militaires feignent de révoquer en doute
ces actes.
Beaucoup d'habitante ont communiqué librement avec les
avant-postes ennemis, par le temps superbe qui a marqué
cette journée.
11 Avril. — M. de Gerusdorff a annoncé à plusieurs per-
sonnes, aux avant-postes, l'arrestation de Bonaparte, par
ordre du prince de Neuchfttel (Berthier), et sa translation à
Àlba, l'une des îles Ioniennes, avec 600,000 fr. de pension.
L'impératrice Marie-Louise est en Bretagne, et va partir pour
l'Autriche. On a communiqué assez librement avec les avant-
postes autrichiens. Les of&ciers du 14* chasseurs ont donné
an goûter aux bains du Fourneau à une douzaine d'officiers
autrichiens de toutes armes, venus de Danjoutin avec le
maire et le curé du village. La capitulation a été portée dans
la matinée aux avant-postes, par le colonel Eail et l'officier
du génie Emon.
IS AVRIL. — Enfin, on a proclamé à son de trompe que la
capitutation était signée. Elle Ta été vers 4 ou 6 heures du
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IdB BBVUI d'alsagb
soir, et on a annoncé que demain, vers 6 heures du matin,
les postes extérieurs français seraient retirés, que les Autri-
chiens occuperaient, à 7 heures, la porte de France et celle
de secours, conjointement avec les Français, que les com-
munications seraimt rétablies à 7 heures du matin, et enfin,
que la place serait rendue le 16.
18 Avril. — Les postes français à l'extérieur, excepté à
l'ouvrage à corne, ont été retirés à 5 heures du matin, et à
7 heures les Autrichiens ont occupé la porte de France, con-
jointement avec les Français.
Dès le matin, une affluence considérable de gens de la
campagne et des subsistances de toute espèce sont entrées en
ville. J'ai été me promener à Bavilliers avec M. Ecoffet. Je
suis sorti de ville avec la cocarde blanche ; je l'ai ôtée à mon
retour, parceque j'ai appris, avant de rentrer en ville, que la
garnison, et surtout les chasseurs, maltraiteraient ceux qu'ils
en trouveraient décorés.
14 Avril. — Pendant toute la journée, les chasseurs se
sont promenés d'un air menaçant ; ils ont l'air de chercher
querelle aux Autrichiens.
15 Avril. — Proclamation du commandant pour remercier
les habitants des secours qu'ils ont fournis à la garnison et
à la défense de la place, et pour leur exprimer ses regrets
de quitter Belfort.
Marché considérable de toute espèce et à bas prix. Nos
inquiétudes ne sont pas dissipées ; aucune des nouvelles
reçues n'est of&cielle. Depuis le 6, il n y a plus de bulletin ;
il n'arrive pas de courrier de Paris. On répand, d'une part,
que Bonaparte occupe encore les bords de la Loire avec des
forces considérables, et a remporté plusieurs succès ; d'autre
part, on dit que ses généraux et ses troupes l'abandonnent de
jour en jour, que lui-même a abdiqué et a envoyé son épée à
l'empereur de Russie ; que les Autrichiens et alliés vont
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ut BLOOnS BT LB BlftGS DE BELFOBT BN 1814 189
repasser le Rhin, et qu'il ne restera plus en France qu'une
année russe, jusqu'à la consolidation du gouvernement de
Louis xym.
Vers 4 à 5 heures du soir, une colonne russe, composée
d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, a passé sous les
murs de la ville et a campé {«rès EsfiNert pour continuer la
route sur Paris.
16 A.VIUL. — Reddition définitive de la place; dans la nuit,
200 soldats, à qui on avait insinué que malgré les clauses de
la capitulation, la garnison serait conduite au delà du Rhin,
ont déserté.
A 7 heures, le commandant Legrand et le reste de la gar-
* nison sont sortis avec les honneurs de la guerre, musique en
tête, tambour battant, deux canons, deux caissons, et mèches
allumées. Rendue au delà du faubourg, sur la hauteur d'Essert,
cette garnison a déposé les armes en présence des troupes et
du général baron Drexler, commandant le blocus. Les offi-
ciers ont conservé leurs épées et les soldats leurs sacs.
Elle a été conduite sur Lure par une compagnie de cosa-
ques. Aussitôt le général autrichien et ses troupes, composées
d'une compagnie de hussards, d'infanterie, de dragons, et dix
pièces d'artillerie, ont fait leur entrée en ville. Ils ont été
reçus aux portes par le n^aire et le Conseil municipal, au son
des cloches. La porte de Brisach et le château ont été occupés
par les Autrichiens et les uhlans. Les cosaques ont monté
la garde à la place.
Le reste des troupes s'est retiré dans les villages jusqu'à
ce que les réparations aux casernes soient faites. Quelques
officiers sont logés chez les bourgeois. Le général a son loge-
ment chez M. Antonin (sous-préfecture actuelle).
La Gazette de France, du 8, reçue aujourd'hui^ donne le
texte de la nouvelle Constitution de21a France. Cette gazette
est arrivée par Nancy, Epinal.
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140 IBVUB D'ALSAOB
DiMANGHBf 17 Ayul 1874 — Un 7k Deum^ chanté après
la grand'mesae.
Le général Drezler y a assisté.
n a été tiré trois salves de trente coups de canon.
Le mardi, IS avril, on a publié à son de trompette la
signature de la capitulation vers 6 heures du soir ; ^e porte .
CAPITULATION
du premier Uocm de Béfort, du 22 décembre 1813,
au 13 (mil 1814.
Article preiiier.
La ville et le château de Belfort seront reçus par les Âutnchiens, pour
le gouvernement provisoire français, le 16 avril. Les portes de France et
de secours seront occupées par eux, le 15 avril. La porte de Brisach,
ooi^ointement avec la garnison.
Art. %
La garnison sortira avec les honneurs de la guerre, deux canons et deux
caissons.
Art. 3.
La garnison, arrivée sur la route de Paris, mettra bas les armes, qui
seront livrées, canons, caissons et chevaux, aux Autrichiens. Les officiers
garderont leurs épèes et les soldats leurs bagages.
Art. 4.
La garnison prêtera serment de ne pas porter les armes contre les
puissances alliées Jusqu'à la paix ; en échange, les conscrits rentreront
chez eux ; les vieux soldats attendront les ordres du gouvememenU Les
offlderg sont libres de suivre la troupe ou de rentrer chez eux.
Art. 5.
On fournira des voitures pour les soldats blessés ou malades.
Art. 6.
Les malades ou blessés qui ne pourront suivre, seront traités par des
officiers de santé firançais, désignés par le commandant.
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LE BLOCUS ET LE SIÉaS DE BBLFOBT EN 1814 141
Art. 7.
On fournira des voitores ponr le iranap^rt des caisses et papiers de
l'administration du corps ; mais les objets relatifs à la place : cartes, plans,
seront remis entre les mains de commissaires nommés pour cette partie.
Art. 8.
Les habitants, soulagés pour le passage des troupes, il en sera de
même de la garnison. Le général décidera des impositions de guerre;
nul ne sera inquiété pour son opinion politique ; les personnes et les
propriétés seront respectées. Libre aux bourgeois de se retirer ailleurs avec
leurs effets.
Art. 9.
Le gouvernement français décidera de Tbospice civil.
Art. 10.
La garnison voyagera comme les troupes alliées.
Art. li.
Les articles douteux seront interprétés à l'avantage de la garnison.
Signé à la maison Gasner, le 12 avril 1814.
YuNG, wu^ ; Gkrosdorff, ct^pUame du génie,
Vtt et vérifié :
liSGRiivDy comnumdmU d^armei.
Le baron Drkxlbr, général de diinskm cmmnmdaiU le Mom».
Le cUmaache, 17 arril, Te Deum chanté après la messe au
bruit da canon.
Louis Xlïï fit don des terres et cbAteau de Bellort à
La Soze, son général.
Belfort a été assiégé par le duc de la Fertéi qui fit un
siège très savant et très bien conduit; il M sanglanL On fit
mine vers la Tour des Bourgeois. Bdfort fut livré le 3S
lévrier 1664, et cette cougudte mit VAlsace et la Lorraine w
sûreté.
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BIBLIOGRAPHIE
Eine Inzemische Gesandtsohaft am Hofe Ludwigr XI.,
par Th. de Liebenau. — Gomplainote de TEglise fidèle
svr la persecvtion fàiote à ses enfàns dans le royavlme
de France, l'^in 1551 ; Genève, impr. J.-6. Figk.
II me vient de la Suisse deux opuscules qui se rattachent
tout à la fois à son histoire et à celle de la France, et aux-
quels j'ai plaisir à souhaiter la bienvenue. Nulle branche
des études n'est aussi florissante en Suisse que les recherches
historiques : c'est un exemple qu'on peut citer à toute l'Eu-
rope, sans excepter la docte Allemagne. En Suisse la con-
naissance du passé fait partie des mœurs politiques ; on y sait
que la politique n'est que de l'histoire en action, et cette
habitude constante de fidre marcher de front le passé et le
présent, de rechercher incessamment dans l'histoire l'âme du
pays et l'esprit dont il doit s'inspirer, contribue certainement
pour beaucoup à donner à ce modèle des Etats modernes la
sagesse pratique dont il fait habituellement preuve. Dans
tous les cas, si j'en crois ce qu'un de mes amis m'écrivait de
Berne, les études historiques n'auraient pas été sans influence,
il y a deux ans, sur le rejet de la révision fédérale.
Le premier des opuscules dont je parle : Eine luzemi9che
Oesandtschaft am Hofe Ludicig Xl^ de M. Th. de Liebenau,
est une brève analyse de quelques documents des archives
de Lncerne: l'auteur en a tiré la relation d'une ambassade
envoyée par cette ville au roi Louis XI, pour obtenir une
pension dont elle avait alors un besoin urgent. En dépit des
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BÎBLlOQnkVmB 143
trésors conquis sur Gharles-le-Téméraire, Lucerne était, au
lendemain des guerres de Bourgogne, en proie à d'incroya-
bles embarras d'argent non parce qu'il n'avait pas eu part
au profit, ou que la France l'eût exclu de ses largesses, mais
parce que, d'une part, on avait dissipé ces ressources inatten-
dues et que, de l'autre, au lieu de profiter au fisc, l'argent
du roi s'était arrêté en chemin dans l'escarcelle des patri-
ciens, qui tenaient alors et qai ont tenu jusque de notre
temps le gouvernail du vaisseau du petit Etat On reconnaît
dans ces extraits la main sûre d'un archiviste, qui ne charge
sa palette que des couleurs empruntées à ses documents,
mais qui, dans ces teintes un peu grises de poussière, n'en
anime pas moins les personnages qu'il met en scène.
Le second opuscule forme une mince plaquette in-16'' de
12 ff., intitulé : Gompkdncte de F Église fidèle svr la persecv-
Uon fakte à ses enfans dans le royavhne de France, Fan
ioSi, imprimé (m tout bien) par le parfait typographe
M. J.-6. Fick. Ce sont trois cantiques tirés de la bibliothèque
du D* J.-Ch. Coindet par M. Ph. Plan, et l'éditeur suppose
qu'ils ont été composés à Genève par un réfugié de France.
Le premier s'applique à la fuite et à l'exil des protestants
persécutés, l'autre à leur emprisonnement; le troisième est
une paraphrase du cantique de Zacharie (Luc. I). Le mérite
littéraire de ces poésies est contestable ; mais on oublie leurs
défauts quand on se reporte à la situation où le sentiment
religieux pouvait s'exhaler dans des strophes comme celles-ci
Las ie n^ay peur ne doubte
Que mise en cendre toute
Ma chair on iecte au vent
La l>ande antechrestîenne
N*a dessus Tame mienne
Aulcune authorité,
Pour exercer la sienne
Grande seuerité.
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144 BBTDB D'aLSàOI
Mon coipa de chair mortelle.
Consumé de mort telle
Que bon luy semlilera,
Nèantmoîns malgré elle
RetsuBcité aéra.
Mab en dure souffrance
Donne moj la constance
De ton nom boubstenir»
Fay qu>n persuerance
Le puisse maintenir
Car en peine si forte
Si tu ne me conforte
Je pourrois tresbucher,
Sathan à ce m^exhorte
Et infirme est ma chair.
Gomme on voit, cette poésie respire une odeur de roossi,
et ce qui aide encore à Tillusion, c'est l'impression en carac-
tères civilité, qui reproduit jusqu'à l'écriture du temps.
X. M.
>-'l«yt'l— toY— vBa^arAOto.
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MATERIAUX
poar servir à, l'histoire de
L'INVASION DES ARMAGNACS
n^ij dis Archi*ues de la *uilU di Colmar
11 n'est pas nécessaire de rappeler ce que fut pQur TAlsace
l'invasion des Armagnacs. Elle a partout laissé des traces
ineffaçables, et cependant c'est un des épisodes les plus mal
connus de notre histoire. Peu de témoins contemporains Font
embrassé dans tous ses détails; un seul peut-être fait excep-
tion : c'est l'auteur de la chronique que mon ami çt collabo-
rateur, M. Rodolphe Reuss, a publiée naguère sous ^e nom de
Gironique de /.-/. Meyer} Hors de là tout est incotiérent et
incomplet, et faute de pouvoir ramener les faits conni^s à des
vues d'ensemble, toutes les idées qu'on s'en fait, flottei\t dans
le vague.
Le beau livre de M. A. Tuetey : Les Ecorcheurs mis
Oèarles Vll\ a rétabli l'ordre et la clarté dans ce chaos.
D a pris les Armagnacs à leurs débuts, au moment où la paix
d'Arras, 22 septembre i4S5, mit en disponibilité ces bandes
qui, depuis si longtemps, faisaient la guerre aux Anglais, et
pour lesquelles le métier des armes était devenu l'unique
moyen de subnister. Au lieu de se dissoudre, elles allèrent
vivre, en les ravageant, sur la Bourgogne et la Lorraine,
^ Strasbourg, 187% S».
' Montbéliard. Henri Barbier, 1874; 2 vol. 8°.
Nottrelto Séné. — 4^ Année. 10
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146 REVTTK d'ALHACE
firent en 1489, une première pointe en Alsace; puis au
moment où elles étendaient leurs excès aux proyinces de la
France proprement dite, sur Tappel de la maison d'Autriche
et de rempereur Frédéric III, en .guerre avec les Gantons
confédérés, Charles VII proflta de cette circonstance pour
débarrasser ses Etats de ces soudards, et pour les envoyer,
sous le commandement supérieur du Dauphin, devenu depuis
le roi Louis XI, guerroyer contre les Suisses.
J'ose croire que le contingent que j'apporte à cette histoire;
ne passera pas inaperçu. Il y a là bien des faits inédits qui,
sans compter qu'ils reconstituent pour cette période les
annales de Golmar, éclairent d'un jour nouveau certaines
pages du livre de M. Tuetey. En attendant qu'il nous en
donne une nouvelle édition, ce que malheureusement il ne
nous laisse pas prévoir, ce simple regeste permettra de com-
pléter son récit sur bien des points. Je ne me dissimule pas
cependant que, telles que je les présente, ces sèches analyses
rebuteront d'abord quelques lecteurs. J'ai tenu à ne négliger
aucun des nombreux documents que j'avais entre les mains,
et il est certain que ce cadre, déjà employé par M. E, WUlcker
pour faire connaître les documents de la même époque, qui
se trouvent conservés dans les archives de Francfort-sur-Ie-
Mein ^, s'y prétait mieux que tout autre : il est d'ailleurs assez
élastique pour servir encore à ceux qui viendront après moi,
sans compter qu'il y a pour les amis de l'histoire des grâces
d'état qui leur feront trouver de l'attrait même à un récit en
voie de formation. Ils finiront même par juger que ces notes
mises bout à bout ont une saveur si franche, un tel air de
vérité, qu'à bien des égards elles l'emportent sur tous les
artifices de l'historien.
Les documents que j'avais à dépouiller, sont de divers ordres-
* Urkunden nnd Sehreiben betreffend dm Zug der Armagnaken;
Frankfurt, 1873, 4%
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l'invasion DBS ARlCAGNACB EN AL8A0E 147
Tout d'abord, à partir du mois de février 1436 — le lec-
teur remarquera cette date, qui est antérieure au traité
d^Arras — j'ai fait l'extrait des dépenses occasionnées à la
ville de Golmar par les Armagnacs; nos archives possèdent
sous le nom de Eaufhaushitch, une collection incomparable
de comptes de la recette et de la dépense, qui remonte à
Tannée 1892, et qui, pour certaines périodes de notre his-
toire, constitue une source d'informations extrêmement abon*
dantes et parfaitement coordonnées. Les extraite tirés de ces
registres se distingueront par les initiales E-B, avec le renvoi
à l'année et à la page.
Le seul inconvénient de ces notices est leur brièveté. Heu-
reusement qu'à partir de 1442, un registre de correspondance,
Liber missivarum^ le plus ancien que nous possédions, m'a
fourni des textes plus amples. Les extraite de cette prove-
nance portent en tète les lettres L-M.
A ces deux sources vient s'ajouter un registre de décrète
du Magistrat et du Conseil, Stettebuchy espèce de plumitif dont
les dispositions les plus importantes ont été reportées dans les
deux codes connus sous le nom de Livres rouges, mais qui
en renferme un certain nombre dictées par les circonslances,
transitoires par conséquent, et qu'on ne retrouve que là. De
ce nombre sont les mesures édictées à l'occasion de l'invasion
des Armagnacs, mesures qui jettent un grand jour 'sur la
situation de la cité et sur» l'esprit de la population pendant
cette crise. Dans le regeste, ces extraite sont marqués St-B.
Enfin le fonds des archives connu sous le nom de Rechnwigs-
gewSlb, qui, à côté de bien des paperasses inutiles, renferme
les documente les plus précieux pour notre histoire, m'a fourni
un dossier d'une certaine importance, relatif au projet d'al-
liance et d'expéditions contre les Armagnacs, dont, après leur
retraite, Golmar paraît avoir été le principal promoteur. On
reconnaîtra l'origine des notes que cette liasse ma fournies,
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148 BBVUS d'alsaob
aux initiales R-6 et au numéro de la layette (89) où elle était
renfermée.
Voilà les sources où j'ai puisé mes matériaux, et comme la
curiosité, qui porte naturellement les recherches vers FinédU
et l'inconnu, ne suffit peut-être pas pour me justifier d'avoir
évoqué ces souvenirs, je me permettrai de me citer moi-même
et de reproduire ici le passage suivant tiré d'un récent article
critique : ^
< Je ne sais ce qui pousse en ce moment nos érudits à
mettre en lumière précisément les pages les plus sombres de
nos annales. On dirait que les événements par lesquels nous
venons de passer, nous portent à rechercher dans le passé des
catastrophes non moins lamentables, afin de fortifier notre
courage par l'exemple des épreuves que nos pères avaient
subies avant nous. Ce qui pique le plus notre curiosité, ce
sont les fkits que nous considérions naguère conoime des ano-
malies, des monstruosités de notre passé, et qui aujourd'hui
nous paraissent à vrai dire la substance fiitale de notre his-
toire. C'est surtout à l'Alsace que s'applique ce vers :
Quidquid délirant reges, plectuntur AMm.
< On dirait que le sort de notre malheureuse province est
attaché à toutes les grandes questions qui se débattent sur
notre continent. Que ce soient l'équilibre européen, la liberté
de conscience ou le pouvoir temporel qui sont en jeu, c'est
l'Alsace qui paie la rançon de ceux à qui la solution du pro-
blème donne tort. Et ce n'est pas seulement à la géographie
qu'elle doit le rôle navrant qu'elle ne cesse de jouer : il tient
aussi à sa situation historique. Non qu'elle n'ait pas essayé
de réagir contre le sort qui ne cesse de la menacer : avant
même que Schwilz, Unterwald et Un eussent secoué le joug
des Habsbourg, Golmar tendait instinctivement de se sous-
traire à l'étreinte des grandes puissances, et si son entreprise
^ Industriel akacien du 9 septembre 1874.
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l'invasion DBS ARMAGNACS EN ALSACE 149
n'obtînt pas le saccès dû au grand cœur de Walther RoBssel-
mann, il n'en est pas moins vrai que, grftce aux empereurs
des maisons de Luxembourg; de Bavière et Palatine, nos
villes impériales étaient arrivées peu à peu à une indépen-
dance qui les rendait à bien des égards les égales des can-
tons saisses, et qui aurait dû préparer le rapprocbement,
Tassimilation des deux pays. Gomment se fit-il que ces pré-
mices n'aient eu d'autre conclusion que Falliance de Mul-
house avec Berne et avec Soleure, et plus tard avec les
Treize cantons? L'histoire ne nous le laisse nullement
ignorer. D'une part l'élévation de Frédéric III au trône de
Gharlemagne désapprit aux cités de la Haute-Alsace leur
salutaire opposition à la maison d'Autriche, à l'ennemi
commun des cantons confédérés et des villes impériales;
d'autre part, le traité de paix perpétuelle conclu entre les
archiducs et les Suisses, au début des guerres de Bourgogne,
arrêta net la force d'expansion de la Confédération, et mit fin
à ses conquêtes du côté des Pays antérieurs, aux dépens des-
quels, depuis un siècle et demi, elle n'avait cessé de s'agrandir.
Puis vint la scission confessionnelle, dont la Suisse et l'Alsace
ressentirent également les effets, et qui, chez nous du moins,
ne permit plus à une grande pensée commune de dominer
les conflits religieux. >
1*88
19-25 février 1485. — Voyage des stettmestres Marquard i
(de Ruest) et Gilles (KempfTe ^) à Strasbourg, poUr prendre 1435^^3^
part à la diète convoquée par le duc Etienne ^ pour tenir con-
seil à l'occasion des Armagnacs (von der Armm Jacken toegen) ;
^ Le noble Marquard de Ruest fait son apparition dans les listes des
stettmestres de Colmar à partir de 1422; il en disparsdt en 1439; Gilles
Kempffe s'y maintient depuis 1424 jusqu'en 1448.
' Etienne, duc de Simmern et de Deux-Ponts, fils de Tempereur
Robert et frère de l'électeur palatin Louis III le Barbu, lieutenant du
grand-bailli d'Alsace, 1410-59.
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150 BBYUB d' ALSACE
leur absence dure cinq jours, et leur dépense monte pour eux
et dnq chevaux, à 4 1. 14 s. 9 d.^
2 26 février — 8 mars 1486. — Nouveau voyage du stett-
K-R
1480^ mestre Marquard de Ruest à Strasbourg, quand la diète
^' tomba d'accord d'une alliance contre les Armagnacs. Son
absence fut de cinq jours, et sa dépense pour lui et pour trois
chevaux monta à 8 1. 19 d. •
3 4- 10 mars 1486. — Voyage du stettmestre André (de West-
1435-M haus*), à Ribauvillé, quand messire Frédéric de Parrey*
demanda de conférer avec des députés de Colraar, au sujet
des Armagnacs. La dépense fut de 5 s. 10 d.
4 11-17 mars 1486. — Troisième voyage du stettmestre
M85-86 Marquard de Ruest à Strasbourg, pour assister à une nouvelle
diète au sujet des Armagnacs. Les délibérations ne pouvant
aboutir, la diète s'ajourna au lundi après les Rameaux (2 avril).
L'absence avait duré trois jours, et pour lui et ses trois che-
vaux, le député dépensa 2 1. 10 s.
Entrée en campagne contre les Armagnacs : achat de cinq
creusets de Vienne à Strasbourg pour la fonte de canons.
Goût : 2 florins, soit 1 1. S s. 2 d.
Achat de serge pour serrer le fourrage et l'avoine néces-
saires à l'expédition. Goût : 15 s.
5 l"-7 avril 1486. — Voyage du stettmestre Marquard de
1495^36 Ruest à Molsbeim, sur la convocation de Schlestadt, qui s'était
p. 46
^ Je ne me permettrai pas de faire l'évaluation de la monnaie qui
fiçrure dans ces comptes ; il y faadrait ane compétence qui n'appartient
en Alsace qu'à M. Tabbé Hanauer. Je me borne à faire remarquer que la
livre en question, commune aui villes de Bâle, de Fribourg et de Brî-
sach, était la livre rappe, dont six valaient cinq livres de Strasbourg.
À cette époque, le llorin valait 11 Vi sous de la monnaie de rappe.
' Le noble André de Westhaus figure dans les listes des stettmestres
de 1431 à 1457.
» Ferry de Paroye, membre du Conseil de Lorraine. Cf. Tubtbt, Les
EcorcheurSi II, p. 61.
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l'invasion DBS AAMAGNAOS EN ALSACE 151
entremis pour accommoder le différend de la ville de Stras-
bourg avec son évèque \ et de là à Strasbourg pour prendre
part à la diète au sujet des Armagnacs. Absent pendant six
jours avec trois chevaux, l'envoyé dépensa S 1. 15 s. 11 d.
9-15 novembre 1487. — Voyage du stettmestre André de 6
Westhaus à Molshdm, se rendant à la diète convoquée par ias?^
la ville de Strasbourg, pour se concerter sur les mesures de ^
défense à prendre contre les Wallons (^Walhe) qui menaçaient
d'envahir le pays. L'absence fut de quatre jours, et pour lui
et ses trois chevaux, l'envoyé dépensa 2 1. 10 s. 16 d.
28-29 novembre 1488. — Voyage du stettmestre André de 7
K-B
Westhaus à Strasbourg, où il se rend sur la convocation de 1437-88
p. 68
Févéque de Strasbourg, pour aviser aux mesures à prendre
contre le peuple nommé les Ecorcheurs (Schinder), qui se
proposait d'envahir le pays. Le député fut absent cinq jours,
et dépensa pour lui et ses trois chevaux, 8 1. 2 s. 14 d.
7-18 décembre 1488. — Voyage du stettmestre Gilles «
Eempffe à Strasbourg, tant à l'occasion des Ecorcheurs que iast^^
sur la convocation du grand-bailli.' Son absence dura six
jours, et pour lui et ses trois chevaux, la dépense monta à
4 1. 4 d.
29 décembre 1488 — 8 janvier 1489. — Voyage du stett- 9
mestre Gilles Kempffe à Molstaeim, où révoque de Strasbourg 1437^
avait convoqué une Diète au sujet des Armagnacs {Armen- ^'
yicken), de là à Strasbourg, pour ouïr les propositions du
grand-bailli. Le député fut absent pendant huit jours, et
dépensa pour lui et ses trois chevaux 51. 10 b.
H-17 janvier 1489. — Voyage du stettmestre André de «o
Westhaus à Molsheim, au sujet de l'alliance à conclure contre 1487-88
> Gnillanme de Diest, 1393-1439.
' L'EIeotear palatin Louis lY }e Bon, on son lieutenant René de
ffeiperg.
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15^ REVUE D'ALSAGB
les ArmaffnacsS lorsqu'il fut décidé qu'elle serait couehée par
écrit. L'absence dura sept jours, et la àépeûBd de Tenvoyé
avec trois chevaux monta à 5 1. 9 s. 4 d.
11 25-Sl janvier 1489. — Voyage du stettmestre Gilles
1487-39 Kempffe, à Holsbeim, au sujet des changements à introduire
^' ^' dans la rédaction du traité contre les Armagnacs, en réser-
vant l'approbation de leurs commettants : les envoyés tom-
bèrent d'accord que l'évéque de Strasbourg et ceux qui
tenaient avec lui, y figureraient pour moitié. Le stettmestre
était chargé en outre de donner réponse au grand-bailli sur
ce qu'il avait proposé précédemment aux députés des dix
villes, réunis à Strasbourg. L'envoyé fut absent sept jours, et
dépensa pour lui et ses trois chevaux 4 1. 16 s. 8 d.
12 15-21 février 1489.— Voyage du stettmestre Gilles Kempffe
1487-8» à Schlestadt, pour se concerter sur la diète des dix villes impé-
^ riales, qu'à l'occasion des projets conire les Armagnacs, le.
grand-bailli voulait réunir à Rosheim L'envoyé passa la
nuit à Schlestadt avec trois chevaux, et dépensa 18 s. 11 d.
Voyage du même pour se rendre à la diète de Rosheim,
où il resta quatre jours. Pour lui et une suite de trois che-
vaux, la dépense fut de 2 1. 4 s. 8 d.
13 22-28 février 1489. — Voyage du stettmestre André de
1487^9 Westhaus à Molsheim, où, sur la demande du grand-bailli,
^' ' révêque de Strasbourg avait convoqué une diète pour déli-
bérer sur les mesures à prendre contre les Armagnacs. L'ab-
sence dura quatre jours, et la dépense monta à 2 1. 7 s. 1 d.
14 1*^-7 mars 1489. — Le stettmetttre Gilles Kempife se rend
1487^ à deux reprises à Schlestadt, à l'occasion de l'entrée des
^' Ecorcheurs en Alsace. La dépense pour les deux voyages
monta à 16 s. 8 d.
^ Cf L. Spagh, Un Trcàté d*alUance contre Us Armagnacs {Œuvres,
t. III, p. 475).
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l'invasion DBB itBMAGNAOS BN ALSACE 153
De son cMé, l'obristmestre, arec quelques stettmestres et
conseillers qui lui avaient été adjoints, fait la visite des fossés,
pour voir s'il ne faudrait pas en creuser de nouveaux, et com-
ment on disposerait rartillerie entre les fossés. La dépense,
tant pour les magistrats et les sergents ou valets qui les
accompagnaient) que pour l'éclairage des séances nocturnes
du Conseil, monta à 1 1. 10 s. 1 d.
8-14 mars 1489. — Séjour du grand-baillî à Colmar, où il ,g
vient à l'occasion des Armagnacs. La ville lui offre 10 quartaux ^J^'^
d ayoine, coûtant 8 1. 18 s. 4 d., et un saumon valant 1 1. iO s. p* '*
Passage des Armagnacs qui gagnent le pays haut. Occupés
entre les remparts, dans la ville, dans les champs où ils
tenaient des postes d'observation (die wartm zuuerslahendé),
les magistrats, les serviteurs, les sergents et les valets, occupés
de toutes les manières, firent une dépense de 8 1. 8 s. 6 d.
Différents voyiiges de Jean Meyger et de Nicolas Pflûger, à
Schlestadt et à Bergheim, pour recueillir désinformations
sur les Armagnacs. La dépense monte à 12 s. 4 d.
Payé à Gdpffrit, pour le bois qu'on a brûlé pendant qu'on
montait la garde entre les remparts, 5 s.
15-21 mars 1489. — Dépense faite pour les serviteurs et
16
p. 80
les valets de la ville qui, pendant cette alerte, avaient fait des k^
allées et des venues sans nombre au Waagkeller ^ : 1 1. p-''^
22-28 mars 1489.-- Voyage du stettmestre André de West- ,7
haus à Berghcim, où il s'était rendu comme envoyé de la ville, iJ^;^
sur rappel du grand-bailli, pour y conférer au sujet des Arma-
gnacs. La dépense fut de 4 s. S d.
Voyage du stettmestre Gilles Kempffe à Strasbourg, sur
l'invitation de cette ville, qui avait été mise en demeure de
prendre part à une campagne contre les Armagnacs; de là à
Schlestadt, pour s'entendre avec une députation à envoyer au
^ La cave à la balance ou maison de ville.
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154 BBVUB d'alback
roi des Romains Frédéric ED. Son absence dura dnq jours,
avec trois cheTSiix, et la dépense monta à 3 1. S s.
18 29 mars — 4 avril 14S9. — Voyagé du stettmeatre Mar-
1487^ qoard de Ruest à Haguenau, où il s'était rendu avec tr<MS
^' cbeTaox^ sur la convocation du grand*bailli, pour prendre
part à une diète des villes impériales, spécialement rassem-
blée pour s'entendre sur une expédition contre les Arma-
gnacs. L'envoyé fut absent six jours, et dépensa 4 1. 8 s. 6 d.
Payé à Nicolas zem Balmen^ le mattre artilleur, et à son
fils Jean, à chacun onze journées de travail, pour avoir mis
les canons en batterie entre les fossés à l'occasion du passage
des Armagnacs. En tout 2 1. 4 s.
19 6-19 avril 1489. — Dépense de Henri Priburger à Thann
14871^ et à Gemay, où il avait été envoyé en observation pour sur-
veiller les mouvements des Armagnacs : en tout 5 fl. 2 s.,
soit en argent 2 1. 19 s. 6 d.
Dépense à l'occasion du tracé et du piquetage, par le magis*
trat, du fossé derrière Saint-Pierre, qu'on a entrepris de
creuser auiç féte^ de Pftques : 7 s. 10 d.
20 12-18 avril 1489. — A Spengelin le faiseur darbalètes,
K-B
i487--8e pour avoir aidé Wernlin Armbroster, à roccasion du pas-
D* 84
sage des Armagnacs : 16 s. 4 d.; item à Knore le cordonnier,
pour des pulvérins en cuir : 5 s.; et à Breitenstein, pour des
sacs à balles en serge : 4 s. Total : 1 1. 5 s. 4 d.
21 19-25 avril 14S9. — Dépense de Matthieu de Sarburg à
i*»7-j» Thann, où il avait été envoyé à l'occasion des Armagnacs :
*"■ 18 s.
22 26 avril — 2 mai 1489. — A Nicolas zem Balmen, pour
i4«7-8» avoir fait rentrer l'artillerie, et mettre en sûreté la poudre et
p> 86
les autres accessoires, payé 12 s.
^ Nicolas Westermann, surnommé zum Balmen, de la maison qu'il
habitait, a passé au service de la ville, comme maître artilleur, en 1431.
Cf. Archives de Colmar, E, 32, 7.
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p.8
l'invasion DBS ABHAONAOS BN ALSAOB 155
A ThoBoas Keser, qui avait été fait prisonnier par les
Armagnacs, payé, suivant convention, pour le cheval, pour
Tarmure et pour le reste, 18 1. fidsant 40 fi.
St-27 juin 1489. — Voyage du stettmestre Gilles Kempffe 23
à Strasbourg, où il s'était rendu avec les députés des autres
Tilles impériales, pour délibérer sur un message de Tévéque
de Mayence* et du duc Othon, ccmoemant les Armagnacs, et
sur un autre message du roi des Romains, demandant du
secours. Absent pendant quatre jours, avec trois chevaux, sa
dépense monte à 8 1. 2 s. 2 d.
Autre voyage du même à Schlestadt, au sujet de la diète
convoquée à Mayence : 9 s. 6 d.
1218 juillet 1439. —Voyage du stettmestre Gilles Kempffe 24
à Mayence, pour prendre part à la diète convoquée par les hm-ai
électeurs, pour s'entendre sur les mesures à prendre contre
les Armagnacs, et aussi pour aviser aux prestations que
demandait le roi des Romains. La dépense de l'envoyé et de
deux serviteurs à sa suite, pendant les quinze jours qu'ils
furent absents, monta à 10 1. 3 s. 9 d. Il semble que les
autres villes impériales ont dû y contribuer au môme titre
que Golmar.
6-12 mars 1440. — A Henny Swartz« qui avait été 25
envoyé à Mulhouse pour s'informer si le bruit du retour des
Armagnacs était ou non fondé, payé 6 s. 2 d.
28 septembre 1442. — Le maître et le Conseil de Golmar 2e
mandent à Tévéque Robert de Strasbourg, landgrave d'Al- U4»^
sace, qu'à leur retour de Saveme, où Sa Grflce les avait con-
voqués, les députés de la ville ont apporté la nouvelle qu'un
peuple étranger était sur le point d'envahir le pays; reste à
savoir ce que l'on se propose de faire. En ce qui les concerne,
le maître et le Conseil se conformeront dans cette circonstance,
« Thierry d'Erpach, 1434-59.
K-B
p. 41
rss
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156 RBvuB d'albacb
comme toujoars, à tout ce que les princes, les seigneurs et les
▼illes décideront de fidre pour la défense commune.
Vendredi a^ant la Saint-Michel 1442.
27 21-27 octobre 1442. — Voyage du stettmestre Gilles Kempfife
i44s'-4s à Obernay et de là à Molsheim, où il se rend auprès de Tévèque
de Strasbourg relativement au péage (de Matzenheim) et au
peuple étranger qui menace, dit-on, d'envahir le pays. Retour
à Obernay, pour délibérer sur une alliance à conclure. Absent
pendant six jours avec trois chevaux, l'envoyé dépensa 8 I.
18 s. 6 d.
28 H-17 novembre 1442. — Voyage du stettmestre Gilles
144S-48 Kempfle à Saverne, encore au sujet des Armagnacs (^Arme
Jecken), et aussi relativement au différend de Schlestadt avec
Henri Grëfe. Il fut absent six jours, avec trois chevaux. De là
il se rendit à Bflle, qui avait prié Colmar de lui envoyer une
députation à l'occasion du péage de Neuenburg. Pour les deux
voyages, la dépense monta à 5 1. 6 s. 6 d.
29 25 novembre — 1** décembre 1442. — Voyage du stett-
mestre Walther Thurant* à Molsheim, au sujet des Arma-
gnacs; de là à Strasbourg pour rejoindre son collègue Gilles
Kempffe, et conférer de la valeur des marcs (von der marcken
u>egm)i et pour assister au plaid contre Pierre Blflmelin.* Le
voyage dura huit jours, et la dépense avec deux chevaux monta
à21. 19 s. 6d.
31 10-16 février 1448. — Voyage du stettmestre Walther
K-B
144S-4S Thurant à Ribauvillé, se rendant auprès du sire de Ribau-
p. S8
pierre^ qui avait invité Golmar, Schlestadt et Kaysersberg à
venir se concerter avec lui sur ce qu'il y aurait à faire, si le
^ Figure dans le Magistrat de 1442 à 1458.
' Pierre Bliimelin a soutenu contre Colmar, au sujet d'une succession
qa11 prétendait, un long procès entremêlé de voies de fait. Il finit par
être tué an cours de ce litige, en 1452.
' Maximin de Ribaupierre, f 1450.
144S-4S
p. M
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p. u
l'invasion DBS ARMAGNaGS EN ALSACE 157
peuple étranger enyahissait le pays et s'emparait d'une place
forte. La dépense monte à S s. 5 d.
14-20 avril 1448. — Voyage de Jean de Virdenheim^ à 3i
Ribauvillé, pour assister à la conférence réunie par le sire de i4a-4d
Ribaupierre, afin de s'entendre sur les mesures de défense à ^'
opposer à l'invasion dont le pays est menacé. Pour deux jours
d'absence avec trois chevaux, la dépense monta à 18 s. 2 d.
6-12 octobre 1448. — Â Brunheitz, un varlet du comte de 32
K-B
Ltltzelstein, qui avait donné avis de la marche d un corps 1443-44
d'armée, contre lequel il croyait que la ville devait se tenir en
garde, payé, sur Tordre de quelques stettmestres, 14 s. pour
une casaque.
18-19 octobre 1448. — Voyage d'Antoine de Wittenheîm 33
' ^ K-B
k Ribauvillé, pour parler au sire de Ribaupierre de quel-
ques informations qu'on avait reçues touchant un peuple
étranger qui aurait pénétré en Alsace. Sa dépense monta à
4 s. 6 d.
Aux servileurs qui, par ordre, étaient allés en observation,
payé pour leur dépense 7 s. 4 d.
20-26 octobre 1448. — A Jean von Tberg et à Henri Smydt, 34
chargés d'escorter, le jour de la Saint-Gall, les bourgeois qui i44»-44
p. 15
se rendaient à Mulhouse pour le marché (ou foire de Diden-
heim), payé pour leur dépense 14 s. 4 d.
A Henri Friburger et à SchQtzelin, qui avaient servi d'es-
corte aux bourgeois qui se rendaient au marché de Guebwiller,
payé 8 s. 10 d.
i^'l décembre 1448.— Aux serviteurs de la ville qui, le 35
K-B
jour de la Sainte-Catherine, ont servi d'escorte, à l'aller et au mC^u
retour, aux bourgeois qui se rendaient au marché de Berg- '*'
heim et de Guebwiller, plus à ceux qui ont été en observation
et partout où on les envoyait, payé en tout 1 1. 17 s.
^ Le noble Jean de Virdenheim figure dans les listes des stettmestres
de 1442 à 1464.
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158 fiSvtJB d'alsagb
36 26 ami -^ 2 mai 1444. — A Pierre BcBkelin et à d'antres
L448-44 varlets qui, pendant les dernières fêtes de Pâques, s'étaient
rendus à MUnster poar escorter à leur retour les bourgeois
revenant du marché, payé pour leur dépense 7 s. 5 d.
Aux capitaines et aux yarlets, quand ils firent choix de
postes d'observation et de gardes, payé pour leur dépense
1 1. 9. s. 11 d.
37 17-28 mai 1444. — Aux six hommes qui ont servi d'escorte
K-B
jusqu'à Bftle à des marchanda de Berne et de Soleure, payé
pour leur dépense 1 1. 4 s. j
p. 46
p.«
38 24-80 mai 1444. — A cenx qui ont servi d'escorte aux
bourgeois qui s'étaient rendus au dernier marché de Bflhl
(jSOAe/), et aux serviteurs qui ont été chaque jour en obser-
vation, payé pour leur dépense 2 1. 9 s. 6 d.
A Henri Smydt, qui s'était rendu à Bûhl pour donner pro-
tection aux bourgeois qui prenaient part au marché, payé sa
dépense pendant deux jours, 6 s. 2 d.
39 14 juillet 1444. — Sur les explications que leur ont don-
ii4s-4s nées leurs confédérés de Schlestadt, touchant les deux diètes
convoquées à Molsheim, au sujet de l'invasion dont on est
menacé, la première pour le jeudi après la Sainte-Marguerite
(16 juillet) par l'évéque de Strasbourg, l'autre pour la Sainte-
Madeleine, par l'électeur palatin Louis lY, le Bon, le maître
et le Conseil de Golmar leur mandent que des alBbires urgentes
ne leur permettront pas de prendre part à la première confé-
rence, qui d'ailleurs ajournera probablement son vote à la
réunion suivante, à laquelle ils espèrent pouvoir se rendre.
En conséquence, ils prient leurs voisins de Schlestadt de les
représenter à cette première diète, et si l'on y délibère sur
les moyens de se défendre, de ne pas y &ire d'opposition
intempestive.
Mardi avant la Sainte-Marguerite 1444.
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l'invasion DBS ARMAQNAOS EN ALSACE 150
t** août 1444. — Le mittre et le Conseil de Golmar mandent 40
au chevalier Reinbard de Neiperg,^Iieutenant du grand-bailli lui-^
d'Alsace, qu'ils n'avaient pas manqué de mettre leurs députés
en route pour se rendre à la diète convoquée à Haguenau
par rélecteur palatin; mais arrivés à Strasbourg, les envoyés
apprirent que la réunion était contremandée, ce qui les obligea
à revenir sur leurs pas, au grand déplaisir de leurs commet-
tants, qui les Vivaient spécialement chargés d'entrenir le repré-
sentant du grand-bailli de l'attaque dont la ville venait d'être
l'objet du fait de Pierre BlQmlin. Si depuis la députation ne
s'est pas rendue tout spécialement auprès de lui, cela tient
aux dangers auxquels le pays est exposé de la part du peuple
étranger qui menace de l'envahir, ainsi que la nouvelle en
arrive de tous côtés. Toutefois pour ne pas laisser ignorer
plus longtemps au sire de Neiperg ce qui s'est passé, le
maître et le Cionseil lui rapportent que le jeudi après la
Sainte-Marguerite, à 2 heures du matin, Pierre BlOmiin et '
ses auxiliaires se sont jetés sur le bétail et les chevaux de
Golmar, qui se rendaient au pftturage de nuit, et les ont
eomienés. Aussitôt prévenus, les bourgeois se mirent à la
poursuite des ravisseurs, qu'ils atteignirent à près de 5 milles
de là. On en vint aux mains, et outre le bétail qui fut repris,
les assaillants eurent plusieurs hommes pris et tués, tandis
que les Golmariens ne perdirent que deux des leurs, un garçon
tué et un prisonnier. Il est question aujourd'hui de la conclu*
sien de la paix ou d'un armistiee: mais quoi qu'il arrive, la
ville ne tardera pas à envoyer ses députés au chevalier de
Neiperg, pour prendre conseil sur cette affaire.
Samedi, jour de la Saint-Pierre-ès-Iiens 1444.
( ) Décret du maître et du Cionseil de Golmar 4i
qui, sur la nouvelle que le peuple étranger se proposait d'en- im^
vahir le pays, rendent libre l'entrée et la sortie des denrées
qu'on voudrait réfugier en ville, les affranchissent du péage
p.isi
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160 RBYUB D'ALSAOK
et de tous aatres droits, et défend à qui que. ce soit de s'en
nantir ou saisir.
En même temps ils prescrivent à leurs ressortissants
d'amener en yilie tout ce qui leur appartient au dehors, ou
du moins de le mettre en lieu sûr.
Sans date.
42 9-16 août 1444. — A Conrad Meyger et à Pierre BrOstelin,
140^ qui avaient été envoyés vers le pays haut, pour prendre des
^' informations sur les Ecorcheurs et sur différentes autres
choses, et qui étaient restés absents pendant dix jours, payé
pour leur dépense et pour leur salaire, 1 1. 18 s.
A quatre autres varlets qui étaient allés aux informations,
pays haut et pays bas, et qui étaient restés dehors une nuit
et une demi-journée, 8 s.
43 16-S2 août 1444. — Pour les serviteurs de la ville qui ml
K-B
uA4r-^ été en observation et qui ont rempli d'autres missions, et pour
*' les membres du Magistrat qui ont inspecté les créneaux et
délibéré sur les mesures à prendre dans les graves circon-
stances où Ton se trouve, payé 19 s. 1 d.
Aux tribus qui avaient monté la garde pendant quatre
nuits, lors du séjour du grand-bailli à Gohnar au sujet du
peuple étranger, payé pour du vin 8 s.
A George Enderlin, pour convertir en balles 2 quintaux
moins 8 livres de plomb, payé 8 1. 8 s. 4 d.
Lorsqu'on démolit le rempart près du cimetière des jui&^
et qu'on rasa ledit cimetière, payé pour deux mesures de
vin et pour gratifications 1 1. 9 s. 4 d.
a 2S-Î9 août 1444. — Au prévôt Walther Thurant, chargé
I
^ Ce cimetière, qui semble avoir été contip an fossé, occapait rem-
placement où fnt depnis bâti la tnilerie de la ville, devant la porte de
Brisach.* Cette usine a été remplacée de notre temps par nne maison
d'habitation constroite par MM. Birkel et Kress.
p. 10
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l'invasion DBS ARMAGNACS £K ALSACE 161
d*aller, entre autres, à Schlestadl pour y visiter les forlifica-
tions (Bolwergke)^ payé
A Jean de Malines, pour 2 quintaux et 8 livres de plomb,
41. 6d.
29 aeûl 1444. — En réponse au sire Maximin de Ribau- ^o
pierre, qui s'était plaint, au nom des juifs de ses domaines, 144V- 4s
103
de la profanation du cimetière des juifs à Golmar, soi-disant
propriété commune de la juiverie d'Alsace, dont la ville avait
rasé les murs et enlevé les tombes, le maître et le Conseil de
Golmar lui mandent que les mesures prises par eux n'ont
rien que de régulier, alors que le pays est désolé par une
guerre furieuse. Dans de pareilles conjonctures, c'est le droit
de chacun de démolir ce qui peut lui porter dommage, et la
ville n'a pas plus épargné les constructions des autres bour-
geois que le cimetière des juifs; il n'est même pas impossible
qu'on fasse subir le même sort à des églises consacrées \
comme à toutes les bâtisses dont l'ennemi pourrait se couvrir.
Du reste, le maître et le (Conseil se réservent de répondre
plqs amplement à Sa Grflce, quand le danger sera passé; pour
aujourd'hui, ils sont tout entiers au soin de leur défense.
Samedi après la Saint-Barthélemy 1444.
Au bailli de Riquewihr et à la viUe de Bergheim, qui avaient
aussi transmis les doléances de leurs ressortissants juifs, le maître
et le Conseil répondent bOus la même date et dans les mêmes
termes.
80 août — 6 septembre 1444. — A Nicolas zem Balmen, «6
pour avoir fabriqué 1 quintal de poudre, 1 1. uïi'-is
A Fritschi Kremer, pour 3 quintaux de plomb, 6 1. 19 d. ^'
A deux varlets envoyés en reconnaissance vers le pays
haut, 12 s.
1^ s'agit de la chapelle de Sainte-Anne, qui a donné son nom à l'an-
cien cimetière, à un bastion (Sant-Ànmi'Wehr} el à un lieu dil
No'i^elle Sénc. - 4^ Année. 1 1
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162 BEVinB d'albaoj^
47 15 septembre 1444. — Le bourgmestre et le Conseil de
1442-48 Colmar écrivent à Louis de Vienne, Dauphin de France, pour
^^^ le prier de mettre fin aux excès de ses troupes sur le terri-
toire de la ville, puisqu'elles ne sont venues dans le pays que
pour porter secours à la maison d'Autriche. Chaque jour les
soldats mettent à mort, blessent, dépouillent ou rançonnent
des bourgeois de Colmar, exercent d'odieuses violences sur
des femmes, des vierges, des enfants; il n'est plus possible
aux habitants de tirer parti de leurs terres. Cependant la
ville n'a pas cessé de prouver son attachement à la maison
d'Autriche; elle n'a fait aucun traité avec ses ennemis. Aussi
est-elle convaincue que c'est contre le gré du Dauphin, prince
éminemment chrétien, que ses soldats maltraitent ainsi un
membre du Saint-Empire, dont le chef est laîné de la maison
d'Autriche; une cité sous la protection du comte palatin du
Rhin, qui lui a écrit pour lui garantir sa sécurité pendant
cette guerre; une ville qui n'a jamais rien eu à démêler avec
la couronne de France. En conséquence, le bourgmestre et le
Conseil supplient le Dauphin de les épargner, en promettant
de lui tenir compte de la bienveillance qu'il leur témoignera
en cette circonstance.
Mardi, lendemain de l'Exaltation de la Sainte-Croix
1444.
Quoique le messager chargé de cette lettre fût muni d'un sauf-
conduit, délivré par un capitaine français nommé Pouchon de
Ryyière^ (sic), qui était posté pour lors à Munzenheim, il ne par-
vint pas d'abord à la remettre au Dauphin. Arrivé au dessus de
Rouffach, il rencontra des soldats qui lui enlevèrent son habit,
sa ceinture, sa gibecière, sa dépêche et son argent, et l'emme-
nèrent avec eux. La ville dut envoyer un autre messager avec un
dtiplicala de la lettre ci-dessus.
^ Pochon de Rivière, capitaine gascon, tué au siège de Saint-Hippo-
lyte, en Alsace, et enterre à Isenheim. Cf. A. Tubtet, 1 c. t. r% p. 2T7,
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L'mVÂSIOK DBS ÀRMAGNAOS EN ALSA.GB 163
15 septembre 1444. — Dans rextrémité où ils se trouvent 43
et qu'ils lui exposeut dans les mêmes termes qu'au Dauphin, iJf2^8
le maître et le Conseil de Golmar font appel au margrave ^ ^^
Guillaume de Hochberg-Sausenberg \ grand-bailli des domaines
autrichiens, pour qu'il intervienne en leur faveur auprès de
ce prince, et qu'il procure à leur messager une réponse
comme ils la demandent.
Mardi, lendemain de l'Exaltation de la Sainte-Croix 1444.
18 septembre 1444. — Le maître et le Conseil de Colmar 4»
rappellent au chevalier Reinhard de Neiperg, lieutenant du 1442-48
grand-bailli en Alsace, l'entretien qu'ils avaient eu avec lui, «* ^ 1^
^ ^ ' verso
la dernière fois qu'il était chez eux, au sujet du peuple
étranger qui a envahi l'Alsace, et des excès de tous genres
qu'il commet, tuant, maltraitant, rançonnant les hommes,
violant et déshonorant les femmes et les enfants, dévastant
tout le pays. A son passage à Schlestadt et à Haguenau, il
devait entretenir leurs alliés des mesures à prendre pour
mettre fin à ces horreurs ; mais on ne sait pas encore ce que
ces villes ont répondu. Cependant l'insolence de ces étrangers
devient de jour en jour plus intolérable, et il est à craindre
que quelques petites villes du voisinage ne soient distraites •
de l'Empire. A cette situation s'ajoute encore un autre dan-
ger : des rapports certains annoncent que le petit peuple des
villes et des campagnes, impatient des maux dont il souffre,
prétend se rassembler et se défendre lui-même, si ses sei-
gneurs ne peuvent le secourir. La ville craint fort que si on
laisse le peuple s'armer, qu'il ne se soulève contre la noblesse •
et contre les cités; pour aujourd'hui on ne peut qu'appeler
l'attention des princes, des seigneurs et des communes sur ce
qui pourrait arriver si cette menace se réalisait. L'irritation
du peuple est extrême. « Nous avons, dit-il, rois, grands-
baillis et seigneurs; chacun ne demande qu'à prendre, mais
* 1428-73,
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164 RBVUS d'âlsage
en échange on est tenu de protéger le paya, de garantir la
sûreté des récoltes et des habitants ; malgré cela on n'obtient
de secours nulle part. » Tout cela est fort sérieux, et la ville
ne peut le laisser ignorer ni au chevalier Reinhard, ni au
grand-bailli, le duc Louis IV ; il est temps d'aviser aux moyens
de parer au double danger auquel on est exposé. En ce qui
concerne Colraar en particulier, le maître et le Conseil mandent
que journellement des bandes traversent et ravagent son ter-
ritoire, et insultent la ville ; les dommages qu'elles causent,
sont incalculables; avec Talde de Dieu, on est résolu de se
bien défendre, mais il est à craindre que ces étrangers, qui
sont en force, ne s'arrêtent dans le pays haut, et ne traitent
d'autres villes de la même manière. On dit que le duc de
Savoie^ et les Confédérés suisses, avec la ville de Bâle, ont
envoyé des députés au Dauphin, en ce moment à Ensîsheim,
mais on ignore Tobjet de leurs missions.
Par post-scriptum, le maître et le Conseil annoncent encore
au sire de Neiperg que, de l'autre côté du Rhin, près de
13,000 hommes du peuple, de la Forêt-Noire et du Brisgau,
sont réunis en armes sous le commandement de quelques
nobles, bien résolus de défendre l'entrée de leur pays, pour
qu'il ne lui arrive pas malheur comme à l'Alsace. Il est à
craindre que cet exemple n'encourage les mécontents de ce
côté-ci du Rhin à en faire autant.
Avant de clore la lettre, on a encore reçu la nouvelle que
les agents seigneuriaux de Sainte-Croix ont livré cette vîllette
au Dauphin, et que ses soudards en ont pris possession. Le
Dauphin doit aussi avoir envoyé des sommations pour se faire
ouvrir les portes de Rouffach, de Guebwiller et de Herlisheim.
Vendredi avant Saint-Matthieu, apôtre et évangéliste, 1444.
50 18 septembre 1444. — Le maître et le Conseil de Colmar
1 M
u4»-48 exposent leur situation et celle du pays à leurs bons amis de
f» 107-08
^ Lonis, due de Savoie, 1434-65.
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l'invasion des armagnacs en ALSACE 165
Hagueiiau, à pea près dans les mêmes termes qu'au chevalier
de Neiperg, et leur demandent des nouvelles des mesures
qu'il devait prendre de concert avec eux pour le salut com-
mun. Il était question notamment d'envoyer une députation
à l'Ëlecteur palatin, au besoin même an roi des Romains, et
quelque difQcile qu'il soit dans ce moment de se mettre en
rapport les uns avec les autres, il aurait été bien à désirer
que ce concert fût déjà établi. Quant aux dispositions où se
trouve le petit peuple et, qui sont si inquiétantes, ils les .
prient de prendre tout particulièrement l'avis de la ville de
Strasbourg.
Vendredi avant la Saint-Malthîeu 1448.
49 septembre 1444. — Le maître et le Conseil de Colmar 51
informent leurs bons amis de Haguenau, qu'après le départ 1448-48
de leur lettre de la veille, la nouvelle s'est répandue que la
villette et forteresse de Sainte-Croix avait ouvert ses portes
au Dauphin. Ils n'ont pu le croire d'abord, et pour s'en assu-
rer, ils ont envoyé pendant la nuit aux informations. Leur
éclaireur vient de revenir, et il rapporte que les ennemis
occupent la villette et le château. On a lieu de craindre que
les autres petites villes des environs n'en fassent autant; du
moins cela se dit, et à Colmar on n'airae pas l'entendre dire.
L'invasion s'appesantit de plus en plus sur le pays, et elle
menace de s'étendre et de durer si l'on n'y obvie. Le maître
et le Conseil prient là ville de Haguenau d'en parler au
grand-bailli, pour voir ce qull y aurait à faire. D'après ce
qu'on entend dire, les bonnes gens de Sainte-Croix se lamen-
tent et pleurent leur honneur, leur vie, leurs biens, leurs
femmes et leurs enfants, tout ce qui leur est cher et qui
court les plus grands dangers.
Samedi avant la Saint-Matthieu 1444.
22 septembre 1444. — Le maître et le Conseil de Colmar l-m
*^ 1442—48
52
L-M
142-^
M09b
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166 BEVUE D*AL6ACE
mandent au noble Martin de Helmstatt^ l'aîné, qu'à son
retour le messager qu'ils avaient envoyé au Dauphin leur a
vanté la bienveillance dont il avait été Tobjet de sa part, et
les facilités qu'il lui avait procurées pour raccomplissement
de sa mission. Ils Peu remercient et l'informent en même
temps que les troupes de ce prince ne cessent de leur causer
les plus grands dommages : ce ne sont que meurtres, arres-
tations, blessures graves, femmes et enfants outragés, pillages
et le reste. Cependant ils n'ont donné sujet ni à la maison
d'Autriche, à laquelle le Dauphin est venu porter secours, ni
à la couronne de France de les traiter ainsi, et l'Electeur
palatin dont ils relèvent, en sa qualité de vicaire de l'Empire,
a lui-même reconnu que Golmar et les autres villes impé-
riales avaient droit à des sauf-conduits, mais jusqu'ici lis
n'ont reçu aucune réponse du Dauphin. Gomme ils ont ouï
dire que le noble de Helmstatt e^t bien à sa cour, et que
d'un autre côté il est vassal de l'Electeur palatin, ils le
prient d'intervenir pour leur procurer la cessation des voies
de fait dont ils sont l'objet, et la faculté de tirer parti de leur
territoire.
Lendemain de la Saint-Matthieu 1444.
53 24 septembre 1444. — Le sire Maximin de Ribaupierre
1442-48 ayant proposé à la ville de Colmar, de la part de René d'Anjou,
roi de Sicile, duc de Bar et de Lorraine, de renouveler le traité
de protection par lequel elle s'était précédemment liée avec
lui, et qui était expiré ^ sous la promesse quele roi de France
* Appelé par M. A. Tuetey, Martin de Halmestadt- (Cf. 1. c, t. I*,
pp. 17i2, 174, 213). Il fut on des négociateurs autrichiens, gui attirèrent
le Dauphin en Suisse et en Alsace.
' Le premier traité de protection avec la Lorraine remontait à 1399.
Il comprenait les deux villes de Golmar et de Schlestadt, et avait été
conclu avec le duc Charles le Hardi, moyennant un tribut de 100 florins
de Florence, payable par chacune d'elles ; ce prince garantit leurs res-
sortissants contre toute voie de fait de la part de ses vassaux, et de leur
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l'invasion des armagnacs BN ALSACE 167
et son filB le Dauphin le confirmeraient et le reconnaîtraient,
le maître et le Conseil lui répondent qu'ils prendront ses
ouvertures en sérieuse considération, surtout si la France
devait reconnaître et respecter le nouveau traité.
Jeudi après la Saint-Matthieu, apôtre, 1444.
87 septembre— 8 octobre 1444. — Pour cinq mesures de 54
vin offertes au grand-bailli, qui avait récemment passé à uu^
Colmar avec son corps de gens d'armes, 1 1. 19 s. 6 d. ^'
A Martin de Guiselingen, pour des sacs à poudre, 80 s.
,Aux deux guetteurs et au sacristain, qui s'étaient tenus
pendant le jour en observation sur la tour de l'église, pour
signaler l'approche du peuple étranger, payé 80 s.
29 septembre 1444. — En réponse au chevalier Gaspard ss
Beyer, qui leur avait demandé de laisser acquitter certaines lui^
rentes en grains^ que quelques-uns de leurs bourgeois lui
devaient, le maître et le Conseil de Gdlmar lui expriment
leurs regrets de ne pouvoir déférer à son désir. Quand leur
ville est chaque jour inquiétée, menacée, insultée par des
forces supérieures, et que dans leur insolence ces étrangers
vont jusqu'à se promettre de la réduire et de s'en emparer;
quand d'un autre côté l'administration et la commune se sont
engagés réciproquement à ne laisser sortir de blé sous aucun
prétexte, il serait à craindre qu'une exception à la règle qu'on
s'est imposée, et dont on ne s'est écarté pour personne,
n'ameutât la population contre ses magistrats. Ils espèrent
que le réclamant ne leur saura pas mauvais gré de leur
refus, sur lequel ils pourront peut-être revenir plus tôt qu'on
ne pense.
Jour de la Saint-Michel 1444.
côté les villes promettent aux Lorrains, dans l'étendae de leur ressort,
le même traitement qu'à lears propres bourgeois. Les deax villes
payèrent leur contribution, portée, en 1431. à 110 florins, jusqu'en 1440.
Lors du renouvellement de 1431, le traité avait été étendu à la ville de
Raysersberg. Cf. Archives de Colmar, scr. I, L. 1, n® 3.
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1112—48
f» 111
16S EBVITK d'aLBàGE
56 1*' octobre 1444. — Le maître et le Gooâeil de Golmar font
part à leurs bons amis de Eaysersl>erg, de Munster, de Tûrk-
heim, de Schlestadt et de Mulhouse, de ce qui s'est passé à
la dernière diète, le dimanche 27 septembre. La députation
de Golmar dut* faire le trajet à pied, à Taller et au retour, et
elle ne rencontra à Strasbourg que les représentants de
Haguenau et de Wissembourg. Par contre, le grand-bailli y
était en personne, et il entretint les députés de divers
objets dont ils se sont chargés de faire leur rapport à leurs
commettants. 11 a recommandé en particulier à ceux de Gol-
mar de réunir les villes supérieures pour conférer avec elles
sur les questions à l'ordre du jour, qu'il vaut mieux traiter
verbalement que par écrit, dans un temps où les lettres cou-
rent grand risque |d'être interceptées. Si les villes craignent
de mettre en route des personnages importants, elles pour-
raient envoyer des hommes moindres, assez intelligents cepen-
dant pour rendre compte de ce qu'ils auront entendu, et sim-
' plement munis de lettres de créance. Gomme le grand-bailli
demande une réponse immédiate, Golmar fixe la réunion au
samedi 3 octobre, et la ville espère que ses alliés auront de
la satisfaction à entendre la communication qu'elle doit leur
faire, et qui est pour tous un sujet de confiance et de sécu-
rité.
Jeudi après la Saint-Michel, archange, 1444.
57 i« octobre 1444. — Eu réponse au noble Martin de Helm-
1442-48 statt l'alné, qui leur avait mandé qu'en arrivant la veille à
Sainte-Groix, il avait trouvé quelques-uns de leurs bourgeois
prisonniers, et que sur leurs instances il s'était entremis
auprès des* capitaines pour leur faire rendre la liberté, mais
qu'ils exigeaient pour cela 500 florins, 2S aunes de drap gris,
autant de drap noir et 14 livres d'épices, sans compter le
destrier qui venait de leur être enlevé dans l'Au *, et qu'ils
^ Partie de la piaiae au sud de Colmar.
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L*INVA8I0N DES ABMAGMAC8 EN ALSACE 16D
ont déjà fait réclamer par d*autres prisonniers reiflchés sur
parole, le maître et le Conseil de Golmar le remercient du
bon vouloir qu'il leur témoigne ; mais quant à payer une
pareille rançon pour des gens qui ne pourraient pas même y
eontribaer pour un tiers, il ne peut pas en être question.
Tout au plus pourrait-on intervenir^auprès de ceux des bour-
geois qui ont capturé le cheval pour le troquer contre les
prisonniers; si les capitaines ne consentaient pas à ce marché,
il ne resterait à la ville qu'à s'en remettre à la volonté de
Dieu, qui ne laissera pas impunis ces meurtres, ces viols, ces
dévastations, auxquels la ville n'a nullement donné sujet;
toutefois elle ne manquera pas de prendre les dispositions
qu'elle croit utile à sa conservation, et le maître et le Conseil
terminent en priant le noble de Helmslatt de continuer à
suivre cette affaire et de faire pour le mieux.
Jeudi après la Saint-Michel 1444.
2 octobre 1444. — Décret du Magistrat, du Conseil, des 58
zuiïflraestres et das échevins de Colmar, promulgué par le i4^y- 'r.j
maître et le Conseil, • ^'
Considérant que depuis nombre d'années on ne cesse de
s'élever au sein du Conseil contre l'ancien usage de tenir
foires et marchés le jour de l'Ascension, le jour de la Fête-
Dieu et le jour de la Sainl-Marlin, qu'il en a été aussi ques-
tion en chaire, et que, notamment dans ces derniers
temps, plusieurs hommes pieux ont représenté au Conseil
combien cette vieille coutume était répréhensible, et qu'il se
pourrait qu'elle et d'autres péchés sur lesquels on ne s'explique
point, eussent amené Dieu à tourner sa colère contre la ville
et à lui retirer sa mi.séricorde, comme il résulte clairement
des grands dommages que le méchant peuple étranger lui
occasionne chaque jour;
Pour ces causes et dans l'espoir de fléchir la colère de Dieu
et de lui être agréable, ainsi qu'à M. saint Martin, le patron
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170 REVUE D*ÂLSAOE
et le protecteur de la ville, défense est fidte de tenir les mar-
chés qui tombent sur les trois fêtes ci-dessus, et qui seront
remis au jour suivant, à moins que ce ne soit un dimandie;
dans ce cas le marché, ou pour mieux dire la foire serait
remise au lundi. Pour perpétuer la mémoire de ce décret, il
sera inséré dans le livre du Conseil, et tous ceux qui y con-
treviendront seront passibles des peines les plus graves. Le
tout sans préjudice pour les us et les franchises de la ville.
Vendredi après la Saint-Michel 1444.
59 4-10 octobre 1444. — Aux corps de métiers, quand ils ont
ua^ travaillé au fossé devant la porte de la Steinbruck*, délivré
^' " un foudre de vin coûtant 6 1. 8 s.
Quand le prévôt, accompagné d'Oswald Heinrich et de deux
varlets, flt par eau, quelquefois à pied, le voyage de Stras-
bourg, pour assister à la diète avec le grand -bailli et les
autres députés des villes, afin de s'entendre sur un plan de
campagne contre le peuple étranger, son absence dura cinq
jours, pendant lesquels il dépensa S 1. 7 s.
60 6 octobre 1444. — En réponse à une lettre de leurs bons
u^\ amis de Kaysersberg, qui, en leur transmettant les ouvertures
recto du sire de Ribaupierre relatives à la protection de la Lor-
raine, leur avaient annoncé qu'ils étaient disposés, de même
que Schlestadt, à l'accepter, le mattre et le Conseil de Colmar
ne cachent pas l'étonnement que leur cause une résolution si
prompte,quand on a donnéson àdhésionaux projets dont Colmar
a entretenu les villes supérieures delapartdu grand-bailli. Le
mattre et le Conseil craignent que ces deux démarches n'impli-
quent contradiction, et que l'on ne s'attire des désagréments
de la part de la gracieuse seigneurie ^ et des villes, soit libres,
soit impériales, dont on pourrait compromettre les desseins.
Aussi ne peuvent-ils pas accéder aux intentions de leurs
^ Porte de Bàle.
' C'est sans douté de l'Ëlecteur palatin qu'il est question.
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L'mVABIOM DES ABMAOMACS BN ALSACE 171
Yoisins. Cependant, comme la proposition du roi de Sicile a
beaucoup d'importance, la yille ne se refuse pas à l'examiner,
quand on sera débarrassé des périls et des tracas présents,
et son avis est que ses alliés remettent aussi à plus tard la
suite à donner à cette affaire.
Mardi après la Saint-François, confesseur, 1444.
6 octobre 1444. — Le maître et le Conseil de Colmar ei
annoncent au lieutenant du grand-bailli d'Alsace, le chevalier 14!^^
Reinhard de Neiperg, que leur député leur a rendu compte verso
de ce qui s'était passé à la dernière diète de Strasbourg, et
des recommandations qu'il leur avait fait faire. En consé-
quence, ils ont convoqué, le samedi 3 octobre, les représen-
tants de Schlestadt, de Mulhouse, de Eaysersberg, de MQnster
et de Tûrkheim, qui* sont venus à l'exception de ceux de
Mulhouse : leurs commettants n'auront sans doute pas osé les
mettre en route dans un moment si périlleux. N'ayant pas de
pouvoirs ad hoc^ les députés ont admis les propositions du
grand-bailli ad rrferendum^ et Colmar a reçu jusqu'ici les
réponses de Eaysersberg, de Munster et de Tûrkheim. Ces
trois villes sont d'accord pour adopter le plan qui leur a été
soumis, et promettent d'y rester fidèles. De son côté, Colmar
y adhère avec non moins de bonne volonté, et n'a rien de plus
à cœur que de voir ces résolutions exécutées, comme il l'a
toujours demandé. Quant à l'argent que les villes doivent
fournir, il ne leur est malheureusement pas possible de se le
procurer par ces temps calamiteux ; mais le grand-bailli n'aura
qu'à l'emprunter en leur nom, et eUes promettent de faire
honneur à ses engagements. Schlestadt n'a pas transmis sa
réponse, probablement parce qu'il l'envoie directement au
grand-bailli, et pour ce qui est de Mulhouse, quoiqu'il se
soit dispensé de se rendre à la convocation, Colmar ne doute
pas qu'il ne soit dans les mêmes dispositions que les autres
villes. Le maître et le Conseil terminent en suppliant le grand-
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172 BBVUB d'alsaox
bailli de faire son possible pour hftter l'accomplissement des
desseins dont il a parlé à Ôtrasbourg, afin de Urer les villes
de l'abandon où elles sont.
Dans un postscriptum séparé, le maître et le Conseil entre-
tiennent encore le grand-bailli des propositions qui leur sont
faites, ainsi qu'à Schlestadt et à Eaysersberg, par des sei-
gneurs et par d'autres personnages qu'il apprendra à connaître,
de se replacer sous la protection welche de la Lorraine, et lui
font part de l'accueil différent que les intéressés ont fait à ces
ouvertures. Quelle que soit sa répugnance à accepter ce patro-
nage, la rille ne dissimule pas au grand-bailli que si les pro-
jets dont il a parlé à Strasbourg ne devaient pas se réaliser,
elle aurait avantage à se prêter à-un arrangement qui la met-
trait à l'abri de l'ennemi présent; mais elle préfère n'attendre
son salut que de la seigneurie et du grand-bailli.
Mardi après la Saint-François (6 octobre) 1444.
28 1 1 octobre 1444. — En réponse au receveur et au Conseil
1448-48 de Sainte-Croix, réclamant les vachas et les chevaux qu'on
leur avait pris, le maître et le Conseil de Golmar leur mandent
que, pour leur part, il ne croient pas avoir quoi que ce soit
à leur restituer, et quant au duc Louis (l'Electeur palatin),
de qui les gens de Sainte-Croix se réclament, ils n'ont nul
sujet de le faire. Il est rrai que quelques bourgeois et des
réfugiés dont la ville n'a pas à répondre, leur ont enlevé
du bétail; ils reconnaissent même que si Sainte-Croix n'avait
pus renié son légitime suzerain, il serait juste de le rendre.
Mais bien loin de lui rester fidèles, ses vassaux ont prêté
hommage à d'autres seigneurs étrangers, et leur ont ouvert
leur forteresse au grand dommage du pays. C'est de là et
avec le concours des habitants, que ces ennemis du pays font
leurs expéditions contre les gens de Colmar, qu'ils pillent,
assassinent et violent; c'est là qu'ils mènent leurs prison-
niers, qu'ils* les rançonnent ou les accablent de mauvais
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L*INVASI0N DBS ARMAGNACS EN ALSACE 178
traitements. C'est du bétail de Sainte-Croix que ces troupes
se nourrissent, avec ses chevaux qu'elles transportent le vin
volé à Cohnar Voilà les raisons qu'allèguent ceux qui dé-
tiennent ce bétail et ces chevaux, parmi lesquels il y en a qui
ont des parents prisonniers à Sainte-Croix, et ils croient
qu ils ne doivent ni restitution ni réparation.
Dimanche après la Saint-Denys 1444.
11-17 octobre 1444. — Aux varlets qui avaient servi d'es- 83
K-B
corte à la députation de Schlestadt, à son départ de Colmar, 144^45
où elle était venue d'après les ordres du grand-bailli, payé
12 s.
Aux corps de métiers, pour un foudre de vin, quand ils
travaillaient au fossé près de la tuilerie, jusqu'à celui des
Bonnes-Gens S payé 6 I. 8 s.
18 octobre 1444. — Le maître et le Conseil de Colmar 64
mandent à leurs bons amis de Kaysersberg, qu'ils viennent i4i^^48
d'apprendre, au retour de leur députation, où en sont leurs recto
projets et ceux de Schlestadt relativement au patronage de la
Lorraine. Pour ce qui concerne Colmar, ses alliés ne doivent
pas ignorer que la ville est peu disposée à s'engager; elle ne
trouve aucun avantage au traité proposé; il lui convient bien
mieux d'attendre les mesures prochaines qui se préparent,
et dont ses alliés ont connaissance; en tous cas, il leur serait
plus honorable de l'imiter. Après cela, qu'ils fassent ce que
bon leur semble; quant à Colmar, son salut, son honneur et
ses biens le préoccupent plus que les propositions de la Lor-
raine.
Mardi avant la Saint-Gall. confesseur, 1444.
20 octobre 1444. — Le maître et le Conseil de Colmclr con- 15
firment au chevalier René de Neiperg, lieutenant du grand- 1442-48
^ La léproserie, située en avant de la tailerie, à l'angle compris entre
la roate de Brisach et celle du Ladhof. C'est cet établissement qui a
donné son nom au canton Hinter Guthleuten.
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174 RBVTTE D'âLSACB
bailli, la réponse qu'ils ont faite à la lettre où il leur promet-
tait de les assister, et où il leur demandait quelles dispositions
ils avaient prises pour convertir mille quartaux de blé en
pain, conformément à une recommandation du duc Louis, qui
ne leur était point parvenue. La lettre en question lui man-
dait qu*on n'attendait à Golmar, pour préparer ce pain, que
de recevoir avis de l'époque où on en aurait besoin; mais
comme le chevalier n'a depuis plus donné de ses nouvelles,
on craint que cette dernière missive ne lui soit point par-
venue. Cependant le maître et le Conseil sont bien anxieux
de savoir ce qui se passe dans le bas pays, à la suite de la
conférence qui doit avoir eu lieu à Haguenau, et ils trouvent
que le secours qu'on leur avait promis, se fait bien attendre.
L'ennemi leur cause de plus en plus de dommage; mais quoi-
que serrée de près, la ville résiste de son mieux, en attendant
le secours dont elle a un si pressant besoin.
Mardi après la Saint-Luc, évangéliste, 1444.
66 25-31 octobre 1444. — Lorsque le grand-bailli passa récem-
1444^-45 ment (nehst) à Colmar, avec sa suite ou son corps de troupes
^' (mit sinem gezuge), marchant contre l'ennemi (urider daz
fremde volk\ et qu'on fournit au poêle de la Couronne des
cruches (Krtisen) et d'autre vaisselle, comme aussi 600 torches
soufrées, dépensé en tout 4 1. 6 s.
A Nicolas zem Balmen, pour avoir rafraîchi vingt quintaux
de poudre éventée, 12 1.
87 6 novembre 1444. — Le maître et le Conseil de Colmar
1442^ mandent au chevalier Reinhard de Neiperg, lieutenant du
grand-bailli de l'Empire, qui leur avait écrit précédemment
de convertir en pain mille quartaux de blé (pour la subsis-
tance du corps expéditionnaire), et qui les informait mainte-
nant que, d'accord avec le roi des Romains, on avait reculé de
quinze jours l'expédition contre les Armagnacs, préparée dans
le bas pays, qu'après avoir attendu patiemment Texpiration
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l'invasion DBS ARMAGNACS EN AL8A0B 175
de ce délai, ils sont plus incertains que jamais sur ]es mesures
annoncées. Cependant la situation s'aggrave de plus en plus :
récemment encore la ville a perdu plusieurs de ses bourgeois
qui, obligés de rentrer leurs récoltes pendant la nuit, avaient
été surpris dans les champs par les ennemis; quelques-uns
ont été misérablement tués, d'autres emmenés prison-
niers. Le pays environnant est encore plus maltraité que la
ville. Quand les parents des prisonniers se présentent pour
les racheter, afin de leur extorquer une plus grosse rançon,
quatre ou cinq de ces malandrins se jettent sur le prisonnier
et le rouent de coups, au point que la mort serait préférable
pour lui, et que plusieurs ont expiré sous les yeux des gens
qui venaient pour les délivrer. Pour ceux dont ils ne peuvent rien
tirer, ils s'en débarrassent en les pendant aux arbres autour
des chftteaux, ou en les assommant à coups de hache. Les
femmes et les enfants subissent les derniers outrages. Il n'y
a personne que ces horreurs ne révoltent, et Colmar espère
que les princes, les seigneurs, les villes, en un mot tous les
honorables états, s'entendront pour y mettre fin. Si elles se
prolongeaient, il serait à craindre que les petites villes impé- ^
riales oe finissent par succomber. Quoiqu'il ait résisté jus-
qu'à présent, Colmar même n'est pas rassuré sur son sort.
Cette situation appelle tous les soins du grand-bailli. Cepen-
dant le bruit s'est répandu que les princes et les seigneurs
actuellement réunis à Brisach, auraient déclaré que le projet
d'expédition dont il est question, n'aura pas de suite. La ville
s'en alariïie beaucoup, mais ne veut pas croire qu'il en soit ainsi.
Elle demande des nouvelles au grand-bailli, pour savoir com-
ment se gouverner dans des circonstances si critiques.
Vendra après la Toussaint 1444.
8-14 novembre 1444. — Aux guetteurs qui se tiennent de 68
jour en observation sur la tour de l'église, payé 15 s.
Quand on fit le fossé immédiatement en avant de la porte ^^^
K-B
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176 RKVtTE D*ALSAOE
de Deinheim \ près de ravancée, donné aux corps de métiers
un foudre de vin, coûtant 6 I. 3 d.
69 28 novembre 1444. — En réponse au sire Maximin de
1448^48 Ribaupierre, qui leur avait transmis une lettre où le roi de
yQi6o Sicile leur parlait du traité de protection, comme si eux-
mêmes avaient demandé à le renouveler, le maitre et le
Conseil de Golmar lui mandent qu'il n'est pas impossible que
des démarches aient été faites, mais non de leur part. Ils n'ont
formé ni par écrit ni verbalement de demande semblable, et
même quand la proposition a été portée à leur connaissance,
ils Font rejetée à deux reprises. En tous cas? si la pensée leur
en venait, ils seraient obligés d'en conférer avec Schlestadt
' et Kaysersberg, puis d'envoyer des députés à Ribauvillé et
ailleurs, ce qui est bien difficile dans un temps si troublé.
Obligée de remettre sa résolution à plus tard, la ville prie
Sa Grâce de présenter ses excuses au roi de Sicile.
Lundi avant la Sainte-Catherine, vierge, 1444.
70 12 décembre 1444. — Décret du magistrat et du Conseil
uît^ de Golmar, qui défend de racheter les prisonniers faits par
les Armagnacs, au moyen de denrées, telles que souliers,
chausses, bottes, épices, fers à cheval, clous, arbalètes, tours
à arbalètes, sel; et qui prescrit de ne payer les rançons qu'en
numéraire.
Samedi avant la Sainte-Luce, 1444.
Autre décret du même jour, qui, pour obvier au manque
de bois dont on souffre par suite de l'invasion, aatorise tout
le monde, et plus particulièrement les pauvres, à faire du
bois dans les communaux et dans les plus proches forêto de
TAu, du moins autant qu'on en peut porter, et sans se
servir de voitures et de charrettes. Sont exceptées : les plan-
tations d'osiers sar les champs et les prés appartenant aux
' Porte de Brisach.
,p* 2^
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l'invasion des ARUAGNâGS sn alsacs 177
particuliers, qu'on sera tenu de respecter, ou de payer à leurs
propriétaires.
19 décembre 1444. — Décret du maître et du Cionseil de 7i
Golmar, qui, alléguant la funeste habitude de jurer à tout im^-en
propos, et surtout à l'occasion du jeu^ par laquelle on outrage ei'sse
Dieu et l'on blasphème ses membres (sine glider verstoerenf)
au point qu'il n'est pas impossible que ce soit là ce qui a
attiré sur le pays l'inv^asion des Armagnacs, défend sous les
peines les plus sévères de jurer et de blasphémer. Aux servi-
teurs de la ville ou aux sergents, comme aux conseillers, il
est prescrit de dénoncer tous ceux qui jurent, que ce soit
dans les Poêles des corps de métiers, dans les hôtelleries ou
ailleurs, et pour ceux qui croient que tant qu'on n'y mêle pas
le sang (dasferch), on peut impunément jurer par les mem-
bres de Dieu, de sa digne Mère ou de ses saints, qu'ils sachent
qu'ils encourront la même peine que s'ils employaient la for-
mule aggravante.
Samedi avant la Saint-Thomas, apôtre, 1444.
Autre décret du même jour, par lequel le Conseil, visant
une défense faite en chaire (sur la place publique), de jouer
à aucun jeu, et à laquelle les bourgeois trouvent moyen de
contrevenir par les interprétations les plus captieuses, pro-
hibe d'une manière générale tous les jeux qui peuvent faire
perdre ou gagner de l'argent, sauf les jeux d'échecs ou de
dames (brettspile) et les cartes, à condition que l'enjeu ne
dépasse pas un denier.
Autre décret de ce jour, par lequel le maître et le Conseil,
se plaignant de l'inobservance des prescriptions édictées naguère
contre le concubinage, qui se maintient nonobstant et fleurit
de plus en plus, et considérant que ce péché est peut-être un
de ceux qui ont attiré sur le pays les calamités actuelles,
ordonne à tous les concubins, bourgeois ou étrangers, de
quitter la ville dans un délai de quinze jours, en menaçant
Nonrelle S«ri~- — 4"« Année. 12
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178 SSVUB D^ALBâOB
de prendre d'autres mesures contre tous ceux qui n obéiraient
pas.
Autre décret du même jour, par lequel le maître et le
Conseil défendent à qui que ce soit, sous peine d'une amende
d'une livre denier, de déranger ou de déplacer les canons qui
avaient été mis en batterie entre les remparts et sur d'autres
points, attendu que les hommes chargés du service de Tar-
tillerie, pourraient en être empêchés au moment du danger.
72 20-26 décembre 1444. — A Ersthein Henselin, pour cer-
K-B
1444-46 cler les barils où l'on serre la poudre, 6 s.
^' A Odile Ecksteyn, pour 12 livres de suif servant à l'édai-
rage entre les remparts, 6 s.
Aux varlets qui ont reconduit ceux de Kaysersberg, payé
sur leur dépense, 6 s.
73 22 décembre 1444* — Après avoir oui le rapport de la
1448-48 députation qu'ils avaient envoyée àKiensheim, sur l'invitation
reno du comte Jean de Lapffen, landgrave de StOhlingen et sei-
gneur de Hoh-Landsberg, pour s'entendre avec lui et d'autres
Etats sur les mesures à prendre contre les Armagnacs, le
maître et le Cionseil lui mandent qu'ils ne sont pas d'avis
d'envoyer un message au comte palatin du Rhin, Louis lY,
grand-bailli d'Alsace. Eux-mêmes lui ont déjà écrit à plusieurs
reprises, ainsi qu'à son lieutenant, pour demander son secours ;
ils eu ont chaque fois obtenu les promesses les plus rassu-
rantes, sous la réserve de délais qui sont tous écoulés, sans
qu'aucune de ces promesses se soit réalisée. Cependant toutes
ces temporisations coûtent cher au pays et aux habitants. Le
mieux serait de s'en tenir aux résolutions prises à Strasbouig,
qui doivent être exécutées prochainement, et auxquelles la
ville vient d'adhérer, en promettant d'y concourir de son
mieux, par ses actes et ses conseils, pour mettre fin aux
ravages. Gela n'empêchera pas de faire son possible dans le
pays haut pour la défense commune, et Golmar s'engage à
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L^mVASlON D&8 AttUAGNAGS ËK AL8A0Ë l'^d
TayaDce à prendre part à toutes les mesures également salu-
taires et praticables que le comte pourrait proposer.
Lendemain de la Saint-Thomas, apôtre, 1444.
28 décembre 1444. — Le maître et le Conseil de Colmar 74
informent le comte de Ltlpffen que la convocation qu'il les i44s-^
avait chargé d'adresser à leurs bons amis de Schlestadt, ne
leur est point parvenue assez à temps pour prendre part à
la diète; mais par une lettre qu'on leur remet à Tinstant,
leurs confédérés leur mandent qu'ils feront cause commune
avec le premier qui entreprendra quelque chose contre les
envahisseurs. Or, comme à la diète qui s'est tenue le lundi
précédent à Kiensheim; le chanoine Conrad de Bussnang\ le
sire de Ribaupierre, les villes, etc., étaient dans les mêmes
dispositions, il appartiendrait à Sa Grftce de prendre l'afiaire
en main. Pour leur part, le maître et le Conseil de Colmar
contribueront de leur aide et de leurs conseils à tout ce qui
se fera pour la défense du pays.
Mercredi avant Noël 1444.
Le mattre et le Conseil de Gohnar mandent à leurs bons 7s
I M
amis de Strasbou^;, qui, de leur côté, provoquaient une ii4s-^
f* iiO
entente contre les Armagnacs, qu'à son retour la députation et m
de Colmar a rendu compte de la motion à laquelle on s'était
arrêté dans la diète tenue dans leur ville : chacun devait
concourir à la défense commune par l'envoi d'un contingent
dont il fixerait lui-même le chiffre. Pour ce qui est de Colmar,
la ville est d'autant mieux disposée à s'associer à ces mesures,
ijue l'évêque de Strasbourg y a donné son assentiment, et
que le grand-bailli semble aussi devoir y adhérer. Pour en
^ Evêqae de Strasbourg, qoi avait résigné en 1489, Tannée môme de
son élection, en favenr de Robert de Bavière, et qai avait obtenu,
comme dédommagement, la jouissance da Mnndat de Roufiach, domaine
de Féglise de Strasbourg dans la Hante-Alsace. Cf. L. Spàch, Conrad de
Buêinoâng, évêque de Stroêbowrg (Œtivres, t. II, p. 71.)
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180 REVUE D*ALSAC£
hfller TexécutioD, la ville a communiqué le projet à Kaysers-
berg, à Munster et à Tûrkheim qui, de leur côté, ont promis
leur concours. Golmar fournira pour sa part 400 hommes, et
les autres villes sans doute pas moins de 200. Golmar regrette
de ne pouvoir faire plus; mais tant que les Armagnacs auront
leurs principales forces dans le proche voisinage de la ville,
à Markolsheim, à Sainte-Croix, à Herlisheim et à Eguisheim,
d'où ils exercent journellement leurs ravages à ses dépens, il
ne lui sera pas possible de se dégarnir de toutes ses forces.
Elle fait encore ses réserves pour le cas où le projet de défense
commune, que le comte de Lûpffen vient de proposer au cha-
noine Conrad de Bussnang, au sire de Ribaupierre et à quel-
ques villes impériales et autres, devait aboutir, attendu que
ses troupes seraient retenues par les opérations militaires
dans la Haute- Alsace. Mais si les troupes de Strasboui^ et de
ses alliés pouvaient déloger les Armagnacs des places qu'ils
occupent dans la Basse- Alsace, et les refouler au Sud, Golmar
pourrait beaucoup renforcer son contingent. En terminant, la
ville s'excuse de n'avoir pas répondu plus tôt ; la députation
a eu quelque peine à rentrer, et les conférences avec le
comte de Lttpflén et les villes impéiiales ont paiement pris
du temps.
Mercredi avant Noël 1444.
76 27 décembre 1444 — 2 janvier 1445. — Voyage du prévôt
xu^iA se rendant avec une escorte à Strasbourg, où il avait été
convoqué au sujet du peuple étranger. Dépensé 5 1. 10 s. 6 d.
,28
f 12S
77 1** janvier 1445. — En réponse à une lettre de leurs bons
^'^ amis de Eaysersberg, qui les entretenaient pour la seconde
fois de dangers dont leur ville serait menacée, et qui leur
demandaient un renfort de quelques archers, le mattre et le
Conseil de Golmar essaient de combattre ces craintes qui leur
paraissent exagérées, sans vouloir cependant détourner leurs
voisins d'être sur leurs gardes contre les agressions qui pour-
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l'invasion des armagnacs en ALSACE 181
raient se produire; ces craintes ne sont dans tous les cas pas
assez fondées pour dispenser Kaysersberg, comme le prétend
sa municipalité, de fournir à Fentreprise convenue à Stras-
bourg, le contingent qu'elle avait chargé Ck)Imar de promettre
de sa parL S'il se réalisait, ce projet serait d'une utilité si
marquée pour le pays, que Eaysersberg ne pourrait à aucun
titre s'en abstenir. Cependant à Golmar on n'a encore rien
appris touchant lexécution; seulement les députés de la ville
sont actuellement à Strasbourg, où se tient une diète pour
laquelle ont été convoqués l'évêque, le grand-bailli, une partie
de la chevalerie et des villes; on attend le retour de ces
envoyés, et on fera part à Kaysersberg des nouvelles qu'ils
rapporteront.
Vendredi jour de la Circoncision 1445.
1" janvier 1445. — Au bailli, au receveur et au Conseil de 78
L*M
Biquewihr, qui leur avaient écrit pour les prier de tenir la i4as-48
main à ce que les vassaux du comte de Wurtemberg, réfugiés
dans leur ville avec leurs récoltes, acquittassent la taille dont
ils étaient redevables envers leur seigneurie, mais à qui leur
première réponse n'était point parvenue, attendu que le por-
teur était tombé entre les mains des Armagnacs (Arme
Tegken), qui Tavaient mené à Herlisheim, le mattre et le
Conseil de Colmar mandent que leur gracieux seigneur le duc
Louis, comte palatin du Rhin, leur a aussi écrit au sujet de
la taille et du blé des ressortissants wurtembergeois-, et qu'ils
ont donné communication de sa lettre à ceux qu'elle concer-
nait, lesquels ont répondu que l'invasion les a réduits à la
misère, et que le peu de blé qui leur restait était à peine
suflSsant pour l'entretien de leurs familles. Dans cette situa-
tion, on ne saurait exiger d'eux qu'ils payassent actuellement
la taille, mais si jamais ils pouyaient retourner chez eux, ils
seraient prêts à acquitter toutes les redevances auxquelles ils
sont tenus.
Vendredi jour de la Circoncision 1445.
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182 BBVUB D'àLSACË
79 6 janvier 1445. — Le mattre et le Conseil de Colmar font
iiiîîÎ48 P*"^* ^ l^urs bons amis de Schlestadt de la diète tenue le
P- ^ samedi précédent (2 janvier) à Strasbourg, où leur députation
8*est rencontrée devant le Conseil de la ville avec les conseil*
1ers de l'évéque de Strasbourg, le sire Jacques de Lfltzelstein,
le grand-bailli, Sigfrid d'Oberkirch, Ulric de Ratzamhausen,
et les députés de Haguenau et de Wissembourg. Après avoir
parlé de choses et d'autres, on a ajourné les résolutions jus-
qu'après la diète des électeurs de l'Empire et des villes de
Souabe, qui doit se réunir le jour des Rois à Mergentheim,
pour délibérer sur les mesures à prendre contre les Arma-
gnacs, et dès que Colmar aura connaissance du récte, il le
communiquera à ses voisins de Schlestadt. Après la séance,
les députés de Haguenau entretinrent celui de Colmar d'une
proposition du comte palatin du Rhin, le duc Louis, qui avait
fiiit demander combien de troupes les villes supérieures laisse-
raient entrer dans leurs murs, s'il venait à leur secours
contre les Armagnacs. Sans fixer de chifire, on lui fait réponse
qu'on admettrait autant de troupes qu'on en pourra loger,
et même au delà (?). Il avait aussi été question précédem-
ment entre les villes impériales de mettre sur pied, à Tocca-
sion de cette guerre, un corps de gens d'armes; la députation
de Haguenau a remis le projet sur le tapis, et a parlé de
porter ce corps à SOO hommes. Mais Colmar craint que la
charge ne soit trop lourde pour les petites villes, et propose
de le réduire à 200 hommes, sauf à le renforcer selon que la
nécessité l'exigera. Il demande à ses voisins de joindre leur
avis au sien, et de transmettre Tun et l'autre à Obernai, qui
en fera part à Haguenau. La députation lui a aussi rapporté
que Schlestadt attend l'arrivée d'un corps de troupes, avec
lequel on pourrait peut-être tenter un coup contre les Arma-
gnacs. Si oui, Colmar prie qu'on l'avertisse; il ne demande
pas mieux que de prendre part, avec les forces du voisinage,
à une expédition qui, bien conduite, pourrait procurer du
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l'invasion DHB8 ARMAaNAOS SN AL8ACB 188
batÎDy sans s'exposer à de grands risques. Hais il faudrait
s'entendre pour cela, ainsi qu'il convient à deux villes plus
unies entre elles qu'avec aucune autre. Enfin Golmar demande
à Schlestadt de fiiire tenir au grand-bailli, à son arrivée, la
lettre par laquelle il donne son avis sur les matières traitées
à Strasbourg, et termine en priant FEnfant qui vient de
naître, d'octroyer à ses voisins bonheur, salut, prospérité et
éterneUe félicité.
Mardi, veille de l'Epiphanie 1445.
10-16 janvier 1446. ~ Nouveau voyage du prévôt à Stras- go
bourg, où la diète s'ajourna pour attendre les résolutions X4u^
qui seront prises à Mergentheim; la dépense monte, tant ^'
pour la nourriture que pour le bateau à l'aller et le voiturage
au retour (Séh^fflon fmdfùrlon), ainsi que pour l'escorte qui
a conduit l'envoyé à Brisach, et une gratification pour lui-
même, à la somme de 4 1. 12 s. S d.
9 janvier 1446. — En réponse à leurs voisins de Munster, si
qui leur avaient écrit pour leur exprimer leurs regrets, au i44i-48
sujet de la rencontre qu'ils avaient eue, le lundi précédent recto
C4 janvier), avec les Armagnacs, et qui, disait-on, leur avait
été très funeste, le maître et le Conseil de Golmar leur man-
dent que leurs pertes n'ont pas été si graves, ainsi qu'ils
peuvent en juger par le récit suivant
Des habitants d'Ân^^olsheim réfugiés à Ck)lmar avaient
formé le projet de chercher du blé encore dans sa paille,
qu'ils avaient laissé dans leur village: ils partirent avec un
grand nombre de voitures escortées de près de deux cents
bourgeois, et aussitôt arrivés, ils se mirent à faire leur char-
gement. Malheureusement les étrangers postés à Sainte-Croix
et ailleurs, eurent connaissance de cette expédition, et ils
accoururent avec des forces supérieures. Les bourgeois ne se
laissèrent pas déconcerter; ils se rallièrent et se défendirent
assez longtemps pour que leur cri d'alarme rçtenttt jusqu'en
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184 BBVUB d'alsagb
ville. Un grand nombre se porta aussitôt à leur secours; le
combat reprit avec une nouvelle ardeur, et dura trois heures
et plus. A la fin les gens de Golmar firent leur rentrée en ville
les armes à la main. Panni les bourgeois la perte ne fut que
de trois lues; parmi les réfugiés qui avaient pris part à Texpé-
dition, de huit ou neuf,«et les Armagnacs ne firent en tout
que huit ou dix prisonniers; cette perte est moindre qu'on
aurait pu le craindre, et l'on sait de bonne part qu'elle a
codté cher aux ennemis.
Samedi, lendemain de Saint-Ërhard, évêque, 1445.
82 16 janvier 1445. — Décret du maître et du Conseil qui, se
St-B
^S8f
référant à la défense antérieure de payer la rançon des pri-
sonniers faits par les Armagnacs autrement qu'en numéraire,
et alléguant leur nouvelle prétention d'y faire comprendre
des chevaux, dont ils se serviraient pour porter dommage à
la ville, interdit à qui que ce soit, sous peine de 20 livres
rappe d'amende et même plus, d'ajouter des chevaux aux
rançons dont on tombera d'aa^rd avec l'ennemi, et dont
avant tout le Magistrat veut être intormé.
Samedi après la Saint-Hilaire, évêque, 1446.
83 81 janvier — 6 février 1445. — Voyage du prévôt pour
assister à la diète convoquée à Strasbourg par le duc Louis,
pour délibérer sur la cédule rédigée à Trêves. Son absence
dura neuf jours, pendant lesquels il dépensa pour les varlets
qui raccompagnaient, pour sa nourriture, pour la voiture
par terre et par eau, etc., 5 I. 9 s. 9 d.
84 7-18 février 1445. — Dépense occasionnée récemment par
i4u^ l'expédition à laquelle une entreprise (de l'ennemi) avait
^' ^ donné lieu : distribution de vin aux corps de métiers, à leur
retour; repas offerts aux hommes d'armes au Wagkeller,
tant à leur départ qu'à leur rentrée en ville, etc., le tout
montant à 5 1. 1 d.
Pour le bois brûlé entre les remparts, 9 l. IS s.; pour le
K-B
LA44-45
p. 89
i
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l'invasion D£S AJUIAGNAOS en ALSACE 185
siaif ou les chandelles dont les hommes qui y étaient postés se
sont éclairés, 8 s.
18 février 1445. — Le maître et le Conseil de Golmar font ss
part à leurs bons amis de Brisach des propos que tiennent i^^
certaines gens qui ont été récemment à Markolsheim ; ils
prétendent avoir vu des ressortissants de Brisach venir avec
des voitures et des charrettes chargées de marchandises, qu'ils
troquaient contre la vaisselle, les ustensiles de cuisine et les
autres meubles volés aux pauvres gens des environs; on
a£Brme même que le stettmestre de Brisach a reçu une char-
rette pleine d'objets de cette provenance. Précédemment déjà
ils avaient ouï dire que ces étrangers qui ont envahi le pays,
se procuraient à Brisach le drap, les chaussures, les harengs,
le poisson, le vin et toutes les choses nécessaires, et que c'est
plus particulièrement un de leurs hérauts qui est l'intermé-
diaire de ce commerce, qui, dit-on, n'agrée guère à la popu-
lation, si ce n'est à ceux à qui il profite. S'il en était réelle-
ment ainsi, ce que pour leur part les autorités de Golmar ne
croient pas, cela ferait peu honneur à Brisach, attendu que
c'est en procurant ces facilités à l'ennemi, qu'on lui donne le
moyen de continuer ses violences et ses ravages. Gomme la
réputation de leurs voisins leur tient à cœur, le maître et le
Conseil croient devoir les avertir des discours qui se tiennent
sur leur compte.
Samedi avant le dimanche Invoeavit 1445.
14-20 février 1445. — A Pierre Klûpffel, qui, accompagné se
de varletH, avait été envoyé auprès du sire de LûpAen au sujet ^'^
des Armagnacs, et qui passa deux nuits dehors, 6 s. S d.
p. 35
5 mars 1445. — Informés que plusieurs des ennemis sont g?
tombés entre les mains de leurs bons amis de Brisach, le 1442*48
maître et le Gonseil leur mandent que l'occasion serait pro- ^^^
pice pour feiire remettre en liberté ceux des bourgeois de
Golmar qui sont retenus prisonniers à Markolsheim et à
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186 REVUB d'alsaoe
Sainte-Croix. En conséquence ils les prient d'agir soit par
leurs captiË, soit autrement, pour qu'au moyen d'une rançon
raisonnable, leurs ressortissants puissent retourner chez eux.
Vendredi ayant le dimanche Z^ftira 4445.
88 5 mars 1445. — Le maître et le (Conseil de Golmar infor-
lài^ ment le chevalier Reinhard de Neiperg, lieutenant du grand-
Terso bailli d* Alsace, que le duc Louis, comte palatin du Rhin, leur
recto a adressé le récès de la diète récemment tenue à Trêves,
avec un extrait du traité conclu par ledit comte palatin avec
le roi de France et le Dauphin, son fils, portant entre autres
que leurs troupes quitteront le pays jusqu'au 20 mars pro-
chain ; que, dans Tintervalle, elles n'attaqueront, ne forceront,
ne mettront à contribution ni villes' ni châteaux; que par
contre on ne les inquiétera pas dans les places qu'ils occu-
pent. Le comte palatin recommande particulièrement à la
ville de Golmar de se conformer à cette dernière disposition.
Quant aux prisonniers faits en dernier lieu, il est stipulé qu'on
les rendra de part et d'autre sans conditions. Mais la ville
fait observer que les Wallons logés à Markolsheim, à Sainte-
Croix et ailleurs, qui retiennent prisonniers des bourgeois et
même des ressortissants du comte palatin, refusent de les
remettre en liberté sans rançon. En conséquence, le maître
et le Conseil prient le chevalier de Neiperg d'intervenir
auprès de la ville de Strasbourg, et de faire en sorte qu'elle
ne Iftche ses captifs wallons qu'après que les Armagnacs
auront de leur côté délivré les prisonniers qu'ils retiennent
encore.
Vendredi avant le dimanche Lœtare 1445.
89 6 mars 1445. — Décret du maître et du Conseil qui, lors-
i4f9-63 que le peuple étranger est en campagne et que le guetteur
^' * du clocher corne à coups redoublés, défend à qui que ce soit
de se rendre aux portes ou aux endroits indiqués par le dra-
peau arboré h l'église. Quand l'alarme sera donpée, chacun
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L'INYASION DBS ABMAONAOS BM ALSACE 187
devra s'anner et se porter au lieu de ralliement (letze) qui
lai est assigné.
Samedi avant Lœtare 1445.
7-18 mars 1445. — A Pierre Klûpffel, qui s'est rendu, avec 90
quelques compagnons, à la diète convoquée à Ribauvillé à lui^
Poccasion des conjonctures (bnffe) actuelles, pour sa dépense, ^'
1 1. 6 s. 12 d.
22 mars 1445. — En réponse au noble Antoine de Hatt- 9i
stadt, qui leur avait rappelé une lettre que feu son père, son ^^-^
frère et lui leur avaient écrite pour leur demander compte de
certains bruits qui avaient couru à leur sujet à Ck)lmar, le
maître et le Conseil s'excusent du retard qu'ils ont mis à
s'en expliquer, et qui ne se justifie que trop par les soucis
que la dernière invasion leur a donnés; ils conviennent du
reste que non-seulement leurs ressortissants, mais encore les
étrangers qui s'étaient réfugiés dans leur ville, imputaient
aux sires de Hattstadt d avoir ouvert la forteresse de Herlis*
heim à Tennemi, nonobstant l'engagement que les habitants
avaient pris de se défendre, comme il convient à de braves
gens, et la promesse que Golmar leur avait faite de se porter
à leur aide, s'ils étaient attaqués. Comme la place s'est rendue
malgré cela, le peuple en a pris sujet de tenir bien des dis-
cours, qui sont encore trop récents pour qu'il soit sage de tenter
actuellement de les réfuter. Quand les esprits seront un peu
moins échauffés, on pourra plus jGsicilement s'en expliquer de
part et d'autre, et pour leur part, le maître et le Conseil ne
demandent pas mieux que de voir Antoine de Hattstadt se
disculper.
Lundi après le dimanche des Rameaux 1445.
25 mars 1445. — Le maître et le Conseil de Colmar entre- gj
tiennent leurs bons amis de Strasbourg de leur différend ^^J^^
avec Pierre Blûmlin. L'armistice qui avait suspendu les hos- ^ *"
ti)ités jusqu'à Noël, se trouve expiré, sans que la ville, uni-
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188 REVUS d'alsacb
quement préoccupée de la dernière inyasion, y ait pris garde;
mais aujourd'hui que rennemi est parti, et que Pierre Blûm-
lin a pris momentanément du service à Strasbourg, le maître
et le Conseil prient celte ville de leur bire savoir où en sont
leurs affaires avec lui, pour pouvoir se régler en conséquence.
Samedi, jour de FÂnnonciation 1445.
La date est évidemment erronée; en 1445, rAnnonciation tom-
bait sur un jeudi et non sur un samedi.
93 27 mars 1446. — Le maître et le Conseil de Golmar man-
litt^s dent aux députés des villes impériales qui vont se réunir le
recto mardi de Pftques à Strasbourg, pour s'occuper entre autres
des affaires de Bosheim, que, dans ces moments critiques où
les Armagnacs occupent encore toutes les positions autour
de leur ville, et leur portent plus de dommage que partout
ailleurs, il ne leur est pas possible de mettre des envoyés en
route. En conséquence, ils prient leurs confédérés de les
excuser et, en leur absence, de prendre les meilleures mesures
qu'ils pourront, sauf à leur faire part des résolutions de la
diète.
Samedi, veille de Pftques 1446.
94 27 mars 1446. — En réponse au noble damoiseau Maximin,
sire de Ribaupierre et de Hobnack, qui s'était entremis pour
justifier le noble Jean-Ulric de Hattstadt au sujet de la red-
dition de Herlisheim, le mattre et le Conseil de Colmar
reconnaissent qu'on impute en effet aux nobles de Hattstadt
d'avoir livré cette place aux ennemis, et d'aroir occasionné
par là les plus graves dommages au pays; mais aujourd'hui
que les Armagnacs occupent encore la contrée et que la
colère bout au cœur des habitants, mieux vaut ne point
s'arrêter à ces bruits, et attendre, pour les combattre, que
l'ennemi soit parti et que les esprits se soient calmés. Une
fois ce moment venu, ils se prêteront volontiers à tout ce qui
sera de nature à justifier le sire de Hattstadt.
Veille de Pftques 1446.
1442—48
fMS9
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'invasion DBS ▲BMAGMACS EN AL8A0B 189
3 avril 1445. — Décret du CSonseil qui, d'accord avec le 95
chapitre de Saint-Martin, et pour remercier le ciel de la 1429-es
retraite du peuple étranger qui avait si longtemps opprimé et
dévasté le pays, ordonne pour le lundi suivant une procès*
sion en Thonneur de Dieu, de sa sainte Mère et de tous les
^saints. Elle fera des stations et chantera un Te Deum dans
chacun des couvents de la ville, et, à son retour à la collé-
giale, la communauté assistera à une grand'messe solennelle;
des offices semblables seront célébrés dans les différentes
églises conventuelles, pour demander à Dieu de préserver
dorénavant la ville de calamités semblables.
Samedi avant le dimanche Quasmodo 1445.
4-10 avril 1445. — Voyage de maître Gilles (Kempfl) 96
à Strasbourg, où il se rend à l'occasion de la diète de Trêves liui^
concernant les coojonctares présentes, ainsi qu'au sujet de ^
Bosheim et des autres a£Eaires qu'on lui a commises. Parti
avec trois chevaux, son voyage dura sept jours, et la dépense
monta en tout à S 1. 15 s. 1 d.
Aux deux serviteurs qui, au départ du peuple étranger, le
suivirent dans sa retraite jusqu'à Montbéliard, 19 s.
^ 180
5 avril 1445. — Informé qu'on leur impute auprès de Sa 97
Grftce d'avoir refusé Feutrée de leur ville à ses ressortissants,
alors que le méchant peuple étranger était dans le pays, le
maître et le Ciouseil écrivent au chanoine Conrad de Bussnang
pour se disculper de ce reproche. Les gens de Rouffach ont
toujours trouvé chez eux le meilleur accueil, tant de jour que
de nuit; il n'en a pas été de même des gens d'Eguisheim, qui
avaient ouvert leur villette aux Armagnacs, et à qui Ton a
effectivement refusé de leur venir en aide, de peur que cela
ne profitât à l'ennemi. On en a usé de même pour tous ceux
qui avaient pactisé avec lui, et on n'en agirait pas autrement
encore aujourd'hui, si le pays n'était pas débarrassé de sa
présence. Cependant après son départ, quand les bourgeois se
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190 ftimn D'AtsAOtt
rendirent à Eguisheim pour cultiver leurs biens, ou pour
d'autres affaires, les habitants prétendirent les en empêcher,
ce qui détermina la ?ille de Golmar à les repousser à son
tour ; toutefois, depuis qu'Eguisheim a fiiit retour aux domaines
de Sa Grflce, on est revenu sur cette mesure. Les gens de
Dambach n'ont pas été moins bien traités, et s'ils se plaignent»*
c'est à tort. Quant aux griefs que Welschin Lamprecht» le
vassal du chanoine, prétend avoir contre Pierre Eltlpffel,
voici à quoi cela se réduit : un jour que ce dernier était de
garde à la porte de la ville, Lamprecht se présenta à l'avancée
et demanda à entrer; Eiapffel le fit passer par le degré
(Katzemtege) entre les deux portes, et l'admit dans le corpe-
de-garde (J^ubeHn), où la femme de Fulweiss, qui fut pré-
venue, lui envoya à boire et à manger. Une fois repu, Lam-
precht voulut s'en aller, tenant à la main une paire de souliers
neufs. KlUpffel^ lui fit remarquer qu'il ne pourrait pas les lui
laisser emporter, de crainte qu'ils ne tombassent entre les
mains des ennemis; mais il ne s'en inquiéta pas autrement^
et il ignore encore s'il se conforma ou non à son observation.
Tels sont les faits, et le mattre et le Conseil supplient Sa
Grflce de ne pas croire trop facilement tout ce qu'on pourrait
lui dire contre eux dans ces temps si critiques.
Lundi après Quasknodo 1446.
98 15 avril 144K. — Lettre-circulaire du maître et du Gon-
L-M
144S-48 seil de Golmar aux villes de Kaysersberg, d'Ânunerschwihr,
i«cto |}e Ttirkheim, de Munster et de Bergheim, qui leur avaient
demandé de céder à chacune du blé. Gomme ils ont à pourvoir
à l'entretien d'une nombreuse population, et que dès le début
de la guerre ils s'étaient engagés, de concert avec la com-
mune, à ne pas laisser de grains sortir de la ville, il leur est
bien difDcile de faire une exception en leur faveur, d'autant
plus que les hostilités ne cessent pas, que l'inventaire qu'ils
viennent do dresser des approvisionnements existants n'a pas
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L^mVAJBIOK DES ▲BMAOMA.OS BM ÂtSAOfi 191
donné les résultats attendus, et que les terres n'ont été ense-
mencées gu^en partie. Cependant, pour témoigner de leur
Lonne volonté, ils offrent à chacune des villes 50 quartaux,
pour être distribués particulièrement aux pauvres, attendu
que les riches trouveront bien à se pourvoir sans cela.
Jeudi avant le dimanche JuMlate 1445.
17 avril 1445. — En réponse à une lettre du bourgmestre 99
I —M
et du Conseil de Brisach, qui s'étaient plaint des imputations i4J~48
dont ils étaient Tobjet de la part des gens de Gohnar, et des et ^ iss
▼oies de fait dont ils les menaçaient, le maître et le Conseil
de Colmar conviennent que les relations des gens de Brisach
avec le peuple étranger avaient en effet donné lieu à des
propos Iftcbeux, sur lesquels les deux villes s'étaient précé-
demment expliquées dans leur correspondance. Sans vouloir
revenir là-dessus, le maître et le Conseil reconnaissent que
non-seulement leurs ressortissants, mais d'autres encore qui
ont perdu leurs parents et leur bien, ne ménagent pas les
gens de Brisach, qu'ils accusent d'avoir favorisé les Arma-
gnacs en les fourm*ssant de vivres et en leur donnant accès
chez eux, sans égard pour les meurtres, les brigandages, les
incendies, les outrages aux femmes et aux enfiints dont ils se
rendaient coupables. Loin d'avoir éprouvé de l'horreur pour
des excès pareils, ce sont les ressortissants de Brisach qui
s'accommodaient à vil prix des produits de leurs pilleries,
meubles, linge, armes, au lieu de laisser aux propriétaires la
bcnlté de les racheter. C'est cette connivence qui a permis
aux Armagnacs de prolonger plus de moitié leur séjour dans
le pays, n n'y a rien d'étonnant si cette conduite, qui, il faut
l'avouer, fiiit peu honneur à Brisach, a soulevé à Colmar et
ailleurs une indignation générale; mais quant à prétendre
qu'elle pourrait porter les gens de Colmar à user de repré-
sailles et à recourir à des voies de fait, c'est leur faire tort,
et au besoin la ville saurait bien les en empêcher.
Samedi avant le dimanche JtUrilate 1445.
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192 REVUE D'âI£AC&
100 18 avril 1445. — Décret du Conseil qui^ se référant à des
1429-62 mesures prises antérieurement contre les femmes mariées
qui vivent en concubinage, mesures à l'exécution desquelles
rinvasion des Armagnacs avait empêché de tenir la main,
prescrit aux coupables de sortir de la ville dans un délai de
huit jours, faute de quoi elles seront traitées de manière à
regretter de n'être pas parties volontairement.
Dimanche Jubilaie 1445.
101 18-24 avril 1446. — Maître Gilles (Kempff) se rend à
Ribauvillé auprès de messire Maximin, au sujet de la lettre
que la ville a reçue de Jean-Ulric de Hattstadt. Sa dépense
est de 9 s. 8 d.
K-B
p.45
L-M
44S-H
MS8b
102 20 avril 1445. — Le maître et le Cionseil de Golmar expo-
sent au chevalier Sigismond de Weyspernach, majordome de
la seigneurie d'Autriche, que le peuple étranger venant de
quitter l'Alsace, deux de leurs bourgeois avaient repris le
commerce du vin avec le pays haut, mais sans jamais dépas-
ser Bftle, et chaque fois ils avaient acquitté le péage à Ensis-
heim, pour pouvoir transporter leur vin plus loin. Cependant
la dernière fois, en arrivant à Ottmarsheim, ils ont été arrê-
tés par le prévôt de Landser, qui leur a pris une partie de
leur marchandise, et qui leur a fiiit promettre de se repré-
senter devant lui à la Pentecôte. Le maître et le Conseil ne
peuvent s'expliquer ce procédé violent, que leur conduite
vis-à-vis de la maison d'Autriche, dont le chef est en même
temps leur très gracieux seigneur le roi des Romains, ne
motive nullement; ils rappellent qu'ils ne pactisent pas et
n'ont aucune alliance avec les confédérés ou Suisses. En con-
séquence, ils prient le majordome de faire rendre leur vin à
leurs ressortissants, et de les dispenser de se rendre à Landser.
Mardi avant la Saint-George 1445.
X. MOSSMAlfN.
fLa suite h la prochaine livraison J
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COLLECTIONS
ET
COLLECTIONNEURS ALSACIENS
I6OO-I82O
Q^ntiquitiSy oMonnaieSy oMedailles^ Tableaux^ ^Manuscrits
Gravures^ Curiosités^ etc.
Suite ♦
Un des plus ardents collectiosnears de tout ce qui avait
rapport à l'histoire naturelle et à toutes ses branches, fiit le
professeur à l'Ëcole de médecine Jean Hermann^ né à Barr^
en 17S8y correspondant de Tlnstitut. Il avait acquis à très
haut prix les modèles en cire faits par Joseph Poli, et d'après
lesquels ont été dessinés et coloriés les animaux qui habitent
les coquilles, et qui sont représentés dans le précieux ouvrage
de ce savant. A la mort d'Hermann, le cabinet du Jardin des
Plantes de Paris acheta ces modèles. Voici ce qu'il dit lui-
même de sa collection : ^
c Le cabinet de M. HermanUy docteur en médecine et en
hiêioire naturelle. — Gomme M. Hermann donne des cours
publics et particuliers d'histoire naturelle, il s'est étendu
également sur toutes les parties de cette dernière science, et
• Voir la précédente livraison (Janvier-Février-Mars 1875).
' C. Gaérin a gravé son portrait.
' Catalogue Eeiiz,
Nouvelle Série — 4* année 13
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194 REVUE D* ALSACE
il se pique plutôt de pouvoir donner une idée nette des pro-
ductions de la nature en tout genre que d'en posséder les
plus rares et les plus brillants. Sa collection, commencée en
176S, consiste en préparations anatomiques, quadrupèdes et
oiseaux empaillés, poissons qu'il prépare d'une façon qui lui
est propre, insectes, coquilles, plantes marines, herbiers,
minéraux, etc. » (Il y avait près de 160 espèces de mammi-
fères.) < Les curieux sont surtout satisfaits de la propreté et
de l'ordre lumineux qui règne dans ce cabinet.
< L'habile possesseur a tout lieu d'être jaloux, notamment
de la netteté avec laquelle il a conservé les insectes indigènes
du pays, dont il a une très ample suite et de magnifiques
échantillons de plantes sèches, dont le nombre monte à plus
de 4,000; le tout est étiqueté, selon le système du célèbre
Lynnœus, excepté le règne minéral.
« Un grand nombre d^objets préparés pour le microscope,
choisis dans ce qu'il parait de plus piquant pour cet effet
dans les trois règnes, et accompagné d'un index bien r^é,
ne peut qu'ajouter au mérite de cette collection. »
Hermann recueillait aussi les pièces sur l'histoire locale ;
il avait deux feuillets représentant les caractères que l'on
trouvait chez l'imprimeur Dolhopf, en 1678. Sur l'une de
ces feuilles étaient des caractères allemands ; sur l'autre des
caractères grecs, latins, hébraïques, rabiniques, syriaques et
arabes.
Un jeune soldat strasbourgeois avait donné au professeur
le seul oiseau qui restait de la superbe collection d'oiseaux
du Carsberg, où le duc de Deux-Ponts avait transporté le
cabinet du docteur Mauduyt, de Paris. Citons encore de la
collection Hermann, un loup colossal, tué en 1799, d'un coup
de hache, par un paysan, dans la forêt de Haguenau, où il
passait pour un loup-garou. Des personnes croyaient voir,
sous la forme de cet animal, un brigand du pays puni de la
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COLLECTIONS BT COLLECTIONNEURS ALSACIENS 195
peine de mort pour ses crimes.^ En 1818, M de Gîmbernat
tira de la gélatine d'un morceau d'un os de baleine que Ton
Yoyail à Strasbourg depuis plus de trois siècles, et qui était
passé dans le cabinet Hermann. Deux peintres strasbourgeois,
Haldenwangen (1780) et Hans, farent souvent employés à
dessiner les animaux les plus curieux qu'Hermann destinait
à Touvrage de Schreber.
Ce professeur a publié un ouvrage qui intéresse fort les
bibliophiles : c'est un traité très curieux sur les miles qui
rongent les livres. Ce travail fut jugé digne d'un prix en 1778,
par l'Université de Gôttingue. L'avant-demier bibliothécaire
de la ville de Strasbourg, M. A. Schweighœuser, avait acquis
pour la bibliothèque un recueil manudcrit de lettres d'Her-
mann. En parcourant cette curieuse correspondance du Linné
du Rhin, on voit que le gouvernement républicain lui était
devenu odieux, à la suite des excès commis dans Strasbourg,
et surtout depuis la mort de son fils, dette haine des nou-
veaux principes était un des grieCs que lui reprochait le
nouveau directeur de l'Ecole de médecine Noël, qui ne pou-
vait supporter, ainsi que ses collègues venus de l'intérieur, le
^ locT. VHermite en province, t. XI, p. 117. Bottin. Annuaire du
£a9-Rhin, an II.
D'après une note d'HermanD, ce brigand serait Ealoge Schneider.
D*aatres disaient qae c'étaient G. Schwob et H. Herrwig, de Hagaenan,
exécatés à Strasbourg ponr vols à main armée snr les routes- On voyait
encore dans le cabinet Hermann denx manchots des mers australes et
d'antres objets très rares, don du naturaliste Fœrster, le compagnon du
capitaine Cook; le desman de Russie envoyé par Pallas. Deux mission-
naires dans les Indes, les révérends John et Bottier, avaient donné deux
roussettes, une grande musaraigne et divers oiseaux, le mérion de
rinde, etc. Les publications de Gœrtner sur les fruits, et d'Esper sur les
zoophytes, renferment beaucoup de dessins dont les originaux sont
encore dan« les galeries de Strasbourg Le poisson le plus curieux de la
collection était le Stemoptyx diaphane. Au mois de nivôse an XIII,
l'inventaire officiel du cabinet Hermann porte, entre autres, 200 mam-
mifères empaillés et montés, 900 oiseaux, 200 poissons, des racines, des
semences, des bois sciés et polis, etc.
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196 REvtJE d'alsacs
surnom A*étrcmgers que leur donnaieat les anciens professeurs
de l'Université.*
Le médecin Thomas Lauth a publié la yie de son ami
Hermann, qui mourut le 4 octobre 1800, des suites d'un
refroidissement, après une excursion botanique dans les
environs de Haguenau. Guvier a écrit son article dans la
Biographie universelle, et trente et un ans après, le professeur
Lereboullet, en parlant du buste d'Hermann, qui se voit dans
le Muséum, dont il était le gardien, lui a payé un nouveau
tribut d'éloges.* U semble encore, comme il le fit trois jours
avant sa mort, veiller aux soins que comporte une collection:
Tertio ante mortem dte, dit Lauth, varia quœ mueœtim apec-
tantj spectavit : tnanuit examnanda esee quadrupeda^ aves,
aliaque ne inêeciis infeetentur^ designavit epecimina eUbano
eommittenda, quo destruatur qui forte irrepserat dermester
fur Pridie mortis libellos fwnnulos^ quos modo aceeperat
fugitm oculo lustravit, et quœdam notavit. . . *
La ville de Strasbourg, voulant profiter de la loi du il flo-
réal an X, portant qu'il serait établi trois Ecoles d'histoire
naturelle, sollicita et obtint l'autorisation d'acheter, pour la
somme de 40,000 francs, le cabinet Hermann, considérable-
ment enrichi par les soins de son gendre, le professeur
Hammer, de Golmar, qui en fut nommé le conservateur. Cette
acquisition était, pour les héritiers, une faible indemnité des
quarante années passées et de l'argent dépensé par leur père
à augmenter ses collections.
^ Déjà à cette époque, les professeurs français, pour ûdre cesser une
situation intolérable, avaient demandé le transfert à Nancy de TEcole de
médecine. (Voir les factums de Noël, d'Ehrmann, de Lobstein, etc.)
' Annuaire du Bas-Rhin. 1833, p. 383.
* Fitam J. Hermann, scripsit T. LoAUh, Argent, I (1801, p. 57.)
Piton, ordinairement très exact et très impartial, assure que la coUec-
tion Hermann, peu importante à son origine, s'accrut par un grand
nombre de dons. Son gendre était un bon minéralogiste.
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COLLECTIONS ET COLLECTIONNEURS ALSACIENS 197
Hermann possédait en outre une bibliothèque de plus de
10,000 Yolumes. Sa maison canoniale de Saint-Thomas était
occupée, il y a une dizaine d'années, par feu le professeur
Jung. Toutes les personnes (fiii ont fréquenté la bibliothèque
de Strasbourg, ont conservé de cet excellent bibliothécaire le
plus agréable souyenir de son extrême complaisance et de
son inépuisable érudition. Il était une véritable encyclopédie
virante pour les chercheurs de passage à Strasbourg. Gomme
le professeur Hermann, il est mort regretté de tous, au
nodlieu de ses livres chéris.
Frédérîc-Louis Ehrmann, né à Strasbourg en 1741, mort en
1799, fût professeur à TUniversité, puis à FEcole centrale. Il
était membre de plusieurs Sociétés savantes et de la Société
philharmonique du régiment de Metz (artillerie), association
fondée en 1785, avec Tapprobation de Mesmer, et qui fut
dispersée à la Révolution.^ Toute la fortune et tout le travail
du professeur s'étaient fondus dans son beau cabinet de
physique, un des plus complets de France. Chaque partie de
cette science y avait sa place. Ehrmann avait trouvé dans sa
femme, une compagne dévouée et une élève assidue pour
Taider dans ses expériences. Il était physicien de la ville, et
demeurait rue de la DenteUe.
La création du musée des Unterlinden à CSolmar, œuvre
pahriotique s'il en fut, nous permet de citer les noms de quel-
ques braves citoyens qui, malgré les lois sévères du temps,
crurent devoir cacher et sauver des objets d'art un peu trop
aristocratiques. Le premier de ces courageux collectionneurs
est l'avocat Raspieler, une des lumières de l'ancien barreau
alsacien, qui avait caché dans sa cave, pendant la Terreur,
ce joli groupe en biscuit de porcelaine représentant une allé-
gorie ayant trait au mariage du dauphin et de Marie- Antoi-
^ Voir sur cette Société les Mémoires de la baronne d'Oherkirch et le
jï" 2442 da Cata^gue Heitz.
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198 REVUS D'ALSACE
nette, groupe unique attribué avec beaucoup de vraisemblance
à Lemire, sculpteur attaché à la faïencerie de Niederwiller,
près Sarrebourg, usine dont M. de Beyerlé, alors directeur de
la Monnaie de Strasbourg, étaitipropriétaire, et qui appartint
ensuite au général Gustine qui habita longtemps Strasbourg;
ce groupe est un des ornements du musée Schdnghauer.^
Le docteur Morel *, bien avant la Révolution, était en cor-
respondance avec Oberlin pour lui signaler les trouvailles des
environs, et principalement celles de l'antique OUno (Œden-
berg), aujourd'hui de la commune de Biesheim; il avait
réuni des vases, des briques, dont deux marqués >. S. L. XXI,
des médailles, et enfin le beau bas-relief du Gaulois luttant.
Dès 1778 il en avait envoyé le dessin à Oberlin, qui ne le fit
paraître dans son Almanach d'Alsace qu'en 1789. Le fils du
docteur Morel, maire de Golmar, Ta donné au même musée.
Le musée Schdngauer a encore un souvenir de M. Mar-
quaire, homme de loi à Golmar. C'est une tête monstrueuse
tenant à la bouche un gland, et qui paraît provenir de quel-
que édifice de l'époque romane. Le légiste Marquaire et le
chroniqueur colmarien Billing' avaient été chargés avec le
peintre Gasimir, de décrire en l'an II les beaux vases de
Ribeauvillé. G'est peut-être grâce à eux que l'on peut admirer
encore ces ouvrages d'orfèvrerie d'une époque éloignée. En
1782, Billing avait recueilli un bas-relief représentant une
femme assise sur un siège carré, et à laquelle deux génies
offrent des raisins; ses héritiers ont déposé cette sculpture
au musée colmarien. Sigismond Billing mourut en 1796;
Wachsmuth, décédé professeur de dessin à TËcole Saint-Gyr,
^ Catalogue du musée, 1866, p. 115. Â. Teinturier, Anciennes indus^
tries d'Alsace et de Lorraine^ (Bibliographie alsacienne^ t. IV, p. 138).
' La lithofçraphie du docteur Morel a para d'après un portrait de
Weinzorn.
* Sghœpflin-Ra VENEZ, t. III, p. 157. M. Rathgeber vient de publier
sa Chronique de Colmar,
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COLLECTIONS ET COLLECTIONNEURS ALSACIENS 199
a lithographie son portrait d'après un dessin fait de mémoire
par Casimir.
Une des plus remarquables galeries de tableaux de pro-
yince était celle du négociant Hayno, dont la Revue nF Alsace^
a publié dernièrement une intéressante notice. Mayno avait
au plus haut degré le goût des arts, et ce qui reste de sa
belle collection excite encore des cris d'admiration. L'école
hollandaise flamande était représentée par deux paysages de
Teniers; une Tabagie par le père de ce peintre, un portrait
par Van Dyck, un petit tableau sur bols par Rembrandt,
une tête de vieillard. Guerchin, André delSarto, André Sacchi
et d'antres tenaient le haut bout de l'école italienne. Largillère
et deux grandes batailles du Bourguignon brillaient dans
l'école française. Les petits maîtres alsaciens étaient au grand
complet : Heimlich, Melling, Loulherbourg, l'émailliste Weyler,
etc. Mayno avait fait faire par Melling un grand tableau allé-
gorique sur la Révolution, et il l'avait donné à la ville. Cette
peinture disparut un jour sans que jamais on ait su où elle
était passée. '
Longtemps Mayno crut avoir un Corrège authentique,
Vénus désarmant r Amour , mais ce n'était qu'une fort bonne
copie gravée par C. Guérin en 1789 (hauteur 0",59, largeur
0-,89).*
La collection fut partagée entre ses héritiers, MM. Barrois
et Joseph Ârrois, négociant. Celui-ci eut plus tard plus de
deux cents tableaux. (Le Guide, Guerchin, A. Sacchi, Tre-
visano, G. Lorrain, Lebrun, Lemoine, Vien, Jordaens, Bour-
guignon. Van Dyck, D. Teniers, Van Berghem, Wouverraans,
Ruysdaël, Breughel, Van Heyden, A. Durer, Meyer, Louther-
bourg, Melling, Weyler, Heimlich, etc.) Le Claude Lorrain
était un paysage avec flgures. Les autres toiles remarquables
^ E. Bartb. MayfWf notice avec portrait, 1874.
* Il y en a des épreuves avant la lettre.
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•200 REVUE- D*ALSAC5B
étaient la Tabagie par Teniers père, un Orand-Prêtre par
Lesueur, deux esquisses de Rubens et une de Paul Véro-
nèse; deux beaux émaux peints avec beaucoup de feu par
Weyler, représentant B. FramkHn et sa première femme,
née IhdeUOaarieowrt^^ un Terburg, un paysage d'Obéma, une
bataille et un paysage de Bergheim, un paysage de Rembrand.
M. Barrois, directeur de l'enregistrement à Strasbourg, fut
aussi un amateur d'antiquités; il avait plusieurs beaux
bronzes antiques, entre autres un Mercure trouvé à EU.
Gomme neveu de Mayno, il avait eu sa part dans les tableaux
cités plus haut.
Un autre neveu strasbourgeois, M. Simonis, eut la copie du
Gorrège. M. Philippe Burty, rendant compte dans la Gazette
des beaux-arta du 1*' avril 1864 de sa visite dans la galerie
de cet amateur, signale deux statuettes d'enfant par Pigalle,
un magnifique site de montagne signé A. V. EVERDINGEN;
la Vierge de Carlo Dulci; deux Hondekœter; deux compo-
sitions flamandes, r Automne et F Eté; Un butor culbuté par
un (Men barbet par Oudry (Salon de 1725); une nature morte
par Van Es; sur une cheminée, deux admirables brûle-parfums
Louis XVI en marbre de Sienne, forme de trépied, montés en
cuivre, etc.
c Dans un quartier tranquille, dans une rue solitaire, est
une maison modeste et commode. Plusieurs cabinets éclairés
d'un demi-jour, qui invite à la méditation, ont leurs murs
couverts de livres utiles, tous à la portée de la main, parce
qu'on les consulte tous et souvent; dans les intervalles,
quelques-unes de ces pancartes ou tableaux qui facilitent les
recherches, les portraits d'Erasme, de Juste Lipse, de Schœpflin.
C'est un sanctuaire où l'on n'entre pas sans une impression
de respect; on vient y rendre un juste hommage au savant
^ Cabinet Mayno, Annuaire de 1806. La collection Arrois fut vendue
en 1836.
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COLLECTIONS ET COLLECTIONNEURS ALSACIENS 201
Oberlin.* » Ce digne élève de Schœpflin recevait de tous les
côtés, comme son maître, des témoignages d'affection et de
reconnaissance. Sachant son goût pour les choses rares, le
prince de Metternich, qui venait de quitter TUniversité, lui
envoyait la médaille du couronnement du dernier empereur
d'Allemagne de la maison d^Âutriche. Le poète Pfeffel entre-
tenait l'érudit des découvertes faites dans les environs de sa
ville natale. En 1785, il lui soumettait un petit cachet antique.
Hais la Révolution vint empêcher pour quelque temps ces
paisibles liaisons, et Oberlin, puisant dans *son amour des
arts le courage civil, ne craignit pas de dénoncer, au péril de
sa vie, les excès qu'une tourbe infâme avait commis dans
Strasbourg. Grégoire les flétrit pour toujours dans ses fameuses
lettres sur le vandalisme révolutionnaire.* Mais le mal était
fait. Oberlin, échappé au torrent révolutionnaire, style du
temps, accepta une chaire de bibliographie à TEcole centrale;
peu de temps après, il était nommé correspondant de l'Insti-
tut. Le savant professeur, dont la vie a été retracée par
SchweighsBuser et Winckler, eut à ranger, comme bibliothé-
caire de la ville, les immenses amas de livres venus de tous
les coins des départements, soit des châteaux, soit des monas-
^ Camus, Voyage dans les départements nouveUenient réunis, cité par
Â. Stœber. En 1788, Oberlin demenrait près des Petits-Capucins. Son
ex Wbris consiste dans sa signatare, reproduite par la gravure. 11 se
levait, hiver comme été, dès 4 heures du matin. En hiver, il allumait
lui-même son feu, arrangeait sa lampe et se mettait immédiatement à
rétude (Dibdin).
' G. Wedekind a aussi écrit en l'an III à Grégoire pour lui signaler les
nombreuses destructions d'objets d'art à Strasbourg (écrit en allemand).
Voir aussi les articles de J. Lamoureux sur ce sujet dans le BuUetin du
Bibliophile et le catalogue des autographes de cet amateur nancéien. La
brochure de Wedekind a paru à Strasbourg chez Treuttel et Wurtz,
Jacohiner-Strasse, n* 15, 16 pages. Heitz possédait le portrait original
au crayon noir par Ch. Schuler du savant Oberlin. Il a été reproduit
par la gravure. Sa série de chartes allemandes et françaises et sa corres-
pondance furent achetées par la Bibliothèque royale,
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202 BBVUB d'àLSAOB
tères. Par son énergie, il fit réintégrer à la bibliothèque an
manuscrit précieux, dont l'Europe savante déplorera toujours
la perte. On me permettra de dire quelques mots des péré-
grinations de VHortus delidarum pendant la Révolution.
Ce manuscrit, œuvre de Tabbesse de Hohenbourg, Herrade
de Landsperg, après la dispersion des sœurs de Sainte-Odile,
fut recueilli par les évéques de Strasbourg dans leur chftteau
de Saverne, et Tun d'eux, le cardinal de Lorraine, le com-
muniqua en 1600 au savant jésuite hollandais, Pierre Busée,
qui en parle dans son édition de Pierre de Blois, imprimée à
Mayence cette année.^ Les chartreux de Molsheim possédèrent
ensuite VHortus; ils ne le montraient à personne. En 1790,
la bibliothèque du district vint s'en emparer, et peu après
l'abbé Rumpler, de très querelleuse mémoire, le fit rendre,
en souvenir de l'abbesse Herrade, à un M. de Landsperg,
dont les parents réclamaient depuis plus d'un siècle ce sou-
venir de famille. Enfin, il fut réintégré quelques mois après
au dépdt public des livres à Strasbourg. < Echappé récemment,
écrit en 1861 Tauteur des Lettres sur les archives déparie^
mmtak^ du Bas-Rhin, à une catastrophe imminente, et réservé.
Dieu seul le sait, à quelles destinées encore * » Paroles tris-
tement prophétiques : VHortus delidarum n'existe plus
L'abbé Rumpler, pendant le peu de temps que le manu-
scrit d'Herradc fut entre ses mains, crut devoir faire acte de
propriété en y inscrivant quelques élucubrations de sa façon,
n écrivit en grosses lettres sur le titre refait à la moderne :
Opira F. Ludovici Rumpler Can, Varsoviœ famiUœ Landsperg
resiitutus armo 1794.
Puis, lorsque les membres du Directoire l'eurent forcé à une
juste restitution, il ne dissimula pas son dépit; il s'exécuta.
^ Gh. GéRARD.
' M. L. Spach vent sans doute parler de l'incendie da Gymnase, dont
les bâtiments touchent la Bibliothèque.
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GoQgle
COLLECTIONS ET COLLECTIONNEURS ALSACIENS 203
Mais il eut soin de faire une nouvelle réclame, en écrivant à
la dérobée sur le verso du feuillet 350 les lignes suivantes :
AD. REI MEMORIAM.
Apostrophe à la postérité.
Je sais fâché de me voir dans le cas de vous apprendre, mes cher& con-
citoyens de la génération future, que ce manuscrit, restitué à Charles de
Landsperg en novembre dernier par le Directoire du district jacobin, lui
a été repris trois mois après par Tadministration des patriotes de 1789,
afin qu*il ne soit pas dit que des Jacobins ont fait un acte de justice en
leur vie.
Strasbourg, ce 18 février 1795.
RuMPLER, mandataire de C. Landsperg,
qui proteste contre cette violence.
Engelhard, Dibdin, ViolIet-le-Duc*, ont reproduit quelques
dessins de YHortus deliciamm.
Sur ses vieux jours, Rumpler vint habiter le mont Saint-
Odile qu'il avait acheté ; il fut bientôt en butte aux tracasse-
ries de ses voisins, et il ne cessa de plaider que lorsque ses
forces furent entièrement éteintes. Sur un exemplaire des
Pensées de Cicéron par l'abbé d'Olivet, 1746, il écrivit en
peu de mots une espèce d'autobiographie, qui témoigne
d'une certaine fermeté d'âme : *
L. Rumpler, juriste en 1750,
écrit / CocUs en 1800,
en < Coecus en 1803,
1804 ( Defunctus en 1804.
* Dictionnaire du Mobilier français, t. III; Paris, 1869.
* On possède plusieurs portraits de Tabbé; c'est bien une tête de
« momie judaïque ». Des vers élogieux se lisent au bas de chacun.
J. Striedbeck a gravé son ex libris.
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204 BEVUE D ALSACE
DIX-NEUVUîME SIÈCLE.
M. Bogner, place d'Armes à Stitisboorg, possédait une belle
collection de minéraux, de pétriiications, de coquillages, etc. ;
son Gis et un de ses amis Taidaieat dans les soins à donner à
sa collection.
M. Petersen, professeur d'un cours de physique à Tusage
des dames, avait aussi un beau cabinet de physique expéri-
mentale, collection choisie de machines, d'instruments, d'appa-
reils, etc. Je n'ai pu me procurer des renseignements sur ce
professeur, qui devançait de plus d'un demi-siècle les cours
libres à l'usage des jeunes filles. En 1804, M. Petersen lut à
la Société des arts et des sciences un travail sur le galvanisme.
Les docteurs Roederer et Daniel Lobstein, au Broglie, avaient
l'un un beau cabinet d'instruments d'accouchement, l'autre
un de bandages.^ Ces deux collections passèrent à l'Etranger.
Le professeur Thomas Laiith laissa à la Faculté de méde-
cine sa belle collection de préparations anatomiques et patho-
logiques?
 Golmar, M. Bartholdi avait aussi un intéressant cabinet
de physique.
M. Sébastien de Schauenbourg fils, enlevé en 1818 trop
tôt aux sciences et à ses amis par une mort violente et subite,
avait dans son château d'Herlisheim un herbier très précieux
contenant presque toutes les plantes de l'Alsace. Il avait été
l'élève d'Hermann, et il donna dans Y Annuaire de tan XIU
^ Et autres machines servant au soulagement de l'humanité souffrante.
^Ghaffenaubr).
* Grafpknaueu,
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GOLLBOTIONS BT COLLEOTIONNEURS ALSACIEMS 305
la liste des plantes les plus rares du Haut-Rhin.^ Le profes-
seur Eirschleger estimait fort ce travail.'
Dès le XVII* siècle, Tragus et Tabermontanus avaient
décrit dans des ouvrages volumineux les plantes qu'ils avaient
connues en Alsace. Puis vint le docteur Mappus, dont il existe
nn beau portrait gravé. Son HisloriapUmtarum fut publié en
1742 par Ëhrmann. Le docteur Lindem, de Strasbourg,
auteur de VHortas botanicus^ a été immortalisé par une
plante alsacienne, le Lindemi Pyxidena Allions
Le manuscrit de Schauenbourg sur les plantes passa entre
les mains du digne professeur Nestler, pharmacien en chef
de Thospice civil de Strasbourg, qui commençait alors à fon-
der sa réputation en publiant avec le docteur Hougeot de
Bruyères les Centuries des cryptogames de T Alsace et des
Vosges. Nestler avait aussi les manuscrits sur la botanique
laissés par Hermann. Ce dernier avait formé une foule de
jeunes botanistes, dont nous ne devons pas taire les noms les
plus connus : Oberlin^ fils du vénérable pasteur du Ban de
la Roche; le pasteur Stoltz^ gouverneur à la fin du
^ Selon lai, les cerfs, pendant la Révolntion, disparurent de l'Alsace
et se réfiigièrent dans la vallée de Saint-Âmarin, dans les îles du Rhin
et dans la principauté de Porrentruy, où on en voyait encore en 1805.
' Liste des plantes lei moins connues dans Aufschlager.
' Citons encore le médecin en chef de Belfort, M. Garlhan, mort en
1776, botaniste distingué, et le respectable docteur Sultzer, de Barr,
dont la Retue d^ Alsace a donné la biographie, dont « les plantes et les
livres sont le seul luxe. » Ceux-ci, couverts d'annotations précieuses,
ont été au pilon. Mange, inspecteur général des hôpitaux d'Alsace, avait
réuni des notes sur l'histoire naturelle de cette provinca Vers 1789, son
neveu, Benoît-Duvemin, médecin à Castres, avait en sa possession les
deux volumes manuscrits in-folio, fruit de ses observations.
^ Il avait commencé par étudier la médecine, puis il devint pasteur-
adjoint de son père. Il a travaillé la chorographie du Ban de la Roche
et des environs.
* Stoltz parcourut toute l'Alsace; il rapporta de 9%» excursions une
foule de plantes rares ; il a publié un catalogue des plantes de l'Alsace.
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206 BBVUE D*ALS/iCB
XYin* siècle dans une famille du Haut-Rhin. Les docteurs
Gochnat, mort trop jeune, Frédéric Kirschleger, dont le nom
est bien connu des botanistes alsaciens, représentaient la
nouvelle école sous les ordres de Nesller.
Jean-Marcel Cadet ^ né à Metz en 1751, était, au commen-
cement de ce siècle, directeur des contributions directes à
Strasbourg. Littérateur et minéralogiste, il joignait à des
lumières très étendues la plus belle âme; tendrement aimé
de sa fille unique, il était respecté de tous ceux qui le con-
naissaient Un long séjour en Corse, où il avait connu le
général Paoli et la famille Bonaparte, lui avait donné Tidée
de faire un plan en relief de cette île remarquable, avec la
disposition des divers terrains. Ce travail serait d*un grand
secours pour la minéralogie de ce pays, le relief étant formé
avec les matières mêmes du sol. En 1806, la collection de
M. Cadet n'était plus que l'ombre de ce qu'elle avait été. Elle
présentait cependant des restes curieuz d'une collection brû-
lée avec beaucoup de ses livres pendant la période révolu-
tionnaire. M. Fargès-Mericourt y a encore trouvé une tête
humaine avec un seul œil; une grosse pyrite cubique martiale
en décomposition, et dont il croyait pouvoir'tirer d'importantes
conséquences; quelques jaspes de Corse; un manuscrit de
Didier, Thabile fondeur de la statue du prince Charles de Lor-
raine à Bruxelles, concernant la manière de fondre le bronze
avec des dessins. Enfin la perle de sa collection était son
grand rouleau de papyrus égyptien, long de 11 mètres 6 déci-
le doctenr Bacbholz s'est occupé des plantes du pays de Wissembonrg
et M. Ordinaire de celles des environs de Belfort. (Statistique du dépar-
tement du Haut-Rhin, Mulhouse, 1831, in-4*)
* V. BéoiN, Biographie de la Moselle, 1829, t. I, p. 221. — Fargès-
Mericourt, Annuaire du Bas-Rhin, 1806. — Càdbt-Gassicourt, Voyage
en Allemagne, Paris, 1819. — Cauos, Voyage dati'S les nouveaux
départements. — Â. Sghrbiber, Guide du voyageur sur le Rhin, 1822,
p. 61.
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OOLLROTIONB BT C0LLBGTI0NNBUR8 ALSA.CISM8 207
mètres, qu'il avait eu la patience de coller sur toile, de copier
et d'expliquer ; la hauteur était de 21 centimètres.
M. Cadet, qui demeurait place d'Armes n*' 35, était secré-
taire de la Société des arts et sciences du Bas-Rhin ; il se
liyra à de bonnes recherches sur la mécanique céleste, la
minéralogie, Vtle de Corse et sur les secousses des tremble-
ments de terre. L'histoire fabuleuse par suite de la possession
de son papyrus, avait été aussi l'objet de ses études. Cadet-
Gassicourt le jugeait tout à fait digne d'être de la 9^ classe de
rinstitut.
En 1806, le cabinet de M. Pasquay ^ était un des ornements .
de sa maison de campagne située à l'extrémité de la prome-
nade du Contades. Il était riche en minéraux, métaux et
cristaux, et il faisait l'admiration des connaisseurs tant par la
richesse des pièces que par Tordre avec lequel elles étaient
disposées.
Le cabinet de M. Pasquay fut acheté par M. Mathieu, ban-
quier*; « Le 6 avril 1809, dit Cadet-Gassicourt •, on m'a fait
voir ce cabinet de minéralogie; j'y ai remarqué de belles
roches composées, de beaux échantillons, des minéraux nou-
velIemeLt découverts, tels que le chrome, le tellure, le tung-
stène, le molybdène, etc., des feldspaths magnifiques, et une
pépite d'or d'un volume considérable. >
En 1869, à la rente du restant de la bibliothèque de l'hel-
léniste Brunck, outre de beaux et bons livres, il y avait
^ M. Pasqnay, ex-officier municipal à Strasboarg, avait deux ex lihrin,
l'on représentant des ouvriers travaillant dans des mines, l'antre son
blason. U avait d'importantes fabriques à Wasselonne.
■ Far6BS-M6rigourt, Ann/uaire du Bas-Rhin, 1808, p. 147-153. —
GRAFrBKADBR, Topoçraphte de Strasbourg ^ 1816, p. 394.
* Voyage en Allemagne, Paris, 1819, p. 13. Admis au Casino, le phar-
macien de l'empereur y vit beaucoup de gens de mérite, hellénistes,
antiquaires, minéralogistes, bibliographes. On fait grand cas de l'érudi-
lion à Strasbourg, observe-t-il.
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206 KBVUE d'alsagb
quelques tableaux qui furent tirés sans doute avec d'autres
du château de Dachstein pour subir le feu des enchères^
mais qui n'appartenaient pas à ce savant. Citons parmi ces
toiles un beau portrait aux trois crayons du préfet Lezay-
Marresia. Guérin Ta supérieurement reproduit par la gra-
vure; M''* de Lezay-Marnesia, en costume du premier Empire,
en était le pendant. Ce pastel était dû à un amateur de Stras-
bourg nommé Cousin. M"^ de Lezay-Maraesia, née de Ganisy,
avait épousé en premières noces M. de Briqueville. On remar-
quait encore un portrait de Gagliostro, épave du château de
Savenie, et trois tableaux par M"* Daniche, qui peignit i
Strasbourg, sous TËmpire, de si charmants portraits d'enfieuits.
Ces toiles représentaient des jeunes filles avec des lapins, un
chien, un mouton.
Les volumes de Brunck sont reconnaissables à leur belle
et bonne reliure, et à Vex Ubm armorié gravé par J. Stried-
beck. Brunck, né à Strasbourg en 1729, y mourut en 1802.
Ses éditions d'auteurs grecs et latins sont très estimées.^
M. Mathieu Faviers, inspecteur aux revues des armées de
Moreau et de l'empereur, avait formé une collection de
tableaux, parmi lesquels brillaient deux Salvator Rosa, des
Teniers, un tableau de l'école de Van Dyck, et de bonnes
toiles de l'école espagnole. Plus tard, il en transporta beau-
coup à Paris, entre autres le jeune Tobie guidé par l'ange
d'après Raphaël, et gravé en 1812 par C. Guérin. D laissa
cependant à Strasbourg un beau Murillo, un paysage de
Tempesta et un saint Jérôme par un peintre inconnu. V Alsace
nobk a reproduit les traits du baron Mathieu-Faviers.
Quelques tableaux et deux paysages par Teniers se voyaient
chez M. Charles Rins.
^ Gh. Mehl, La Bibliothèque de R. Brtmok, Strasbourg, 1870. Tous
les livres ne provenaient pas de Brunck.
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GOLLBCnONS BT OOLLECTTONNEURS ALSACIENS 209
M. Scbœnlaub possédait le portrait de l'empereur Maximi-
Uen peint en 1506 et envoyé dans le temps au commandeur
de l'ordre de Saint-Jean à Strasbourg, qui l'avait hébergé
ayec sa suite.
M. BouTet, membre du directoire des hôpitaux militaires,
avait collecté de* beaux tableaux et de bonnes gravures. D
avait deux Philippe de Champagne et plusieurs maîtres
flamands et français.
Le chirurgien-dentiste Laforgue, pensionnaire du roi,
demeurant place d'Armes, n"" 5, était un collectionneur pas-
sionné; il avait un médaillier de plus de 2,000 pièces, tant
anciennes que modernes, toutes d'une belle conservation et
quelques-unes très rares; quelques tableaux et des cartons
de gravures d'Ëdelinck, de Drevet, d'Audran, de Wille et de
tous les maîtres connus. Laforgue fils, dentiste comme son
père, était comme comique accompli l'un des amateurs les
plus aimés du théâtre français de Bienfaisance (1798-1799).
Les amateurs et curieux étaient toujours sûrs de trouver
quelque chose à acheter ou à brocanter chez Laforgue ^ père,
dont Beyer a lithographie le portrait.
La destruction de cinq tableaux et de plus de cent cinquante
dessins de Benjamin Zix, l'artiste strasbourgeois par excel-
lence, qu'avait réunis avec tant de peine pour le musée de
Strasbourg son dévoué conservateur Ëgmont Massé, nous
engage à citer très sommairement les amateurs de son œuvre.
Benjamin Zix, à qui l'on doit les dessins de trois bas-reliefs
de la colonne Vendôme, fut tour à tour volontaire à l'armée du
^ Strasbourg avait alors deux marchands de tableaux, qui se mêlaient
en même temps des réparations : Fachs, quai des Pêcheurs, et Langer,
quai des Bateliers. On trouvait quelquefois de bonnes toiles chez eux.
Le dernier avait acheté delà ville quatorze grands tableaux allégoriques ;
il les nettoya et en publia la description. l\ en croyait trois d'Albert
Durer ou de son école, et il espérait les revendre à la ville. Ces petites
m^ventures locales n'arrivent que trop souvent.
Nouvelle Série — 4* année 1^
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^10 RByUB D*ALRACE
Rhin, dessinateur, grayeor attaché au grand quartier général
de Tempereur. Vivant Denon, bon juge en fait d'art, Testimait
beaucoup. Il mourut en 1811, dans Ja force de TAge, à Pérouse;
il dessinait alors les champs de bataille dltalie.
L'admirable esquisse de. la bataille d'ËylHu, qui a inspiré
le baron Gros pour son tableau, était chez âon neveu M. Gh.
Bœrsch, rue des Tonneliers, à Strasbourg. F. Schuler, archi-
tecte, son ami d'enfance, avait soixante-douze compositions
pour les Métamorphoses éFOvide^ datant du commencement
du siècle. En J870, ces dessins, moins deux, passèrent au
musée et devinrent la proie des flammes.^
Heitz, le libraire, avait dix-huit dessins ou aquarelles et
cinquante-huit pièces gravées; Egmont Massé en avait réuni
neuf. Le général de Schauenbourg, commandant le corps
d'armée chargé d'opérer en Suisse contre les petits cantons,
avait distingué notre dessinateur, alors sous-officier d'infan-
terie. Il l'attacha à son état-major et, à la paix, Zix fut reçu
chez lui comme un ami ; il donna des leçons aux enfants du
général, et l'un d'eux, ancien pair de France, possède encore
de lui des portraits de famille, cinq sujets des campagnes en
Suisse de son père, l'entrée à l'abbaye de celui-ci en 179S, la
reprise du fort de Eehl par 1,500 Français, dont une partie
était de la garde nationale de Strasbourg; enfin des yues de
la maison de campagne de Geudertbeim.'
Un autre artiste strasbourgeois, moins célèbre que B. Zix, .
quoique ayant fourni une plus longue carrière, est Christophe
Guérin, décédé en 1830, conservateur du musée de la ville k
^ Avec \^Féte du Village, la Danse de VOurs, les Musiciens ambulants,
Orphée et Eurydice; souvenir d'Oberlln, Pfeffel et Winckel, dessins; les
Musiciens du régiment, tableau
■ V. Zix, par le baron de Schauenbourg, 1881; CataL Heitz, 1868;
Cotai. Massé, 1864; Cotai, du musée de Strasbourg, 1841, Pitou, Hbr-
MANN, etc. Les œuvres de Zix se trouvent même à Vienne (Belvédère,
galerie Gzernin, etc.).
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COLLBCnONB ET 0OLLB0TI0MNBUB8 AL8A0IEMB 211
rftge de 62 ans. Beyer nous a conservé sa sympathique phy-
sionomie. Il avait réuni quelques gravures, quelques toiles,
un Rembrandt et un Salvator Rosa, et des dessins. Il avait été
se perfectionner à Paris, et avait eu pour maîtres Jolain et
MfiUer de Stuttgart DrôUing père passant à Strasboui^ eu
1785, fit son portrait en deux heures. Guérin^ dessina presque
tous les hommes remarquables de TAlsace. Il était non-seule-
ment un bon peintre, mais encore un amateur éclairé. Une
fois, cependant, son zèle, pour augmenter par la qualité et
non par la quantité, le dépôt artistique qui lui était confié,
fut récompensé d'une singulière façon. Il avait acheté pour la
minime somme de 1,500 francs un petit chef-d'œuvre, une
scène de cabaret par Van Ostade; tous les amateurs qui visi-
taient le musée en conservaient le souvenir le plus agréable;
à une vente à Paris, ce prix aurait été plus que quintuplé
Un blâme lui fut infligé par le Conseil municipal.' Ce Van
Ostade pourrait bien provenir de la collection de M. Ebrard,
amateur qui avait prêté pour Texposition des amis des arts
de 183S, une scène militaire de Lantara et des buveurs par
Van Ostade. — M. R. de Bussière avait envoyé le beau
tableau de Gérard, Corinne au cap de Micène.
La demeure d'un autre artiste naturalisé Strasbourgeois,
Ohmacht) ressemblait à un véritable temple des arts. Dans
un salon arrangé avec goût, on remarquait ses deux statues
d'Hébé. Ces deux figures toutes olympiques, Tune vêtue,
Fautre presque nue, offraient aux regards du spectateur
enchanté tout ce que la jeunesee et les grftces avaient de plus
séduisant. Ces statues en marbre étaient de grandeur natu-
relle et agenouillées, la coupe céleste dans la main. Une
Vénus en marbre sortant du bain faisait le digne pendant à
^ U était le frère da célèbre portraitiste Jean Guérin.
* Bibliographe alsacien, 1863, p. 139
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21^ REVUS d'alsagb
ces deux œuvres d'art Quelques tableaux de bons maîtres
ornaient les murs.^
Dans une très intéressante notice sur les développements
du dessin d'impression de toiles peintes en Aibace, feu H. Lebert
a donné dans la Revue d Alsace^ année 1865, de curieux ren-
seignements sur les artistes qui appliquaient au siècle dernier
leur talent aux travaux de Tindustrie. Il nous montre Pille-
ment, le dessinateur des chinoiseries. Ses capricieux dessins
à la mine de plomb, touchés par des couleurs au pastel un
peu estampées, sont charmants de goût et de gracieuse com-
position. Sa collection gravée ne peut donner qu'une faible
idée de la touche spirituelle de l'original. Toutefois ce genre
de dessin n*est qu'un style bâtard du chinois compris avec la
libre allure d'un artiste de l'époque de Louis XV. L'établisse-
ment de M. Eoecblin, à la Cour de Lorraine à Mulhouse, en
possédait une grande collection. Henri Hofer, peintre mulhou-
sien, avait deux dessins de Pillement; il les donna à LeberL
Ce dernier conservait dans < son journal > beaucoup de des-
sins qui avaient servi à la fabrication des tissus, genres Wat-
teau et Boucher; sujets tirés de Lafontaine, de Jean- Jacques
Rousseau, Métamorphoses dOvide, etc., et un fragment du
rideau du lit de Voltaire à Femey. < Amateur d'un art qu'il
aimait avec une ardeur juvénile, Lebert mourut à Golmar en
1886, à 77 ans. > U laissa aussi quelques dessins de Saint-
Quentin, le portrait en pied de ce dernier par B.-M. Lebert
père, ainsi que le calque d'un dessin semblable du portrait
de M. Pierre Dollfus en commandant de la garde nationale.
Saint Quentin, qui se qualifiait de peintre du roi, donna
pour les tissus beaucoup de dessins genre Pompadour; il
reçut l'hospitalité la plus gracieuse chez H. EnoU, de Colmar,
amateur passionné des arts.
M. Hausmann, de Logelbach, avait beaucoup de croquis de
• Àlhum alsacien, 1838, p. 131.
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COLLEOTIONB ET OOLLEOTIONMEURS ALSACIENS 213
cet artiste, et on traîneau dont les panneaux peints à Thuile
sont dans le goût Pompadour.
Voici comment le révérend Th. Fragnall-Dibdin, de pas-
sage à Strasbourg en 1818 S décrit l'appartement d'une des
sommités du haut commerce de- Strasbourg : € Le comptoir
mérite d'être yisité sous plus d'un rapport. Il est orné de
divers portraits représentant les bons aïeux de la famille
Franck; vous y voyez des respectables gentlemen, vêtus du
costume en usage chez nous sous le règne des deux Charles,
plume à la main, papier sur la table, pourpoint de velours,
jabot de dentelles à gros tuyaux. On les prendrait pour des
ministres d'Etat ou des membres du Conseil privé. Au fond
de l'appartement, on voit une dame de petite taille, la plume
dans une main, probablement une lettre dans l'autre. Le
modèle est vivant, et ce portrait n'est rien moins que celui
de Madame elle-même. » Quelques jours plus tard, M"'*' Franck
fit voir à notre Anglais le profil en marbre blanc de sa petite
fille par Ohmacht C'est, selon Dibdin, le meilleur ouvrage de
cet artiste. C'est une production suave et délicate, exécutée à
la grecque.'
* Voyage bibliographique, archéologique et pittoresque en France, tra-
duit de l'anglais avec dea notes, par Crapelkt. Paris, 1825, t. IV, p. 384,
414. — Ces bons aïeux occupaient de hauts emplois dans la ville libre
de Strasbourg; l'un d'eux, dit « le grand patriote », fut élu deux fois
de suite ammeistre après la guerre de Trente-Ans. Ils étaient plus que
des ministres d'Etat, car ils étaient souverains Un ammeistre du
XVn* siècle, J.-F. Wurtz, s'est fait peindre dans le splendide costume
du temps, tenant une lettre à la main, sur laquelle on lit sa qualification
de marchand tout au long; devant lui est son grand livre. Et cet homme
donnait audience à des ambassadeurs quand il le voulait. (Voir la gra-
vure non signée de ce beau portrait.)
' Voir sur la famille Franck ce qu'en dit la baronne d'Oberkirch, t. I,
p. l'/3, 2" édition.
En 1788, H. de Franck, membre du corps des marchands, demeurait
quai Saint-Nicolas
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214 REYUB D'aLSACB
A la Meinau, maison de campagne près Strasbourg, on
voyait encore d'autres œuvres d'Ohmacht. Les statues en
marbre de Flore et de Vénus ornaient une salle splendide;
dans le jardin, un jeune faune en pierre assis sur un rocher,
et près la pièce d'eau un Neptune de grandeur colossale. Le
propriétaire de ces belles choses ^ avait fait son habitation
digne du mattre qui gouvernait alors le monde. En 1809,
l'impératrice Joséphine et sa fille, la reine Hortense, vinrent
souvent visiter ces lieux enchanteurs. De retour à la Malmai-
son, l'impératrice envoya à la Meinau des fleurs rares pour
embellir encore ce lieu charmant. Mais l'invasion terrible et
inexorable arriva; tout ce que Joséphine aimait fut abtmé et
détruit. La Meinau ne s'en releva plus; elle est aujourd'hui
un domaine rural. Le Neptune d'Ohmacht fut transporté chez
M. Hartmann à Munster, et les trois autres statues furent
vendues à la ville, qui les plaça dans son musée. Elles ont
subi le sort malheureux de l'Aubette. Ohmacht avait sculpté
deux fois le buste de M"''' Schulmeister.
La numismatique était représentée par le collaborateur de
Millin^ qui l'avait institué son légataire pour une partie de sa
bibliothèque et de ses collections. F. Winckler, né à Stras-
bourg en 1771, employé au cabinet des médailles de la
Bibliothèque impériale, promettait d'égaler son maître et son
ami, lorsque la mort le ravit au mois de février 1807. Capi-
taine de volontaires au commencement de la Révolution, il
avait été fait prisonnier au fort Vauban, puis conduit en
Hongrie. Son portrait peint par Sers a été gravé par Mecou.^
^ Charles Schulmeister, chef des observateurs militaires sonsFEmpire.
Voir le parafi^raphe que lui consacre Gadet-^ïassicourt U est Tanteor
d'un Vocabulaire pour apprendre Vargot ou le langage des gueux et dee
fUous, à l'usage de la gendarmerie et des fonctionnaires de police.
Magdebourg, 1813; dédié au duc de Rovigo. (Argot français, italien,
hollandais, allemand).
' MiLLiN, Diêcowre prononcé aux obsèques de M, Winckler. Paris, s. 1.
n. d.. in-4% suivi d'une ode en allemand par D. Meyer.
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GOLLBCnONS ST GOLLBCTIONMKURS ALSACIENS 215
Ramoud du Pouget (G.-Ë.-B.), frère du baron Ramond de
la Garbonnières, dont l'éloge funèbre fut prononcé par le
grand Gurier, laissa d'importantes suites numismatiques
dont le catalogue fut imprimé en 1826. Il était né à Stras-
bourg et mourut en 1828 à Paris, dont il avait décrit avec
soin les diverses enceintes.^ MM. de Montjoie, d*Hirsingen,
possédaient un médaillier très complet de pièces romaines
trouvées à Hirsingen même. Ce trésor, par un sort néfaste,
fîit jeté dans TIU en 1792 et n'a pu être retrouvé.
Le célèbre baron G.-J.-A. de Berstett, né à Gerstheim, et
doDtrhOlel de famille était situé sur remplacement actuel de
la VUle de Paris^ est Tauteur d'un ouvrage très recherché
sur les monnaies alsaciennes, imprimé en 1840. Dans la
préface, il avoue que pendant près d'un demi-siècle il a
recherché tout ce qui avait un rapport numismatique avec
TAlsace. Aussi son médaillier était-il des plus complets.
M. Dorlan, avocat à Schlestadt, l'acquit à sa mort, et l'héri-
tier de celui-ci le vendit, il y a deux ans, à la bibliothèque
de rUniversité de Strasbourg.
A Paris, le général Rapp \ dont la statue se voit à Golmar,
avait un somptueux hôtel. Dans sa chambre à coucher étaient
exposés, sur des patères d'or, les sabres donnés par Mourad
Bey, d'autres armes conquises en Egypte, et le couteau du
jeune illuminé de SchSnbrunn. Le beau tableau de Gros,
YÂmour et Ryché, acheté depuis par le musée du Louvre,
était suspendu vis-à-vis du lit Plus tard le général acheta
pu* 7,000 francs le portrait en pied de l'impératrice José-
phine en costume officiel, peint par son compatriote, le peintre
Casimir, de Golmar.'
* BiQnoL-RiSTBLHUBER, UAlsace ancienne et moderne^ 1865, p. 542.
* L. Spach, Le général Rapp {Revue d'Alsace, 1855, p. 439).
' Casimir laissa tons ses dessins et ses tableaux à une nièce de sa
femme. M- Babois (1770-1829).
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316 REVUE D*ALBACK
Le général Glarcke avait orné son habitation de NeuwiUer
d'un superbe vase grec, enrichi de figures peintes en plusieurs
couleurs, au milieu desquelles on remarque un Apollon Husa-
gète, touchant la lyre au moyen d'un plectrum. Cette belle
sculpture passa ensuite dans le château de ReichshofCen, chez
le vicomte Renouard de Bussiëre.^
Le facteur de pianos Sébastien Erard, né à Strasbourg en
1752, avait dans sa belle habitation de la Muette, près Paris,
une belle collection de tableaux anciens des trois écoles. Il
mourut en 18âl, après une douloureuse maladie, ayant rendu
les étrangers tributaires de la France pour les pianos.' Le
professeur Arnold, l'original auteur du Lundi de la Pente-
côtey était aussi un amateur éclairé des beaux-arts. Il avait
parcouru l'Italie et il avait su se former une collection de
tableaux qui attestait son goût
Botaniste, géologue, antiquaire, Engelhardt, mort récem-
ment à Niederbronn, où la confiance éclairée de la famille
Dietrich l'avait placé à la tête de ses importants établisse-
ments, avait commencé de bonne heure de fortes études
scientifiques. En 1820, il publia son Voyage en Alsace (Won-
derungen durch die Vogesen), Il avait rapporté de ses excur-
sions un herbier complet et une belle suite de minéraux.
H. Engelhardt est le fondateur du musée d'antiquités de
Niederbronn, que la générosité de la famille Dietrich a aug-
menté de beaucoup d'objets.
Arrivé au but que j'ai cherché à atteindre, j'allais oublier
le pasteur Oberlin, le bienfaiteur du Ban de la Ro(ihe. Je
vais décrire son modeste intérieur en citant textuellement les
récits des personnes qui ont eu le plaisir de l'approcher.
€ Dans le cabinet de travail, les murs sont garnis de rayons
^ D' RuHN, Niederbronn, 1835, p. 215. La bibliothèque du maréchal
Clarcke fat vendue à sa mort.
* PorPraits et hùtoires des hommes utiles, 1836. N* 3.
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OOLLBCTIOMS ET C0LLEGTI0NNEUB8 ALSACIENS 217
chargés de liyres, de gravures, de peintures utiles à Thistoire
naturelle, de portraits, de cartes. Près d'une croisée est le
bureau du pasteur, couvert de divers volumes et de papiers
ouverts. Sur d'autres tables sont rassemblés des minéraux»
des pierres taillées et de différentes couleurs, un crâne
étiqueté, des herbiers et une foule d'objets divers trop longs à
détailler. Les murs des autres chambres sont garnis de cartes
géographiques, de dessins et de vignettes; au dessus des
portes sont des passages de la Bible. > Plus loin, Oberlin
avait un atelier où se trouvait un tour, une presse, des outils
complets de charpentier, une presse d'imprimeur et de relieur.^
Le professeur Schweighœuser fils présente dans son rap-
port sur les antiquités du Bas-Rhin, inséré dans VAnniuiire
pour 1822, les noms de quelques personnes du département
auxquelles on doit d'importantes découvertes dans le domaine
de Tart ancien, et principalement sur la poterie antique.
C'est d'abord M"~ la baronne de Coëhorn, veuve du général,
propriétaire de l'ancien prieuré dlttenwiller, commune de
Saint-Pierre, qui, dans les fouilles faites dans un pré situé
près de la maison, trouva une foule de vases en pflte très fine
de couleur rouge, ornés de figures dessinées avec goût, et
représentant des danses, des joueurs d'instruments et des
divinités païennes, Œdipe s'arrachant les yeux, des lièvres à
cdté de têtes h!imaines, etc. Quelques fragments portaient des
croix, ce qui ferait supposer que la fabrique commencée du
temps du paganisme avait contmué après l'introduction du
christianisme.'
H. Lambert, juge de paix de Lauterbourg, ville célèbre
par ses trouvailles de vieilles monnaies dès la première
1 Le capitaine P. Merlin, Promenades alsaciennes, p. 100; E-Touyelle,
Le pasteur Oberlin et le Ban de la Roche, 1824 — Visite faite en 479S
(A. Stœber).
' Il est à regretter que je n'ai pu avoir aacun renseigneoient sur Gol-
béry et les collections de sa petite maison de la rue aux Bleds à Golmar.
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218 BEVUE d'alsagb
moitié da siècle dernier, avait réuni beaucoup d^antiquités
provenant de Rheinzabem, dont le nom était encore inconnu.
Le musée de Strasbourg, grâce à M. Lambert, s'enrichit de
vases antiques, de moules de Rheinzabern, et de la moitié
d'une énorme amphore remplie de monnaies romaines, tirée
en 1810 des profondeurs de TErlenbach.
Enfln le respectable curé d^Heiligenberg, Tabbé Euntz,
avait découvert, non loin de ce village, tout un établissement
de poterie antique, urnes cinéraires, vases en terre rouge
très fine, ornés de figures, etc., dont il s'était fait un petit
musée accessible à tous les amateurs. Pendant plus de qua-
rante ans qu'il desservit la paroisse d'Heiligenberg, l'abbé Kuntz
recueillit plus de six cents médailles ou pièces de monnaie à
l'efBgie des empereurs romains, depuis Augaste jusqu'à la
chute de l'Empire.*
D'autres amateurs alsaciens n'avaient pas eu le bonheur
de trouver de quoi former de suite une collection locale. Mais
leurs efiorts signalés par Schweighœuser méritent d'être dtés.
Ainsi le pasteur Lange, à Bouxwiller, était possesseur d'un
vase en verre et de deux cachets, dont un d'oculiste, trouvés
à Ingwiller. Il n'avait pas malheureusement noté la présence
de beaucoup d autres objets. Sa petite collection alla se fondre
avec la suivante dans celle de la ville de Strasbourg. Deux
amphores trouvées dans les fossés de Seltz et des médailles
étaient chez M. Stahl, de Scbilligheim. Des débds antiques,
des médailles, des fragments du zodiaque du Spacbbach, se
trouvent au château de Frdschwiller. Ce sont les fruits
d'explorations intelligentes dans les environs.
^ Voir lettre da 16 mai 1816, adressée à M. le maire de Strasbourg par
les bibliothécaires de la ville (Kentzingbr, Strasbourg et V Alsace, 18^.)
— fRevue d^ÀlsaceJ, Excursion au village éPHeiligenhergt t I, p. 459.
(A. Stœber).
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COLLECTIONS BT COLLECTIONNEURS ALSACIENS 219
Le docteur Weinura, ancien maire de Haguenau, avait
réuni tout ce qu'il avait trouvé sur Brumath : un petit Her-
cule en bronze, d'un dessin barbare, à genoux, la massue sur
la tête; un cachet en serpentine, etc.
Enfin la jolie petite collection d*antiquités de M. Schnœ-
ringer fils est citée déjà par le savant professeur. On sait
qu*elle devint une des plus importantes de l'Alsace. Elle
mériterait une notice spéciale, qui ne peut avoir sa place ici,
à mon grand regret, sa formation étant postérieure à la limite
que je me suis tracée. Dès sa plus tendre jeunesse il avait
marqué son goût naissant de collectionneur, en formant un
riche cabinet de fossiles provenant du sol de sa commune
natale. En 1866, M. de Montrichard lui avait légué ses
médailles et ses vases étrusques.
Telles sont les collections purement locales que cite Schweig-
h»user à la suite de longues explorations archéologiques dans
le Bas-Rhin. Lui-même aimait à s'entourer des débris des
figes anciens. C'est ce qu'a parfaitement rendu un de ses der-
niers historiens :
< En passant près d'une maison de vieille apparence,
c autour de l'église Saint-Thomas de Strasbourg, écrit
c M. Spach, vous auriez peut-être vu Schweighseuser fils se
« promener dans le petit jardin attenant à la maison pater-
« nelle. Dans ce musée à ciel découvert, oti quelques frag-
« ments de statues, quelques bas-reliefs antiques et un
< baptistère * donnaient au visiteur le pressentiment et l'avant-
< goût de la conversation qui l'attendait auprès du collecteur
< de ces richesses archéologiques et artistiques. » C'était bien
là VAtrium digne du consciencieux auteur des Antiquités de
r Alsace, et tel qu'on peut en souhaiter un à tout amateur de
province. Arthur BENOrr.
fia (in h la prochaine livraisonj
^ M"* Sehweighœaser donna ce baptistère moyen-âge à la ville.
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LES
ARCHIVES DE BELFORT
en 1731
S'il est vrai, comme on Ta écrit il y a longtemps, que les archives de
Belfort sont demeurées dans un abandon regrettable, et qu'à la faveur de
llndifférence dont elles ont été Tobjet, des titres importants ont disparu;
si cela est vrai, disons-nous, l'inventaire qui va suivre, tout incomplet
qu'il est, sera utile à ceux qui voudront enfin donner à ce qui existe
encore des monuments écrits du passé belfortain, les soins auxquels ils
ont droit. C'est à ce titre surtout que nous jetons le document dont il
s'agit dans la circulation.
Quant aux personnes qui ont le culte du sol natal et l'amour de notre
histoire, elles lui accorderont une attention que nous n'avons pas besoin
de solliciter. Elles sauront gré à la Retme d'Alsace des régestes rudi-
mentaires qu'elle met à leur disposition.
Le document que nous avons transcrit et que nous éditons, nous a été
communiqué par M. Ed. Casser. Nous lui en exprimons ici toute notre
reconnaissance.
(Note de la directUm.)
Titres de Bdfort
Gejourd'hui premier juin 1781, nous magistrats de la yille
de Belfort connaissant le désordre dans lequel sont les titres
et papiers de cette ville par le temps et les peines infinies,
souvent inutiles, que Ton emploie à faire la recherche, dans
le besoin, des titres pour nos affaires les plus intéressantes,
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LB8 AROHIVXS DB BBLFOBT EN 1731 2Sil
par la confusion dans laquelle ils sont, desquels il n'y a jamais
eu d'inventaire^; étant d'ailleurs à craindre qu'on en détourne
quelques-uns à notre préjudice, ces considérations nous
auraient portés de délibérer de charger une personne de
mettre lesdits titres et papiers en ordre, par liasses numéro-
tées et inventoriées en détail, moyennant une reconnaissance;
et le sieur François Simon, notre greffier, ayant offert de
faire ce travail dans Tordre susdit^ en avons accepté Tofire et
ordonné qu'en présence, alternativement, de quelques-uns
d'entre nous ledit inventaire sera fait, et ensuite sera pourvu
à son paiement.
Fait les jour et an que dessus.
Blétrt l'alné; Lacroix; HonaLESSAux;
P.-F. CuENiN, maître du Commun,
INVENTAIRE
Comptes.
Liasse N* i. — Une liasse de comptes depuis 1482 à 1606.
» JV" i. — Idem, depuis 1607 jusque et y compris 1598.
• JV' 3. — Idem, depuis 1602—1688.
. iV' 4. — Idem, depuis 1684—1716.
. N^ B. — Idem, depuis 1720—1 729.
» N" 6. — Une liasse de cotes de répartition depuis
1648—1698.
» N" 7. — Idem, depuis 1701—1780.
Justice.
Liasse iV' 8. — Une liasse vingt pièces de procédure. —
Procès des magistrats avec le duc de Mazarin pour la justice.
Copie d'un arrôt du Conseil d'Etat du 28 juin 1678, con-
cernant les juges des comtés de Belfort, Ferrette, etc.
' L'inventaire qui va suivre en signale pourtant un à la date de 1619.
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2S2 BBVus d'alsaœ
Deux copies collationnées d'un ordre de Catherine de
Hourgogne, qui défend aux officiers du comté de Belfort de
traduire les bourgeois à leur justice, de Tan 1412.
Un arrêt du Conseil d'Etat du 21 février 1684, qui main-
tient les magistrats de Belfort dans Texercice de la justice.
Une requête des magistrats et un décret de la maîtrise des
eaux et forêts du 4 juillet 1697, qui maintient les magistrats
de Belfort dans la connaissance des délits commis dans les
bois.
Un arrêt du Conseil d'Etat en faveur des magistrats de
Belfort contre le sieur Chappuis, procureur fiscal, qui loi
dé/end de siéger avec eux.
Idem, du 27 octobre 1719, sur la forme de procéder à
l'élection des magistrats.
Pièces et titres concemaiit le Salbert
Liasse JV* 9. — Un titre en parchemin pour le Salbert de
l'an 1487.
Un autre titre de la moitié du Salbert, à charge de payer
6 livres de cire à la Saint-Martin de chaque année, de Tan
1442.
Une copie allemande de la lettre de fhmchise pour la
moitié du Salbert, avec deux copies en français de 1442.
Autres pièces relatives aux entreprises et usurpations
réprimées par les magistrats contre les communes de Cra-
vanche, Evette et Sermamagny. {N-B. Ego.)*
Des remontrances faites par M. le duc de Mazarin aux
magistrats de Belfort au sujet du Salbert, et Us réponses à
icelles.
Un jugement de la maîtrise des eaux et forêts, qui confirme
à la ville de Belforl la possession du Salbert.
N.'B, - Le 29 juillet 1667 — 20 février 1669.
^ Cette annotation est d'une antre main.
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LES ARCHIVES DB BBLFORT BN 1731 228
^ magistrats avaient vendu au duc de Mazarin la coupe
^uSalbert.
Tentative — Les écrits perdus, le duc se serait prévalu
^^ coupes pour établir sa propriété. — Histoire de tous les
^^pôt8 seigneuriaux.
Titres et papiers ooncemant le droit de ohasse.
^osse N"* iO. — Une enquête touchant le droit de chasse.
^o acte de la part des Mœrsberg (Morimont) pour la chasse.
un décret de Son A. S. Ferdinand, archiduc d'Autriche,
î^' confirme le droit de chasse et défend aux officiers de la
^^©uirîe de molester les bourgeois dans leur possession
an 1589.
^ litre original, en allemand, du droit de chasse aux
l^'^geoîs de Belfort, de 1617.
*^^oî3 copies françaises de ce titre.
la^tfcres d'acquisition — Âceensement — Obligations.
^^^'««c N" 11. — Une copie de lettre du roi des Romains,
P*r lacjvielle il assigne des hypothèques pour sûreté d'une
fiomoa^ cle 6,500 florins dont la ville s'était rendue cautiofi.
Oa
^ copie de lettre de Ferdinand, roi des Romains, pour
' ^ Horins affectés sur les revenus d'Angeot
^^^^Ocile de Constance — Les créanciers de l'empereur
"^^ràt de le laisser partir avant d'avoir payé.)
^^li^e d'achat pour la ville d'un pré au dessous des Four-
^'-^-re d'achat de la maison de l'Eture, 1425.
— Paquis de Brasse, 10 noTembre 1428.
^^Vres titres d'achat jusqu'à 1481.
^'^Hat d'une pièce de pré située sur le Vid-Bourg, du
^* iuin 1478.
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2SU BBVT7B D'ALSACE
Billet du comte de La Suze, par lequel il doit à la ville
SS 1. 4 s. bftlois, du 12 janvier 1650.
Autres acquisitions bannales jusqu'en 1728.
Dillârentes pièces.
Liasse jV» i2. — Un état de la perte faite par la ville lors
de la guerre des Suédois.
Un vieux cahier des droits et franchises de la ville.
Une donation de la ville de Belfort et autres lieux, faite par
Fempereur Charles au prince Ferdinand d'Espagne, à chai^
de maintenir les bourgeois dans leurs droits et privilèges.
Un acte contenant le refus fait par les magistrats de prêter
serment à M. de Morimont à raison de ce qu'il ne voulait pas
promettre de les maintenir dans leurs privilèges et franchises.
Une copie des privilèges et franchises par Renaud de Bour-
gogne, de 1807.*
Consultation (avis de droit), en allemand, sur les difficultés
de la ville avec M. de Morimont.
Copie de la défense de Catherine de Bourgogne, de 1412.
(Voir là-dessus Justice^
Une copie de confirmation des privilèges, par Âlbrecbt, de
1446.
Une copie du titre qui concède à la ville le bois des Barres,
1461.
' Noos possédons nne copie de ce titre an snjet dnqnel notre collabo-
rateur, M. Henri Bardy, s'exprime ainsi : « L'acte original n'existe plus ;
« mais aux archives de la ville doivent se trouver deux copies, l'une en
« allemand, l'autre en français, à la suite de l'urbaire de 1472. »
M. Bardy a publié en 1864, dans la Revue d* Alsace, pages 529 à 537.
avec un foc simile de l'écriture du temps, la copie puisée dans l'urbaire
dont il parle. Cette copie diffère de la nôtre en plusieurs points. La
nôtre est en outre suivie des « droits, us et coutumes » dont on a joui à
Belfort depuis 1307 jusqu'à la réunion de l'Alsace à la France.
Nous publierons ce document fort important pour l'histoire de Belfort
et du droit public de la contrée.
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LES ARCHIVES DE BELFORT EN 1731 SS5
1468. -- Une confirmation de la charte deBelfort, de 146S.
1467. — Idem de Sigismond, archiduc d*Âutriche.
1492. — C!opie de la cession faite par Maximilien, archiduc
d'Autriche^ des chftteau et seigoeurie de Belfort à M. de Mori-
mont
1500. — Titre confirmatif de la charte de Belfort, de
Charles, rd des Romains : en allemand.
Une copie du règlement des arquebusiers de Montbéliard.
1644. — Mandement impérial qui fait défense au sieur de
Morimont de troubler la ville de Belfort dans ses franchises
et privilèges,
1544. — Une copie des franchises et privilèges de Belfort,
par Jean-Jacques de Morimont.
1568. — Lettre de don de 800 florins à la ville pour bâtir
les halles, par Ferdinand.
1570, 18 décembre. — Copie du titre confirmatif des pri-
vilèges et franchises de la ville, par Ferdinand.
1589. — Copie d'un accord entre le prévôt et les magis-
trats.
1598. — Sentence sur la dlme novale d'Essert.
1615. — Permission de barrer les biens du seigneur de
Ferrette.
1619. — Inventaire des titres et papiers de la ville de Bel-
fort.
— Une copie sous date du règlement de la Chambre d'Ën-
sisheim entre le prévôt et les magistrats.
— Un avis des magistrats à la régence d'Ensisheim, con-
cernant la succession des enfants.
— Une ordonnance de M. de Baussant, qui défend de
troubler les magistrats dans l'exercice de la justice.
1628. — Un livret des bourgeois résidant dans les com-
munes voisines qui doivent les non-résidences.
1662, 7 janvier. — Une requête à Colbert avec son décret
NonrelU Sénm. — 4^ Année. 15
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926 REYU£ d'alsaob
au bas, qui défend à toute personne de troubler la nlle dans
ses privilèges.
1684. — Ârrét du C!onseil d'Etat, qui défend au duc de
Mazarin de troubler les prévôt et magistrats dans Texercice
de la justice.
1692, 1" juin. — Une ordonnance de M. de Norton, gou-
verneur de Belfort, qui défend aux ofSciers et soldats de faire
pftturer leurs bestiaux sur le finage de Belfort.
1698, 22 février. — Un état des terres vendues par la
ville pour Tabonnement des charges royales.
1694. — Accord avec le prévôt de Belfort touchant le ser-
ment à faire par les maîtres des maîtrises.
1696. — Requête des magistrats et ordonnance au bas de
M. de La Grange, qui ordonne que le receveur des revenus
du duc de Mazarin, refusa/ni de mpporkr sa part des charges^
les supportera. — Encore acte de seigneur 1
1698. — Consultation des avocats de Golmar au sujet du
prévôt.
1698, 13 août. — Un acte de refus par le magistrat de
recevoir le sieur Stadel à la chaîne de prévôt, sur ce qu'il
n'était pas bourgeois.
1698, 8 octobre. — Un état pour les armoiries des bour-
geois de Belfort.
1699. — Requête de plusieurs particuliers de Belfort
pour leurs armoiries.
1702, 5 mai. — Un état ou inventaire des titres de la
ville que le sieur J.-G. Guenin a remis au sieur Drouineau,
procureur à Golmar.
1718, 10 juin. — Une requête et ordonnance de pftturage
(règlement) à l'égard des'habitants.
Pièces et titres conoemant le débit de sel.
Liasse iV" iS, — 1487. — Titre original en parchemin du
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LB8 ARCHIVES DB HELFORT EN 1731 2^
droit de saulnerie en faveur de Belfort, par Wilhelm, mar-
grave de Hohberg, au nom de la maison d'Autriche.
1449. — Copie du titre coafirmatif des privilèges de Bel-
fort par Frédéric, roi des Romains.
1450. — Le titre original en parchemin du privilège de
débit du sel, par Âlbrecht d'Autriche.
1463. — Autre titre pour le même débit, par le même.
1469. — Le titre original en parchemin de la confirmation
du privilège pour le débit de sel et umgelt. par Pierre de
Hagenbach, au nom du duc de Bourgogne.
1649. — Ordonnance du comte de La Suze «au sujet du
débit de sel à Giromagny.
Titres originaux.
Première liasse du N"" 14. — L'original des franchises de
Belfort du mois de mai 1S07.
1817. — Une lettre de franchise des jducs de Bourgogne à
des particuliers après les premières franchises.
1322. — Confirmation du titre de 1307.
1826. — Idem.
1881. — Idem (Redemont, marquis de Badeu).
1840. — Idem.
1857, 26 mai. — Une traduction du français en allemand
des franchises, impositions et servitudes données à Belfort
par Alexis, margraff.
Deuxième Kasse du JV^ 14. — 1875. — Copie de la confir-
mation des privilèges, par l'archiduc Léopold.
1406. — Titre par lequel Catherine de Bourgogne promet
laisser la ville de Belfort dans ses franchises après la mort
de son mari.
1412. — Reconnaissance par la ville de Besançon donnée
à la ville de Belfort, déposant ses titres à l'église de Saint-
Jean.
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SS8 BKVtn d'alsagb
1425. — Lettre de Catherine de Bourgogne ordonnant que
ceux du val de Rosemont doivent nettoyer les fossés.
1485. — Une lettre de donation des fossés avec même
ordonnance que ci-dessus.
1426. — Confirmation des privilèges par TarchiducAlbrecht
1426. — Idem, par Tarchiduc Frédéric.
1441. — Idem, par le tuteur du duc Sigismond.
1448. — Une lettre du serment prôté par Jacob de la
Petite-Pierre, qui confirme les droits de Belfort.
1442. — Une autre du serment du tuteur du duc Sigis-
mond.
1448. — Une autre du serment du châtelain, promettant
de maintenir le. ville dans ses franchises.
1448. — Confirmation des privilèges par l*eropereur Maxi-
milien.
1449. — Serment du châtelain.
1451. — Idem, EmenhofF.
1458. — Idem.
1458. — Serment du prévôt de Belfort.
1460. — Echange du bois des Barres contre la vmine
pâture devers Denney.
1468. — Lettre de confirmation par Pierre de Morimont
1467. — Idem, du prévôt de Belfort, par Sigismond.
1469. — Idem, du duc Charles de Bourgogne.
1469. — Idem (copie), par Sigismond.
1487, 11 septembre. — Acquisition de la voûte sur le
puits sous réglise.
1492, 24 avril. — Serment de Morimont de maintenir les
privilèges et droits de Belfort
— Une lettre par laquelle M. de Morimont permet à la
ville de prendre les magasins de Brisach pour assurance
(garantie) de 600 livres qu'il devait à la ville.
Troisième Haaae du iV* i4. — 1518. — Serment prêté par
M. de Morimont.
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LBS ABCH1VB8 DE BBLFOBT EN 1731 229
1530. — Confirmation des privilèges par Fempereur Charles.
1521. — Confirmation du don d'un canton derrière le
Salbert.
1528. — Confirmation des privilèges par Ferdinand, infant
d'Espagne.
1588. — Serment de Morimont.
1584? — Lettre de prestation de serment des bourgeois à
Frédéric, comte de Furstemberg.
1542. — Idem, à M. de Morimont.
1661. — Lettre de garantie de 6,500 florins assignée par
l'empereur Ferdinand sur les mines de sel du Tyrol. —
Autres engagements.
1562. — Confirmation des privilèges par Ferdinand.
QîÂatrième Ragse du N"" 14, — 1529. — Deux cahiers par-
chemin. — Procès de Belfort avec les villes de Thann, Alt-
kirch, Ferrette et Landser, touchant des institutions.
1570, 18 décembre. — Confirmation des privilèges par
Tarchiduc Ferdinand.
1581. —Idem.
1590. — Une quittance pour l'étang de Rettenans, avec le
titre dicelle, 6 juin 1590.
1627. — Confirmation des privilèges par Tarchiduc Lèopold.
1661. — Reconnaissance de M. le comte de La Suze au
sujet du bois de La Perche.
1684, 17 juin. — Titre de fondation de la chapelle de
Lorette.
1698, 8 décembre. — Titre constatant le droit de nomi-
nation du chapelain de Lorette par les magistrats.
1698, 27 octobre. — Brevet confirmatif des armoiries de
BeUbrt.
1812. — Le titre de fondation de la chapelle de Sainte-
Catherine érigée à Essert à la nomination du prévôt du cha-
pitre et des maîtres-bourgeois de Belfort.
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330 REVUB d'alsaob
Titres du droit d'angall on mnjnialt.
Liasse lY' i6. — Différents titres de 1418, 1422, 1426'
1482, 1497, 1498.
La ville avait le ban-vin .
Etat-major et garnison.
Liasse N" il. — 1662, 7 janvier. — Une requête du
Magistrat et ordonnance de Golbert qui fait défense au com-
mandant à Belfort de rien exiger de la ville.
1679. — Information concernant les exactions de Tétat-
major.
1688. — Une lettre relative aux coupes faites par les oiB-
ders dans le bois des Barres.
Casernes JVM. — Bâties par la ville, 1699 à 1708.
Procédnres.
Liasse N"* 24. — Un dossier pour les magistrats de Belfort
contre le nommé Antonin, marguillier. 1696.
Un sac de procès pour la ville de Belfort contre le duc de
Hazarin au sujet de la pâture.
Liasse N" 28. — Une liasse d'ordonnances particulières
pour la ville de Belfort.
Liasse N"" 29. — Deux liasses de vieux titres, contrats et
papiers inutiles, dont partie sont des actes particuliers de
nous inconnus.
Liasse N"" 30. — Titre de cession faite à la ville, le
29 septembre 1772, par M. Pierron, curé à Belfort, d'une
maison près de la glacière, au bas du château, laquelle est
destinée aux sœurs de Tlnstitution chrétienne.
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LES ARCHIVES DE BBLFORT EN 1731 331
Et cejoord'hui, 28* jour du mois d'août 1781, nous magis-
trats de Belfort avons clos le présent inventaire contenant
vingt-deux feuillets, que nous avons cotés et paraphés; et
après la visite que nous avons faite des archives, avons trouvé
tous les papiers dans Tordre désiré et qui était prescrit par
le procès-verbal ci-devant, dont nous sommes satisfeits, et
ordonnons qu'il sera payé par notre receveur la somme de
100 lÎTres au sieur Simon, tant pour sa peine à Tarrange-
ment des archives que pour les deux doubles du présent
qu'il nous a remis, Tun desquels a été mis sous la clé aux-
dites archives et l'autre dans l'armoire des affaires courantes,
pour y avoir recours dans le besoin. Fait les jour et an que
dessus.
Blétrt l'aîné, Thomas, Lacroix, MomLLESEAuXi
GiJBNiN, maître du Commun .
E. G.
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CURIOSITÉS
DE
L'HISTOIRE DE MONTBÊLIARD
Suite*
II.
TRIBUNAUX ET LÉGISLATION
Tribunaux.
Exclusivement pour la ville de Hontbéliard, la justice était
rendue par le tribunal de la mairie composé des neuf maîtres-
bourgeois de la ville et présidé par le maire, qui n'avait que
voix consultative. Dans les causes criminelles, les neuf maî-
tres-bourgeois devaient être assistés de quatre chézeb on
notables. Pour les habitants des campagnes du comté, la jus-
tice était rendue par la prévôté.
La ville d'Héricourt avait aussi son tribunal de la mairie,
et les populations rurales étaient jugées par la prévôté.
Le bailli d'Héricourt connaissait de toutes les affaires con-
cernant les habitants de la seigneurie du Ghfttelot, et celui
de Blamont jugeait celles relatives aux sujets des terres de
Blamont et de Glémont.
Ces tribunaux avaient remplacé en 1620 un assez grand
nombre de justices inférieures provenant des établissements
* Voir la précédente livraison (Janvier-Février-Mars 1875).
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OURIOSirÉS DB l'hibtoibe db montbéliabd 283
ecclésiastiques supprimés ou des vassaux dont les fiefs avaient
été réunis au domaine du prince.
Les appels de ces tribunaux étaient portés devant le Con-
seil de régence, qui était tout à la fois corps administratif
supérieur et corps judiciaire jugeant en dernier ressort II
prenait le nom de cour et chancellerie lorsqull connaissait
des affaires jugées en premier ressort par les tribunaux du
comté, et de souverain buffet pour celles provenant des jus-
tices des -seigneuries.
Le chef de la magistrature était le cfianceKer, auquel, lors-
que son âge et ses nombreux travaux Texigeaient, était
adjoint un vice-chancelier. La charge de chancelier fut sup-
primée au commencement du XVIIP siècle; dès lors il n'y
eut plus qu'un directeur de la chancellerie.
LégldatioiL
Les lois civiles qui régissaient la principauté de Montbé-
liard étaient : les us et coutumes du pays, les lois fondamen-
tales de l'Empire germanique, les ordonnances des comtes de
Montbéliard; enfin le droit romain, lorsque ces diverses lois
étaient muettes sur une question litigieuse.
La législation criminelle était celle de l'Empire, modifiée
par de nombreuses ordonnances ou coutumes locales. Les
lois pénales étaient d'une rigueur inouïe. En 15S9, un homme,
qui avait parcouru les rues de Montbéliard en costume de
femme, i fut mis es mains du maître de la haute justice,
pour être placé mr une échelle avec deux quenouilles es côtés^
puis fustigé et banni des terres et seigneuries de Son Excel-
lence. » On plongeait trois fois dans l'eau les maraudeurs,
après les avoir exposés dans une cage une heure à la risée
du public. L'adultère par seconde récidive entraînait la décol-
lation pour l'homme qui s'en était rendu coupable, et sa
complice était noyée. Les banqueroutiers subissaient la peine
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284 RBVT7B D'aLSAGB
du carcan et du bannissement. Les faux-monnayeurs étaient
roués; les infanticides étaient noyés.* Les sorciers et sorcières
étaient condamnés au bûcher.' On marquait au front et à la
^ Le 13 mai 1645, une fille, convaincue d'infanticide, snbit le dernier
supplice devant le grand pont de Montbéliard. Elle reçut quatre coups
de tenailles ardentes, un à chaque mamelle et un à chaque bras ; ensuite
l'exécuteur lui coupa la main droite et la mit dans un sac qui fut jeté
au plus profond de la rivière, pour être noyée et suffoquée en icdle.
* La dernière sentence de mort prononcée pour le prétendu crime de
sorcellerie, fut exécutée le 11 avril 1660 contre une malheureuse femme
d'Àllanjoie. Condamnée, suivant l'usage, à être brûlée vive, elle fat, par
grâce, décapitée devant le grand pont; son corps fut jeté dans les
flammes et réduit en cendres. Plus de cinquante victimes de l'ignorance
et de la barbarie de nos ancêtres ont ainsi péri du dernier supplice,
tant à Montbéliard qu'à Blamont et surtout à fléricourt, depuis l'année
1481 jusqu'au milieu du XVII* siècle.
Au mois de septembre 1697 le prévôt de Montbéliard fit une infor-
mation contre Sara Marion, bergère au village du Vemoy; elle était
accusée d'avoir, par sortilèges et maléfices, introduit deux diables dans
le corps d'un garçon de 14 ans. Le ministre de la paroisse, Jean-Georges
Parrot, adoptant aveuglément la prévention, avait pratiqué des exor-
cismes auxquels les esprits malins et diaboliques résistèrent, quoique le
nom de Dieu eut été invoqué à réitérées fois. Ce ne fut qu'à la favenr
d'une bouillie, appelée paipai, que ces diables demandèrent, et qu'on
leur donna par l'organe de la bouche du garçon, que l'on parvint à les
expulser; ce paipai fut composé de. farine blanche et de cinq œufs
pondus par une poule noire et trouvés dans le râtelier du bétail. Après
leur sortie, qui fut précédée de sifflements que tous les assistants ouïrent
très bien, l'enfant fut aussitôt guéri et put de nouveau se livrer à ses
occupations. Nous ignorons si la sorcière fut emprisonnée et poursuivie ;
nous aimons à croire, pour l'honneur des juges, que l'afiaire en resta là.
La plupart des malheureuses accusées du prétendu crime de sorcel-
lerie ou genaulcherie, confessaient ingénument qu'elles avaient fait un
pacte avec le démon, qu'elles étaient allées au sabbat et avaient usé de leur
pouvoir magique pour grever bêtes et gens et jeter sur eUes un mauvais
sort- Toutefois, ces aveux devaient être confirmés par le sceau du diable,
marque ou empreinte sur une partie quelconque du corps, qui montrait
clairement que la sorcière s'était tout à fait donnée à lui et l'avait pris
pour son maître, quittant Dieu. Là où se trouvait cette marque, on en-
fonçait des aiguilles; si le patient n'éprouvait aucun sentiment de dou-
leur, la preuve de son crime était acquise, et le juge, dupe de son aven-
glement et de ses préjugés, n'hésitait plus à prononcer la peine de mort.
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ouRiosrrËs de l'bistoibe de montbéliârd 2S5
joue ceux qui se mêlaient d'arts divinatoires. Les paillards
subissaient la peine du fouet, puis étaient bannis du pays.
On coupait la langue ou les oreilles aux blasphémateurs et
aux calomniateurs. Les suicidés étaient traînés sur la claie et
enterrés au pied du gibet. Les cadavres des individus tués
en duel demeuraient pendant trois heures suspendus par les
pieds à la potence, sous laquelle ils étaient ensuite inhumés.
Enfin, toute exécution capitale était précédée de la torture;
jamais elle ne fut abrogée; mais dans la seconde moitié du
XVIII* siècle on cessa d'avoir recours à ce moyen barbare
d'obtenir l'aveu d'un crime ou la dénonciation des complices.
A chaque exécution capitale, les pères et les mères y faisaient
assister leurs enfants, et afin de mieux imprimer dans ces
âmes encore tendres l'horreur et le souvenir du crime, ils les
fustigeaient sur le lieu même du supplice. Les pasteurs de la
Tille, le maire et le procureur général, les neuf raaîtres-
lM)urgeois et les quatre chasez ou notables adjoints au tribu-
nal de la mairie, assistaient à toute exécution à mori; qui
avait lieu à Montbéliârd.
Les peines contre les braconniers étaient excessivement
rigoureuses. D'après l'ordonnance sur les forêts du !•' août
i 595, les tireurs de venaison trouvés pour la première fois,
étaient' punis d'une amende de 40 livres et d'un mois de pri-
son ; leur arbalète était confisquée, et ils étaient privés du
droit de porter une arquebuse ou d'autres armes. Ils devaient
en outre dire ce qu'ils avaient tiré et dénoncer leurs com-
plices, s'ils en avaient; sinon, ils étaient mis à la question,
et avant d'être élargis, ils devaient prendre l'engagement de
ne plus commettre de délits de chasse. En cas de récidive, on
leur mettait un collier où était suspendue une corne de cerf
en fer, afin qu'ils pussent être reconnus. Ils étaient, en outre,
emprisonnés pendant huit jours, et leur arquebuse était con-
fisquée. S'ils enlevaient la corne de cerf qu'ils portaient au
cou, ils étaient condamnés à la peine capitale.
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2S6 BEVUE d'alsaob
L'ordonnance sur les forêts du 8 février 1779 était un peu
moins sévère. Les braconniers, sujets du prince, étaient con-
damnés à un mois de prison, et au bannissement en cas de
récidive. S'ils commettaient des voies de fait envers les agents
forestiers, ils pouvaient être condamnés à une peine afBictive
et même à mort. Les braconniers étrangers au pays, s'ils
étaient surpris commettant un délit, n'étant pas plus de deux,
étaient condamnés à 50 livres d'amende, et obligés de rester
en prison jusqu'au parfait paiement de ladite somme et des
frais de poursuite et de détention. S'ils étaient trouvés en
troupe, ou masqués et déguisés, ou s'ils avaient opposé de la
résistance, ils étaient poursuivis extraordinairement punis
même corporellement, et leurs armes confisquées.
Les délits de moindre importance, qui n'étaient passibles
que de l'amende ou de la prison, étaient punis arbiirairemmi
par le juge. Le corps ecclésiastique avait le droit, en ce qui
concernait les infractions aux mœurs ou à la religion, d'appli-
quer, sous le nom de cahmge, une remontrance publique
pendant le service divin aux coupables qui, à cet efiTet, étaient
placés en évidence dans le chœur de l'église, et qui étaient
ensuite exclus de la communion pendant un temps plus ou
moins long.
Epreuves judiciaires.
Nos lois modernes ne permettent à personne de se rendre
justice et de se battre en duel. Il n'en était pas ainsi au
moyen-flge, époque où les combats singuliers étaient très
communs, et parfois ordonnés par les autorités judiciaires, à
défaut de preuves, dans les procès civils ou criminels. lie
vaincu était toujours censé avoir tort, et, s'il n'était pas tué,
il devait satisfaction au vainqueur et payer une amende au
seigneur. De là vient le proverbe : Les vaincus paient Pamende.
L'histoire de notre pays offre plusieurs exemples de celte
coutume curieuse. En l'année 1340, un bourgeois de Mont-
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GUBIOSITÉS DS L*HISTOIBB DE MOKTBÉLIABD 237
béliard accusa de vol le bâtard de Mandenre, et le dta devant
la juridiction du maire. Mais les maîtres-bourgeois revendi-
quèrent le jugement comme devant leur appartenir, et adju-
gèrent le champ-clos. Les bourgeois, craignant que le résultat
du combat ne fût défavorable à leur concitoyen, prirent la
résolution de l'empêcher. D'un autre côté, pour prévenir toute
espèce de désordre, la justice du comte de Montbéliard défendit,
sous des peines corporelles, d'y venir en armes. Malgré cette
défense, au jour fixé pour la lutte, les bourgeois, ostensible-
ment armés et en nombre considérable, arrivèrent au lieu du
combat, rompirent les barrières où étaient enfermés les
champions, assaillirent et maltraitèrent le bfttard de Man-
deure, et tout cela sous les yeux du chfttelain de Montbéliard.
Les bourgeois aggravèrent leurs torts en chassant les ser-
gents placés aux portes de la ville par la justice seigneuriale
pour empêcher des actes de violence; plusieurs de ces gardes
furent même blessés grièvement. Les bourgeois se refusèrent
en outre à toute réparation réclamée par le comte.
Non loin de Montbéliard, au village de Mandeure, existait
une épreuve judiciaire digne d'être rapportée. Lorsqu'un vol
avait été commis dans la localité, tous les habitants étaient
invités à comparaître le dimanche suivant, après Vêpres, au
lieu ot se rendait habituellement la justice. L'un des maires^
sommait le coupable de restituer l'objet volé, et d'éviter la
société des honnêtes gens pendant six mois. S'il ne se mon-
trait pas, on en venait à la déoMon du bâton. Les deux
maires tenaient entre eux un bftton assez haut pour qu'un
homme pût passer dessous. Tout le monde devait y passer,
et il n'y avait pas d'exemple que le coupable eût osé le faire;
il restait seul et se trouvait ainsi découvert. S'il eût passé
^ Le village de Mandenre appartenait an comte de Montbéliard et à
Farchevêque de Besançon, et chacnn d'eux y avait nn maire qni rendait
la jastice en son nom.
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238 REYUB d'alsacb
sous le bâton et qu'ensuite on Teût reconnu, personne ne lui
aurait jamais parlé; tous l'auraient fui comme une bête dan-
gereuse. (MiCHELET, Origines du droit français.)
Droit de tuer les enfknts diffonneB.
A Montbéliard, lorsqu'un enfant difforme ou monstrueux
Tenait au monde, il était permis de le tuer, et c'était aux
matrones ou sages-femmes qu'était confiée cette barbare mis-
sion. Le 28 juillet 1764, le Cionseil de régence, sur les obser-
vations du corps des pasteurs, défendit aux matrones d'agir
de la sorte avant la visite du médedn-physicien de la prifici-
pauté. Celui-ci devait décider s'il y avait lieu de détruire ou
de laisser vivre le malheureux enfant difforme qui venait de
naître.
Les juib et ruBure.
Aux XIIP et XIV' siècles il y avait peu ou point de com-
merce; les routes n'étaient point créées; les marchands et les
voyageurs risquaient à chaque pas d'être détroussés par les
voleurs et par les nobles eux-mêmes, dont les châteaux
n'étaient souvent que des repaires de brigands. C'étaient les
juife, ces descendants de la race malheureuse d'Israël, mépri-
sés et maudits par les chrétiens et en butte à toute espèce
de vexations et de spoliations, qui entretenaient le peu de
transactions commerciales existantes alors dans les centres
de population. En France on les accusait d'empoisonner les
fontaines pour entraver les préparatifs d'une nouvelle croi-
sade; mais leur véritable crime était d'avoir acquis des
richesses considérables au moyen de l'usure. Les nobles leur
engageaient leurs châteaux et leurs biens. C'est ainsi que le
comte Othon de Bourgogne avait été ruiné par eux. Jean de
Châlon-Arlay I** leur devait en 1809 douze mille livres de
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CURIOSITÉS DB L'HISTOIRB DE MONTBÉLIABD 299
bons estevenants, c'est-à-dire 150,000 francs de notre mon-
naie actuelle. Ils auraient ruiné au XIV* siècle les sires de
Châlon-Arlay, si ceux-ci n'avaient pas eu l'habitude d'emprun-
ter sans jamais rendre. Us tenaient des tables de change dans
plusieurs villes de la Franche-Comté, à Poligny, à Arbois, à
Montmorot, à Bletterans, à Arlay, à Vesoul. Mais Philippe de
France, duc et comte de Bourgogne, les chassa de cette pio-
yince et donna leurs dépouilles à Jeanne II, son épouse, c Ils
chassèrent, dit Gollut, tous les Lombards et les usuriers
Cpractiquans la banque) dehors du pays, et mesmement des
Tilles de Vesoul, Gray, Montbason, Apremont et Fondremont.
Toutefois, cette Termine ne peut estre tellement estainte, que
encore soubs dame Marguerite ne se trouvassent plusieurs de
leur sorte qui furent chassés à la requeste des ecclésiastiques
du pals, qui promirent à la princesse de faire dès lors prières
annuelles pour son salut, en souvenance et recagnoissance de
ce bienfait. »
Les juifs se retirèrent dans la cité impériale de Besançon
et dans la ville de Montbéliard, y établirent leurs tables de
change^ leurs comptoirs, leurs magasins renfermant des draps,
des soieries, des marchandises de toute espèce. Mais dans ces
deux villes ils payaient un certain tribut, étaient astreints à
I)orter des vêtements avec des marques blanches et rouges,
et avaient des cimetières à part. L'endroit où ils étaient
inhumés près de Montbéliard, est encore désigné sous le nom
de Combe auxju\fs^ et l'on y a extrait une grande quantité
d'ossements.
On possède un curieux document sur la présence des juifs
ou lombards à Montbéliard au XIV* siècle; par cet acte, qui
est daté du S2 septembre 1336, Henri de Montfaucon et Agnès,
sa femme, font des concessions avantageuses à des Lombards
d'Asti établis dans notre ville, et prient Louis, comte de Neu-
chfttel, en Suisse, Gérard de Montfaucon, seigneur d'Orbe^ et
Jean de Gbftlon, sire d' Arlay, de se rendre cautions de l'obser-
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240 BEVUB d'alsaob
vation des clauses de ce traité, et leur promettent de les
dédommager des pertes qu'ils pourraient essuyer en cette
occasion. Cet acte, daté du château de Montfaucon, permet
aux Lombards y dénommés de s'établir à Montbéliard pour
vendre, acheter, prêter de Targent, et faire toutes les opéra-
tions commerciales qu'ils jugeront convenables; le comte
s'oblige de ne point permettre qu'à Montbéliard s'établis-
sent d'autres marcha/nds ^gypUmSj corsins, provençaux,
turcs ou juifs, ni d'autres personnes pouvant prêter de
Targent, pendant le terme stipulé de quinze ans, excepté
Pauxe le juif et sa famille; les objets qu'ils ont reçus en gage
ne peuvent être vendus par eux qu'au bout d'un an et d'un
jour; si aucun terme n'a été convenu entre les parties, ils
doivent être crus sur leur serment dans toutes les difficultés
qui s'élèveront relativement à leur négoce, et ils devront être
jugés par le comte ou par sa justice ; les objets volés qu'ils
auront reçus en gage, ne devront être restitués par eux
qu'autant qu'on leur remboursera la somme qu'ils auront
avancée sur ces objets ; le comte s'engage à ne point s'emparer
de leurs personnes ni de leurs biens, y serait-il requis par le
pape ou par d'autres princes; ils sont libres de s'en aller
quand bon leur semblera; ils ne peuvent être poursuivis
devant aucun juge séculier pour cause d'usure passée ou
future; enfin ils s'obligent à payer au comte chaque année la
somme de 100 livres estevenantes pour les privilèges qui
viennent de leur être accordés.
Près de quinze ans après, le 2 mars 1S50, le comte Henri,
Agnès, sa feoune, et Etienne, leur fils, reconnurent avoir
reçu 800 florins de Demoinges de la Court, citoyen et mar-
chand d'Asti, demeurant à Montjustin; il leur paya cette
somme pour être leur bourgeois, demeurer et marchander à
Montbéliard, à Granj^es ou en quelque autre lieu en leurs
terres qui mieux lui plaira, ainsi qu'à ses compagnons.
Par une ordonnance du 6 mai 1772, le (Conseil de régence
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CUBiosrrÊs de l^hibtoibs db montbélubd 341
décida que tout juif, de quelque âge ou sexe qu'il fût, devait
payer chaque jour 6 sous et 9 deniers. Pareille somme était
due par les juifs chaque fois qu'ils franchissaient les portes
de la ville. Deux barres, tracées à la craie sur le devant de
leur chapeau, indiquaient le paiement de ce droit de péage.
Au XV* siècle on percevait 5 sous eskvenans des héritiers
d'un juif décédé, pour qu'il pût être enterré dans le cimetière
qu'ils avaient au lieu dit la Oontbe des juifs.
Malheureusement ce n'étaient pas seulement les juifs, mais
encore les chrétiens qui faisaient l'usure. Celte plaie s'était
étendue sur tout notre pays, et y faisait au moyen-âge et
beaucoup plus tard de r.ombreases victimes. Nous allons don-
ner quelques exemples de prêts usuraires exorbitants, dont
les victimes furent de pauvres paysans accablés déjà par tant
d'autres impôts qu'ils devaient à leur seigneur. En 1495 un
habitant de Pierrefontaine-les-Blamont emprunta 20 livres
tournois à la cerne annuelle d'un franc^ et il fournit à titre
d'hypothèque sa maison, son verger, une chènevière et
diverses pièces de champs et de prés, contenant en totalité
170 ares. En 1S46 un autre débiteur assura à son créancier
une rente annuelle de 14 quarts de froment pour un prêt de
60 francs.
Les comtes de Montbéliard, dans le but de réprimer
l'usure, publièrent sur le prêt à intérêt plusieurs ordonnances
en 1545, 1558 et 1584; mais elles ne parvinrent point à
remédier au mal. malgré les peines qu'elles édictaient, et qui
consistaient dans la confiscation de la moitié du capital prêté,
dans la restitution des intérêts perçus, et dans une amende
arbitraire. Le 7 novembre 1621, une nouvelle ordonnance du
Conseil de régence interdit les contrats usuraires; l'intérêt
légal fut fixé à 57o, à l'exception des rentes perpétuelles, qui
pouvaient être de 6 1/2 7o.
KoiiTeUe Séné. — 4«« Année. to
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242 RfivuB d'alsàos
Droits Beignenrianx onrienz.
De toutes les charges sous lesquelles étaient courbées les
malheureuses populations rurales pendant le moyen-âge, la
plus lourde et la plus odieuse était la mam-morte. Selon
Dunad de Gharnage {Observations sur la coutunèS du comté
de Bourgogne)^ celui qui y était soumis ne pouvait disposer
de ses biens, ni par acte entre vifs sans le consentement de
son seigneur, ni par acte de dernière volonté, à moins que ce
ne fût en faveur de ceux qui vivaient en communauté avec
lui. D'après plusieurs coutumes, le main-mortable ne pouvait
se marier à des personnes d'une autre condition, c'est-à-dire
à des individus de franche condition ou qui étaient les serfs
d'un autre seigneur. La contravention à cette défense s'appe-
lait for-mariags^ et alors le seigneur prenait le tiers des
meubles et immeubles situés dans sa terre; en outre, si le
main-mortable ne lui avait point demandé Tautorisation de
se marier, il lui devait payer une amende.
En 128S, les habitants de Hontbéliard furent afEranchis
entièrement de la main-morte et de toute espèce de charges
féodales par le comte Renaud. En 1808, ceux de Blamont, en
1888, ceux du bourg de Glémont, en 1874, ceux dHéricourt,
obtinrent la même faveur. Plus tard, les habitants des cam-
pagnes furent successivement affranchis de la main-morte,
en restant néanmoins soumis aux chaînes connues sous les
noms de taiUeSy corvées, prestations, etc. Dans un acte du
81 mars 1584, le comte Frédéric affranchit et adHbera de la
macule de la main-morte tous ceux de ses sujets qui en étaient
encore affectés, tant à cause de son comté de Montbéliard que
chapitre de Saint-Haimbœuf, abbaye de Belchamp et mairie
de Bélieu, en la forme et manière et aux conditions de ses
autres francs sujets corvéables.
Hais, chose triste à dire, en plein XVIII' siècle, les senti-
ments de liberté et de dignité personnelle étaient si peu déve-
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CDBIOBrrÊS DE L'HISTOOffi DE MONTBÉLIARt) 043
loppés cbez nos campagnards, que certains, qui étaient sim-
plement taiilables et corvéables, désirant acquérir des meiiC
(héritages) de main-morte, consentirent à aliéner leur liberté
personnelle, et à'asm0ettir leurs corps et ceux de leurs enfcmts
à cette macule pour la modique somme de 200 ou SOO livres,
qui leur fut payée par le domaine du prince.
Parmi les usages bizarres que la main-morte avait intro-
duits dans le comté de Montbéliard, on doit signaler les
droits de gésine et de douvoL Le premier prescrivait à la
fiUe d'un main-mortable de gésir (coucher) en la maison de
son père la première nuit de ses noces, sous peine d'être
privée de sa succession. Le deuxième, qui était en vigueur
dans la seigneurie d'Héricourt, consistait pour le seigneur à
prendre dans toute hérédité collatérale ht meilleure béte^ le
meUleur meUbk ou B sols à son choix. Ce droit avait proba-
blement pour but de favoriser les mariages et de punir le
célibat.
Un autre droit non moins curieux était celui d'après lequel
les main-mortables, appelés aussi stijets féodaux, étaient
exclusivement chargés d'escorter les criminels jusqu'au lieu
du supplice, de former le cercle autour du gibet, et d'y
adosser TécheUe par laquelle le patient devait monter pour
être pendu.
Au moyen-flge, les couvents, les églises et certaines loca-
lités possédaient le droit d'asile, en vertu duquel les malfai-
teurs, qui avaient pu se réfugier dans ces lieux, étaient à
l'abri des poursuites de la justice.
Ainsi, le 11 mai 1467, le maire de Montbéliard était allé
saisir un individu prévenu de vol, sur un terrain appartenant
à l'abbaye de Belchamp, et l'avait fiait conduire dans les pri-
sons de la ville. Mais, sur les réclamations de l'abbé et des
religieux, il fut obligé, en réparation des atteintes qu'il avait
commises à la justice et aux privilèges du couvent, de recon-
duire son prisonnier dans le lieu même où il l'avait arrêté.
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2U BBVtTB D'AtSACS
Le 15 mai 1637, un moine noir, arrêté à Montbéliard
pour un certain délit, avait été conduit à Gierval, afin d'être
remis aux officiers de Tarcbevêque de Besançon qui en avait
demandé [^extradition. Elle venait d'avoir lieu à la porte
même du château de Glerval, quand le prisonnier, à quelques
pas delà, fut enlevé du milieu de son escorte par les femmes de
la localité qui Tattendaient dans la rue, et qui le firent aussi-
tôt évader. Elles prétendaient en vertu d'un antique privi-
lège, avoir le droit de mettre en liberté tous les prisonm'ers
passant par leur ville, autres que ceux du seigneur.
Les habitants de Bussurel, village de la seigneurie d'Héri-
court, devaient^ le jour de Noël, chacun 5 sols 4 deniem pour
le droit de gîte aux chiens (garde des chiens du seigneur).
Le receveur du domaine pouvait saisir et faire enlever les
portes des maisons de ceux qui n'avaient pas acquitté cette
prestation, et s'ils les replaçaient sanK l'avoir payée, ils
étaient condamnés à une amende de 60 sols.
Un droit féodal de la plus grande barbarie était celai en
vertu duquel les comtes de La Roche Saint-Hippolyte et les
seigneurs de Maiche, lorsqu'ils étaient à la chasse pendant
riiiver, pouvaient faire éventrer deux de leurs serfs pour se
réchauffer les pieds dans leurs entrailles fumantes!
Au temps jadis la coutume ne voulait pas qu'un gentil-
homme sût faire quelque chose. Accusé d avoir dérogé à cet
usage et de s'être livré à des travaux manuels, le sieur de La
Salle, descendant des Montagnon de Bavans, vit le prince de
Montbéliard, son suzerain, ordonner en 1602 une enquête
judiciaire sur sa conduite. Elle lui fut favorable, car elle
constata : t qu'il se tenait d'ordinaire en sa portion du cbft-
teau de Mandeure, vivant noblement de son revenu, sans
faire aumne œuvre mécanique, ne faisant autre chose que
d'aller à la cliasae, s exercer et sepourmener. »
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CURIOSITÉS D£: L'HISTOIRE DE MONTBÉLIARD S45
IIL
DIVERTISSEMENTS
Nous allons parler de la procession de la messe de minuit,
des étreiines de Noël et de la Tante- Arie, des aubades de la
nouvelle année, de la fête de mai, des visites nocturnes, du
Mont-Bart et des Campenotes, de l'ancienne danse du pays
appelée Ajouhtte^ des représentations dramatiques, des bouf-
fons, des tournois, des pas d'armes, du tir à Tarquebuse,
enfin de la milice; choses qui la plupart ont disparu depuis
bien longtemps, mais qui n'en ont pas moins d'intérêt, parce
qu'elles nous font connaître le caractère et les goûts de nos
aïeux.
Procession de la messe de minuit.
Parnîi les folies et même les profanations, dît Duvernoy
dans ses Ephémérides, qui ont précédé la Réforme dans le
comté de Montbéliard. nous signalerons la procession bur-
lesque qui avait lieu dans l'église Saint-Maimbœuf pendant la
célébration de la messe de minuit. Les chanoines, revêtus de
leurs habits de chœur, jouaient du cornet à bouquin et fai-
saient de ridicules gambades, en promenant autour du maître-
autel différents animaux, tels que des chèvres, des porcs, des
chiens. Ils étaient suivis d'une populace ignorante, qui hurlait
dans le sanctuaire des chants dignes de cette cérémonie scan-
daleuse.^
^ Quoique une pareille cérémonie fut blâmable ù tous les points de
vue, parce qu'elle profanait la majesté du lieu saint, il faut reconnaître
qu'elle n'avait pas lieu seulement à Montbéliard, mais dans un grand
nombre d'autres localités. C'était une manière naïve et grossière de rap-
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^6 REVUE d'AUSAGB
EtrenneB de Noël.
L*us8ge des étrennes de Noël est très ancien parmi nous.
Au XV comme au XVI* siècle, le Magistrat de Montbéliard
s'empressait, le 25 décembre de chaque année, de présenter
au souverain un cadeau consistant en un certain nombre de
pièces d'or renfermées dans une bourse de velours; il en
ofErait aussi au bailli du comté et aux principaux officiers.
Encore aujourd'hui c'est aux fêtes de Noël que des cadeaux
sont censés donnés aux enfants par la lante-Arie, dont nous
parlerons plus loin, et par leurs parrains et marraines. Dans
les villages de l'ancienne seigneurie de Neuchfltel (près de
Pont-de-Roide), ils consistent dans un gros'pain de fleur de
farine pétrie avec du lait, sur lequel on enfonce à moitié une
pièce de monnaie. Ge pain est vulgairement appelé ct/^/etiti.
Cette espèce d'étrennes date du temps de la féodalité, où les
serfs et les pauvres paysans n'avaient rien de meilleur à
donner que du pain de bonne qualité. Aussi, dans la seigneu-
rie de Neuchâtel, le pain dit cugneuU formait-il une des prin-
cipales redevances seigneuriales.
La Nouvelle-Année.
La veille du jour de l'an, pendant la nuit, les jeunes gens
parcourent les rues de chaque village en chantant le Bon-Ân^
et s'arrêtent devant les maisons des principaux habitants
pour demander quelque chose :
1.
Voici lou bon-an qu'a veni,
Que toul lou monde a rédjoyi;
Atant lie grands que lie petets.
peler au peuple que le Sauveur du monde était né dans une étable au
milieu de toute espèce d'animaux domestiques. — N'était-ce pas plutôt
une réminiscence traditionnelle des bacchanales ?
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CURIOSITÉS DE L'HISTOIRE DE MONTBÊLIÂBD 247
Refrain.
Due vos boutai tant bouenne onnaye,
Tant bouenne onnaye que vos souhaitai.
Beillie' nos de vos étchàlons (noix), [Bis.]
Que saut pés dedans vos mazons.
3.
Beillie nos de vos bons toutchai (gi^teaux) [Bis.]
Que saut dans Tairche a pie di lai (lit).*
4.
Beillie nos de vos bons côtis [Bis,]
Que sant pendus ai vos rentis.
5.
Beillie nos de vos bons tchambons (jambons) [Bis.]
Que sant pendus ai vos bfttons.
6.
Copai (coupez) a lai (lard) sans rededjai (regarder) [Bis.]
Bailliez vos vadje de vos côpai (couper).
7.
Beillie nos lou pô (porc) tout entie [Bis.]
Lie du (deux) oroilles» li quatre pie;
8.
Lai poignie d'ordgent sans comptai; [Bis.]
Beillie vos vadje de vos trompai.
9.
Due bénisse cette mazon, [Bis.]
Et tos les dgens que dedans sont.
10.
Se vos ne vliaies ren nos beillai, [Bis.]
Ne nos laichie pé erratai ;
* Variante : Tchampai (jetiez).
* Idem : Que sont paitris a hian laissai (au blanc lait).
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2d8 BEVUE d'albagb
11.
Nos an lai pie tôt edjolai, [Bis.]
El lai bairbe toie (Qivrai (givrée).
12.
Due vos boutai dai rettes ("rats) aissai, [Bis.]
Pea de tchai (chats) pour les ottropai.
RefiriUn.
Due vos boutai tant boenne onnaye,
Tant boenne onnaye que vos souhaitai.
7ête de mai
Lorsque les froidures de l'hiver ont disparu, que les tîèdes
Jialeines du printemps commenœnt à se faire sentir, et que
sous leur douce influence la terre se pare de fleuri et de ver-
dure, la joie réjouit tous les cœurs; les forces nouvelles qui
animent la nature retrempent le courage de l'homme; le
sang appauvri du vieillard se réchauffé aux rayons d'un soleil
bienfaisa!!t, et la jeunesse, en qui se réveillent l'amour et le
besoin des plaisirs, fête par des chansons et des danses le
retour du joli mois de mai. Pour présider à leurs joyeux
ébats, les jeunes gens du pays de Montbéliard font choix
d'une mairiotte (reine de mai) parmi les filles les plus jolies
et les plus sages du village. C'est aussi dans la nuit du
1" mai qu'ils placent devant les maisons où il y a des filles
à marier, des arbres déjà couverts de leurs feuilles, et appelés
mais. Si cet arbre est un hêtre, il est une distinction flatteuse
pour la personne qui en est l'objet; un cerisier annonce des
mœurs suspectes; un saule, une verne ou tout autre arbre
à feuilles tombantes, le déshonneur.
Visites nooturnes.
Dans nos villages, comme dans ceux du pays de Porrentruy
et de la Suisse française, les garçons vont pendant la nuit et
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CURIOSITÉS DE L'HISTOIBB D£ MOMTBÉLIiLElD 240
sur le point du jour chanter des aubades sous les fenêtres
des maisons où il y a de jeunes et jolies filles. C'est ordinaire-
ment la yeille du dimanche qu'ont lieu ces rondes amoureuses
et nocturnes. Leurs chansons roulent sur la guerre el l'amour,
sur le rossignol qui aime et chante comme eux, sur la lune
qui les guide, sur le chien qui aboie, et sur les charmes de
leurs maîtresses qu'ils prient de les introduire auprès d'elles.
Ces chansons sont ordinairement en patois et d une mélodie
simple et traînante, qui permet de les chanter à gorge déployée
et de faire retentir les échos d'alentour. Les paroles et sur-
tout la musique ont un caractère national et antique, telles
que celles-ci :
Ouvrez-moi votre porte,
Belle, si vous m'aimez, etc.
* *
Ça les gâchons de mintenant
Que s'en vant, que s'en vant
Voêre les filles, grillenant,
Grilienant les briques (morceaux) de verre,
En guise d'ordgent.
La jeune villageoise attend ordinairement ses amoureux
et veille près du foyer; si elle est couchée, elle se relève pour
les recevoir. Ceux qu'elle favor^jse, passent la nuit sur le
même lit, et ce qu'il y a de plus singulier, c'est que les
parents ne mettent aucun obstacle à ces familiarités, les
favorisant même quelquefois, et qu'il est très rare qu'elles
aient des suites fâcheuses pour la réputation de la belle.
Nous reproduisons une chanson relative à cet antique
usage, devant lequel ont échoué le blâme sévère des mora-
listes et les prohibitions pénales du gouvernement de l'ancienne
principauté de Montbéliard :
1.
Po in duemoëne, aipré soupai.
Me vint aine aivisai :
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250 BEVUE D'ALSACE
Ai lai puotche mai bio-aimai
Tout drait m'en s6-troUai. (Bis.)
2.
Euvrît rai puotch', lai belle, euvrie
Lai beir, se vos m'aimai ; —
Et d'aine main me vint euvri,
De l'atre m'embraissi. (Bis.)
3.
— Devétie vos, détchassie vos,
Mon aimi, couetchie vos; —
Ai ne fut pé chitût i lé,
Lou golant s'endermé. (Bis.)
Révoillie vos, revirie vos,
Virée vos devé moi.
Dis que les nues airaient tra (iijous,
Dremirai vos tuodge? (Bis.)
5.
— Aine atre fois qui rêverai,
I vos contenterai; —
— Aine atre fois que te vérai.
Lai puotche fromerai. — (Bis.)
6.
Quand te tignos lai caye es biais,
Te daivos lai plumai;
Quand te tignos lai pie a nid,
Te daivos lai saisi. (Bis.)
Le Mont-Bart et les Campenottes.
A une petite lieue à Touest de Montbéliard se trouve une
montagne élevée, le Mont-Bart, du sommet de laquelle on
découvre une vue magnifique. Chaque année, au printemps,
elle se pare de perce-neige et de belles fleurs jaunes appe-
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CURIOSITÉS DE l'histoibe db montbêliabd 251
léee dans le pays Campenottes (Faux- Narcisse). Les jeunes
gens de la ville et des environs s'y rendent en foule pour les
cueillir, et en former des guirlandes et des couronnes qu'ils
rapportent chez eux. En descendant de celte montagne, ils
s'arrêtent dans un cabaret du village de Bart, renommé pour
ses fritures^ et s'y livrent aux joyeux ébats de la danse.
Le Mont-Bart et les Gampenottes ont inspiré à un poète de
Montbéliard les vers suivants :
1.
C'est le MoiU-Bart, ce beau mont, qui m'inspire \
C'est du sommet de sa roche au corbeau,
Si ses échos répondaient à ma lyre,
Que je peindrais un ravissant tableau.
2.
Sur cette roche, où jadis le Druide
De sa feux d*or allait couper le gui,
On voit encore une pierre homicide
Que Ton gravit sans horreur aujourd'hui.
Des vieux Gaulois quand j'écrirai l'histoire.
J'aurai recours à Tacite, à César;
Mais aucun d'eux, si j'ai bonne mémoire,
N'alla jamais visiter le Mont-Bart.
4.
De Montbéliard c'est un pèlerinage ;
D'avril en mai, sur ses flancs arrondis,
On va cueillir, sous le naissant feuillage,
La belle fleur qui dore le taillis.
5.
La Campenotte! A ce nom je m'incline.
De mon enfance 6 l'heureux souvenir !
Même au retour de l'âge qui décline,
On la revoit toujours avec plaisir.
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253 RBVUS D*ALBAOB
L'Ajoulotte.
I/Ajoulotte, appelée aussi VoUkn, était une danse qui a
pris son nom du pays d'Ajoie, dont l'ancien comté de Mont-
béliard faisait partie. Elle était d'un caractère gai et cham-
pêtre, et remontait à la plus haute antiquité. Suivant Masson,
l'auteur de la Nouvelle- Astrée, elle se composait d'un rang de
danseurs entremêlés de danseuses. Il n'y avait que le pre-
mier couple qui dansait en tournant et en formant une
spirale rentrante. Quand ce couple avait fini, il se détachait,
et le suivant lui succédait. Cette danse n'est plus usitée dans
le pays de Montbéliard.
Beprésentationa diamatiques.
Les comptes de l'hôtel-de- ville de Montbéliard ou missions,
nous fournissent quelques détails curieux sur les représenta-
tions théâtrales qui, sous le nom de mystères, jeux, sotties ou
moralités, ont fait les délices de nos ancêtres. La foi naïve
respire dans les mystères, dont tous les sujets étaient pris
dans les Saintes Ecritures; la satyre ou l'ironie dans les sot-
ties; le précepte dans les moralités. Toutes ces œuvres, qui
sont l'expression de l'art dramatique dans son enfance, méri-
tent d'être étudiées au point de vue surtout des traits de
mœurs, des détails minutieux, des peintures locales qu'elles
renferment, et qui dorment une idée exacte de celte époqiic
reculée.
Au XV* siècle, les représentations dramatiques étaient
assez fréquentes à Montbéliard. On les donnait de préférence
aux jours des grandes fêtes de l'Eglise, et même pendant la
semaine sainte, sur la place des Halles, où elles attiraient un
nombre considérable de spectateurs.
La représentation d'un mystère était une opération diiBcile
et compliquée, qui demandait des préparatifs longs et coû-
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CTîRiosiTÉs DE l'histoire dk montbéltard 253
teux, surtout lorsque ce spectacle devait avoir lieu dans une
petite ville comme Montbéliard, car il fallait faire venir de
loin les* costumes, les décors, et souvent les acteurs eux-
mêmes
Pour la représentation des mystères, la scène était divisée
en trois parties distinctes: la partie élevée représentait le
paradis, où se tenaient Dieu et ses anges; la partie du milieu
était consacrée à la scène proprement dite, où se jouait
Faction; enGn dans la partie basse se trouvait Tenfer, réservé
à Satan et à ses noirs acolytes. Le diable était représenté
hab'tuellement par un dragon à la gueule béante et vomis-
sant des flammes.
En 1488 et 1487, les compagnons (acteurs) représentèrent
un mystère dont le titre n'est pas arrivé jusqu'à nous. En
1456 et 1457 ils donnèrent kjeu de la résurrection Kostre
Seigneur; en 1479 et 1495 ils jouèrent la Passion; en 1489
on célébra le jeu Mgr Saint- Maimbœiif, patron de la ville,
dans lequel figuraient les anges, le diable, la gueule d'enfer
et le navire du saint.
Les dépenses occasionnées à la ville pour cette dernière
représentation, furent assez considérables. Ainsi la ville donna :
« S2 gros blancs pour les dépens d'un Allemand, de Tbann,
qui avait apporté certains habits pour les anges, et audit
njaîlre, pour les ailes des anges, pour une couronne et deux
chefs (probablenent deux coiffures) de poids, 2 francs ot
8 gros; et pour avoir été quérir ledit Allemand à Thanii.
6 sols bftlois. 11 fut dépensé pour les compagnons qui firent
\es parquets (décors?) de la Passiœt en Thostel de Regnault
Trinquate, 27 gros et demi pour six livres de pâte poîir
refaire la gueule (f enfer. »
Le mystère de saint Maimbœuf devait avoir d'autant plus
d'attrait pour les habitants de Montbéliard, que l'on se propo-
sait de mettre en action et de glorifier la vie et le martyre
d'un saint vénéré dans tout le pays, en l'honneur duquel avait
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254 RBVUK D^ALSACfi
été bâtie une église et fondé un chapitre dans Tenceinle
même du château.
Il fut donné à Huguenin le peintre : < 7 francs et demi
pour avoir fait la gorge d'enfer et le navire du jeu Mgr saint
Maimbœuf. et ce pour la part de la ville par marché fait avec
ledit Huguenin par MM. du chapitre et par MM. les bour-
geois, et en ont payé lesdits seigneurs du chapitre autant. >
Le registre de la vie de Mgr saint Maimbœuf fut composé
par un beau-père Cordelier, qui reçut 7 francs pour ses
peines et salaires, et aussi pour avoir fait grand séjour au
racorder les personnages, 2 francs et demi (pour avoir dirigé
les répétitions de l'ouvrage).
La représentation eut lieu sous les halles, où Ton avait
construit des loges, et elle dura deux jours. Cela n'a rien
d'étonnant si l'on songe que ces sortes d'ouvrages étaient
fort longs, et comprenaient quelquefois plusieurs milliers de
vers.
En 1503 eut lieu une nouvelle représentation, mais cette
fois ce fut le jeu de Mgr saint Sébastien. Dans ce mystère,
comme dans celui de saint Maimbœuf, se trouvent la gaUéé
(le navire) et la gorge cFenfer. D'après le compte que l'on en
possède encore, il fut baillé 22 gros et demi à Jacquot Quarré
c pour de la toile prise vers lui pour faire lu gallée et la
gorge d'enfer dudit jeu ; de même 3 gros et demi à Jean
Buerry par l'ordonnance des peintres pour du noir pour pein-
turer la gallée et gorge d'enfer. »
Le bruit de Tenfer était imité au moyen de tambourins,
comme cela résulte du passage suivant : c Item, baillé à
Nicolas le bourrelier pour deux peaux de poUaing (poulains)
pour avoir fait des fonds de tambourin pour enfert, pour
chacune peau 6 blancs. » Le même compte mentionne aussi
à diverses reprises certains individus engagés par la ville
pour mener le tambourin pendant le jeu.
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CURÎOSTTÉS DB L^HISTOItUE DE MONTBÊLIARD 355
Dans les mimons ou comptes pour le jeu de Mgr saint
Sébastien, figure à chaque instant maisire Pierre k sueur,
qui reçut pour ses peines et salaires 10 florins d'or. A en
juger par le chiffre élevé de ses appointements, ce maître
Pierre devait avoir un riMe important dans le spectacle. Comme
semble l'indiquer son surnom, il était Tun des principaux
acteurs, et peut-être même le directeur chargé d'organiser la
représentation.
Pour la représentation de ce mystère, la municipalité de
Montbétiard fit encore venir le frère Claude et deux corde-
liers, qui turent non-seulement logés et nourris, mais encore
habillés à neuf de pied en cape aux frais de la ville. Parmi
les dépenses nombreuses qu'ils firent, s'en trouvent qui sont
relatives à des figues, des dragées, de Thuile d'olive qu'on
leur fournit. On ne les laissa point avoir soif; ainsi frère
Claude prit 27 channes de vin pour fiiire collation (62 litres).
Il faut croire qu'il ne but pas tout ce liquide en une seule
fois. La ville fut même assez généreuse pour envoyer au
couvent des Cordeliers, à titre de cadeau, 6 francs, un franc
d'épices et six stoquefices (harengs fumés).
Les mystères de saint Maimbœuf et de saint Sébastien
n'ont pas été conservés; aussi regrettons-nous de ne pouvoir
en donner l'analyse.
En 1588, les élèves des écoles de Montbéliard donnèrent
sur la place des Halles la représentation d'une pièce en vers
intitalée Tragique comédie, « en laquelle l'histoire de deux
très grièves tentations, desquelles le saint patriarche Abra-
ham a été exercé (l'expulsion d'Agar et d'Ismaël et le sacri-
fice d'Abraham) est représentée. > Cette pièce dramatique,
qu'il ne faut pas confondre avec celle de Théodore de Bèze,
intitulée Abraham sacrifiant, avait été composée par Jean
George, maître d école à Saint- Julien, qui la fit imprimer le
29 août 1609 à Montbéliard. Elle fut aussi représentée au
village de Saint-Julien.
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256 ftËVtJfi d'alsaos
Plus tard, et notamment en 1604, des comédiens du roi de
France vinrent donner « des représentations de plusieurs
belles tragédies tirées de la Sainte Ecriture et autres, ten-
dantes à rinstruction et consolation >; ce qui détermina le
Conseil de régence à les gratifier, pour récompense de leurs
peines, d'une somme de 30 francs forts.
Le 13 février 1627, les écoliers de Montbéliard donnèrent
en présence du duc Louis-Frédéric, de sa Cour et des mem-
bres de son Conseil, dans une des salles du chftteau, une
représentation de la ti*agédie sainte intitulée David combat-
tant Le surlendemain eurent lieu deux nouvelles représen-
tations à l'hôtel-de-ville, en présence d'un nombreux public,
la première de 8 à 11 heures du matin et la seconde de midi
à 2 heures.
Il parait, dit Duvernoy dans ses Ephémérides^ que les
représentations dramatiques, souvent renouvelées, donnèrent
à certains élèves des écoles latines de Montbéliard l'envie
d'embrasser une profession dans laquelle on obtenait à la
fois des applaudissements et des bénéfices. L'ordre suivant,
émané de la régence, en fournit la preuve : < Les conseillers
Lory, Belleney, superintendants, ministres et maîtres d'école
de ce lieu, manderont, au premier jour que faire se pourra,
par devant eux, les stipendiaires estants soubs la charge et
discipline de maistre Jacques Euvrard, pour savoir d'eux
qui sont les auteurs de la résolution qu'ils auraient prise de
s'en aller par pays et de se rendre comédiens, où ils ont pris
l'argent de quoi ils ont fait faire aucuns habillemens propres
à l'effet susdit; les reprendront et tanceront sérieusement de
ladite témérité, signamment les coulpables qu'ils menaceront
de chastoy convenable, en tant ils ne se corrîgeroient ; et par
même advertiront aussi sérieusement ledit Euvrard d'être
plus diligent et avoir plus égard sur eux qu'il n'a eu du
passé, et aussi sur ses autres écoliers. Fait au Conseil, ce
21 juin 1609. Signé 6. de Landaw, gouverneur. >
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CUBIOSITÉS DE L'HESTOIBE DB MONTBÉLIARD 2Ô7
Bouffons.
Au moyen-âge la ville de Monlbéliard avait un bouffon
attitré, comme cela résulte de plusieurs comptes de la muni-
cipalité. Dans le compte de 1425, présenté Tannée suivante,
figure cette mention : « Pour la façon de la robe de Girard
k fol et pour les migks (singes?) 2 groH blancs. » Dans
celui de l'an 1486 on lit : « Item, acheté à Jean Tixerand
5 aulnes de gros pour faire la robe de Girard le fol que
coûte 19 gros. Item, baillé pour la façon de ladite robe, 2 gros.
Item, baillé pour les cyngles qui sont à ladite robe. » On fît
des dépenses analogues en 1438.
La charge de bouffon était très ancienne à la Cour des
comtes de Montbéliard. Ainsi, parmi les témoins d'un diplôme
de l'an 1150, relatif à l'abbaye de Belchamp, figure Simon
Joculator. En 1579 le bouffon du comte Frédéric, nommé
Mefchior, s'évada et ne fut rattrapé qu'à Spire. En 1589 le
même prince en avait un autre, du nom de Paul, qui l'accom-
pagna dans un voyage qu'il fit à Stuttgart. Dans la seconde
moitié du XVII' siècle, le duc George avait un fou du nom de
Biret. Léopold Eberhard, fils et successeur du prince George,
en avait également un qui était marié et père, car on lit dans
les registres de décès de la ville que k 26 octobre 1706 un
enfant cm bouffon de Son Altesse sérénissime fut enseveli
Tournois.
Au moyen-âge et même jusqu'à la fin du XVP siècle, la
noblesse donnait en temps de paix des tournois ou fêtes
guerrières, où les combattants, armés de toutes pièces, lut-
taient les uns contre les autres, mais à armes courtoises ou
émoussées ; ce qui n'empêchait pas le sang de couler quel-
NoaTelle Sénc. — 4»^ Anoée. 17
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258 REVUE D*AL8ACE
Lorsqu'un tournoi était décidé, dans Fendroit où il devait
avoir lieu on élevait des estrades et des écbafiiuds ornés de
riches tentures, sur lesquels se plaçaient les juges appelés à
décider des coups, et les dames chargées de décerner des
récompenses aux vainqueurs. La lice était entourée de bar-
rières, et c'était là que devaient lutter les combattants. La
noblesse de toute une province et souvent de tout un royaume
s'empressait d'assister à ces joutes, qui étaient l'image en
petit de la guerre.
Plusieurs tournois eurent lieu à Montbéliard. La place des
Halles, l'enceinte du château, les prés dits sous les cotewuz^
servaient alternativement d'arènes à ces jeux guerriers.
Le comte Etienne offrit en 1379 une magnifique hospitalité
à Philippe-le-Hardi, duc de Bourgogne, à son épouse et à
Jjéopold d'Autriche. Des fêtes brillantes et un tournoi eurent
lieu à cette occasion.
Quelques années plus tard, au mois de mai 1896, Jean de
Nevers, fils de Philippe-le-Hardi, suivi de l'élite de la cheva-
lerie bourguignonne, s'arrêta au château de Montbéliard en
se rendant en Hongrie pour combattre les Turcs. Le comte
Etienne leur fit un noble accueil, et son fils Henri, seigneur
d'Orbe, les ayant suivi dans cette expédition, périt à la funeste
bataille de Nicopolis.
Au XVP siècle il y eut plusieurs tournois à Montbéliard.
C'est aiusi que le 9 mars 1545 il y en eut un sur la place
des Halles, auquel assistèrent le duc Christophe et son épouse,
sou oncle le comte George, le marquis de Bade et d'autres
seigneurs, et que le l*" mars 1657 un autre se tint au même
endroit, et fut honoré de la présence du con^te George, de
son épouse et d'une grande quantité de noblesse.
Le 1" mars 1586 il y eut course de bagues devant les
Halles, où se trouvaient, dit Bois-de-Chesne dans sa chro-
nique, à la suite du comte Frédéric, plusieurs seigneurs
français : « nommément les sieurs de Villarmon, ceux d'Arcey;
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CDBIOSITÊS DB L'hIBTOIRK DE MONTBÊLIARD 259
le sieur d'Araine fut porté par terre d'un coup de pique sans
autre acddent. Le lendemain Ton combattit à la barrière avec
la pique, la hallebarde, Tépée, et lorsqu'on en vint à com-
battre en gros avec Tépée, la barrière qui prenoit tout le
long estoit remplie de fusées, et quand ce vint au plus fort,
Ton y mit le feu et, pour ce qu'il semblait qu'il y eut quelque
coup de pistolet, Ton se retira honnestement. »
Ce divertissement termina les fêtes du baptême du jeune
prince Louis-Frédéric, qui avait eu lieu le 27 février précé-
dent.
Pas d'armes.
U arrivait parfois que l'humeur belliqueuse des seigneurs
les poussait à se provoquer à de véritables combats singu-
liers, où les armes courtoises étaient remplacées par des
armes bien affilées, et qui avaient pour résultat d'entraîner
la mort de l'un ou de l'autre des adversaires. Plusieurs de ces
combats à outrance, appelés pas darmes, sont restés fameux
dans l'histoire. Les mémoires de l'illustre maison de Saint-
Mauris-en-Montagne nous révèlent un exemple curieux de
l'esprit d'aventure qui survivait encore au milieu du XVP siècle
à l'extinction de la chevalerie errante.
C'était vers l'an 1664; Pierre, Jean et Nicolas de Saint-
Mauris étaient réunis dans le château de Sainte-Marie, près
de Lure; trois chevaliers viennent les y trouver et leur pro-
posent un combat à outrance. Le défi est accepté ; les cheva-
liers sont hébergés au château, et traités avec toute la cour-
toisie et la recherche imaginables. La journée se passe en
fêle; le lendemain, les six champions partent ensemble de
bonne intelligence, choisissent près du village de Breuche
une éminence entourée d'arbres pour servir de théâtre à leur
valeur, et là, sans autres témoins que le soleil, ils s'y dispu-
tent avec la vie le prix de l'adresse et du courage. Deux des
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2tX) RBVUB D'aLSACB
agresseurs sont tués; le troisième demande merci. Alors les
trois frères le reconduisent à Sainte-Marie, soignent ses bles-
sures arec les leurs, et le premier usage qu'ils font du réta-
blissement de leur santé, est de planter sur le lieu du combat
deux croix de pierre chargées d'inscriptions dévotes.
Tir à l'arbalète et à l'arquebuse.
Dès Tan 1450, et sans doute antérieurement, la population
mâle de la ville et des campagnes se livrait au tir à Tarba-
lète; celui qui frappait le plus près le but, était proclamé m;
mais sa royauté ne durait que Tespace de temps séparant
deux exercices. Lorsque la poudre à canon devint d'un usage
plus fréquent, on s'exerça aussi au tir au mousquet et i
l'arquebuse.
Ces exercices avaient lieu tous les ans, pendant vingt-
quatre dimanches, à Montbéliard, devant les loges du Grand-
Pont, et dans différentes communes rurales qui formaient
chacune autant de chefs-lieux d'une compagnie des compa-
gnons du trait}
Les compagnons du trait de Montbéliard étaient divisés en
deux compagnies, celle des arquebusiers ou coulef^vriniers^ et
celle des arbalestriers. Elles avaient chacune un règlement
particulier; on trouve dans celui de l'an 1599 la disposition
suivante : < Item, tout compagnon étant audit trait, et que
l'un jure le diable ou autres juremens, icelui est pour un
blanc au profit de la boîte. »
Dès le XVIP siècle on se borna au tir au mousquet Après
avoir cessé quelque temps, il recommença le 20 mai 1665
devant le Grand-Pont, où l'on avait reconstruit les loges
^ Ces villages étaient Abbévilliers, Aibre, àllanjoie, Aodincoart,
Bart, Bavans, Béthonconrt, Magny-d'Anigon, Mandeure, Rainans, Sainte-
Marie, Sochanx, Valentigney et Vonjaucourt.
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CURIOSITÉS DE L'HISTOIRB DE MOKTBÉLIABD 261
détruites pendant les guerres. Le prince Léopoid-Frédéric et
sa Cour assistèrent à cet exercice, où se trouvaient soixante-
quinze compagnons du trait. Dès lors il eut lieu chaque
dimanche jusqu'en 1676, époque où il cessa entièrement. Des
prix en argent étaient donnés, les uns par le domaine, les
autres par la ville.
Milice boTurgeoise.
Montbéliard avait une milice bourgeoise divisée en quatre
compagnies. Depuis 1787 il y eut deux compagnies de cha-
cune cent hommes, une troisième de soixante grenadiers et
une quatrième d'autant de dragons. L'organisation de cette
milice remontait aux franchises accordées à la ville en 1288
par le comte Renaud. Supprimée pendant l'occupation fran-
çaise en 1676, reconstituée au mois de décembre 1699, elle
subsista jusqu'en 1793.
Le chef de la milice était le baiidelier, qui était nommé par
le souverain et qui portait la bannière de la ville de gueules
à la croix d'argent, avec une étoile d'azur à cinq pointes au
milieu. Puis venaient les autres officiers choisis par les neuf
maîtres-bourgeois et confirmés par le Conseil de régence.
La milice, dès la fin du XYII* siècle, avait l'habit bleu aux
parements et revers blancs. Les officiers portaient en outre
une écharpe de taffetas noir et jaune (couleurs de la maison
de Wurtemberg), et étaient armés d'une pique. La compagnie
de cavalerie, formée en 1787, avait l'uniforme rouge, les
revers et parements en velours noir.
En 1789 les membres de l'ordre des avocats témoignèrent
de la répugnance de faire partie de la milice bourgeoise,
malgré les circonstances difficiles du moment. Le Magistrat
ayant adressé à ce sujet des représentations au duc Frédéric-
Eugène, celui-ci demanda l'avis de la régence par une déci-
sion préliminaire qui renfermait ces mots remarquables :
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262 REVUE D'ALSACaS
« Si, en confondant leur qualité d'avocat avec celle de bour-
geois, pour mettre Tune et l'autre au dessus de leurs conci-
toyens, ils trouvaient au dessous d'eux d'être ad hoc sous la
direction des chefs naturels de la bourgeoisie, je tâcherais de
mettre tout le monde d'accord en allant commander moi-
même la garde bourgeoise. J'ai déjà passé tant de nuits blanches
au bivouac, que j'en passerai encore avec plaisir une ou plu-
sieurs, s'il le faut, pour faire dans cette circonstance le bien
de la bourgeoisie, dont je me déclare avec plaisir d'être
membre, quoique duc de Wurtemberg. »
P.-E. TUEFFERD.
fLa fin h la prochaine livraisonj
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RECHERCHES
SUR LES
REVENUS DE L'ÉVÊGUÉ DE STRASBOURG
ET
ÉTAT DE SES RECETTES ET DÉPENSES
Les personnes familiarisées avec Thistoire d'Alsace savent
que la puissance temporelle des évêques de Strasbourg
remonte aux temps les plus reculés du moyen-âge, c'est-à-
dire aux premiers temps de Tinstitulion de cette Eglise.
Dagobert II, roi d'Austrasie, donna vers Tan 695 à révoque
saint Arbogaste, qu'on vénère comme le patron du diocèse, la
souveraineté temporelle de Rouffach et de son territoire, qu'on
a depuis appelé le Haut-Mundat\ et cette splendide donation
servit de base à l'édiQce de la puissance temporelle que se
construisirent les successeurs de ce saint prélat. '
L'influence que les évoques de Strasbourg exercèrent au
milieu des luttes et des querelles sanglantes qui boulever-
saient l'Allemagne, devait leur donner de la puissance et
leur procurer de beaux domaines. Les empereurs leur accor-
dèrent insensiblement quelques-unes de leurs prérogatives
régaliennes, et accumulèrent sur eux les donations, les con-
cessions, les investitures de droits, de domaines et d'hon-
neurs. A la faveur des grands désordres du moyen-âge, les
^ Mandat dérive d'immunitas et signifie un territoire affranchi, une
terre libre (Maurer, Die Bauemkœfe, t. III, p. 272).
* Grandidier, Bisioire de V Eglise de Strasbourg, 1. 1, p. 213.
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264 REVUE D'ALSACE
évêques de Strasbourg, membres de la hiérarchie civile en
même temps que de la hiérarchie ecclésiastique, réunissaient
dans leurs mains le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel;
ils jouissaient de la plus haute considération et avaient atteint
au but le plus élevé de leurs désirs et de leur ambition; ils
étaient devenus maîtres et souverains de leur Eglise, à eux
étaient attribués tout droit et toute juridiction, les péages, les
chasses, les moulins, les monnaies, les douanes, les impôts,
les routes, les barrières, les ponts, les mines, les trésors de la
terre, les métaux, les prestations, la taiille, les droits d'es-
corte, le droit de gîte, l'exercice de la justice, le droit de
grâce, les prévotés, les menses, les prieurés, les cours, les
fiefs, les serfs et les manants. Souverains territoriaux des
terres de leur Eglise, sauf le domaine suprême de TEmpire,
ils firent valoir par tous les moyens l'exercice de la puissance
temporelle qui leur avait été concédée ou dont ils s'étaient
emparés; ils avaient leurs chevaliers, leurs vassaux, leurs
grands officiers et leurs bannières, symbole de la supériorité
territoriale.
L'évêché de Strasbourg, qui passait pour le plus riche de la
chrétienté, était Tobjet de Tambition des seigneurs les plus
riches et les plus puissants; il avait acquis une puissance et
un éclat qui dépassait tout ce qui était grand et élevé sur les
deux rives du Haut-Rhin; Tiiifluence et l'activité des évêques
s'étendaient partout, et les plus nobles seigneurs recher-
chaient leur protection, se rangeaient sous leur bannière et
reconnaissaient leur suzeraineté.
Antérieurement au XVI' siècle, on ne trouve que de rares
documents qui puissent servir à la fixation des revenus de
l'évêché, les comptes de ses revenus généraux n'existent plus.
Toutefois se^ revenus étaient très considérables vers la filn de
ce siècle, et s'élevaient à la somme de 40,000 écusd'or.* Cette
* Chron. Ursperg. paraUpomma^ et Wiiiphblimg, De Episcop,, p. 102.
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I£S REVENUS DE L'ÉYÊCHÊ DE STRASBOURG 265
brillante situation fut entamée par les dissipations de Tévêque
Guillaume de Diest (1394-1489), et par les folles prodigalités
de son successeur Robert de Bavière ; mais ce dernier, dès
que la fougue des passions fut passée, chercba à rétablir par
de sévères économies les biens de son évêché, qui avaient été
dissipés ou aliénés.
Anciennement l'évêché avait à son service deux rece-
veurs généraux ; Tun, nommé Landschreiber, était chargé de
la recette de tous les impôts et revenus qui se percevaient en
argent; l'autre, nommé Oberkellner (dans l'idiome vulgaire
Oberkeller), était chargé'de percevoir les grains, vins et toutes
autres denrées dans à Tévêché, à quelque titre que ce fût.
Avant la guerre de Trente Ans, les revenus de l'évêché,
après payement et déduction de toutes charges ordinaires et
extraordinaires, ainsi que des rentes de capitaux qu'il avait
empruntés, s'élevaient en argent à 69,927 florins, à 600 fou-
ires de vin, à 1,726 rezeaux de froment, à 4,625 rezeaux de
seigle, à 1,727 rezeaux d'orge et à 4,522 rezeaux d'avoine.
L'évêché avait tellement souffert de la guerre, qu'en 1658,
cinq ans après la paix de Westphalie, ses plaies n'étaient pas
encore cicatrisées, et que ses revenus étaient diminués de
près de moitié; à peine s'élevaient-ils en argent à 31,803 flo-
rins, en vin à 274 foudres, en froment à 991 rezeaux, en
seigle à 2,239 rezeaux, en orge à 1,083 rezeaux, et en avoine
à 2,192 rezeaux.
Après que le domaine de l'évêché eut été annexé à la cou-
ronne de France, en exécution de l'arrêt de réunion rendu
par le Conseil souverain d'Alsace, le 9 août 1680, M. Philippe
de Josten, conseiller au Parlement de Metz et chancelier de
révêché de Strasbourg, fit en 1682 un mémoire sur les
revenus en argent de la partie de cet évêché située en deçà
du Rhin, et sur la nature des droits produisant ces revenus.
En voici l'énumération :
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Wb BEVUE D ALSACE
1. La Bethe ou la taille rapportant annaelleineat Livres
environ 10,786
L'impôt connu sous le nom de Bethe exprime
ce qu'en France on a appelé taille; il est très
ancien, et vient, selon quelques auteurs, de
Beten (prier, supplier, demander), parce que
dans Torigine les impositions étaient des dons
gratuits demandés par les souverains. Selon
d'autres, Bethe vient de gebieten (ordonner, ou
assigner telle somme sur tel bien).*
2. Le droit ditSchatzung rapportant annuellement
environ 80,000
Ce droit a été imposé sur les sujets de Tévèché
pour payer les intérêts des dettes qu'il a con-
tractées pendant les guerres de religion.
8. Les péages rapportant annuellement environ . . 8.000
Tous ces péages ont été accordés à Tévêché
par des privilèges des empereurs, et lui ont été
confirmés par les Constitutions de l'Empire et
les capitulations des empereurs subséquents;
l'évêché les a possédés pendant plusieurs
siècles.^
4. Les droits d'umgeld et de masspfenning, rap-
portant tous les ans environ 11,000
L*umgeld est un droit consistant ordinaire-
ment en un impôt de six pots par mesure des
vins qui se débitent en détail. Il a été introduit
depuis un temps immémorial, mais il varie
A reporter 59,786
^ Cette dernière étyrnologie est celle qni est généralement admise
aujourd'hui.
' Les péages ont été supprimés par les lettres-patentes de 1684 que
Louis XIV accorda à l'évêque Guillaume-Egon de Furstemberg, qui fat
autorisé à percevoir en leur lieu et place les droits de lods et ventes.
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LES REVENUS DE L'ÉVÉCHÊ DE STRASBOURG 267
Livres
Report 59,786
selon les différents endroits quant à la quantité
de pots qui se prennent par mesure, le nombre
de six pots n'étant pas certain partout. Le mass-
pfenning est un autre droit plus ou moins fort
qui se prend aussi sur chaque mesure.
5. Le droit d'accise rapportant annuellement envi-
ron 11,600
Ce droit consiste en 10 sols sur chaque
mesure de vin qui se vend par pots dans les
cabarets ou maisons bourgeoises, en 4 deniers
sur chaque livre de viande qui se vend par les
bouchers, en iO sols par rezal de farine que les
boulangers emploient, et en 8 sols par chaque
rezal d'avoine que les cabaretiers débitent aux
voyageurs, de droit est établi depuis environ
trente années pour subvenir aux grandes
charges de l'évêché, et particulièrement pour
les appointements des ofiKciers de justice et
autres, qui contribuent au bien public.
6. Le débit de sel rapportant environ 16,000
Ce droit est établi non-seulement dans tout
révéché et dans toute l'Alsace, mais encore dans
tout l'Empire.
7. Le débit de fèr rapportant environ 800
Ce droit est aussi en usage dans tout l'Em-
pire.
8. Les amendes rapportant environ 1,000
9. Le droit de confiscation.
Ce droit rapporte si peu, qu'il ne mérite
aucune considération.
10. Le droit de protection perçu des Juifs pouvant
rapporter annuellement 1,500
A reporter 90,686
I Digitized by VjOOQIC
/d68 EEVUE d'alsaob
Livres
Beport 90,686
Ce droit est payé par toat rEmpire, et parti-
culièrement depuis un temps immémorial dans
repêché; au moyen de ce droit, les Juifs sont
affranchis de toutes autres charges ordinaires.
11. Le droit de gîle (atzgeld), rapportant environ . 850
Le droit de gtte ou d'hébergement est payé
par quelques villages seulement, et particu-
lièrement par celui de Weyersheim.
12. Il y a encore plusieurs autres petits droits,
comme de petits cens seigneuriaux, certains
deniers par livre du prix de la vente des bes-
tiaux et du prix de la vente des grains qui se
vendent aux marchés, les droits mortuaires,
les canons emphythéotiques, les di-oits de glan-
dée, les droits payés par les usagers dans les
forêts domaniales, les droits de réception des
bourgeois, les droits d'émigration, les droits sur
les boutiques des marchands forains aux foires,
les droits de pontenage, les droits provenant
du charroi et de la fente des bois, les droits de
vouerie, les droits du vice-dôme, les droits de
la porte du palais,^ les droits des forains. Tous
ces droits sont très anciens et peuvent se jus-
tifier par les comptes les plus anciens; ils rap-
portent ensemble environ un total de 5,0 14
Dans rénumération de ces droits, le chance-
lier de révôché en a oublié plusieurs, tels que
le droit de déshérence, le droit de salpêtre, les
droits de corvées, les biens caducs, les induits
A reporter 96,000
^ Ghaqae abbaye du diocèse devait annuellement à Tévêché trois écas
d'empire, pour droit dit du portier de la cour.
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LB8 REVENUS DB L'fiVÊOHft DB STRASBOURG S69
Lirrei
iîepor* 96,000
de tester, Timpôt connu sous le nom d'avoine
des chiens/ etc. Il fait ensuite l'addition du
produit annuel de tous les droits qu'il vient
d'énumérer, lequel se monte à la somme de. . 96,000
Ghabgks de l'évêghé.
H. de Josten fait ensuite rénumération des charges de
l'évêché, et les apprécie de la manière suivante :
1. Les gages des ofûcîers séculiers de l'évêché,
savoir du vice-dôme, du grand -prévôt, et à la
somme de '. 2,890
2. Les gages des quatre grands-baillis de l'évê-
ché, qui sont du corps des chanoines du grand-
chapitre,* à 4,800
S. Ceux des conseillers et officiers tant de la jus-
tice que des finances de l'évêché à Saverne et
dans les bailliages, à 14,000
4. Ceux des officiers de la maîtrise des eaux et
forêts, à 2,800
M. le chancelier fait remarquer, dans ce
A reporter 24,490
* Cet impôt tirait son origine de Tobligation imposée anciennement
par les évèques à lenrs sujets et même à des localités qui ne faisaient
point partie da temporel de l'évêché, de nourrir leurs chiens de chasse.
En dernier lieu, il ne consistait qu'en un certain nombre de sacs
d'avoine, que les abbayes de Saint-Jean-des-Ghoux et de Marmontier
livraient à Tévèché. (V. Arrêta notables du Conseil souverain d*Alsace,
1 1'% p. 254.)
* Le domaine de l'évêché était alors divisé en quatre arrondissements
ou gouvernements [Statthallereien) ; le premier comprenait les bailliages
du Kochersperg et de la Wanzenau ; le second, les bailliages de Schir-
meck, Dachstein, Benfeld et Marckolsheim ; le troisième, le Haut-M undat,
et le quatrième, les possessions d'ontre-Rhin ; le bailliage relevait direc-
tement de la régence de l'évêché; cette division n'eut qu'une durée
éphémère.
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270 BEVITE D'ALBACfi
LiTTtt
Repart S4,490
qui est détaillé et spécifié ci-dessus, on n'a
compris que les officiers indispensablement
nécessaires et dont on ne peut se passer, tant
pour Tadministration de la justice que pour ce
qui regarde le temporel.
5. Les gages des officiers ecclésiastiques qui sont
à la charge de l'évêque, à 4,4SO
6. Les frais de la chancellerie, à 900
7. Les frais d'entretien des bâtiments et des jar-
dins de révêché, à 6,000
8. Les ports de lettres, à 8,000
9. Les frais des procès et les frais de voyage des
officiers de la régence, pour la conduite et l'ad-
ministration des affaires, à 2,500
10. La compétence des curés, des marguilliers, des
maîtres d école, des organistes, etc., à 2,785
11. Et les intérêts de la dette de l'évéché, à 41,000
Le total des charges de Tévêché se monte à. 85,105
Balance.
Les revenus en argent sont de 96,000
Et les dépenses s'élèvent à 85,105
Déduction faite, il y a un excédant de recette de. 10,895
A quoi il faut ajouter les revenus en argent des
deux bailliages d'Oberkirch et d'Kttenheim, situés
sur la rive droite du Rhin, lesquels se montent
annuellement à 25,000
Ainsi l'excédant des revenus en argent de tout
révêché sur les dépenses est de 85,895
A quoi il faut encore ajouter les revenus en grains et en
vin, et le produit de la vente des bois des forêts domaniales.
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LBS REVENUS DE L'âVÊGHÊ DE STRASBOURG SÎ71
A cette époque, la totalité des revenus de l'évêché était
afTermée à un sieur Faudel, avec lequel Téréché eut en 1682
des difficultés qui ne tardèrent pas à être aplanies. À chaque
nouveau bail le revenu grandissait, mais les dépenses suivaient
la même progression.
En 1714, le cardinal Armand-Gaston de Rohan donna à
titre de bail à prime, pour six années, la totalité des revenus
de son évêché aux sieurs Pierre Germain et Boudard, de
Paris, pour un canon de cent cinquante mille livres, et à
charge par les preneurs de payer les charges de Tévêché
suivant deux états arrêtés par Son Altesse éminentissime,
l'an se montant à 58,900 livres par semestre ou demi-année,
et l'autre à 2,936 livres, 18 foudres de vin, 354 rezeaux de fro-
ment, 924 rezeaux de seigle, 206 rezeaux d'orge et 92 rezeaux
d'avoine. Les fermiers percevaient les revenus et ne payaient
pas les charges. Cette négligence de la part des fermiers
d'exécuter les conditions à eux imposées par le bail, fit jeter
de hauts cris et engagea le procureur fiscal de l'évêché à les
assigner en 1717 devant le Conseil de la régence, où il fut
autorisé par provision à saisir tout ce qui pouvait leur appar-
tenir. On ressentit enfin les inconvénients de la mise en
ferme des revenus de révêché; ce système fut abandonné, et
l'on revint à lancien mode de faire administrer ses domaines
et faire pen'^voir ses revenus par les receveurs des bail-
liages.
La conservation des forêts domaniales de l'évêché fut Tobjet
de la constante sollicitude de Louis-Constantin de Rohan,
qui fut élu évêque de Strasbourg en 1756 ^; dès qu'il eut saisi
le gouvernail de Tadministration, il fut effrayé du désordre
dans lequel il les trouva, et chercha par un règlement aussi
sage que devenu nécessaire, à interrompre le cours des dégra-
dations qui s'y commettaient journellement, et à y rétablir
' n ne fut créé eardinal qu'en 1762.
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272 RBVUB d'alsàcb
Tordre d'ane bonne administration. Ce règlement, qui est du
5 novembre 1759, ne fat fait qu'après différentes visites dans
toutes les forêts de Tévêché et sur Tavis de personnes expé-
rimentées et au fait de la police des bois; il contient un grand
nombre de dispositions qai toutes avaient pour but le réta-
blissement du bon ordre dans l'exercice des droits d'usage,
une meilleure exploitation des bois, et l'extirpation des abus
et des fraudes que les adjudicataires des coupes avaient l'ha-
bitude de commettre dans leur exploitation; le Conseil souve-
rain d'Alsace, par son arrêt d'homologation du 19 novembre
1769, en a consacré et ordonné l'exécution. À partir de cette
époque, le produit de la vente des coupes s'améliora sensible-
ment; le nouveau règlement, tout en augmentant les revenus
de révêcbé et en lui conservant un bien qui devenait tous
les jours plus précieux, mit un frein à des abus séculaires,
et fut pour les usagers une ressource dont ils ne tardèrent
pas à ressentir le bienfait, parce que son objet n'avait pour
but que de les mettre dans Timpossibilité de dévaster les
fonds sur lesquels leurs droits étaient affectés.
Cependant ce règlement produisit dans le principe des
débats incessants entre l'évêché et les usagers. Ceux-ci se
plaignirent aussi de Tardeur avec laquelle le prince évêque
de Strasbourg se livrait à l'exploitation de ses forêts, et loi
donnèrent le surnom de Louis-le-Fagotier (Wellenwickel).
En 1766, les recettes particulières des bailliages de l'évêché,
situés en Alsace, versèrent dans la caisse générale, savoir :
Livres S. D.
Roufifach 46,466 18 8
Marckolsheim 11,689 12 —
Benfeld 66,996
Ehly 4,389 — 5
Ittenwiller 9,180
Hohenbourg 7,980
Arepm^ter 146,641 25 8
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LES REVENUS DE L'ÉVÊOHÉ DE STRASBOURQ 273
Lirrei S. D.
Rqport 146,641 25 8
Schirmeck 23,698 5 11
Dachstein 58,698 4 6
La Wanzenau 20,277 11 6
Saverne et Kochersperg 49,265 7 2
Total 298,576 14 9
Dépenses.
Les gages, pensions, rentes et redevances
montèrent à 93,200 8 6
Les traitements des inspecteurs et gardes
forestiers étaient de 8,506
Et ceux d^ officiers et domestiques de la
maison de l'évoque 18,256 8 8
Total 119,962 17 2
Balance.
La recette fut de 298,576 14 9
La dépense de 119,962 17 2
Partant, il y eut un excédant de recette
de 178,614 17 7
Le sieur André Pettmesser, qui fut pendant plus de qua-
rante ans receveur général de Tévêché, rend ainsi compte
de l'exercice 1787, qui est le dernier de sa gestion :
Recettes.
Il porte en recette :
liCS versements que lui a faits M. Junker,
receveur de rObermundat 61,653 5 9
Les versements de M. Neegert, receveur
du bailliage de Marckolsheîm 23,520
Ceux de M. Kuhn, receveur du bailliage de
Benfeld 54,100
A reporter 189,278 5 9
Nouvelle Série — 4« année 18
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i
J
274 BEYUB d'albagb
Livret 8. D.
Report 189,273 B 9
Ceux de M. MuUer, receyeur de la sei-
gneurie d'Ehly 8,741 12 -
Ceux de M. Guntz, receyeur de la seigneu-
rie d'Ittenwiller 18,896
Ceux de M. Geiger, receveur de la Wan-
tzenau 16,468 '
Ceux de M. Lienhart, receveur du bailliage
de Schirmeck 18,800
Ceux de M. François-Antoine Pettmesser,
receveur du bailliage de Dachstein 52,488 — î
Ceux de M. Wolbrett, receveur des bail-
liages de Saveme et du Kochersberg 87,000
Ceux de M. Procop, receveur du bailliage
d'Oberkirch 84,286 7 7
Ceux de M. Stœlcker, receveur du bail-
liage d'Eltenheim 18,248
Ceux de M. Eauffmann, receveur des deux
fondations (hôpital et prémissairie) de Rhin-
au 1,200
Les versements que lui a faits la commune
de Hammerspach, savoir : pour droit de
protection et droit de poules. . 805 9 1 J
Et pour 100 rezeaux d'à- > 1,005 9 1
voine 700 )
Le produit des vins vendus 4,950 14 4
Le canon pour la ferme du débit de sel en
Alsace 21,600
Le produit des bois vendus 85,618 5 6
Le versement du sieur Scheck, deRhinau,
pour la ferme de Zilsheim 6,000
Les canons des étangs de la faisanderie,
A reporter 448,019 14 6
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LES RETENUS DE L'ÉVÊOHâ DE STRASBOURG 275
Livres S. D.
Report,,.,. 448,019 14 5
de Greifenstein et des pièces du canal de
Saverne 1,800
Le produit des greffes et des concessions
de chasses 5,912
Le produit du droit de paulette 628
Total de la recette de l'exercice 1887 . 456,854 14 5
A quoi il faut ajouter le reliquat du compte
de 1786 63,199 13 2
Ce qui porte le total de la recette génc^rale
à 620,054 7 7
Dépenses.
n porte en dépense :
Le traitement des officiers du Cionseil de
la régence de l'évêché 15,850
Celui des officiers de la Chambre des
comptes 8,820
Celui des officiers de la maîtrise des eaux
et forêts 8,400
Celui des baillis 1,410
La gratification accordée à M Knepfler
< pour le travail dans les affaires alle-
mandes » 400 — —
Les rentes constituées 22,056 19 8
Les frais extraordinaires de la chambre
des comptes 1,404
Les pensions et don gratuit 25,498 16 8
Les appointements des sieurs Pinot, archi-
tecte, et Kolb, géomètre 775
Le traitement des gentilshommes attachés
à S. Em. le cardinal de Rohan 4,500
A reporter 78,614 15 11
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276 RBYUB d'alsaCB
LiTies S. B.
Report 78,614 IB H
La pension de Mgr l'évêque de Dora 8,000
Celle de Tabbé d'Eymar, vicaire général.. 2,260
Celle de M. de la Jonchère, ancien prési-
dent du Conseil de la régence 5,000
Celle de M. Lefebvre, ancien directeur de
la chambre des comptes 1,000
Celle de M. Alexandre Dubois, ancien con-
seiller à la régence 1,000
Les intérêts des capitaux dus par révéché^ 18,204 3 î
Les rentes viagères et les gratifications. . S,19i 13 4
Les frais de la capitainerie et inspection
des chasses 4,822
Les payements faits à S. Em. le cardinal
de Rohan 181,280
Ceux faite à M. Duboc 145,000
Ceux faite à M, Cerfber » 15,800
Les frais de la maison de S. Em. le cardinal 8,914 16 —
Ceux de la conciergerie de Saveme 775 2 6
Les frais du blanchissage 280 1 6
Ceux de la conciergerie du palais de Stras-
bourg 2,107 11 -
Ceux des écuries 12,085 11 9
Les déboursés pour les travaux ordinaires 19,862 19 5
A reporter 454,188 15 7
' C'étaient les capitaux emprantés par le cardinal de Rohan pour la
reconstruction du château de Saveme, qui avait été incendié le 8 sep-
tembre 1779.
' Le cardinal de Rohan avait été condamné envers le sieur Cerfber,
banquier à Domblaine, au paiement d'une somme de 270,804 livres
3 sols 7 deniers, par sentence rendue au Châtelet de Paris, le 8 mai
1787, et revêtue d'un arrêt de pariatis du Conseil souverain d'Alsace du
9 juin suivant, et le paiement de ladite somme devait se faire des reve-
nus de l'évêché de Strasbourg, par trimestre de 15,000 livres, par soo
receveur général.
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LES REVENUS DE L'ÉYÊCHÉ DE STRASBOURG 277
LiYre» S. D.
Repart 484,188 15 7
Ceux pour la bfttisse du chftteau de Sa-
yerne 15,104 15 5
Ceux pour pierres de taille 4,924 19 —
Les payements faits aux sculpteurs et archi-
tectes 5,981 8 10
Ceux faits pour achat de matériaux 1,985
Les déboursés pour les chasses 2,588 1 8
Ceux pour les aumônes 4,175 1 —
Les dépenses diverses 7,259 6 2
Celles du palais de Strasbourg. 761 5 6
Celles faites en Allemagne 8,008 1 7
Le remboursement d'une dette 600
Les payements faits à compte de Texercice
1788 880 6 8
La somme retenue par le sieur Pettmesser,
pour remboursement de la finance de l'office
de receveur général de Tévêché, et la grati-
fication à lui accordée par le cardinal de
Roban, lors de sa démission 14,187 10 —
Total de la dépense 519,994 5 6
La recette s'élevant à 520,054 7 7
Défalcation faite, il y a un excédant de
recette de 60 2 2
Le sieur Nebel succéda au sieur Pettmesser dans les fonc-
tions de receveur général de Tévêché; le compte qu'il rendit
de l'exercice 1789 accuse une recette de . 587,502 16 8 V„
Et une dépense de 457,588 17 8%
Partant un excédant de recette de *. . . 79,968 19 4 "/„
Telles étaient les recettes et les dépenses de la principauté
épiscopale de Strasbourg dans les derniers temps de son exis-
' Archivée du Bas-Rhin, L. G., 2,563.
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278 RBVUB d'alsaœ
tence. Les prélèvements que faisaient les princes-évéques de
Strasbourg sur les revenus de leur évêcbé constituaient ce
qu'on peut appeler leur liste civile, et comme ils étaient
insuffisants pour la vie somptueuse qu'ils étaient habitués à
mener à l'ombre du trône de France, ils surent faire passer
en leur possession de grasses abbayes, d'opulents bénéfices et
des sinécures de toute sorte. Le dernier cardinal-évêqne,
Louis-René-Ëdouard, prince de Roban-Guéméné, ne négligea
pas plus que ses prédécesseurs de faire valoir par tous les
moyens Tinfluence et la baute position de sa famille, pour
obtenir des honneurs, des dignités et des richesses. Il sut 8e
faire nommer grand-aumônier de France, proviseur de Sor-
bonne, administrateur de l'hôpital des Quinze-Vingts et abbé
de Saint- Waast ; ce dernier bénéfice ne lui valait rien moins
que trois cent mille livres de rente. Nul prince ecclésiastique
ne pouvait se glorifier d'une aussi grande richesse en terres
et en objets, ni d'une puissance aussi considérable que celle
dont il jouissait.
c C'est le troisième ou même le quatrième cardinal du nom
de Rohan, dit M"' la baronne dOberkirch,* qui soit évêque
de Strasbourg; de sorte qu'il regarde un peu les terres de
l'Eglise comme lui appartenant par droit d'héritage; il a bftti
et arrangé à Saverne une des plus charmantes résidences da
monde. C'est un beau prélat, fort peu dévot, fort adonné aux
femmes, plein d'esprit et d'amabilité, mais d'une faiblesse,
d'une crédulité qu'il a expiées bien cher, et qui a coûté
bien des larmes à notre pauvre reine dans la misérable his-
toire du Collier. >
A la Révolution, les nombreuses propriétés de l'évêché
furent vendues comme biens nationaux, à l'exception des
forêts, qui furent déclarées forêts domaniales.
Dagobert Fischer.
* Mémoires, t. V% p. 129.
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BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
I. Cathédrale de Strasbourg. — Projet de couronnement à
établir sur la coupole du chœur. — Strasbourg, imp. de
R. Schultz et C'j successeur de Berger-Levrault, 1875; broch.
în-8" de 7 pages, avec 6 planches photographiques.
Toutes les fois qu'il s'agit de travaux de nature à intéres-
ser Teosemble du monument au point de vue de l'art et de
rblstoire, l'architecte de l'œuvre, M. Klotz, ne manque pas de
faire un appel franc et loyal à l'opinion compétente ou seule-
ment sentimentale. Il expose la question ; il indique le pour
et le contre; en un mot, il ouvre l'enquête avant de proposer
définitivement la solution qui aura paru la meilleure. C'est
ce qu'il vient de faire dans l'opuscule dont le titre précède;
et, afin de mettre le public en mesure de se prononcer, il
s'est adjoint le concours d'un autre artiste, M. Charles Winter,
qui a préparé les six magnifiques photographies qui accom-
pagnent le rapport de l'architecte, afin de mettre le public
intéressé en mesure d'exprimer son jugement en pleine con-
naissance de cause.
Le public se sera sans doute déjà prononcé pour la mitre
représentée par la photographie n"" 5, correspondant mieux que
les autres aux exigences de l'art et de l'histoire.
On ne peut que féliciter M. Klotz et M. Winter de l'excel-
lent procédé qu'ils viennent de mettre en œuvre.
Bombardée à outrance par le conquérant, la merveille
alsacienne n'a que plus de droits encore à notre attachement
et à nos égards.
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380 REVUE D'ALSACE
IT. Les chroniques d'Alsace. — Johan Joner'ê Notanda
tàgliehe Notizen eines Stettmeisters von Colmar zur Zeit Lui-
ung's XIV (1678-1705), herausgegeben von Julien Sée. —
Colmar, imprimerie de J.-B. Jung, 1878, 1 vol. în-8* de
xi-124 pages.
M. Julien Sée, qui a quitté TÂlsace depuis l'annexion, avait
le projet d'éditer suixessivement les documente inédits con-
cernant l'Alsace qu'il trouverait oubliés soit dans nos dépôts
publics, soit entre les mains de particuliers. Quatre fascicules
ont paru, dont les deux premiers ont été signalés par la
Reme. Celui dont nous venons de transcrire le titre est le
n** 8 de la série. Il contient les notes de l'un des derniers
stettmestres de la ville de Colmar après la réunion de l'Alsace
à la France, Ce fascicule est, comme le dit son éditeur, inté-
ressant à consulter pour l'étude de notre situation morale,
politique et municipale à cette époque.
m. Ambros MvM&r'a Stamm- tmd Z^Umch, Hauschronih eines
Bûrgers von Colmar zur Zeit Ludmgs XIV {1678-1708,
herausgegeben von Julien Sée. — Colmar, imp. de J.-B. Jung,
1878, 1 vol. in-8° de xv-74 pages.
Ce fascicule est le n"* 4 des documents édités par M. Sée.
Le mémorial d'Ambroise MuUer offre l'heureuse coïncidence
de refléter une tendance opposée à celle qui règne dans les
notes de Joner pour la même époque. Joner appartenait au
culte catholique, tandis que MuUer appartenait au culte pro-
testant. Cela explique, selon l'éditeur, la divergence qui per-
met de se faire « une idée assez fidèle de notre Hituation
morale dans les années qui suivirent l'introduction définitive
du régime français en Alsace. >
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BULLETIN BIBLIOaRAPHIQUE 281
IV. Jacobi WifnpfeHngii Germcmia odRempublicamargenti-
nensem. — Thomœ Murneri ad Rempublkam argmUnam
Germania fwwa. — Genève, imprimerie de J.-6. Fick, 1874,
in'-4** de 88 pages non numérotées.
Le Bibliographe alsacien publiait, il y a quelques années,
une notice qui révélait aux amateurs, nombreux en Alsace,
un alsatique inconnu, la Germania nova de Thomas Mumer.
D'après l'auteur de la notice, Tédition tout entière, si nos
souvenirs sont exacts, avait été détruite, et il essayait de
reconstituer l'œuvre par la voie des conjectures.
Un des anciens professeurs de notre université de Stras-
bourg, M. Ch. Schmidt, a eu la bonne pensée de la faire
revivre au moyen du seul exemplaire connu d'un petit
nombre de travailleurs, et de la faire précéder de la thèse
contraire soutenue par Wimpfeling.
Ces deux opuscules, imprimés avec des caractères con-
formes à ceux des premières éditions, par les soins de J.-6.
Fick, imprimeur à Genève, forment la magnifique et précieuse
plaquette que nous signalons.
y. Der Pftngsimontag — Le Lundi de Pentecôte, Lustpiel in
Strassburger Mundart, von J.-C.-D. Arnold — Nouvelle édi-
tion avec une préface littéraire et historique de L. Spach.
C'est, si nous ne nous trompons, la quatrième édition que
Ton donne à Strasbourg de l'œuvre si connue et si estimée
d'Arnold. La première, illustrée par Théophile Schuler, est
in-folio et à côté la traduction française de Michiels, à laquelle
les planches de l'édition originale ont encore servi; une édi-
tion populaire in-8'' a précédé l'édition française, et celle que
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282 REVUB d'alsaob
nous annonçons a été faite pour donner à Tœuyre du maître
le cachet classique auquel elle a des droits.
Le volume sort des presses de Schultz et G% successeur de
Berger-Levrault. Il est en petit in-4° sur beau papier chiné,
avec encadrements en rouge, de xxxiy-249 pages.
Cette édition est digne, à tous égards, de la réputation
acquise à la maison Berger-Levrault et successeur.
VI. Nous avons encore sous la main quatre fascicules sortis
des presses de Schultz et G", et dont la matière a été fournie
par Tadministration actuelle de la province; ce sont :
l"* Le recensement de la popttkUion des communes de P Alsace-
Lorraine classées par cantons et districts, c'est-à-dire confor-
mément à la nouvelle division politique de nos trois anciens
départements. Ce fascicule, imprimé sur beau papier, genre
officiel, contient 128 pages in-8°, et présente comme résultat
général du recensement une population de 1,517,494 habi-
tants.
2° Un supplément à cette première statistique, traitant de
la consistance de la population selon Tétat de mariage, de
veuvage, de célibat, etc. Ce supplément se compose de xrv-184
pages.
3^ La statistique territoriale de toutes les communes pré-
sentant la consistance en champs, prés, vignes, forêts, vei^ers,
maisons, routes, rivières, etc., etc. Ce fascicule se compose
de xni-155 pages.
4'' Le résumé d^ observations hydrographiques faites sur
le Rhin et la Moselle en Alsace-Lorraine depuis 1807 à 1872
inclusivement. Ce résumé, dressé par H. Grebenau, se com-
pose de 69 pages in-8' et de 11 planches Indiquant les hau-
teurs hydrographiques à toutes les époques de Tannée.
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BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUB 283
Ces quatre fascicules sont écrits en allemand, mais avec
des caractères français. L'impression en est très soignée. On
peut se les procurer chez Schultz et G% successeur de Berger-
Levrault, rue des Juifs, à Strasbourg, et dans les principales
librairies de TAlsace-Lorraine.
Vil. Les Ecorcheurs sous Charles VIL Episodes de l'histoire
militaire de la France au XV siècle, d'après des documents
inédits, par A, Tuetey, archiviste aux Archives nationales.
Montbéliard, imprimerie de Henri Barbier, i874, 2 vol. in-8^
de iv-422 et 565 pages. Prix : 15 francs.
Ces deux volumes, édités sous les auspices de la Société
d'émulation de Montbéliard, forment un travail considérable
et important pour l'histoire de l'Alsace et de la Lorraine pen-
dant les dernières années de la première moitié du XV* siècle.
Le premier contient le récit des faits et gestes des ecorcheurs
en Bourgogne, en Lorraine et en Alsace; la campagne du
Dauphin contre les Suisses, des études historiques sur la
situation militaire de la France, de la Suisse et de l'Allemagne,
sur le Dauphin et son armée, et sur tous les épisodes qui
ont marqué et caractérisé cette expédition dans les trois pro-
vinces de Bourgogne, de Lorraine et d'Alsace, ainsi que la
bataille de Saint-Jacques qui en a été la fin. En entreprenant
ce long travail, M. Tuetey avait moins en vue de rassembler
ce que les auteurs ont écrit sur cet épisode de Thistoire de
France, que de s'appuyer sur les nombreux documents iné-
dits, disséminés dans divers dépôts publics. Après avoir
groupé autour des matériaux trouvés aux archives nationales
une riche moisson faite à Dijon, à Nancy, à Strasbourg, à
Bftie, à Zurich et ailleurs, M. Tuetey a été en mesure d'écrire
le récit très complet des causes et des phases de cette agres-
sion qui a laissé des traces malheureuses dans l'histoire de
nos provinces de l'Est jusqu'au Rhin.
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284 BEVUE d'alsacb
Le second volume n'est composé que des pièces justifica-
tives à Tappui du récit que le premier renferme.
Telle est Tœuvre de M. Tuetey, œuvre utile et précieuse
entre toutes à cause du caractère sérieux et authentique que
Fauteur n'a pas cessé un instant de lui conserver.
En localisant autant que possible la division des matériaux
mis en œuvre, notre auteur a rendu un véritable service à
notre histoire locale, et la Société d'émulation de Montbéliard
mérite les félicitations du monde des sciences historiques en
accordant son patronage à la publication.
YIII. Bulletin de la Société dhistoire naturelle de Cahnar,
14* et 15* années, 1878 et 1874. — Golmar,imp. de G. Decker,
i vol. în-8'' de 558 pages.
Le travail le plus important de ce volume est, à notre avis,
le catalogue de la bibliographie scientifique de l'Alsace dressé
par M. le docteur Faudel, secrétaire de la Société. En volume,
il forme plus de la moitié du Bulletin ; il en remplit en efiet
282 pages. Une pensée excellente, une pensée patriotique a
inspiré Tauteur; elle se dégage nettement de l'introduction
qu'il a placée en tête de son minutieux et aride inventaire.
Le monde littéraire de la province en demande depuis long-
temps un semblable pour les publications spéciales qui sont
de son domaine; on Ta jusqu'ici à peine esquissé. Le monde
scientifique a maintenant le sien, et c'est M. Faudel qui l'en
a doté. Nous l'en félicitons.
M. Faudel a eu la bonne intention de l'isoler en en fiiisant
faire un tirage à part que Ton peut se procurer en librairie.
Gela était nécessaire, car le Bulletin étant destiné aux seuls
membres de la Société d'histoire naturelle, le catalogue, qui
est un instrument de travail, peut ainsi être mis à la disposi-
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BULLETIN BtBUOOBAPHIQUB 285
tion de tous les hommes d'étude ne faisant point partie de la
Société, et auxquels il peut être d'une grande utilité.
Le Bulletin contient ensuite des Etudes historiques sfwr les
naturatistes dAkace^ par M. Ch. Grad, et notamment une
notice biographique sur Joseph Kœchlin-Schlumberger, ancien
maire de Mulhouse, fort estimé pour ses travaux géologiques.
M. Henri Lebert a, de son côté, fourni au Bulletin une notice
bi(^aphique sur le chimiste H. Lœwel, M. Faudel sur
M. Kampmann; le Bulletin se termine par un supplément au
catalogue des lépidoptères d'Alsace.
IX. Actes de la Société jurassienne d'émulation, réunie à
Bienne le 16 septembre 1878; 24'"* session. — Porren-
truy, împ. de V. Michel, 1874, 1 vol. in-8" de 247 pages.
Malgré la sil nation défavorable aux travaux de l'esprit
dans la Suisse française, la Société d'émulation poursuit ses
travaux avec une persévérance digne des meilleurs éloges.
En jetant un coup d'oeil sur les actes de cette Société, on ne
peut s'empêcher de s'associer aux encouragements que lui
donnait un homme impartial et non prévenu qui visitait
naguère sa bibliothèque : « Bravo, courage et persévérance. >
Le volume que nous signalons, ne le cède en rien à ceux
qui l'ont précédé. On y trouve des travaux variés et non
moins intéressants les uns que les autres sur les diverses
branches des connaissances humaines. M. Aug. Quiquerez lui
cfQ a fourni un certain nombre que les lecteurs de la Revue
liront toujours avec autant de fruit que de plaisir.
X. Curiosités de voyages en Alsace, tirées d'auteurs français
allemands, suisses et anglais, depuis le XYP jusqu'au
XIX* siècle, et annotées par Auguste Stgbbsr. — Mulhouse,
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286 BEVUE D*ALSACB
imp. de Risler, Kœnig successeur, 1874, 1 vol. in-8* de
vin-877 pages. — Colmar, E. Barlh, libraire. Prix : 8 fr. 60.
Le titre indique ce que le recueil contient. Nous nous bor-
nerons à dire que M. Stœber a mis dans la recherche et le
choix des matières Tamour qui le guide dans ses travaux et
l'éclectisme qui caractérise son patriotisme. Les lecteurs alsa-
ciens et les lecteurs français lui sauront gré d'avoir réuni
dans ce premier volume une partie des nombreux documents
perdus ou disséminés dans d'autres publications, et que l'on
pourra désormais consulter avec fruit pour l'étude de notre
histoire locale.
Nous ne pouvons que l'encourager à poursuivre l'œuvre
qu'il a si heureusement commencée.
XL Bibliographie alsadenm, 1873, S"* série. — Histoire
contemporaine, littérature, nécrologie, variétés curieuses, par
P. RiSTELHUBER. — Lausauue, imp. G. Bridel, 1874. — Stras-
bourg, chez J. Noiriel, libraire. Prix : 8 fr. 50.
Les lecteurs de la Revue connaissent la publication biblio-
graphique et littéraire de M. Paul Ristelhuber. Elle résume
ce que l'auteur appelle les faits importants de l'année.
Le volume de 1874 se fait surtout remarquer par sa dédi-
cace à M. Edouard Teutsch, député de Tarrondissement de
Saveme au Reichstag de Berlin.
Sa partie bibliographique remplit les conditions voulues;
sa partie littéraire, toujours fort intéressante, a valu à l'auteur
une condamnation à quatre mois de forteresse, qu'il subit au
moment où nous écrivons, mais qui est sur le point d'expirer.
XIL Oeschichte der Stadt Zabem — Histoire de la ville de
Saverne depuis sa fondation jusqu'à nos jours, écrite d'après
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BULLETIN BIBLIOaRAPHIQUE 287
les sources par Dagobert Fischer. — Saverne, chez H. Fuchs,
1874, 1 vol. in-8' de vn-248 pages, avec une vue de la ville
et les sceaux de Fancienne cité.
S'occupant depuis de longues années de l'histoire de sa
ville natale, M. Fischer avait communiqué à la feuille d'an-
nonces de la localité de nombreux chapitres, qui avaient fini
par constituer un premier livre portant le même titre que
celui que nous signalons. Mais beaucoup de parties intéres-
santes n'avaient pu entrer dans le volume précédent, et c'est
pour combler les lacunes que le volume dont nous nous occu-
pons, a été imprimé à Lahr à la façon allemande , c'est-à-
dire compacte et à justification disgracieuse.
Cette remarque ne saurait toucher l'auteur, car en pro-
vince c'est la loi de l'éditeur qui prévaut^ surtout quand on a
aftaire à l'éditeur allemand.
Quoi qu'il en soit, l'on doit savoir gré à M. Fischer de
n'avoir pas reculé devant cet inconvénient, car notre littéra-
ture alsacienne est enrichie d'une bonne histoire particulière
de la ville de Saverne.
Xm. De rarganisatbn judiciaire et de la législalûm éPAhaee
avant 1789^ par M. Jules Kruq-Basse, docteur en droit, pré-
sident du tribunal civil de Bergerac. — Paris, imp. Arnous
de Rivière et C*, 1874, brochure in-8° de 20 pages.
C'est dans cet étroit espace que l'auteur a condensé des
notions générales sur les diverses institutions judiciaires qui
existaient en Alsace dans les premiers temps de la réunion
de cette province à la France. L'opuscule est un extrait de la
Rmme critique de législation et de jurisprudence.
XIV. CuUure du houblon. — Moyens d'augmenter son rende-
ment, par Eugène Perrin, ingénieur diplômé de l'Ecole des
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288 RBVUE D'ALSACE
mines, etc., etc., avec 3 planches lithographiées. — Strasbourg,
imp. R. Schuitz et C*, 1874, brochure in-12 de 107 pages.
Prix : 2 fr. 50.
Système de palissage pour le fmiàlon, imaginé par le même.
— Strasbourg, même imprimerie, 1874, livret in-12 de
24 pages. Prix : 50 centimes.
Ces deux brochures spéciales ont été imprimées à Tocca-
sion de l'exposition agricole organisée à Haguenau Tan der-
nier.
TIRAGES A PART :
XV. De la Revue d'Alsace. 1** Noii4^ sur Sébasiim Brant,
par Ch. Schmidt, in-8** de 156 pages;
2** Pierre Mayno, notice biographique, par Et. Baath, in-8'
de 47 pages, avec un portrait;
8° Notice historique sur MmiswiUer (le vittage et le pèleri-
nage) et Zomhoff, par Dag. Fischer, in-8* de 46 pages;
4"* Description des drapeaux et étendards des régimmts
fra/nçais des anciennes provinces d'Alsace, de Franche-Comté
et de Lorraine, par Arth. Benoit, in-8* de 20 pages;
6° Petite chronique alsacienne^ 16004748, par le même,
in-8* de 16 pages;
6'' Etude sur les monnaies alsaciennes du cabinet de France,
par Arth. Engel, in -8° de 81 pages avec une planche;
T Chronique du serrurier Dominique Schmutz, de Colmar,
nu à 1800, par J. Liblin, în-8" de 181 pages.
XYI. Du Bulletin de la Société industrielle de Mul-
house. — Note sur le Musée historique du Vieux-Mulhouse,
par M. Engel-Dollfus, in-8° de 11 pages.
Frédéric Kurtz.
Kmllunu*. — Imprimerie Venvo Bader Jb de.
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LA DISSOLUTION
DE
L'ORDRE DES JÉSUITES
EN ALSACE
ÉTUDE HISTORIQUE
Incorruptam fidem professis, née amore
quisquam, et sine odio dicendua est.
Taciti, Histor., lib. 1. cap. 1.
L'arrêt du Parlement de Paris du 6 août 1762 qui ordon-
nait la dissolution de la Société des Jésuites et la fermeture
de toutes les maisons de Tordre, rencontra de la résistance
auprès de quelques Parlements du royaume, qui, considérant
cette mesure comme inique, se prononcèrent hautement en
faveur de la remuante corporation. Au Conseil souverain d'Al-
sace, le premier président, M. Christophe de Elinglin, était en
désaccord radical avec sa compagnie.^ Il était, lui, fort sym-
pathique aux Jésuites, et le Conseil souverain, quoiqu'il fût
loin de partager cet engouement, plia sous ses volontés et
refusa de s'associer à la mesure du Parlement de Paris. Mais
* MM PiLLOT ET DE Netrekand, Histoire du Conseil souverain d*Al-
sou, p. 385.
4*» Année Nourelle Série. 19
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290 RBVXJB D'ALSACE
lorsque vint l'édil du roi Louis XV du mois de novembre
1764, qui prononçait l'extinction de la Société de Jésus, même
dans le ressort des Parlements qui s'étaient ouvertement pro-
noncés en sa faveur, toute résistance s'évanouit. Le Gon^l
souverain d'Alsace s'inclina devant la volonté du roi, et enre-
gistra le 15 décembre 1764 cet édit, qui sanctionnait tous les
arrêts de proscription prononcés contre la célèbre Société.
Le surlendemain de cet enregistrement, le Parlement alsa-
cien, toutes les chambres assemblées, rendit sur le réquisitoire
de M. Neef, procureur général, un arrêt solennel par lequel
il s'associa à toutes les mesures prises contre les jésuites. Il
ordonna qu'il serait dressé par des commissaires du Conseil
nommés à cet effet, des états exacts de tous les prêtres, des
écoliers et de toutes les autres personnes qui se trouvaient
dans les collèges et les prieurés d'Alsace, et que ces Etats
renfermeraient les noms des religieux, leurs surnoms, leur
âge, le lieu de leur naissance, l'époque de leur entrée dans
la Société, la nature des vœux faits par eux, les fonctions et
les grades qu'ils remplissaient dans la Société ou dans la
maison, la distinction du profès du troisième vœu et du profës
du quatrième vœu, celle des coadjuteurs spirituels ou tem-
porels, le nom de la province où ils avaient été reçus et l'é-
poque où ils avaient été reçus, et l'époque où ils avaient été
admis dans les collèges ou les maisons situés dans le ressort
du Conseil.
Il ordonna en outre que chacun des commissaires dresserait
un inventaire des titres de fondation des collèges, des sémi-
naires et des maisons situés dans la province, ainsi que de tous
les biens meubles et immeubles appartenant à quel titre que
ce fût à ladite Société dans chacune de ses maisons, que
chaque inventaire contiendrait la distinction des biens de
fondation et de dotation de ceux qui avaient été acquis, comme
aussi la qualité des bénèûces qui avaient été unis ou incor-
porés auxdites maisons, ainsi que l'état des revenus desdits
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DISSOLUTION DB L'OBDBB DBS JÉSUITES 291
biens et celui des dettes actives et passives soit exigibles, soit
constituées.
Le Conseil a encore ordonné qu'il serait fait inventaire de
tous les vases et ornements sacrés, ainsi que du linge, qui se
trouveraient dans les chapelles tant intérieures qu'extérieures,
et qui serviraient aux congrégrations et aux confréries de
Tordre, qu'inventaire serait également fait des bibliothèques
et des meubles meublants qui existeraient dans lesdites
maisons, que lesdits inventaires et procès-verbaux seraient
dressés en présence des recteurs, chanceliers, directeurs, supé-
rieurs et procureurs des divers établissements, que chacun
d'eux serait tenu d'en affirmer la fidélité, et qu'il serait encore
tenu d'affirmer par serment de n'avoir détourné, aliéné, recelé
directement ni indirectement, aucuns titres, papiers, docu-
ments, biens et meubles, et de signer sa déclaration, que tous
les titres, meubles et effets seraient laissés aux recteurs et
aux supérieurs des divers établissements, à charge par eux
de s'en charger et de les représenter toutes fois et quantes
fois ils en seraient requis.
De plus il fut ordonné que les jésuites continueraient à
jouir librement jusqu'au 1" octobre de l'année 1768 de tous
leurs biens généralement quelconques comme du passé, à
charge par les recteurs et supérieurs, procureurs et autres
économes de leurs établissements, de tenir des états exacts
et détaillés de leurs recettes et dépenses et d'affirmer ces états
sincères et véritables, quand ils en seraient requis.
Le Conseil fit ensuite défense aux jésuites de faire rentrer
1^ deniers et capitaux portés par les constitutions de rente,
obligations ou tels autres contrats que ce pût être, comme
aussi de percevoir aucuns cens, canons et autres redevances
avant leur échéance.
Il a encore fait inhibition et défense à toutes personnes
d'acheter, de vendre ou de receler directement ou indirecte-
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2d2 RBVUB d'alsaoe
ment aucuns effets appartenant à la dite Société, soit à titre
de dépôt ou autrement. *
Les commissaires nommés par le souverain pour procéder
aux opérations ordonnées par son arrêt du 17 décembre
1764 furent:
1** M. Henri-Charles Poirot, conseiller doyen, pour le collège
d'Ensisheim et ses dépendances.
2** M. Joseph-Antoine -Jean-Chrysostome-François-Xavîer
Muller, conseiller, pour les collèges de Schlestadt, de RoufFach
et de Golmar.
8** M. François-Joseph Bourste, conseiller, pour le collège de
Strasbourg et ses dépendances.
4° M. Valentin-Michel-Ântoine Holdt, conseiller, pour les
collèges de Molsheim et de Haguenau.
5° Et M. André-Simèon Duconte, conseiller, pour les prieu-
rés de Saint-Morand et d'Œlenberg.
A peine cet arrêt était-il signifié à chacun des collèges ou
maisons de la province, qu'une brochure microscopique qui
sortait d'une imprimerie clandestine et qui se distribuait
secrètement dans le ressort du Conseil souverain, fut saisie
par la police; elle était de la teneur suivante:
DISCOURS DE M. DE BOUG^ CONSEILLER COMMISSAIRE DU CONSEIL SOUVERAIN
D'ALSACE AUX JÉSUITES DE STRASBOURG, LE VINGT- NEUF DÉCEMBRE MIL SEPT
CENT SOIXANTE-QUATRE.
Mes Révérends Pères.
Député du conseil souverain de cette province, je viens vous annoncer
ses dispositions sur TEdit registre le 15 de ce mois. L'exemple des autres
Parlements n'a fait sur luy aucune impression, il a donné des preuves
éclatantes de son zèle pour une compagnie aussi célèbre aujourd'huy |nr
ses malheurs, que par les services importants qu'elle a rendus au public
^ Recueil factice des ordonnances d'Alsace, omises dans le recueil pu-
blié en 1775 par M. de Boug, T, III. N* 107. (Bibliothèque de runivei^
site de Strasbourg.)
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DISSOLUTION DB L'ORDRE DES JÉSUITES 2&3
et à la Religion, il lui continuerait encore sa protection s'il ne pouvait
G(M)sulier que son inclination pour elle et la haute estime qu'il a de ses
mérites ; mais le Roy a parlé et les Magistrats dépositaires de son autorité
ont été obligés d'obéir.
Je m'apperçois, mes Révérends Pères, que je renouvelle votre douleur,
je me hâte de vous annoncer les honorables intentions de la cour et de
vous assurer de sa part qu'elle tâchera, sinon de vous faire oublier, du
moins d'adoucir vos maux.
Vous êtes de vrays et parfaits Religieux, vous scavez à quelle source il
laul puiser les motifs de consolation et de patience, la divine Providence,
qui conserve encore cette compagnie dans différentes parties de l'Europe,
scaura la rétablir en France aux temps marqués dans ses décrets étemels.
Je sens. Mes Pères, combien mon ministère est triste et pénible, je
tâcherai dans le cours de mes fonctions de vous marquer ma profonde
vénération pour votre illustre compagnie et l'estime dont je suis pénétré
pour tous les membres qui la composent
J'espère que vous me fournirez les connaissances nécessaires pour rem-
plir les devoirs de ma commission. Vous ne démentirez pas cette candeur,
cette bonne foy, cette probité que vous avez tant de fois enseignées par
vos leçons et vos exemples; C'est surtout aux Révérends Pères Recteur,
Directeur, Chancelier et Procureur que je m'adresse. *
Ce discours portait en tête le nom d'un magistrat qui ne
pouvait pas en être Fauteur, car il était constant que M. de
BoQg se trouvait depuis le mois de septembre dernier à la
Cour de Versailles, qu'il n'avait pas été nommé commissaire
pour faire l'inventaire au collège de Strasbourg, et que cet
inventaire avait été régulièrement dressé par le commissaire
délégué à cet effet ; et comme Tauteur du discours semblait
fronder l'édit du roi du mois de novembre concernant la Société
des Jésuites, qu'il faisait même entrevoir un certain désir de
voir dans la suite rétablir en France une Société qui venait
d'être proscrite, et qu'il témoignait un regret d'avoir été
obligé d'obéir à la volonté du roi, le procureur général déféra
l'imprimé en question au Conseil souverain, où il conclut à sa
' Même recueil, t. III. n* 106.
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294 BEVUB d'alsacb
suppression; un arrêt du Conseil, rendu le 81 mars 1766,
toutes les chambres assemblées, ordonna que l'imprimé dont
il s'agit serait et demeurerait supprimé, il fit défense à tous
libraires et colporteurs de vendre, débiter ou autrement dis-
tribuer ledit imprimé ni aucun autre semblable.
Selon une copie manuscrite de ce discours, conservée aux
archives de la ville de Strasbourg \ M. Bourste, conmiissaire
du Conseil souverain d'Alsace pour Texécution de l'édit qui
ordonnait la suppression de l'ordre des Jésuites, en serait
l'auteur; il l'aurait prononcé aux Jésuites de Strasbourg le 24
décembre 1764.
Après que Tagitation produite par la publication de ce pam-
phlet se fût calmée, les coounissaires délégués par le Conseil
souverain achevèrent les inventaires des meubles et immeu-
bles, des vases et ornements sacrés, et de tous les objets que
possédaient les divers établissements des Jésuites, situés en
Alsace, ainsi que des titres de fondation et de dotation de ces
maisons, et dressèrent l'état exact et détaillé des revenus de
chaque établissement, ainsi que celui des Pères et des Frères
qui s'y trouvaient.
L'édit du roi Louis XY, qui ordonnait la dissolution des
Jésuites en France et la fermeture de leurs maisons, ne sévit
point contre les membres pris individuellement; il leur permit
de vivre en particuliers sous l'autorité spirituelle des Ordi-
naires en se conformant aux lois du royaume et en se com-
portant en toutes choses comme de bons et de fidèles sujets.
Le gouvernement leur accorda même des pensions viagères
^ Liasse sans numéro renfermant les documents relatifs aux Jésuites.
M. François-Joseph Bourste, qui avait été reçu en 1746 au Conseil souve-
rain d'Alsace, fut mis à la retraite en 1771 il était à peine âgé de 54 ans.
Le cardinal Louis-Constantin de Rohan évêque de Strasbourg, le dédom-
magea amplement de la perte de sa charge, en le nommant vice-dome
président du Conseil de la régence de l'évêché et Oberschultheiss de
Saverne. M. Bourste mourut en cette ville le 7 août 1777, à l'âge de
60 ans et fut enterré au cimetière des récollets.
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DISSOLUTION DE L'OBDHB DES JÉSUITES 205
sur les biens de la Compagnie, et les admit aux fonctions de
llJniTersité et du clergé séculier. Le maximum de la pension
du jésuite prêtre fut fixé à la somme de 400 livres, les frèf es
laïcs reçurent aussi des pensions viagères dont le montant ne
pouvait excéder la somme de 200 livres. Ainsi les Jésuites
pouvaient vivre sous l'empire des lois, comme sujets fidèles et
simples citoyens, et il leur était interdit de se mêler en rien
de l'éducation publique, c'est-à-dire, d'avoir des collèges comme
corps, mais non pas d'être individuellement maître ou pro-
fesseur dans un Collège. Un Jésuite pouvait, comme tout autre
homme, être appelé à ces fonctions dans un collège par les
chefe de l'Université, ou dans un petit séminaire par l'évêque.
Les personnes qui applaudissaient à la suppression de la
Gompngnie de Jésus, ne pouvaient s'empêcher de s'apitoyer sur
le sort des particuliers, sur la misère de tant d'hommes
recommandables par leur flge, leur savoir, leurs services, et
frappés d'une manière aussi terrible qu'inopinée.
Gomme les collèges, qui étaient tenus en Alsace par les
membres de la Société de Jésus, pouvaient éprouver quelque
embarras par l'exécution de l'édit de suppression, le roi écri-
vit le 28 décembre 1764 au cardinal Louis-Constantin de
Rohan, qu'il était nécessaire de prolonger à l'égard de l'Alsace
le terme de l'exécution dudit édit jusqu'au mois d'octobre de
Tannée prochaine.
Maison de Strasbourg.
En 1688, l'évêque Guillaume-Egon de FOrstenberg, qui
venait de remplacer son frère François-Egon sur le siège épis-
copal de Strasbourg, fonda dans cette ville un séminaire qu'il
établit avec le consentement du grand-chapitre dans l'ancien
hôtel du Bruderhof, situé derrière la cathédrale, et il en confia
l'enseignement aux Jésuites français de la province deCham-
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296 BEVUB d'alsaob
pagne, dont le zèle et Taptitade lui étaient connus. Le traité,
qu'il fit le 6 juillet 1688. avec le R. P. Jean Dez, recteur du
collège de Sedan, fut confirmé par lettres patentes du roi
Louis XIY, du mois de septembre suivant. ^
En 1685, Louis XIY fonda à Strasbourg un collée qu'il
remit aussi entre les mains de la Compagnie de Jésua Pour
augmenter la dotation du séminaire et du collège, le roi leur
fit don en 1687 des biens de l'abbaye de Sainte- Walburge
dans la forêt de Haguenau, et en 1692 il y ajouta une partie
des biens de lancienne abbaye de Seitz. Il transféra par lettres
patentes du mois de novembre 1701 l'université de Molsheim
dans la ville de Strasbourg pour y être unie au collège royal
des Jésuites; cette translation, confirmée par de nouvelles
lettres patentes du mois de février 1702, eut lieu le 20 juin
suivant ; elle ne porta aucune atteinte au collège èpiscopal de
Molsheim, qui continua à subsister en son entier. '
Le «x)llége des Jésuites était contigu à la cathédrale, et élevé
sur l'emplacement de plusieurs maisons canoniales du grand-
chapitre et de quelques maisons qu'ils avaient achetées suc-
cessivement. Il fut reconstruit en 1756, et occupe, outre rem-
placement de ces maisons de chanoin&s, celui de Thôtellerie
du Thiergarten (parc), où l'on dit que Gutenberg a fait ses
premiers essais de l'imprimerie et où ont logé Enée Silvius,
qui ceignit plus tard la tiare sous le nom de Pie II, et Louis
XIV. Il a conservé sa destination primitive.
L'ancien Bruderhof, où était établi le séminaire èpiscopal,
était attenant au collège et masquait avec lui le chœur de la
cathédrale; il fut remplacé en 1769 par un bâtiment massif,
qui fut changé pendant la Révolution en une prison, où ont
été détenues des milliers de personnes. Plus tard, on y plaça
' Archives Communales de Strasbourg, liasse citée,
• Grandidirr, Œuvres historiques inédites, t. VI, p. 88, et Ordon-
nances d'Alsace, t. I, p. 331.
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DIB80LUTI0K DB L'OBDRB DES JÉSUITES 397
les Facaltés et le Muséum; en <833 il a été rendu à sa
destination primitive.
Dès leur arrivée à Strasbourg, les Jésuites eurent des dif-
ficultés avec le Magistrat. M. GQntzer ^ syndic du roi, en
informa Louvois, le puissant ministre de Louis XIV, qui lui
fit la réponse suivante :
A Versailles, ce 27 octobre 1683.
J^ay receu vostre lettre du 22 de ce mois qui ne désire de réponse que
pour vous dire que Fintention du roy n'est point que les Pères Jésuites de
Strasboui^ jouissent d'aucune exemption des droits que payent les habi-
tants et qu'ainsy vous ne devez point appréhender qu'ils obtiennent rien
de ce qu'ils prétendent à cet égard.
De Louvois.
Les Jésuites ne se tinrent pas pour battus, et avant que
cinq années se fussent écoulées, ils obtinrent, à force de solli-
citations, Texeinption de tous les droits auxquels les habitants
de la ville étaient assujettis. Le syndic Gûntzer en fut informé
par la lettre suivante que lui écrivit M. de Louvois le 23 mai
1688.
Je vous prie d'expliquer au magistrat, que Tintention du Roy est que
les Jésuites de Strasbourg soient exempts de payer aucuns droits appar-
tenants à la dite ville, leur collège ayant été fondé par sa majesté, à quoy
elle vous recommande de tenir la main.
De Louvois.
Cette lettre fit cesser toute discussion, et les Jésuites se
virent affranchis des nombreux droits que payaient les habi-
tants de Strasbourg.
Le nombre des Jésuites chargés de la direction du Sémi-
naire se composait dans le principe de 14 Pères, savoir: du
* M. Gûntzer a joué un rôle très actif dans les négociations et intrigues
secrètes, concernant la réunion de Strasbourg à la France; il a été nommé
par le roi, le 9 novembre 1681 son syndic et directeur de la chancellerie
de Strasbourg ; il abjura le protestantisme et reçut pour sa conversion,
en sas de sa charge, une pension sur le Trésor royal.
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296 BEVUE D' ALSACE
directeur, du procureur, de deux prédicateurs, de quatre pro-
fesseurs de théologie, de deux professeurs de philosophie, de
deux ouvriers spirituels et de deux missionnaires, et enfin de
deux frères laïcs ; et après que le collège fondé par Louis XIV
lui eut été incorporé, le personnel des Pères s'augmenta de
quatre professeurs de droit canon, de quatre professeurs de
mathématiques et de quatre professeurs des langues française
et allemande ; le roi affecta une pension annuelle de quatre
mille livres à l'entretien de ces douze professeurs. *
Le collège royal de Strasbourg était un établissement avan-
tageux non-seulement à cette ville, mais à toute la province.
Louis XIV l'avait enrichi de ses bienfaits et y avait fondé
vingt bourses royales alsaciennes uniquement destinées à de
jeunes séminaristes alsaciens, et quatre bourses royales fran-
çaises; huit bourses épiscopales y avaient été fondées par le
cardinal Guillaume-Egon de Fiirstenberg, évoque de Stras-
bourg; six de ces places gratuites étaient à la disposition de
révêque, et deux à celle du grand-chapitre. Un arrangement
postérieur mit également ces deux bourses à la disposition de
révêque.
Vers la fin du XVir siècle, il y avait près de quarante
Pères Jésuites dans le collège de Strasbourg; à cette époque, ils
étaient obligés de fournir des prédicateurs à la cathédrale
durant l'année, savoir : trois prédicateurs allemands et un
prédicateur français. *
Après la révocation de l'édit de Nantes, les Jésuites établis
à Strasbourg, s'occupèrent sérieusement à ramener les pro-
testants à la religion catholique. Aucun moyen, aucune séduc-
tion, aucune contrainte ne furent négligés pour obtenir des
abjurations. Le nombre des Luthériens qu'ils réussirent à
convertir, fut très nombreux. Dans les deux années 1688 et
* Ordonnances d'Alsace, t. I, p. 151.
* Lagrângb, Mémoire numv^crit &ur VAlsace, 1697 ; il en existe on
grand nombre de copies.
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DISSOLUTION DB L'OBDRE DES JÂBUITES 299
i686, ils eurent la satisfaction de ramener à la religion catho-
lique 8426 personnes. Mais à l'exception du préteur royal
Ulric Obrecht, du syndic royal Gûntzer et du syndic de la
noblesse Kempfer et de quelques gentilshommes, on ne trouve
guère de Strasbourgeois tant soit peu considérés, qui aient
changé de religion depuis que la ville a été réunie à la cou-
ronne de France. *
Le recteur du collège, le R. P. Dez *, publia en 1687 une
série de dissertations pour établir institution divine de la
messe, et il dédia son livre à Louis XIV en lui donnant pour
titre : La réunion des protestants de Strasbourg à V Eglise
romaine^ où il s'efforçait de démontrer que les protestants
devaient en conscience faire cesser le schisme et rentrer dans
le giron de l'Eglise catholique.
En 1699, les Jésuites de Strasbourg firent l'acquisition de
la censé dite îfeuhof, située près de la Gansau, sur le sieur
Wenther, bailli de Lahr, ou plutôt sur les enfants que sa
femme avait procréés en premières noces avec le sieur Haan.
Le Magistrat de Strasbourg dispensa lesRR. Pères, par grâce
spéciale, de l'observation du statut qui portait > qu'aucuns
biens immeubles ne doivent passer entre des mains étran-
gères et à d'autres qu'à des bourgeois, ainsi que de celuy fait
en l'année 1S28 portant défense aux communautés ecclésias-
tiques de faire acquisitions de maisons, biens fonds el autres
immeubles situés dans la ville et la banlieue. »
s
* Hermann, Notices historiques sur Strasbourg, t. I, p. 182. Ulric
Obrecht, savant jurisconsulte, avocat de la ville de Strasbourg, se con-
vertit au catholicisme, à Paris. Il en fui récompensé par la charge de
préteur royal à Strasbourg. Kœmpfer était beau-frère de Christophe
Gûntzer, et reçut pour sa conversion une gratification de mille écus et
une augmentation de ses appointements. (Vanhuffbl, Documents inédits
concernant V histoire de France, Paris 1840, p. 133J.
' Le P. Dez mourut le 12 septembre 1712, âgé de près de 70 ans.
• Archives communales de Strasbourg. Liasse citée.
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900 BEVUB D'ALSACE
Les Jésuites établirent dans la maison censière, à Tnsage de
leurs journaliers et de leurs domestiques, une petite chapelle
domestique qu'ils dédièrent à la Sainte-Vierge. Un R. Père y
donnait Tinstruction religieuse et le saint sacrifice y fat offert
jusqu'à l'époque de la suppression de l'ordre en France. Les
terres que les Jésuites exploitèrent au Neuhof reçurent de
leurs possesseurs lenomàeJemiterfeldqu'eWeB^rlent encore
de nos jours.
La chapelle construite par les Jésuites fut vendue pendant
la Révolution; les catholiques la rachetèrent de leurs deniers
le 9 germinal an VIII (30 mars 1800); elle servit au culte
jusqu'en 1807, où son insufQsance pour contenir tous les
fidèles la fit démolir.
Les lettres patentes que le roi Louis XIV avait délivrées
au mois de février 1702 à l'Université de Strasbourg, éten-
dirent les privilèges de cet établissement. Gomme toutes les
universités, elle conférait les grades jusqu'à celui de docteur
exclusivement, elle formait un corps distinct du séminaire
épiscopal fondé en 1688 par l'évêque Guillaume-Egon de
Fûrstenberg, ainsi que du collège royal fondé par Louis XIV,
en 1688. Ses assemblées se tenaient dans une salle du sémi-
naire. Elle était composée des Facultés de théologie et des arte.
L'ouverture s'en fit en grande pompe le 20 juin 1702 * et
« pour que ce corps ^ brillât à jamais aux yeux de la popu-
« lation protestante de l'éclat insigne et exclusif de la faveur
« royale, on institua une procession solennelle de docteurs,
« qui se célébra depuis, chaque année, au commencement de
« juillet. Mais malgré tout le faste dont s'entourait cet éta-
• blissement, il eut de la peine à se faire reconnaître par les
* Le passage placé entre guillemets est extrait textuellement du Mé-
moire composé pour la fondation de Saint-Thomas de Strasbourg par
M. Ignace Chauffour, intitulé: Réponse atix observations publiées par
Jf . Emile Detroyes. Colraar, 1856, in-8' p. 460.
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DISSOLUTION DB l'ORDRB DBS JÉSUITES 901
« autres Universités, qui persistèrent longtemps à ne lui
< donner que le titre de Schola episcopalis. >
Le roi Louis XVI réunit par lettres patentes de Tannée
1776 à la Faculté de théologie celle de droit canon.
Le personnel de TUniversité catholique se composait d'un
recteur et d'un chancelier perpétuels, de sept professeurs de
théologie et de droit canon, et de deux professeurs dans la
Faculté des arts. Il y avait en outre un syndic et un doyen.*
Cet établissement a subsisté jusqu'à la Révolution. Son der-
nier recteur fut l'abbé Jean-Jacques Lantz, évêque de Dora,
sufifragant et grand-vicaire de l'évôché de Strasbourg.
Lors de la suppression de la Société de Jésus, le cardinal
Louis-Gonstantin de Rohan, évêque de Strasbourg, s'intéressa
vivement à la conservation de ce collège où l'on professait
l'enseignement des humanités et de la philosophie, du droit
canon, de la théologie dogmatique et morale, des mathéma-
tiques et des sciences naturelles, et à la prière de ce prélat,
cet établissement fut maintenu par lettres patentes du roi
Louis XVdu6 septembre 1765, mais il fut agrégé à l'université
et fut confié à des prêtres séculiers, c'est-à-dire > aux Pères
Jésuites en habits de prêtres séculiers sous la jurisdiction du
Seigneur-Evêque » qui les protégeait secrètement.
Les fonctions de principal furent dévolues au I> François
Schmaltz ; le D' Jean-Antoine Geiger fut nommé préfet des
études, le IK François-Matthias Zsepffel sous-principal, et
Georges-Antoine Weimer, procureur; l'enseignement de la
physique, des mathématiques et de la logique fut confié aux
PP. Jean-Baptiste Durosoy, Pierre Humbert Lault et Burckard ;
le P. Jean-Baptiste Kunemann fut nommé préfet des classes ;
la chaire de rhétorique fut confiée à Ignace Weisrock. Etienne
Beck, Jean-Heiuî Guyon, François Ignace Jobin furent nommés
professeurs de seconde, de troisième et quatrième, et Eléonore
^ Obbelin, Almanach d^Alsace, 1783, p. 21.
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302 BEYU£ D'aLS^OB
Guyon fut chargé des chaires de dnquiëme et de sixième.
« Tous les Jésuites ci-dessus nommés sont prêtres, à l'excep-
tion des quatre derniers régents; ils sont tous Alsadeiis, à
Texception du professeur de mathémathiques, qui est du Niver-
nais (Montigny), et du régent de cinquième, qui est de la Lor-
raine allemande (Faulquemonl) ; ils savent tous les deux
langues, ils sont tous profès des quatre vœux, excepté les
cinq régents des basses classes pour lesquelles on n*a pu
trouver de profès ; ils sont tous de la maison de Strasbourg,
à l'exception des deux régents des basses classes. » ^
Le traitement du principal était de 800 livres et celui du
préfet des études de 700 livres ; le sous-principal, le procureur,
et les professeurs de physique, de mathématiques et de
logique et le préfet des classes n'avaient qu'un traitement de
600 livres ; celui du professeur de rhétorique n'était que de
500 livres et les régents des basses classes ne touchaient que
400 livres pour leur traitement. La pension de ces professeurs
et celle de six domestiques attachés au collège était évaluée
à la somme de 6,400 livres.
Grâce à la sage administration que le cardinal Louis-Ck)n8-
tantin de Rohan avait introduite dans le collège, ses revenus
ne tardèrent pas à s'augmenter, et sur la proposition de ce
prélat, le roi y fonda dix bourses en faveur de dix gentils-
hommes catholiques de la province d'Alsace. Suivant lettres
patentes données à Marly au mois de juin 1778, les candidats
étaient tenus de faire preuve de quatre degrés de noblesse du
côté paternel, et d'autant de degrés du côté maternel. Le roi
nommait à ces bourses, sur la présentation de l'évêque de
Strasbourg. Parmi les boursiers on voit figurer les descendants
des plus nobles maisons d'Alsace, UM. D'Andlau, de Ferrette
deFlorimont, deReinach, deRathsamhausen, deMonljoiedela
Roche, de Serpes de Paye, de Girardi de Castell. '
^ Archives de Strasbourg. Liasse citée.
' Archives du Bas-Rhin, D. 206.
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DISSOLUTION DE L'ORDRE DES JÉSUITES 808
G^est au collège de Strasbourg que professait le Père Jean-
François Georgel qui, né le 29 janvier 1781 à Bruyères dans
les Vosges, avait été admis fortjeune dans Tordre des Jésuites.
La réputation qu'il avait acquise dans l'enseignement en pro-
fessant avec succès les humanités et les mathématiques, dans
les collèges de Pont-à-Mousson et de Dijon, l'avait précédé à
Strasbourg et c'est dans celte dernière ville qu'il se fit remar-
quer du prince Louis-René-Edouard de Rohan, coadjuteur du
prince-évêque Louis-Constantin de Rohan, son oncle, et en
1764, c'est-à-dire à la dissolution de la Compagnie de Jésus,
ce prélat se l'attacha particulièrement et lui donna toute sa
confiance. L'abbé Georgel y répondit par un grand dévoue-
ment dont il a donné des preuves non équivoques dans plu-
sieurs circonstances critiques. Ce prince le combla de bienfaits,
en lui conférant d'abord la dignité de grand-vicaire de l'é-
vêché de Strasbourg et de la grande-aumônerie de France et
en le faisant ensuite nommer administrateur de l'hôpital des
Quinze-Vingts, prieur de Ségur en Auvergne. Forcé de quitter
la France à Fépoque de la Révolution, il alla s'établir à Fri-
bourg. En 1802, le gouvernement français lui accorda la per-
mission de rentrer dans sa patrie.
L'abbé Georgel mourut le 14 novembre 1818, âgé de
82 ans, 9 mois et 12 jours.
Dans les dernières années de l'existence de la Compagnie
de Jésus vivait au collège de Strasbourg un jeune religieux
de cet ordre célèbre, nommé Jean-François-Nieolas Danzas
il naquit à Colmar le 26 septembre 1727, et avait été &it
prêtre le 20 mai 1758 à Strasbourg où il professait ce qu'on
appelait les basses classes. Il avait su s'attirer la bienveillance
du prince Louis-René-Edouard de Rohan, coadjuteur de Stras-
bourg, et à la prière de ce prélat, le roi Louis XVI lui donna
le 21 septembre 1774 un brevet de joyeux avènement par
lequel il lui accorda le premier canonicat qui viendrait à
vaquer dans le chapitre collégial de Saverne. M. Danzas fit
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a04 REVXJE D*ALSAOB
signifier ce brevet au chapitre le 2 novembre de la même
année. Lorsque le chanoine François-Joseph Nicart mourut
le 7 juillet 1775, Tabbé Danzas, qui était saisi de plein droit
du bénéfice au moment où il était venu à vaquer, le requit le
10 du même mois et en fut investi le même jour par M. Ba-
taille, prévôt du chapitre. Il obtint le 23 septembre 1775, du
Conseil souverain d'Alsace, un arrêt pour la prise de possession
du canonicat que le brevet de joyeux avènement lui avait
assuré; et en prit possession dans Téglise collégiale de Saverne,
le 6 octobre suivant.*
Lors de la restauration du culte, Tabbé Jean-Pierre Sau-
rine ^ ancien évêque constitutionnel du département des Landes,
fut nommé évêque de Strasbourg. Après qu'il eut pris posses-
sion de son siège, au mois de juin 1802, comme il passait
pour Fun des rares défenseurs de TEglise gallicane, il sentit
la nécessité de donner satisfaction au clergé alsacien connu
par son attachement aux doctrines ultramontaines; il prit en
conséquence pour coMaborateur Tex-jésuite Danzas, auquel il
conféra la dignité de grand-vicaire du diocèse. L'abbé Danzas
mourut en 1818, à Tâge de 85 ans.
* Archives de Sa/oeme. Liasse 536.
* L'abbé Sanrine, né à Saint-Pierre d'Eysey, département des Basses-
PyrénéeS; le 11 mars 1753, fat nommé député aux Etats-généraux par
le clergé de son diocèse. Dès l'ouvertare des Etats, il se réunit aux
députés du tiers-état, et rota toutes les réformes proposées; les électeurs
du département des Landes lui conférèrent l'épiscopat. La confiance qu'il
inspira à ses diocésains et ses principes républicains, qu'ils connaissaient,
le firent choisir pour député à la Convention nationale ; dans le procès
du roi, il vota pour la détention jusqu'à la paix, il protesta avec une
vertueuse indignation contre les extravagances du culte de la Raison.
Entré au Conseil des Cinq-cents, il y déploya le même caractère et rendit
les mêmes services qu'à la Convention nationale et à l'Assemblée consti-
tuante. En 1813, étant en tournée pour la confirmation, il mourut le
9 mai, frappé d'apoplexie, dans l'ancien couvent des Capucins, situé en
dehors de la ville de Soultz (Haut-Rhin), et servant de nos jours d'hô-
pital civil.
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DISSOLUTION DE L'ORDBE DBS JÉSUITES 305
CoUégre de Molsheim.
L'évêque de Strasbourg Jean de Manderscheid revint en
Tannée 1571 d'un voyage sur les bords du Rhin, accompagné
de plusieurs Jésuites, auxquels il assigna pour séjour le cou-
vent des déchaussés de Saverne. ^ En introduisant les Jésuites
dans son diocèse, il avait conçu le projet d'y fonder un collège
où les études profanes devaient marcher de pair avec les études
sacrées. Dès qu'ils furent établis au couvent de Saverne, les
Jésuites cherchèrent à s'emparer de l'instruction de la jeunesse,
obtinrent la confiance universelle, gagnèrent tous les cœurs et
combattirent avec énergie les innovations de la Réforme. L'é-
vêque Jean jugeant que l'Eglise attaquée de toutes parts ne
pouvait avoir trop de défenseurs et que l'instruction supérieure
était la digue la plus puissante à opposer aux doctrines anti-
catholiques, résolut de créer sous la direction des Jésuites un
vaste établissement, où Ton enseignerait non-seulement la
théologie, mais aussi les lettres et les sciences. Il s'adressa en
1579 au général de leur ordre, Everard Mercurien à Rome,
pour lui représenter la nécessité de fonder dans le diocèse de
Strasbourg une maison et un collège selon leur règle. Le
général des Jésuites accueillit favorablement cette demande, on
s'entendit facilement, et en 1580, l'évoque Jean autorisa les
Jésuites à ériger un collège à Molsheim, ville dépendant du
temporel de l'évêché, et renommée par son site agréable et
son climat salubre et tempéré.* La direction du nouvel éta-
blissement fut confiée au R. Père Jacques Ensfelder qui en fut
le premier recteur.
L'évêque Jean combla ces religieux de ses bienfaits ; en
1581, il fit construire, sur l'emplacement de l'hôpital de Mols-
heim, une vaste et magnifique maison dont il fit les frais et
* Strobrl, Histoire d'Alsace, t. IV, p. 160.
' Archives d/u, Bas-Rhin. Série D. Gart 1.
4- Année Nouvelle Série. -^
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306 REVUE D*ALSAGE
posa la première pierre; il employa à cette construction plus
de 20,000 florins, et comme cette somme était loin d'être
suffisante, il força les opulentes abbayes, les monastères et
les chapitres du diocèse à venir à son aide, quoique plusieurs
d'entre eux, qui ne goûtaient pas son projet, eussent essayé
de lui résister. Lorsque cet édifice fut achevé, il en fit don au
collège des Jésuites, de Tagrément et du consentement du
grand chapitre, et lui incorpora, par acte du là décembre 1590,
la chapelle de Sainte-Marie avec le patrimoine des pauvres,
c'est-à-dire les terres, prés, vignes, cens, rentes et tous les
droits appartenant à Thôpital de Molsheim qui avait été fondé
en 1819 par l'évéque Jean de Dirpheim. Il pria le R. Père
Aquaviva *, qui avait été promu au généralat de Tordre de la
Compagnie de Jésus, de vouloir bien accepter cette donation,
de conserver et de protéger le collège, comme les autres mai-
sons de l'ordre, d'en prendre soin et d'y placer toujours des
religieux qui pussent soigneusement augmenter les biens
spirituels et affermir la foi de la population catholique. Il
donna et réunit encore au collège des Jésuites sept bénéfices
0U prébendes qui avaient été fondés dans l'église de l'hôpital
de Molsheim pour y faire célébrer l'office divin, et prit ensuite
l'engagement que, si ces revenus réunis n'allaient pas à la
somme principale de 2,000 florins, de faire assigner aux
Révérends Pères sur les revenus de l'évêché la somme néces-
saire pour parfaire ces 2,000 florins.'
Vers la fin du mois de novembre 1 58 1 une maladie épidémique
qui sévissait à Molsheim et dans les environs, força les Jésuites
de se réfugier avec leurs élèves à Saverne, où ils continuèrent
leurs classes avec tant de succès, que les habitants de cette
^ Claude Aquaviva, était frère du duc d'Atria de Naples. Il se sentit
attiré dans la maison professe de Rome, par les exemples de vertu de
saint François de Borgia, et il y puisa cet esprit de sagesse et de piété qui
rendit si glorieux le généralat dont il fut revêtu dans la suite.
» Archives du Bas-Rhin, G. 1826
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DISSOLUTION DB L'ORDRE DES JÉSUITES 307
ville demandèrent avec instance qu'on laissât pour toujours
le collège dans leurs murs. L'évêque Jean était sur le point
de déférer à leurs désirs, mais le nouveau général Claude
Aquaviva s'y opposa de toute son autorité.
Dès que l'air se fut purifié à Molsheim, les Jésuites y retour-
nèrent et y reprirent l'enseignement, le 18 avril 1882. Mais
au moment où l'on s'y attendait le moins, il y eut une recru-
descence de la maladie contagieuse qui atteignit principale-
ment rétablissement des Jésuites. Outre quelques élèves, trois
professeurs et deux autres personnes du collège furent enle-
vés par le terrible fléau. L'évêque Jean, afiOigéde ces pertes,
ordonna que les professeurs se retirassent pour la seconde fois
à Saveme, où l'on respirait toujours l'air le plus sain. ^
Cependant, quoique la contagion continuât à sévir à Mols-
heim, les travaux de construction du collège n'y furent pas
interrompus, et le principal bâtiment était presque achevé,
lorsque Tévêque de Strasbourg revînt de la Diète d'Augsbourg
à laquelle le recteur du collège l'avait accompagné. Sa satis-
faction en fut d'autant plus vive, qu'à son arrivée au château
de Dachstein, il apprit que le grand-chapitre de Strasbourg
approuvait tout ce qu'il avait fait pour l'établissement de ce
collège. Les chanoines signèrent l'acte de fondation du 12 mars
1580 de leur propre main, et y apposèrent le grand sceau du
chapitre, le 2 juillet 1582.
Le collège fondé par l'évêque Jean de Manderscheid eut un
brillant succès, et devint un des établissements les plus consi-
dérables de l'Alsace; les Jésuites y enseignaient les humanités
et la philosophie, ils y tenaient même un séminaire qui était
soumis à l'ordinaire ; l'enseignement y était gratuit. Le per-
sonnel de cet établissement se composait ordinairement d'une
^ Histoire du collège épiscopal de Molsheim, f Revue catholique d'Aï-
Mce, t. XI, p. 466).
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308 RBvuB d'alsacb
quarantaine d'individus, tant pères que régents et frères laïcs
de ia proyince du Haut-Rhin.
Les successeurs de Févèque Jean sur ie siège de Strasbourg,
Charles, cardinal de Lorraine, et Léopold, archiduc d'Autriche,
exercèrent leur munificence envers le collège de Molshdm, et
les Révérends Pères firent éclater hautement leur reconnais-
sance pour leurs illustres bienfaiteurs. Ce collège, qui était, con-
formément à Tesprit qui avait présidé à sa création, une institu-
tion essentiellement catholique, prit sous la haute direction de
l'archiduc Léopold un développement extraordinaire ; comme on
n'y enseignait jusqu'alors que les basses classes et les huma-
nités, ce prince y établit en 1617 les deux Facultés de théo-
logie et des arts, et l'éleva au rang d'une Université. Le pape
Paul V approuva cette fondation par une bulle du 1"" février
1617, et l'empereur Mathiasla confirma par lettres patentes
du 1" septembre suivant. Enfin l'évéque Léopold assigna, par
acte du 30 juin 1618, au collège de Molsheim des' revenus
nécessaires à l'entretien des nouveaux professeurs.
L'année 1618 vit s'achever l'élégante église des Jésuites de
Molsheim, dont la beauté est d'autant plus remarquable, qu'a-
lors l'architecture monumentale était tombée dans une pro-
fonde décadence. Cette église, qui se glorifiait d'avoir reçu en
dépôt les reliques sacrées des martyrs thébains et celles de
saint Materne et de saint Augustin, fiit consacrée le 26 août
1618, par l'évéque de Bàle Joseph-Guillaume Rinck de Bar-
denstein, assisté d'Adam Petz, évéque de Tripoli. suflFragant
de Strasbourg, et de sept abbés du diocèse, sous l'invocation
de la bienheureuse Vierge Marie.' Cette cérémonie se fit en
présence de Tarchiduc Léopold et d'un grand nombre de
députés envoyés par les villes d'Alsace. Les habitants des cam-
pagnes et des villes voisines, abandonnant leurs travaux,
s'étaient rendus en foule à Molsheim pour assister à cette
^ Descripiio templx molfh, (Inaugur. CoUeg, MoUk), 1619, p. 168.
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DISSOLUTION DE L'ORDBE DBS JÉSUITES 309
solennité; l'évêque Léopold leur fit clistribuer deux charretées
de vin, et un bœuf quïl avait fait rôtir tout entier.
Le lendemain eut lieu Tinauguration de la nouvelle Uni-
versité, en présence de Tévêque fondateur et d'un grand nom-
bre de personnages de distinction. Le panégyrique de la
nouvelle Université fut prononcé par le R. P. Jodoque Coccius *
et imprimé à Molsheim sous le titre ^LArchiétacaMs Academia
Molshemenm expUeata panegyrico, quem LeopoJdo archiduci
Austriœ episœpo argmUnemi àixit^ dicamt, comecravit CoUe-
gwm Academicum societatU Jésus mofshemense. Mobh, Anno
M. D. a XllX,
Cette Université obtint également de la réputation, et exerça
bientôt une influence marquée sur l'instruction de la jeunesse
alsacienne; elle subsista jusqu'en 1701, où elle fut transférée
à Strasbourg.
Le pape Urbain VIII accorda aux Jésuites de Molsheim la
confirmation de leurs biens et privilèges par une bulle émise
au mois d'août 1623.' Le roi Louis XIII et ses généraux leur
délivrèrent plusieurs sauf-conduits pendant la désastreuse
guerre de Trente ans.' Louis XIV, devenu maître de l'Alsace, les
maintint dans leurs possessions, droits, privilèges, franchises
et exemptions, par lettres patentes, émises les unes au mois
de janvier 1645, et les autres au mois de janvier 1689 * ; il les
déchargea même du payement des subsides, et les exempta de
la fourniture des fourrages et du logement des gens de
guerre.
Les évoques de Strasbourg, qui ont toujours traité favora-
blement les Jésuites de Molsheim, ont poussé leur générosité
jusqu'à consentir qu'il leur fiït délivré chaque année la quan-
* J. Goccias (Koch) était de Trêves; il mourut à RoufFach, le 25 octo-
bre 1622.
* Archives du Bas-Rhin, D. liasse 4.
* Ibidem, D. liasse 9.
* Grandidisr, Œuvres inédites t. VI, p. 87.
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310 BEVUE D'ALSACE
tité de soixante cordes de bois de hêtre dans les forêts de Té-
vêché pour leur chauffage.*
Le gouvernement français ne pouvait voir sans déplaisir
que les Jésuites, qui peuplaient les trois maisons de Molsheim,
Haguenau et Schlestadt, situées dans la Basse- Alsace, étaient
presque tous des. Allemands non sujets du roi, et comme il
manifestait la velléité de ne plus tolérer cet état de choses,
qui pouvait devenir préjudiciable à FEtat, les RR. PP. Con-
rad Haan, Joseph Gelti et George Lossmann, recteurs des
trois établissements, adressèrent en 1728 une humble sup-
plique au roi Louis XV pour conjurer le danger qui les mena-
çait. Ils y disaient « que leur zèle à combattre les hérésies les
« avait fait appeler en Alsace, il y a cent cinquante ans, que
< depuis ce temps il n'avaient pas faibli à leur tâche, et qu'ils
« avaient été invariablement attachés à leurs devoirs. » Le
roi se laissa fléchir, mais avant que six années se fussent
écoulées, il ordonna, en 1729, que des sujets français pour-
raient seuls devenir les supérieurs des collèges et établisse-
ments des Jésuites, situés en Alsace.'
Le collège des Jésuites de Molsheim compta au nombre de
ses élèves des jeunes gens issus de la plus haute noblesse:
le jeune duc Ernest de Croy (1603), trois fils du comte de
Saligny (1607), les rhîngraves Louis et Léopold (1626), le
jeune Casimir de Rathsamhausen (1720), qui fut élevé en 1756
à la dignité de prince-abbé de Murbach, deux comtes de
Wiser et un jeune comte de Hatzfeld (1729).*
Lors de la suppression de Tordre des Jésuites, la ville de
Molsheim, qui convoitait leurs richesses, cherchait à obtenir
* Mémoire pour le prince Louis-Constantin de Rohan, cardinal-évêque
de Strasbourg, concernant les droits d'usage dans les forêts de Vévêchéy
p. 13.
» Archives du Bas-Rhin, D. 206.
• Revue catholique de l* église et des écoles d'Alsace, pour Vannée 48ài,
(en allemand), p. 342.
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DISSOLUTION DE L'OBDRE DES JÉSUITES 311
les biens qai avaient été donnés à Thôpital fondé en 1319
par réyêque Jean de Dirpheim, dans son enceinte, et qui
avaient été consacrés à la création du collège; elle réclama
aussi le rétablissement de cet hôpital avec les prébendes y
attachées. < L'abolition des Jésuites eu Alsace, disait-elle,
« loi était un événement absolument indifférent, ses droits
« antérieurs de près de trois siècles, à la naissance de cette
« société, étaient entièrement indépendants de son existence
< et de son extinction. La ville de Molsheim ne vint pas à
« rînstar des autres villes de la province, pour conserver un
« bien purement ecclésiastique ou qui a commencé son ori-
« gine avec les Jésuites et qui devait expirer avec eux, mais
« elle réclama des droits particuliers réels, établis par titre
« et sur possession.^ » Toutes les réclamations de la ville de
Molsheim furent inutiles, et le collège de cette ville fut main-
tenu comme établissement universitaire sur les vives instances
du cardinal Louis-Gonstantin de Rohan, par lettres patentes
de Louis XV, en date du 6 septembre 1765.*
Les Jésuites de Molsheim célébrèrent poiir la dernière fois
le saint sacrifice de la messe dans leur église le 80 septembre
1765, en présence d'une foule considérable de fidèles, accourus
de tous côtés ' ; le lendemain, ils quittèrent la ville, empor-
tant les regrets de toute la population. Leur personnel était
de quarante-sept, dont huit frères: vingt des religieux et les
huit frères qui étaient nés étrangers, retournèrent dans les
collèges de la provijice du Haut^Rhin, en Allemagne. *
Après leur départ, la direction du collège fut confiée à des
prêtres séculiers, ses cours se rouvrirent dès le mois de
novembre suivant ; quatre des anciens Jésuites furent incor-
' Archives de la Basse-Alsaee, G. 343.
' Ordonnances d* Alsace, t. II, p. 706.
' Revue catholique de V église et des écoles d'Alsace, pour l'année 4844
(en allemand), p. 345.
* Archives de la Basse- Alsace ^ G. 343.
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312 REVUE D'ALSACE
pores dans le nouveau corps enseignant, et reprirent leurs
anciennes chaires pour y enseigner les humanités et la philo*
Sophie.
Les professeurs s'appliquaient, comme du temps des Jésuites,
à donner des leçons de piété, de modestie et d'humilité à leurs
écoliers, ils leur faisaient entendre tous les jours la messe,
ils les obligeaient à se confesser chaque mois ; ils commen-
çaient toujours leurs exercices par la prière, et saisissaient
toutes les occasions d'inspirer l'amour des biens célestes à
ceux qui fréquentaient leurs classes.
Le collège de Molsheim continua à exercer une grande
influence sur l'éducation ; il est sorti de cet établissement,
outre un grand nombre de fonctionnaires distingués et d'ecclé-
siastiques vertueux et éclairés, deux hommes qui sont deve-
nus l'honneur du sacerdoce alsacien, MM. les grands-vicaires
Thiébaut Lienhart et Brunon-François-Léopold Lîebermann,
auteurs tous les deux d'un cours de théologie. Le pensionnat
jouissait d'une réputation justement méritée; il était accessible
aux bourses les plus modiques. Lasituationde l'établissement
dans le quartier le plus sain et le plus aéré de la ville, pré-
sentait aux parents sous le rapport hygiénique toutes les garan-
ties désirables.
En 1783, on comptait au nombre des pensionnaires le
prince Guillaume Salm, qui payait la somme de 1,200 fr.
pour sa pension, et celle de l'abbé Barbier, son gouver-
neur et d'un valet de chambre. Une pareille somme de
1,200 fr. était payée en 1787, par le prince Henri de
Rohan-Rochefort, pour sa pension et celle de son gouverneur
et d'un valet de pied.^ Dans ce prix n'étaient pas compris les
menus frais, fournitures de papier et dépenses de luminaire.
Le pensionnat, quoiqu'il s'administrât pour le compte du
collège, avait sa comptabilité particulière et tout à fait dis-
» Archives du Bas-Rhin, S. D. 166 et 168
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DISSOLUTION DB L'ORDRB DBS JÉSUITES SiS
tincle. Le compte général de l'année 1788 présente les résul-
tats suivants : ^
Livres S. D.
Dépense en denrées évaluées en argent. 4,988
Dépense en argent 9,866 15
Total de la dépense 14.854 15
Recette générale 14,031 16
Partant doit le pensionnat au collège. . . . 822 19
Reliquat des années précédentes 9,149 16 l'A
Total dû pur le pensionnat au collège. . . 9,972 15 TA
Le déficit qu'offrait tous les ans la gestion du pensionnat
était facilement comblé par le collège, qui, possesseur des
biens de l'ancien hôpital de Molsheim et des dotations de la
maison des Jésuites, jouissait de plus de 40,000 livres de rente.
Avec de telles recettes, cet établissement pouvait aisément
faire face aux dépenses, soit ordinaires, soit extraordinaires.
L'église paroissiale de Molsheim, que l'évêque de Stras-
bourg, Charles cardinal de Lorraine, avait érigée en 1605 au
rang de cathédrale, qu'elle perdit après que la cathédrale de
Strasbourg eut été restituée aux catholiques en 1681, a été
démolie au commencement delà Révolution, et depuis la res-
tauration du culte en Alsace, l'ancienne église des Jésuites sert
de paroisse.
Cette église, placée sous le vocable de saint Georges, est un
noble édifice qui mérite toute l'attention de rarchéologue ; sa
forme est celle d'une croix latine dont les branches s'étendent
du nord au midi, et dont la tète est figurée par le chœur
tourné vers l'est. Elle est divisée par deux rangées de piliers
* Archives du Bas-Rhin, D. 169.
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314 BBVUB D'ALSACE
en trois nefs qui sont voûtées en ogive; celle du milieu, remar-
quablement élevée, est d'un effet imposant. Des tribunes, où
se tenaient jadis les élèves du collège, s'appuient aux piliers
des collatéraux. Deux chapelles s'ouvrent dans les transepts,
celle de droite est dédiée à la bienheureuse Vierge Marie, et
celle de gauche à saint Ignace. Le chœur, percé de hautes
fenêtres, est très long et très élevé; il appartient, comme tout
l'édifice, au style gothique marié avec celui de la renaissance.
Ses deux clochers, qui s'élancent sveltes et légers dans les
airs, produisent un effet admirable On voit au fond du chœur
un grand tableau dû au pinceau de M. Gabriel Guérin. Les
orgues, un des chefs-d'œuvre d'André Silbermann, sont dans
un état parfait de conservation.
Pendant le Consulat et le premier Empire, Molsheim avait
rang de cheMieu de la sénatorerie des deux départements
du Rhin, qui était dotée d'un revenu de 25,000 fr. et
dont était pourvu le maréchal Kellermann, duc de Valmy ;
l'ancien collège de cette ville était affecté au siège de la séna-
torerie, et le maréchal Kellermann était tenu d'y résider au
moins trois mois chaque année.
A partir de 1820, cet édifice reçut de nouveau des hôtes
ecclésiastiques ; il fut habité pendant quelque temps par l'é-
vêque de Strasbourg, Gustave-Maximilien-Juste, prince de
Groy; ses successeurs, Glaude-Marie-Paul Tharin et Jean-
François-Marie Lepape de Trevern, en firent leur résidence
d'été; ce dernier y établit une école de hautes études ecclé-
siastiques, qui fut transférée en 1834 à Marlenheim, où elle
resta jusqu'à la mort de ce prélat. Les religieuses de la con-
grégation de Notre-Dame de Dieuze en ont fait ensuite l'ac-
quisition, le transformèrent en couvent, et y tiennent un pen-
sionnat de demoiselles justement renommé, un externat et des
écoles primaires gratuites.
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DISSOLUTION DB L'ORDRB DBS JÉSUITES 315
Collège de Hagaenau.
Les collèges deHaguenau et de Schlestadt furent supprimés
par lettres patentes du roi Louis XVdu 5 juillet 1766, malgré
la protestation des Magistrats de ces deux villes; mais comme
par suite de cette suppression, celles-ci étaient entièrement
deshéritées d'établissements d'instruction secondaire, il fut
créé pour ses habitants, dans chacun des collèges de Molsheim
et de Strasbourg dix bourses, entièrement gratuites, et il fut
ordonné qu'il serait prélevé tous les ans sur les revenus des
deux établissements, la somme de 6,000 livres, qui serait
affectée à l'entretien de vingt boursiers dans les deux établis-
sements de Molsheim et de Strasbourg.*
Vers la lin du XVP siècle et dans les premières années
du XVII- (1595 à 1603), le R. Félix Schwaan, curé du
Vieil-Hôpital de Haguenau, c'est-à-dire de la paroisse de
Saint-Nicolas avait appelé de temps en temps dans celte ville,
quelques-uns des Pères de la Compagnie de Jésus qui rési-
daient à Molsheim, pour lui apporter le secours de leur minis-
tère. Les Jésuites avaient combattu avec zèle les hérésies dans
cette ville, avaient gagné presque tous les cœurs et affermi la
foi des catholiques ébranlée. Le Magistrat se montrait satis-
fait de ces heureux résultats, et en 1604, lorsque la cure de la
paroisse de Saint-Georges fut devenue vacante par la mort du
titulaire, il envoyçi, sur les vives instances de l'empereur
Rodolphe II, quelques délégués auprès du Père provincial
Théodore Busœus, pour le prier de lui envoyer quelques
religieux, qui seraient chargés de la desserte de l'église parois-
siale. Le R. P. provincial déférant à cette prière, envoya deux
Pères de Molsheim, Jean-Roch Pirchinger et Henri Werr à
Haguenau pour y remplii* les fonctions curiales. Ils combal-
' Archives de la Basse- Alsace. C. 343.
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i
316 BEVUE D'AL8â.CB
talent les innovations de la Réforme, répandirent la prédica-
tion de la parole de Dieu avec une prodigalité inépuisable, et
opposèrent une digue puissante au torrent de l'hérésie. Le
succès couronna leurs efforts.* En 1612 mourut Jean Hausen,
le dernier prieur du couvent des Guillelmites de cette ville;
Tarchiduc Léopold d'Autriche, évêque de Strasbourg, engagea
le Magistrat de Haguenau à donner ce bâtiment aux Jésuites,
pour qu'ils y fondassent un collège destiné à l'enseignement
des humanités et de la philosophie ; l'archiduc Maximilien,
Oberlandvogt d'Alsace, et l'empereur Mathias I, lui expri-
mèrent le même désir. De telles prières étaient presque un
ordre pour le Magistrat. Le stettmeistre Florent Scheid, quoi-
qu'il professât la religion protestante, s'empressa d'entamer
des négociations avec le B. P. provincial au sujet de la fon-
dation projetée. Après bien des pourparlers, le R. P. Jean
Reuss, recteur du collège de Molsheim, délégué parle R. P. pro-
vincial se rendit à Haguenau et s'entendit facilement avec
le Magistrat au sujet de la fondation d'un collège qui devait
relever le drapeau de la vieille foi. L'instrument de fondation,
signé le 3 juin 1614 par le greffier de la ville Melchior Greiner *,
et scellé du grand sigillé de la ville, fut solennellement remis
au R. P. recteur du collège de Molsheim par une députatîon
du Magistrat.
Les Jésuites furent mis immédiatement en possession de
l'ancien couvent des Guillelmites, et cette possession leur fut
confirmée à la prière de l'évèque de Strasbourg, Léopold
d'Autriche, par une bulle du pape Paul V, laquelle commence
ainsi : Laboriamm et indefessam operam, quam sodetas Jesa
m militcmtis Eccksiœ agro colendo, et vepribîtë purgando.. .
assidue prœstat,
* Livre de prières et du pèlerinage de Marienthal (en allemand)*
Strasbourg 1749, 1 vol. in-18, p. 101.
* Il professait la religion protestante.
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DISSOLUTION DB L'ORDBE DES JÉSTUTES 317
Le nouveau collège fut placé sous la direction du R. P. Pîr-
chinger, et le Magistrat de la ville lui unit en 1627 la caisse
des pauvres étudiants.*
En 1617, à la prière del'évêque de Strasbourg, Léopold
d'Autriche, le Magistrat de Haguenau remit au recteur Henri
Roest et aux Pères de la Compagnie de Jésus qui résidaient
dans cette ville, le couvent de Marienthal qui était une dépen-
dance du couvent des Guillelmites de la ville L'instrument
de cession fut solennellement remis au R. P. recteur par une
députation du Magistrat, à la tète de laquelle se trouvait le
stettmeistre Othon-Henri Westermayer. J. U. L.
Le couvent des Guillelmites de Marienthal, situé à 4 kilo-
mètres de Haguenau, n'était dans Torigipe qu'un modeste
ermitage qui avait été fondé au comment ement du treizième
siècle par le chevalier Albert de Wangen, dans la forêt sainte,
auprès d'un ruisseau appelé Rothbachkin. La tradition raconte
que ce seigneur s'y consacra à la vie erémitique et y plaça
une image de la sainte Vierge, qu'il se plaisait à décorer des
dons gracieux de la nature, de fleurs, de verdure, de mousse;
les gens du voisinage qui virent sa retraite l'appelèrent Marien-
thal (vallée de Marie). En 12S5, Bourcard, dommus et mil^
in Wangen, et sa femme Ita de Vinstingen, firent construire,
en l'honneur de la sainte Vierge, une église près de l'humble
cellule de l'anachorète. Au bout de quelque temps, Albert de
Wangen, lorsqu'il fut las de la vie solitaire qu'il menait,
embrassa l'état ecclésiastique et entra dans la congrégation
religieuse, instituée par saint Guillaume de Malaval. U fit
ériger, en 1240, de concert avec son frère Engelhard et sa
sœur Igna, femme d'Anselme de Wangen, sur l'emplacement
où s'élevait son ermitage, un couvent dont il disposa en faveur
des religieux de son ordre. Le souverain pontife Innocent IV
laissa tomber des regards favorables sur ce monastère, et émit
^ Archives de la Basse- Alsace. D. 12.
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318 BEVUE d'àlsaob
en 1245 une bulle en sa faveur, aux termes de laquelle il le
prit sous sa protection et sous celle du siège apostolique, et
confirma son incorporation dans Tordre des Guillelmites. Ge
couvent ne fut entièrement achevé qu'en 1257, époque à
laquelle il fut l'objet de grandes libéralités de la part de ses
fondateurs, et la tradition veut qu'Albert de Wangen en ait
été le premier prieur.
Après la mort d'Albert de Wangen, ses neveux Frédéric
et Seemann de Wassichenstein firent, en 1272, donation au
couvent de Marienthal d'un emplacement propre à la construc-
tion d'un moulin et du terrain nécessaire pour le creusement
de Tétang qui devait alimenter cette usine.
Sous la direction des Jésuites, l'église de Marienthal dédiée
à la bienheureuse Vierge Marie, devint un lieu de pèlerinage
célèbre, et ne fut plus assez vaste pour contenir la foule qui
y affluait les jours consacrés à la Mère du Sauveur ; elle fut
l'objet d'un grand nombre de lettres d'indulgence émises par
les souverains pontifes pendant le XVIP et le XVIIP siècle ;
elle fut entièrement renouvelée et restaurée en 1728, et
richement dotée par la reine Marie Leczynska.
Les revenus des Jésuites de Haguenau étaient de 4,000 ou
5,000 livres de rentes ; le nombre des religieux était de sept
ou de huit qui tenaient un collège pour les basses classes et
prêchaient tous les dimanches en allemand, dans la paroisse
de Saint-Georges.*
Après la dissolution du corps des Jésuites, l'église de Marien-
thal fut mise, par arrêt du Conseil d'Etat du 7 mars 1766, à
la disposition de l'évêque de Strasbourg, et il fut ordonné que
les biens et revenus de cet établissement seraient administrés
par ce prélat. Le cardinal Louis-Constantin de Rohan se mit
en possession de ce célèbre pèlerinage, en fit gérer les biens
^ Lagiungb, hco citato.
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DISSOLUTION DE L'ORDRE DES JÉSUITES 319
et les revenus par un receveur, et nomma désormais les ecclé-
siastiques chargés de le desservir.^
Lors de la suppression de Tordre des Jésuites, il y avait à
Haguenau douze religieux et trois frères laïcs; six pères et les
trois frères étaient nés étrangers, ils se rendirent dans les
établissements de leur ordre, situés en Allemagne.
Une caserne de cavalerie occupe aujourd'hui l'emplacement
de Tancien collège des Jésuites, gui lui-même avait été cons-
truit sur remplacement où s'élevait autrefois le célèbre châ-
teau de l'empereur Frédéric Barberousse. Le Magistrat avait
abandonné aux Révérends Pères le burg impérial par acte du
il octobre 16S8, sous la condition qu'ils renonceraient à tous
les droits etpriviléges qui en dépendaient et qu'ils en conserve-
raient le principal édifice remarquable par sa forme antique.
Au commencement de la Révolution, Téglise de Marienthal
et les bâtiments et biens qui en dépendaient, furent vendus
comme propriété nationale. Après la restauration du culte, l'é-
vêque de Strasbourg, M^ Saurine, se rendit le dernier
dimanche du mois de juin 1804 à Marienthal pour y reconci-
lier l'église et la purifier de ses souillures. La cérémonie se
fit au milieu d'un grand concours d'ecclésiastiques et de fidèles
accourus de tous côtés. En 1824, le propriétaire de l'église qui
avait nom Lenhart et qui demeurait à Haguenau, la revendit
avcc les bâtiments qui en dépendaient, moyennant la somme
de 18,000 fr. à l'évêché de Strasbourg, qui depuis long-
temps avait senti la nécessité de racheter ce célèbre pèleri-
nage. Les terres dont il ne crut pas devoir se rendre acqué-
reur, demeurèrent réservées au vendeur.
L'évêché afiecta l'ancien cloître à une maison de retraite pour
les prêtres âgés et infirmes, qui y desservent les autels et
reçoivent les pèlerins dont l'afQuence est toujours considérable.
Depuis longtemps les dimensions de l'église de Marienthal
* Archives de la Basse-Alsace. G. 343.
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320 BEVUE d'âlsàob
étaient reconnues insuffisantes, surtout aux jours de grand
concours, où, une partie notable de pèlerins était obligée de
stationner à l'extérieur pendant les offices. Pour remédier à
cet Inconvénient, Tévêché fît agrandir l'église ; grâce au gêné*
reux concours des fidèles la nef fut entièrement reconstruite
et le chœur subit une restauration qui lui a rendu son carac-
tère monumental. Ces travaux commencés en 1864, d'après
les plans de M. Morin, architecte du département, ont été
promptement achevés et le pèlerinage le plus fréquenté du
diocèse se trouve doté d'une église belle et spacieuse, cons-
truite en style ogival.
La nouvelle église fut consacrée le 12 septembre 1866 par
S. Em. le cardinal Mathieu, archevêque de Besançon, en
présence de M^f Rsess, évAque de Strasbourg, de Ketteler,
évéque de Mayence, de plusieurs autres prélats, et d'environ
quatre cents ecclésiastiques et au milieu d'une foule immense
attirée par la solennité. La cérémonie dura de 6 heurbs à
midi, sans que Tofficiant trahit la moindre fatigue, malgré le
fardeau de ses 70 ans.*
Les établissements des Jésuites situés en Alsace portaient
les armoiries de leur ordre, c'est-à-dire d'azur au monogramme
supercroiseté de JHS soutenu des trois clous de la passion
appointés le tout d'or, entouré d'un cercle oval et rayonnant
de même. Les sigillés qu'ils portaient, représentaient dans un
ovale entouré de guirlandes entrelacées ces mêmes armoiries
avec la légende: LAVDABILE NOMEN DOMINI.
Le séminaire que l'archiduc Léopold d'Autriche, évêque de
Strasbourg, fonda en 1617 à Molsheim \ et dont il confia la
direction aux Jésuites, avait un sceau particulier. Ce sceau, de
0",035 de diamètre, représentait un guerrier (probablement
^ Reime catholique d'Alsace, année 1866, p. 424.
* Le séminaire fondé en 1607 par Charles, cardinal de Lorraine, évêque
de Strasbourg, fat réuni en 1628 au séminaire Léopoldinien.
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DISSOLUTIONS DE L'ORDBB DES JÉSUITES 321
Tarchiduc Léopold lui-même), revêtu de son armure, portant
la couronne archiducale. et tenant de son bras dextre un dra-
peau semé de fleurs, et dans sa main senestre une église et
un écusson de gueules à une fasce d'argent qui est d'Au-
triche, posé sur les pieds du prince. On lit autour: SI6ILLVM
SEMINARH LEOPOLDIANL
Le chrismon ou le jnonogramme du Christ JHS, est formé,
comme on sait, des trois premières lettres du nom grec de
de Jésus (I^iiTouc) que Ton traduit aujourd'hui par ces mots :
Jegus hominum ScUvator.
Collège de Schlestadt.
L'évêque de Strasbourg, Léopold, archiduc d'Autriche, avait
fait don aux Jésuites de la province du Haut-Rhin, en 1614;
de Téglise de Sainte-Foy à Schlestadt et des bâtiments de la
prévôté en dépendant, pour garantir cette ville de Tiavasion
de la doctrine de Luther. Ce premier établissement fut suivi
de la fondation d'un collège que l'archiduc Léopold autorisa
le 8 novembre 1618, et que le pape Urbain VIII confirma le
15 février 1624. L'empereur Ferdinand II adressa en 1621
des félicitations à son frère Léopold, évêque de Strasbourg, au
sujet de l'introduction des Jésuites dans la ville de Schlestadt. ^
Celle-ci, reconnaissante des services que rendaient les
Jésuites à l'enseignement, leur fit construire, en 1624, contre
la tour gauche de l'église, sur le marché aux poissons, un
bâtiment destiné aux classes. Lorsque cet édifice menaça
ruine, le Magistrat s'empressa de le remplacer par une nou-
velle construction placée derrière l'église. Ce collège fut rebâti
à neuf par les Jésuites en 1758 et 1754.*
^ Archives de la Basse-Alsace, S. G« 1691.
* I>ORLAN, Notices historiques sur Schlestadt, V* partie, p. 65.
4- Année. NouveUe Série. 21
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322 REVUE d'alsacs
Au moment de la suppression de cet établissement, le nom-
bre des Jésuites qu'il renfermait, était de quatorze, dont sept
étaient d'origine française ; il y avait en outre cinq convers
ou frères laïcs.
Après avoir livré à la Monnaie de Strasbourg les vases
.Bacrés, et remis aux chefs des tribus et aux élus bourgeois
notables, les effets appartenant à la Confrérie de Tagonie qui
se tenait dans leur église ^ les Jésuites abandonnèrent la
ville ^ ; quatre d'entre eux, nés sujets français, profitant de
l'édit du roi qui leur permettait de vivre en particuliers sous
Tautorité spirituelle de Tordinaire, revinrent dans la suite à
Schlestadt et y fixèrent leur résidence.
Le bâtiment des classes que le départ des Jésuites avait
laissé disponible, fut cédé à la ville pour le prix de
20,000 livres', et en 1769, le Magistrat accorda aux Récollets
Tautorisation d'y enseigner les classes élémentaires. *
Dagobert Fischer.
^ La Confrérie de l'agonie fat autorisée en 1653, par le pape Innocent X,
et confirmée en 1693 par le pape Innocent XII.
• Archives de la Basse- Alsace. Car. 343.
" Archives de la Basse-Alsace^ S. G. 1691.
fLa fin h la prochaine livraison J
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CURIOSITÉS
DE
L'HISTOIRE DE MONTBÉLIARD
Suite et fin.
IV.
POIDS ET MESURES
Monnaies et prix de certains objets au XVI? siècle.
Les mesures du comté de Monlbéliard, au XVIP siècle,
étaient les suivantes :
Pour les grains, la qua/rte^ du poids de 40 livres, contenant
27"* ,2, divisée en 2 bomeaux ou coupots de chacun 8 coupes
ou casses. 24 quartes faisaient le bichot. Le picotin était un
douzième de quarte.
Pour les liquides, lapmfe, valant 1"*-,16, divisée en 2 cho-
pines. La cfMune valait 2 pintes; la fine 48 pintes et la picée
4tines.
Pour les longueurs, le pied, équivalant à 10 pouces 8 lignes
trois dixièmes points de Roi, ou 0^^,289, qui se divisait en
12 pouces, et le pouce en 12 lignes. La toise était de 10 pieds
de Montbéliard. Vaum était d'environ les deux tiers de celle de
Paris, ou 0",80 à peu près.
Pour les superficies, le journal, qui était de 800 toises
carrées et valait 28*'^'',06 environ, divisé en 4 quartes chacune
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3Qi BEVUE D' ALSACE
de 2 boisseaux ou coupots. Ia fauché Ae pré, de même con-
tenance que le journal, se divisait en 8 vcUemons. Uarpent
forestier était de la même contenance que le journal
Pour le bois de chauffage, la toise de 10 pieds de couche
10 pieds de hauteur et 4 pieds de bûche, valant 9*^,674, et la
corde de 5 pieds de couche, 6 pieds de hauteur et 3 pieds de
bûche, valant l^SiO.
Pour les poids, la livre de Bâle, de 489^,5^ divisée en
2 marcs et en 16 onces.
Quant aux monnaies, on admettait à Montbéliard, à libre
cours, celles d'une partie de la Suisse, de Tévêché de Bfile, de
l'Empire, du Wurtemberg, de Bourgogne et de France, indé-
pendamment des monnaies frappées à Montbéliard, et qui
étaient loin de suffire à toutes les transactions. Nous nous con-
tenterons d'indiquer les monnaies principales et surtout celles
qui, le plus souvent, étaient employées dans renonciation des
valeurs.
lia monnaie de compte ordinaire était le franc faible de
Montbéliard ou quart cFécu^ qui valait 16 sols touinois; il se
divisait en 12 gros, le gros en 4 bloflfics et le blanc en S mquets.
\j^ franc fort de Montbéliard valait 20 sols tournois, et avait
les mêmes divisions que le franc faible. Le batz de Montbé-
liard valait 2 sols tournois. Iol livre bâbnse valait 27 sols tour-
nois, et se divisait en sols bâlois. Le florin valait 2 francs
faibles de Montbéliard, etc. Le ducat, la pistole, Vécu éF Empire,
etc., avaient des valeurs connues qu'il est facile de réduire en
monnaie de compte de Montbéliard, d'après ce que nous
venons de dire.
Pour faire connaître la valeur de l'argent à Montbéliard au
XVn* siècle, nous dirons qu'en 1684 la journée d'un manœu-
vre, nourriture en sus, valait en été 4 gros et en hiver 2 gros;
et nourriture non comprise, elle valait en été 8 gros et en
hiver 6 gros; celle d'un faucheur, d'un vigneron, d'un maçon
ou d'un charpentier, valait 9 gros, nourriture en sus; celle
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CURIOSITÉS DE L'HISTOIRE DE MONTBÉLIARTr 325
d'un couvreur (taitot), d'un menuisier, d'un vitrier, 10 gros,
dans les mêmes conditions; celle d'une voiture à 3 ou 4 che-
vaux était payée 9 gros par cheval, conducteur y compris. Le
labour d'une quarte de terre valait 9 gros 3 blancs. Un tom-
bereau de sable se payait 3 gros. Une paire de roues de cha-
riot variait de 80 gros à 8 francs ; une paire de roues de car-
rosse, avec l'essieu, valait 4 francs. La grosse serrurerie ou
maréchalerie valait 2 gros la livre; une serrure à ressort et
verrou, IS batz ; la livre d'étain fin, plats et assiettes, 14 à
15 gros; la livre d'étain commun, 10 gros, et en poterie,
10 1/2 gros.
Une selle piquée valait de 18 à 24 francs; un collier de
cheval en basane, 2 francs; une paire de souliers à trois
semelles pour bourgeois ou laboureurs, de 24 à 28 batz, et de
bourgeoise, entre 12 et 20 batz; la façon d'un habit ordinaire,
18 gros; d'un habit d'étoffe fine, 1 florin; d'un manteau, de
de 15 à 21 gros. Le maître tailleur, pris à la journée et nourri
chez la pratique, recevait 3 gros ; etc.
LE LUXE A MONTBÉLIARD ET A LA CAMPAGNE
Le besoin de plaire, inné chez la femme, lui a fait de tout
temps rechercher avec avidité la toilette et les parures, comme
A ces choses, dont la mode ne dure souvent qu'un jour, étaient
capables de rehausser l'éclat d'un beau visage ou d'embellir
des traits disgracieux I
Le gouvernement de Montbéliard essaya maintes fois de réa-
gir contre le luxe, maisses prescriptions furent toujours violées.
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326 REVUE d*alsàcb
Le 10 juillet 1665, sur les plaintes des pasteurs, il fut
défendu aux jeunes filles de la ville de porter des floquets.
Qu'est-ce que ce pouvait bien être? L'historien Duvernoy
nous dit que c'était une parure de tête, mais là s'arrête sa
description. Or, les floquets étaient simplement les flots ou
nœuds de rubans ornant le dessus des bonnets (cales, en
patois) que portent encore les paysannes du pays de Montbé-
liard. Cette coiffure est ordinairement de soie noire et ornée
de broderies en chenille, de grains de verre de couleur et de
paillettes de cuivre ; elle est surmontée d'un large nœud de
rubans qui ressemble de loin aux ailes d'un papillon. Un cor-
sage dessinant la taille, un fichu recouvrant les épaules et la
gorge, enfin une jupe courte; tel est le costume pittoresque de
nos campagnardes.
Au XVII* siècle les cales ou calots étaient en velours ou
crêpe noir. Suivant un contemporain, les premiers étaient
garnis de dentelles autour et dessus, et de roses de non-
pareilles à côté et derrière ; les deuxièmes étaient garnis de
crêpe en bouillon dessus et aux bords, et de roses à côté et
derrière, tout ensemble.
Ce genre de coiffure, qui ne devait pas être laid, parut
trop simple aux dames de Montbéliard au commencement
du XVIII* siècle. Elles l'ornèrent àefontanges ou nœuds de
rubans. Mais mal leur en prit, car le 16 juillet 1702 le duc
Léopold Eberhard, dont les mœurs libertines auraient dû faire
supposer plus d'indulgence envers le beau sexe, leur ordonna
de reprendre Fandenne et louable coutume et mode des habits
de Montbéliard, et menaça les contrevenantes de fortes amendes.
C'est pour ne s'être pas conformées à cette ordonnance, que
des dames du meilleur monde, la baronne Louis de Forstner
et ses trois filles, furent condamnées, le 28 juillet de cette
année- là, chacune à 500 francs d'amende; elles avaient porté
des fontanges, et, crime encore plus grandi elles n'avaient pas
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CURIOSITÉS DB L'HISTOIRE DE MONTBÉLIARD 327
assisté à nn service extraordinaire dans l'église allemande,
leur paroisse. Leurs démarches, pour obtenir la remise de
cette amende exorbitante, trouvèrent les juges inexorables;
elles furent obligées de la payer.
C'est au XVIP siècle que les femmes de la bourgeoisie
commencèrent à porter des fourrures, au grand scandale des
pasteurs qui tonnèrent en chaire contre celte nouvelle mode,
et menacèrent, à défaut d'intervention de Tautorilé séculière,
et en vertu du pouvoir qu'ils avaient de Dieu, de pourvoir
autrement (probablement par Texcommunication) à ce péché
et scandale publie, qui se faisait au mépris des pasteurs et par
conséquent de Dieu. » Ils sollicitèrent en 1665 du duc George
qu'il interdît l'usage des martres; mais ce prince rejeta leurs
doléances, et l'excommunication dont étaient menacées les
femmes pécheresses fut ajournée.
Malgré les peines sévères édictées par les ordonnances des
princes de Montbéliard et les plaintes des ministres, le luxe
ne continua pas moins à augmenter. Un contemporain s'écriait
en 1702: <r Qu'on fasse la revue de la ville, n'y trouvera-t-on
pas des palais en comparaison des maisons mal bâties et rui-
neuses que les sujets habitaient avant la rentrée de Son
Altesse sérénissime dans ses Etats? Qu'on regarde leurs
habillements et leur mise: on verra le bourgeois et la bour-
geoise couverts de fin drap, de beau linge, d'étoffes de soie,
chargés d'argent et de joyaux, et qui ne les connaîtra, ne
pourra faire aucune différence entre le noble et le roturier! »
A la fin du XVIII* siècle Jean-Léonard Parrot disait (^Statis-
tique du comté de Montbéliard): < Le luxe a dépassé toutes
les bornes ; aperçoit-on nos dames, on doit supposer que la
ville est fort riche ; à peine une mode a-t-elle paru à Paris,
qu'on la voit aussi ici ; la table à toilette est l'autel le plus fré-
quente des dames, et le nombre de ses serviteurs est grand.
Actuellement peu de maisons possèdent un équipage, ce qui
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SaB BBYUE d'ALSACB
est cause que les voitures de louage sont d'autant plus nom-
breuses. Les habitants des villages sont encore vêtus de la
même façon qu'il y a quarante ans; mais les femmes com-
mencent à porter des mouchoirs de soie et de mousseline, ainsi
que des tabliers de coton. Le luxe de la ville se montre égale-
ment et dans les meubles et dans les bâtiments. >
Avant le milieu du XVITI' siècle, où les cotonnades commen-
cèrent à apparaître dans le pays de Montbéliard, les vêtements
étaient en laine ou en toile de chanvre. Les étoffes de laine
fabriquées dans la contrée, étaient appelées droguet ou tier-
cdin. Elles étaient en usage parmi les classes aisées, et ser-
vaient à faire ces larges robes ou ces longs manteaux noirs
que MM. les Neuf-Maîtres bourgeois de la ville portaient dans
les cérémonies publiques, avec toques de velours sur la tête
et rabats blancs sous le menton. La bourgeoisie portait encore
des vêtements de grisette, étoffe de laine et de coton. Quant
aux pauvres gens et aux habitants de la campagne, ils ne se
servaient guère que de grossières étoffes de chanvre connues
sous les noms bizarres de verquelures, velours de gueux ou
diablement forts.
Carrosses.
Quoique à la fin du XYIII' siècle peu de personnes à Mont-
béliard possédassent un équipage, tous les conseillers de
régence avaient néanmoins un carrosse et deux chevaux; ils
ne touchaient cependant que 900 livres d'appointements par
an. Il est vrai qu'à cette époque tout était bien moins cher que
de nos jours.
L'habitant de Montbéliard qui le premier fit usage d'un
carrosse, fut Hector Carray (mort en 1626), parcequ'il ne
pouvait supporter les voyages à cheval. Ce véhicule lourd et
massif ne ressemblait guère aux élégantes voitures de notre
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CURIOSITÉS DE L'HISTOIRE DE MONTBÉLIÀRD S39
époque; il était extérieurement garni en cuivre soutenu par de
petits clous à grosses tètes jaunes, alignés les uns à côté des
autres ; l'impériale était entourée d'une gouttière servant à
l'écoulement des eaux de pluie.
Intérieur et ameublement d'nne maison bonrgeolBe.
Duvernoy, l'auteur des Ephémérides, donne la description
suivante de l'intérieur d'une maison de Montbéliard au
XVIP siècle : « Le luxe n'avait point encore envnhi les appar-
tements. Des escabeUes et sièges à dossier m bois, une chaise à
brM garnie d'un coussin de bourre, un lai^e 6î(^c/à troisou
quatre portes, quelquefois orné de sculptures grossières, un haut
gctrde-robe^ des bahuts ferrés, une arche-basse ou boutte-pain,
des tables, un Ut, démesurément vaste, surmonté d'un balda-
qtdn d'où descendaient d'amples rideaux en serge, garnis de
franges ou de galons, quelques couchettes, un petit mettrol à
deux étages, supportant les livres destinés à l'édiûcation jour-
nalière ; tel était à peu près tout ce qui composait le mobilier
d'une famille. Les images des aïeux, non moins rembrunies
que les cadres qui entouraient ces peintures ; des traits de
l'Histoire sainte dans des encadrements aussi modestes que
les gravures mêmes; enfin une glace ovale ou carrée avec un
pourtour en verre étamé, variaient dans les appartements
l'uniformité des murs blanchis à la chaux, lorsqu'ils n'étaient
pas tendus d'une tapisserie en laine à grands ramages; rare-
ment on trouvait des cheminées ; des poêles en fonte ou en
briques vernissées les remplaçaient avec avantage ; enfin les
chambres étaient éclairées par des jours de hauteur souvent
inégale, et distribués sans symétrie, dont les vitres en losange
ne laissaient arriver qu'une lumière douteuse ; les plafonds
étaient traversés par des poutres à peine dégrossies et bar-
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330 REVUE D' ALSACE
bouîUées de diverses couleurs ; un escalier en escargot, pra-
tiqué dans la viorbe^ conduisait aux différents étages. C'est
ainsi qu'on nommait la tourelle adossée à la maison, qui en
formait le supplément obligé, et dont un bourgeois de Mont-
béliard était aussi jaloux que de la jouissance de ses fran-
chises. »
Jusqu'au commencement du XVIIP siècle, époque où le
verre commença à devenir commun en Franche-Comté, les
fenêtres étaient garnies de papier huilé. Aux XVI* et XVII*
siècles la vaisselle dont se servaient les gens riches, était en
étain ; quant à celle du peuple, elle était en bois ou en terre.
Ce ne fut que vers le milieu duXVIP siècle que les personnes
aisées commencèrent à garnir leurs appartements de boiseries
en chêne ou de pièces de tapisseries en laine. En 1720 les
miroirs étaient très rares, même dans les châteaux. C'est aussi
vers cette époque que Ton commença de se servir de matelas
en crin ; auparavant les meilleurs lits étaient faits de plumes.
Intérieur d'une habitation de paysan.
Tels étaient Tameublement et la disposition d'une maison
bourgeoise de la ville. Mais quels étaient ceux des compa-
gnards? L'abbé Richard, dans ses recherches historiques sur
Neufchâtel près du Pont-de-Roide, entre à ce sujet dans des
détails intéressants, qui peuvent parfaitement s'appliquer aux
habitants du pays voisin de Montbéliard.
Au XIV* siècle, dit cet auteur, leurs misérables huttes
étaient enfoncées de plusieurs pieds dans le sol ; comme les
animaux, ils semblaient chercher la chaleur en s'enfouissant
dans la terre. Ils en tournaient ordinairement l'entrée vers le
nord. Un corridor appelé porchot (àxxlnXin porticm), traversait
le milieu de la maison ; cette issue était ménagée sans doute
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CURIOSITÉS DE L'HISTOIRI DE MONTBÉLIARD 331
pour fuir plus aisément en cas de danger. Une partie servait
d'étabie et de grenier à foin; et l'autre, qui était le logement,
consistait dans une seule pièce, sans fenêtre^ ; un trou
pratiqué dans la partie supérieure, et qu'on appelait tuez ou
tiÊyaUy amenait une petite lueur et quelque peu d'air dans ces
sombres et puants réduits. Plus tard; le besoin de lumière fit
élargir et élever ces cheminées ; elles occupèrent la presque
totalité de cette habitation noire et enfumée ; un volet établi
en balancier, au dessus de l'ouverture, se fermait ou s'ouvrait
à l'aide d'une corde, et laissait, selon sa position, pénétrer plus
ou moins de clarté : ce volet s'appelait louène. Il servait aussi
à fermer l'ouverture des cheminées dans les mauvais temps
et lorsqu'il pleuvait. L'usage de résider sous ces cheminées
est aussi ancien dans les montagnes, et plus particulièrement
dans le canton du Pont-de-Roide, que les habitations pour les
hommes qui furent séparées aux XIV* et XV siècles des
bâtiments réservés au bétail, et qui ont gardé le nom de che-
minée. Ces logements, construits en pierres, en forme de carré
long, joignaient les granges qui étaient en bois, et les sur-
passaient par l'élévation. Dès le XIIP siècle chaque maison
eut son cellier; ce bâtiment en bois, rarement en pierres, et
détaché des habitations, servait de cave et de grenier. Depuis
la fin du XVII* siècle les celliers ont disparu, mais la distribu-
tion ancienne des maisons s'est conservée presque sans chan-
gements jusqu'à nos jours.
Vêtements et mobilier d'im serf.
Les arts les plus nécessaires à la vie, continue le même
historien, étaient dans l'enfance. Les hommes étaient couverts
^ Ce ne fat qu'au XVI' siècle qu'on pratiqua des fenêtres dans les mai-
sons; ce n'était que de petites ouvertures d'un pied carré, qu'on garnit
d'abord de papier et ensuite de verre.
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382 BBVUB d'alsaob
de peaux de bétes oa d'an drap grossier de laine, fabriqué
dans le pays, et appelé droguet. Ce drap était mis en usage
sans avoir été teint ; sa couleur naturelle, qui est le gris cen-
dré, était encore, il n'y a pas longtemps, fort affectionnée des
vieillards. De pareils vêtements excitaient des démangeaisons
et produisaient des éruptions cutanées; de là, ces maladies
épidémiques si fréquentes, connues sous le nom de ladrerie et
de peste, qui moissonnaient des populations entières, parce
qu'on ignorait l'art de les prévenir ou d'y apporter remède.
Il n'y avait dans les habitations d'autre ameublement que
quelques coffres de bois grossièrement taillés. Les ustensiles
de ménage et la vaisselle étaient en bois et en terre;* les outils
aratoires étaient de la confection la plus impar&ite; le fer,
rare alors, n'entrait presque pour rien dans leur structure;
ce ne fut qu'aux XV* et XV!' siècles qu'il commença à y être
employé en quantité considérable.
Au commencement du XVHP siècle, dit ailleurs l'abbé
Richard, l'ameublement des maisons était encore de la plus
grande simplicité; on ne voyait à la cuisine d'autres meubles
qu'une crédence dont les rayons étaient garnis de vaisselle en
bois et en terre, de quelques assiettes d'étain, et chez les riches
d'un chaudron en cuivre. Au poêle (chambre) était un four-
neau énorme en terre cîiite, ou un plus petit en fonte de forme
carrée, avec un ou deux petits bancs pour servir de sièges.
Non loin du fourneau, une planche suspendue par des sup-
ports et des montants en bois, servait à entreposer la vaisselle,
le pain, etc. ; de là ce proverbe : < Ilffadupaineurlaplanthe. >
Les lits consistaient en quatre petites colonnes rondes on
carrées, placées aux angles et assemblées par des planches;
des tringles en fer ou en bois supportaient des rideaux de
serge verte ou bleue qui entouraient le lit de tous côtés; une
bande de la même étoffe en formait le ciel. Les buffets com-
mençaient à devenir communs, mais les coffres en bois de
chêoe ou de noyer étaient encore plus en usage pour serrer
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CUBIOSITÉS DE L'HISTOIKE DE MONTBÉLIARD 333
le linge, les habits, les denrées et tontes sortes d'objets. Les
chambres avaient à peine un ou deux pieds d'élévation au
dessus de la taille moyenne.
Description de rintérieur dn château de Montbéliard à la fin du
Xnr siècle et plîifl tard. ^
Quant aux châteaux du moyen-âge, bâtis comme des nids
d'aigle au sommet des rochers ou des montagnes, leurs pro-
priétaires y avaient accumulé tous les moyens de défense
connus à cette époque pour les rendre inexpugnables : larges
fossés, tours massives, épaisses murailles garnies de nom-
breuses meurtrières; mais on y eût cherché vainement le
confortable. Dans ces forteresses on voyait de grandes salles
voûtées, éclairées par d'étroites fenêtres, aux vitres d'inégale
grandeur, garnies de plomb et de papier huilé. Les murs de
ces salles étaient entièrement nus ; ce ne fat qu'au XVIP siècle
qu'on les recouvrit de boiseries de chêne ou de tapis de laine ;
le sol en était garni de larges dalles de pierre sur lesquelles
on étendait en hiver de la paille, et les parquets en bois de
chêne ne furent connus que plus tard, au Xyil*" siècle. Leur
ameublement consistait en sièges et tables de bois grossière-
ment sculptés, en quelques coffres et bahuts, en vaisselle d'étam
et en quelques gobelets d'argent, enfin en des lits immenses
garnis de plume, et où plusieurs personnes pouvaient se reposer.
On en jugera par la description suivante du château de
Montbéliard à la fin du XIII* siècle, description empruntée à
l'histoire manuscrite des comtes de Montbéliard, laissée par
feu l'architecte Luc Wetzel. Cette description a le rare mérite
^ Cette description, qui est due à la plame dn regretté M. L. Wetzel,
architecte, montrera ce qu'étaient à cette époque recnlée non-seulement
l'ameublement et la disposition intérieure d'une demeure féodale, mais
encore la vie intime de ses nobles propriétaires.
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334 BEYUB D' ALSACE
de nous montrer non-seulement ce qu'était à cette époque
l'ameublement d'un château, mais encore la vie d'intérieur
des seigneurs.
Au temps de Thierry lil le grand baron (mort à la fin 1285),
le chfttel-deyant qui était seul habité, le châtel-derrière étant
encore en construction, renfermait plusieurs salles et une
chapelle où était un antique autel de pierre sur lequel la tra-
dition prétend qu'on avait dit la première messe célébrée dans
le comté, et devant lequel vint encore s'agenouiller en 1418
l'empereur Sigismond revenant du concile de Constance. Le
château, lourde et massive construction, aux épaisses murailles
et au toit recouvert de larges dalles, était percé de petites
fenêtres dans les profondes embrasures desquelles la châte-
laine venait placer sa chayre à dossier sculpté, quand elle
voulait se distraire, par la vue des campagnes environnantes,
des longs ennuis de la vie de manoir. Les pièces d'habitation
étaient en petit nombre, mais vastes et voûtées pour la plu-
part. Celles qui ne Tétaient pas, laissaient voir les fortes
solives en chêne grossièrement sculptées de leur plafond.
Toutes étaient nues, froides et sombres ; elles étaient dallées
ou parquetées d'épais plateaux de chêne. Le retrait de la com-
tesse, danj lequel se trouvait tout le confort que comportaient
l'éppque et les habitudes d'alors, était seul revêtu de hautes
tapisseries dues à l'aiguille des jeunes châtelaines et de leurs
suivantes. C'est là qu'étaient les meubles précieux, le prie-
dieu sculpté et surmonté de la statue en ivoire de la Vierge,
les coffrets renfermant les bijoux et les riches étoffes du
Levant. Partout ailleurs quelques meubles dé chêne aux fer-
rures massives, des armes et des engins de guerre ou de chusse
suspendus aux parois, rompaient la monotonie de ces vastes
salles à l'aspect sévère et guerrier. La plus vaste salle, la pièce
d'apparat, était la salk dan)ies qui portait déjà le nom de
scUle desfitfs ou des vassaux. Une haute cheminée en pierre,
sous le manteau de laquelle six personnes pouvaient se tenir
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CURIOSITÉS DE L'HISTOIBE DE MONTBÉUABD 335
à Taise, occupait un de ses côtés; elle était surmontée de Técu
de Monibéliard aux deux poissons adossés. Quelques fenêtres
hautes et étroites, ouvertes au nord et au couchant, donnaient
Yue sur le Ghâtelot de la Grotte (citadelle) et sur la plaine
marécageuse à l'extrémité de laquelle apparaissait le village
de Sainte-Suzanne avec sa vieille chapelle dressée sur le rocher
et but d'un pèlerinage renommé dans toute la contrée. Dans
les tympans des voûtes et le long des murs de cette salle, les
nombreux écussons des vassaux du comte étaient groupés
au dessus des lourdes armures, souvenir des aïeux, dont plus
d'une portait les traces de coups d'épée ou de lance. Au milieu
de ces armes, à la place d'honneur, se voyait la bannière du
comte entourée des pennons des vassaux aux couleurs écla-
tantes. Un siège massif et monumental en chêne sculpté,
recouvert d'un large coussin en cuir de Gordoue, sur lequel
deux personnes pouvaient s'asseoir, surmonté d'un riche dais,
était placé sur une estrade, élevée en face de la porte d'entrée.
De vastes draperies rouges, sur lesquelles étaient brodées en
or les armoiries de Montbéliard et de Ferrette, entouraient ce
trône sur lequel le comte se plaçait aux jours de reprises de
fiefs pour recevoir l'hommage que ses vassaux lui prêtaient à
genoux et la main dans la main. La comtesse prenait place à
côté de son époux, vêtue d'une robe à ses armes et coiffée
d'un haut bonnet conique, quand le vassal était de son fief ou
quand le comte voulait particulièrement honorer le chevalier
qui venait lui prêter foi et hommage. Tour à tour salon féodal,
salle d*armes et de conseil, de fêtes et de festins, la salle des
vassaux s'ouvrait pour tous les grands événements de la vie
du manoir. Le comte y recevait les hauts barons du voisinage
lorsqu'ils venaient débattre avec lui les intérêts de la poli-
tique, la paix ou la guerre, une ligue pour ou contre le comte
de Bourgogne, la résistance à l'empereur, ou quelque projet
d'expédition en Terre-Sainte. D'autres fois c'était un mariage
dans la famille du comte, le baptême de l'héritier de Montbé-
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^ BEVUE D' ALSACE
liard, ou le retour triomphant du comte de quelque expédition
périlleuse. C'était alors la table du festin qui remplissait la
vaste salle, toute brillante de torches et de flambeaux, toute
chargée d'énormes pièces de venaison, des grosses carpes da
Doubs et des belles truites de TÂlsace ; les lourds harnais de
fer avaient été suspendus aux murailles, le toquet à plume
d'aigle remplaçait le heaume à visière grillée, et le surcot de
velours à la poitrine armoriée, la cotte de mailles ou le pour-
point en buiïle. Les nobles châtelaines, coiffées d'un haut
bonnet bourguignon d^étoffe du Levant, d'où pendait un long
voile, traînaient sur les dalles grossières la queue de soie ou
de velours de leur jupe étrangement ornée sur le côté droit
de broderies en or ou en passementerie représentant leurs
armes. Des pages, aux 11 vrées]chamarrées d^armoiries, versaient
dans de larges hanaps ciselés et dorés la cervoise et les vins
brillants de la Bourgogne et du Rhin. Tambourins, violes et
rébesques égayaient les festins ; et, vers la fin du repas, assez
tôt cependant pour que les convives pussent encore y com-
prendre quelque chose, apparaissait un char préparé dans une
pièce voisine, ayant la formt d'une forteresse, d'un navire ou
d'une montagne, qui s'avançait sur des roulettes et qui portait
des personnages au costume bizarre venant jouer devant les
nobles invités une scène rappelant quelque fait d'armes glo-
rieux, quelque lai d'amour, quelque légende où figuraient
tour à tour la vouivre du ruisseau d'Allondans, la Dame
blanche de Montbéliard, la tante Arie de Blamont, la Dame
verte de Glémontou la Mélusine de Mathay. Cette salle de fêtes
s'ouvrait aussi quelquefois aux serfs du comté; mais alors elle
avait de nouveau changé d'aspect; ce n'était que les jours de
deuil et quand la mort avait frappé l'un de nos comtes. De
sombres tentures et des cierges nombreux la transformaient
alors en chapelle ardente; la grande bannière de combat était
couchée dans la poussière; un voile noir couvrait le fier écus-
son aux bars d'or ; au centre de la vaste salle, sur un lit de
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CURIOSITÉS DE L'HISTOIBE DS MONTBâLIiLBD 8S7
parade entouré de cierges allumés, son casque à ses pieds, le
comte mort, revêtu de son armure, tenant un crucifix dans ses
mains ganteiées et croisées sur la poitrine, était exposé pen-
dant deux jours aux regards de tous; deux chapelains priaient
au pied du lit vers lequel veillaient, la lance au poing, les
archers et les hommes d'armes de la garde du château.
Petit à petit le confortable apparut dans les châteaux, et
au commencement du XVIIP siècle leurs appartements avaient
un certain luxe qui était même déjà très grand dans celui de
Montbéliard en 1761, époque où il fut reconstruit entière-
ment. Dans Tancien corps-de-logis du chfttel-derrière, au rez-
de-chaussée, on voyait une salle, la plus vaste de toutes, dont
les murs peints à fresque représentaient les armoiries de
Montbéliard, de Wurtemberg, de Salm et de Bavière, et celles
des nombreux vassaux du comté. C'était la scUle des -fiefs, qui
avait remplacé celle qui se trouvait dans le chfttel-devant
lorsque le chfttel- derrière fut construit ou agrandi par
Thierry III, le grand baron, ou par Renaud de Bourgogne, son
successeur. C'est là qu'avaient lieu, comme son nom l'indi-
quait, les reprises solennelles de fief, et où l'on déposait en
public les corps des princes décédés, avant qu'on ne procédât
à leurs funérailles. La plupart des appartements du chfttel-
derrière avaient des tentures en bergamasque ou en cuir, dont
la couleur dominante servait à les distinguer entre eux. Ici
c'était la chambre peinte, ailleurs la chambre bleue, plus loin
la chambre Jaune. U y avait la chambre noire qu'avait habitée
le duc Ulric pendant son exil du Wurtemberg, et dont la
sombre tapisserie et l'ameublement correspondaient aux dis-
positions d'esprit dans lesquelles il était alors. Cet appartement
demeura le même pendant plus d'un siècle. La chambre rouge
était destinée aux audiences: la tenture, les draperies et Ta-
meuUement de cette pièce étaient en velours rouge bordé de
franges et de crépines en or. Un rang de banquettes garnis-
sait l'un des côtés dans toute sa longueur. Un fauteuil, élevé
4-* Année. Nonvelle Série. 22
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888 BEVUE d'alsagb
sous un dais richement orné, occupait le fond ; en ayant et à
peu de distance était placée une table jaune et noire (couleurs
de la maison de Wurtemberg), recouverte d'un tapis oi velours
noir. Dans la salk à manger, tendue de drap rouge et ornée
de plusieurs tableaux de chasse entremêlés de têtes de cerb
et de chevreuils, on remarquait six fauteuils de velours noir
avec leurs coussins, douze tabourets en drap de même couleur,
un cabinet d'orgues pour accompagner le chant sacré pendant
les repas, une longue table recouverte d'un tapis de Turquie,
et plusieurs buffets garnis de vaisselle plate et de coupes en
argent et en vermeil; leur nombre était considérable, et
quelques-unes étaient si amples qu'on pouvait à peine les tenir
d'une main. Il y avait aussi un hanap d'or massif, enrichi de
pierres précieuses, et d'un travail achevé. Il fut mis en gage
entre les mains d'un banquier de Bâle, avec plusieurs autres
objets de prix, pendant la guerre désastreuse de Trmfe ans.
VI.
TRADITIONS ET LÉGENDES
La vouivre.
Dans plusieurs villages du pays de Montbéliard et d'Ajoie
on parle d'un serpent ailé, appelé vouivre, qui fréquente les
ruines des vieux châteaux et les montagnes rocailleuses. Ce
monstre n'a qu'un œil formé d'une escarbouck ou pierre pré-
cieuse qui projette une lumière si vive, que ceux qui la
voient sont frappés de terreur. En blason, la vmwreoM guiore
est représentée sous la forme d'un couleuvre engloutissant un
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CURIOSITÉS DE l'HISTOIRE DE MONTBÉLIÂRD 339
enfant. Cet animai fantastique figurait dans les anciennes
armoiries du pays d'Ajoie, sous la forme d'un serpent ailé et
mariné d'or, avec une langue et un œil de gueules (rouge).
Longtemps ayant Tannée 1431, les habitants du village de
Dung près Montbéliard avaient été affranchis de toute espèce
de charges, sauf d'une prestation annuelle de 10 livres de
cire, en récompense, dit.une très ancienne tradition, du service
signalé qu'ils avaient rendu à toute la contrée en la délivrant
d'une vouivre qui l'infestait.
Le château de Moron, dont on aperçoit encore les ruines
près du village de Vaufrey, était aussi hanté par un monstre
de ce genre. Un jour, dit la légende, qu'un brave chevalier du
nom de DôIe avait voulu s'emparer d'un trésor caché dans ce
château, la vouivre le poursuivit, le contraignit d'abandonner
sa pioche et de descendre la colline d'un pas précipité. Le
cœur glacé d'effroi, il appela la Vierge à son secours, et tomba
évanoui. Sa prière fut exaucée : Marie le protégea des atteintes
du monstre, et en reconnaissance de ce bienfait, il lui érigea
une chapelle qui existe encore.
L'esprit du château de Maiche.
A une faible distance de Maiche, sur une colline, l'en voit
les restes d'un antique manoir qui a sa légende merveilleuse.
Dans un des caveaux, dit l'abbé Richard dans sa monogra-
phie sur Maiche, existe un coffre-fort rempli d'or et d'argent.
Ce trésor est le fruit des épargnes d'un vieux chevalier
très cupide, dont l'âme gémit en purgatoire depuis quatre
ou cinq siècles. Une fois tous les cent ans, ce chevalier,
revêtu d'un manteau blanc, une clef de feu entre les dents,
apparaît pendant la nuit de Noël. Il appelle quelqu'un de ses
vassaux ou de ses sujets pour puiser dans ce trésor, afin de
faire des aumônes pour hâter sa délivrance; le restant doit
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840 BBVUB d'alsaob
appartenir à celai qui lui rendra ce Berviee. Mais pour cela,
il faut avoir jeftné, être en état de grâce, se trouver à Feutrée
du souterrain quand sonne la messe de minuit, crier trois
fois : c Chevalier du trésor / > et lorsqu'il apparaît, lui arracher la
clef de feu qu'il tient entre les dents.
Selon Monnier (^Du culte des esprits en Séqucme\ Tâine de
ce chevalier prend habituellement la forme d'un cochon noir
veillant sur le trésor du château, rôdant parfois autour du
bourg de Maiche. tenant une clef toute rouge dans sa gueule
et cherchant un homme assez hardi pour la lui prendre. Peu
s'en fallut que le magister de l'endroit ne s'en emparât un
jour, ainsi que du trésor. Un soir d'hiver, qu'il venait de
sonner la retraite à 8 heures, il rencontre l'âme du chevalier
qui, sous la forme humaine qu'il lui est permis de reprendre
quelquefois pour ne pas effrayer les gens, le prie de se trans-
porter à minuit précis dans un souterrain du château. Le
bonhomme en fait la promesse héroïque; et, comme s'il n'y
avait plus rien de mortel en lui, il se rend à point nommé au
lieu indiqué. Le porc noir lui apparaît la gueulé enflammée
et tenant la fameuse clef entre ses dents. A cette vue, toute la
pusillanimité du pauvre pédagogue se montre, et son héroïsme
s'évanouit. Les yeux égarés, le front pâle, le crin hérissé, le
malheureux s'enfuit à toutes jambes, et de son côté l'âme
désolée disparaît en poussant des cris lamentables.
Lee Dames vertes da ohftteaa de Olémont et de la oombe d'Ejan.
Entre le village de Montécheroux et la ville de Saint-Hip-
polyte, au fond d'un pittoresque vallon dominé par des rochers
à pic, s'élève une montagne de forme conique, au sommet de
laquelle existait autrefois le château de Glémont, plus célèbre
dans le roman de la Nouvelle Astrée que dans les annales de
la province. Pour se rendre de Saint-Hippolyte à Glémont, on
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0UBI08IT&S DE L'HISTOIBE DE MONTBÉLURD 341
monte la Combe de la Dame^ ravin profond du sommet du-
quel tombe en petites cascades le ruisseau de la Gude. G*est à
la source fraîche de ce ruisseau, dit Monnier (Culte des esprits)
qu'une déesse diasseresse, après avoir fatigué sa meute sous
les hêtres touffus du Lomont, amenait quelquefois le comte
de Montbéliard et le conviait à un repas frugal. Les jeunes
filles racontent que les garçons de leur connaissance qui
reviennent de la foire de Saint-Hippolyte, et après avoir trop
fêté Bacchus, se sont vus tout à coup entourés, au milieu des
pâturages déserts, par une troupe de jeunes darnes^ aussi
espi^les que jolies; qu'elles se sont plu aies lutiner, à égarer
leurs pas et à pousser de grands éclats de rire répétés parles
échos moqueurs, et que la Dame verte, les dépassant de toute
sa tête, semblait présider à leurs jeux.
On prétend que ces déités folâtres ont pour demeures les
grottes de la Combe de la Dame, de la Roche d'âne entre
Villars et le Pont-de-Roide, et de la Combe dHya/n. (Test
dans le vallon de la combe d'Hyan, entre les villages de Neuf-
châtel et de Rémoodans, que se trouve la Roche de la Dame
verte. C'est là que se cache la déesse, derrière un rideau de
hêtres auxquels s'entrelacent les tiges des lianes; c'est là qu'elle
se contente, pendant la pluie, d'un étroit abri, et qu'elle passe
toutes les nuits qui sont sans lune pour les humains.
La Dame blanche du chftteaa da Montbéliard.
Le château de Mbntbéliard^ comme beaucoup d'autres, était
hanté par une Dame blanche qui ne se montrait que lors-
qu'un membre de la famille de nos comtes devait mourir; on
l'entendait alors, dans les vastes corridors du manoir, pousser
des plaintes et des gémissements. Cette légende nous vient
d'Allemagne^ et Duvernoy prétend que la Dame blanche de
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^3 BEVUE D'ALSâOB
Montbéliard est Tàme d^une mère dénaturée, Agnès comtesse
d'Orlamunde en Thuringe, qui avait donné la mort à ses deux
enfante. Cette Agnès était la belle-fille de Béatrice, sœur aînée
d'Otton V, duc de Méranie et comte paladin de Bourgogne ;
elle aurait épousé Otton I"*, comte d'Orlamunde.
La tante Aiie et les fées.
Une des plus gracieuses légendes du pays de Montbéliard
est celle de la tante Arîe, divinité protectrice de l'enfance.
Dans la nuit de Noël, elle visite les maisons où il y a des en-
fante; c'est par la cheminée et sur un âne qu'elle descend,
pour remplir de noix et de noisettes les sabots que les bambins
ont eu soin de mettre près de l'fttre. Le lendemain, quand ils
se réveillent, ils s'empressent d'aller voir si la fée leur a donné
quelque chose; et comme elle est bien bonne, elle n'en a
oublié aucun, pas même les indociles et les paresseux; seule-
ment ils entendent les sons de sa clochette et sa voix cour-
roucée qui les menace de ne rien leur laisser à la Noël
suivante, s'ils ne deviennent pas sages et studieux.
La tante Arie est aussi la patronne des jeunes filles labo-
rieuses ; elle leur apprend à filer le lin et le chanvre. Gare à
celles que la paresse ou Tamour détourne du soin de leurs
fuseaux, elles sont certaines d'avoir leur quenouille emmêlée
le jour du carnaval, époque de l'année où le printemps va
revenir et où la saison de filer va finir.
La tante Arie était confondue, au moyen-âge, avec une
autre Arie ou Henriette, comtesse de Montbéliard, dontlamain
généreuse répandit de nombreux bienfaite sur le pays de
Montbéliard et de Porrentruy.
Si la tante Arie est une bonne fée, il y en a d'autres très
malfaisantes, qui se rendent pendant la nuit sur le sommet
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cuBiosrrés db l'histoibb de montbéliabd 343
des GoUines et des montagnes ou dans les l)ruyères désertes,
pour se liirrer à des rondes infernales fijecles sorcières et les
nains noirs. Elles jettent de mauvais sorts sur les animaux et
les honomes. Les vieillards racontent, le soir à la veillée, une
quantité de mauvais tours qu'elles ont joué aux habitants du
villi^e.
L'esprit de Van près de Olay.
Entre les villages de 61ay et de Roches se trouve un vallon
étroit, appelé Fem, entouré de sombres forêts et de rochers
élevés. Les gens du pays croient encore qu'il est hanté par
un esprit qui pousse pendant la nuit des cris lamentables.
Les plus crédules pensent que pour se préserver de ses
atteintes, il faut avoir sur soi du beurre et du sel, et les ber-
gers, qui passent la nuit dans le voisinage, en portent toujours
dans leurs poches, n est probable que cette croyance a été
occasionnée par les cris nocturnes poussés par les nombreux
chats-huants qui nichent dans les rochers de ce vallon.
Superstition des habitants de Lougres.
 la fin du XVI* siècle les habitants de Lougres rendaient
encore en secret un culte superstitieux à une statue de saint
Hilaire, ancien patron de leur église, que quelques personnes
dévotes avaient soustraite à toute recherche.
Légende dn Pont Sarrazin.
En 726 les Arabes d'Espagne ou Sarrazins, qui pour la
seconde fois étaient entrés en France, remontèrent le Rhône,
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344 RBVUH D'ALHiLCE
la Sadne et le Doubs, saccagèrent Besançon et les abbayes de
Luxeuil et de Lure. Celle de Lare, dit-on, ne fnt épargnée
que grftce à l'interrention miracnleuse de saint Délie. La
France ne fat délivrée de lear présence qu'en 7S2, lorsqu'ils
furent vaincus à Poitiers par Charles Martel.
Certains lieux de notre pays rappellent par leur nom le pas-
sage de ces infidèles: la Grotte des Sarrazim à Voujaucourti
la Voie des fées ou Chemin des Sarrazins à Présentevillers, et
le Pont Sarrazin près de Yaudencourt.
Le Pont Sarrazin se trouve aufondd'nn pittoresque vallon,
et n'est autre qu'un rocher à pic ayant la forme d'un pont
d'une seule arche, d'où jaillit une source abondante, qui a la
propriété de pétrifier promptement les objets qu'on y met
Suivant une légende, une jeune fille de la contrée, poursuivie
par un Sarrazin, se réfugia sur ce pont naturel, l'y attendit
résolument, et le précipita dans le torrent.
Légende de saint Uaimbœnf.
Saint Maimbœuf, patron de Montbéliard, était originaire
d'Ecosse; il parcourait le monde, enseignant le christianisma
Arrivé à Dampierre-Ies-Bois, il resta une partie de la journée
en prières dans l'église du lieu, et trouva, en continuant sa
route, des hérétiques qui voyageaient ; il les arrêta et leur
prêcha les vérités de l'Evangile ; les étrangers le voyant bien
vêtu, crurent qu'il portait beaucoup d'argent. Irrités d'ailleurs
de ce qu'il professait une autre croyance que la leur, ils le
tuèrent à coups de couteaux et de bfttons. On l'inhuma dans
l'endroit où il avait souffert le martyre, proche d'une fontaine
d'eau vive où plus tard fut érigé le prieuré de Froide-Fon-
taine. Mais bientôt le bruit des miracles qui s'opéraient sur
son tombeau, éveilla l'attention publique, et détermina la
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CUBIOSITÉS DE L'HISTOIRB DE MONTBÉLIARD 845
translation de son corps, d'abord à Dampîerre, puis dans l'é-
glise du château de Montbéliard qui prit dès lors le nom de
Saînt-MaimboBuf. Sa mémoire est honorée dans le diocèse de
Besançon le 28 janvier de chaque année.
Légende d0 SamirDisier.
Non loin du bourg de Beaucourt se trouve le village de
Saint-Dizier. La légende prétend qu'un pieux personnage de
ce nom fut tué près du village de Croix, et que le duc de la
contrée, appelle Rabiac, informé de ce meurtre, donna des
ordres pour que ses restes fussent recueillis dans l'oratoire
voisin de saint Martin. Cette chapelle fut reconstruite en 1041,
et n'est autre que la belle église gothique que l'on voit encore
dans le village de Saint*Dizier.
La crédulité populaire attribua aux reliques de Saint-Dizier
des propriétés miraculeuses. Il y a encore des gens, dit le
docteur Muston dans ses Recherches (miropologiques sur le
pays de Montbéliard, qui y vont en pèlerinage; d'autres y
amènent des aliénés. Voici ce qui se passait il y a quelques
années : dans l'église se trouve une grande cuve en pierre,
longue de 6 pieds et large de 4, offrant une ouverture où l'on
faisait entrer les fous et où on les maintenait pendant un
certain temps, durant lequel on récitait des prières. On les
conduisait ensuite au vcU et on les plongeait dans la fontaine.
Puis on les ramenait près de l'église, dans un certain local
où on les enfermait et attachait avec des chaînes à de grosses
poutres. Ce traitement durait ordinairement neuf jours, et avait
lieu aussi bien en hiver qu'en été. En apprenant ces faits, le
docteur Muston s'adressa à l'autorité judiciaire pour qu'elle
fît cesser des pratiques aussi barbares que superstitieuses, et
depuis lors le traitement des fous par la méthode de Saint-
Dizier a complètement disparu.
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S46 BEVUB D'ALSiLOB
La Pierr&i[iii-toiinie de Ohampqr.
A une certaine distance de Ghampey, sur le chemin qui
conduit de ce village au hameau des Yallettes, se trouve une
énorme pierre de forme ronde, ayant environ 2'',50 diamètre
et BO centimètres d'épaisseur. On a cru longtemps que c'était
un ancien monument druidique, mais ce n'est qu'un bloc
de rocher qui s'est détaché de l'éminence où il était primiti-
vement fixé, éminence aji pied de laquelle se trouvent amon-
celées d'autres pierres moins considérables. La crédulité
populaire lui attribue la propriété merveilleuse de se retourner
une fois chaque siècle; aussi Tappelle-t-on Pierre qui tourne.
P.-E. TOBPPBRD.
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LES MONTBELIARDS
EN PALESTINE*
En relisant, l'hiver dernier, les récits de Ville-Hardoin et de
Joinville, j'ai été frappé d'y rencontrer à diverses reprises les
noms de nos comtes de Montbéliard. J'en ai conclu que le
rôle de ces princes en Orient avait plus d'importance que
nous ne le supposions généralement, et qu'il pouvait y avoir
quelque intérêt à connalti*e de plus près leurs aventures et
leurs exploits dans ces contrées lointaines.
Ha première pensée était tout simplement de recueillir et
de grouper les indications, plus ou moins complètes^ dispersées
dans ces auteurs, pour les lier ensuite autant que le per-
mettraient les ressources bibliographiques dont je pourrais
disposer, et établir entre les faits une relation qui les rendît
intelligibles.
Assurément je ne songeais en aucune façon à faire une
œuvre sérieuse. Dans notre ville, nous avons malheureuse-
ment peu de ressources pour des recherches suivies: un livre
appelle un autre livre, celui-ci d'autres encore; et ce n'est
qu'à la condition d'avoir sous la main des bibliothèques con-
sidérables et des matériaux de toute nature, que l'on peut
donner aux études un caractère véritablement scientifique.
Cependant, grâce au précieux livre de Ducange sur les
* Ce travail a été In à la Société d'émulation de Montbéliard.
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348 BE7T7B D'ALSâGB
familles d'outre-mer, et aux importantes notes critiques dont
M. Rey en a enrichi la publication^ je suis parvenu à donner
à mon travail plus d'ensemble et de précision que je ne Tes-
pérais au début; et, tout en restant dans les termes d'une
simple élude, j'ai pu débrouiller suflisamment les &it8 et les
dédales généalogiques pour arriver à quelques résultats bien
incomplets, sans doute, mais qui seront peut-être nouveaux
pour quelques-uns d'entre les lecteurs de la Revue dAkace,
comme ils Tont été pour moi.
On raconte que Sainte-Beuve, parlant de V Histoire de la litté-
rature française de M. Nisard, disait un jour : < Si IL Ampère
eût traité ce sujet, comme il en avait l'intention, il eût fait
mieux que M. Nisard; mais aujourd'hui M. Nisard a certaine-
ment le pas sur M. Ampère^ car il a fait le travail, et M. Am-
père ne l'a pas fait. »
J'en dirai autant de ces quelques pages que j'offre au public»
en attendant mieux.
Au reste, ce n'est pas sans plaisir que j'ai pu suivre nos
paladins des bords du Doubs à ceux du Jourdain, et les voir
tour à tour planter leur bannière sur les montagnes de la
Palestine ou de la Chypre, en Egypte, ou sur les rives da
Bosphore, au milieu de populations si diverses de mtceurs, de
costumes, de langages, dont bien souvent ils ignoraient même
les noms. Mais de même que dans les courses aventureuses
de la jeunesse, on aime à s'attarder tantôt en présence de
quelque antique monument ou sur le bord de quelque fraîche
fontaine, ainsi bien souvent, en poursuivant ce travail, j'aurais
aimé que mon cadre fût assez large pour me permettre de
recueillir bien des récits parfois originaux et dramatiques, ou
simplement naïfs et curieux rapportés par les chroniqueurs,
et de retenir ainsi de nombreux épisodes pittoresques que
nos historiens ont jugé à propos d'écarter de la gravité de leurs
récits, mais qui peignent bien mieux au vif les temps, les
hommes et les circonstances que ne font les faits généraux
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LBS MONTBâLIABDS BN PALESTINE 849
et l'ensemble toujours un peu vague des événements. Il
est bon de butiner parfois, et souvent je me serais accroché
volontiers aux buissons du chemin. Mais, bien que n'ayant
aucun scrupule à m'attarder ainsi, j'ai dû jusqu'à un certain
point m'arrêter aux limites de mon sujet, que j'ai poursuivi
d'ailleurs uniquement par curiosité pour un ensemble de faits
qui, tout en nous touchant particulièrement, se lie cependant
suflBsamment aux événements généraux de l'histoire pour y
puiser quelque intérêt.
Au moment où, suivant l'expression quelque peu ampoulée
d'Anne Comnène \ « les croisades, arrachant l'Europe à ses
fondements, la précipitaient sur l'Asie >, l'histoire de notre
comté de Montbéliard ne remontait pas bien loin encore. Les
temps antérieurs à l'an mil, et même ceux qui suivirent, ne
nous offrent qu'un petit nombre de données, souvent isolées,
entourées d'incertitudes et affectant assez fréquemment le
caractère de légendes. On connaît la tradition de Saint-Maimbo,
celle de Saint-Dizier, et les récits d'Adson. Ce sont en quel-
que sorte nos temps fabuleux ou héroïques; la poésie même
s'en est emparée. Dans le poème de Gérard de Roussilion, nous
voyons le nom de Montbéliard figurer à quatre reprises dif-
férentes; tantôt c'est le preux chevalier Lombard que perdent
nos guerriers, tantôt c'est un personnage du nom inconnu de
Foucher, qui commande un corps de sept mille soldats venus
devers Montbéliard. Dans le S. Graal apparaît le comte Gau-
thier, dont nous aurons plus tard à raconter l'histoire, et
avec lui Hugues de Boron, village voisin de Délie, appartenant
sans doute à quelque vassal de nos princes.
 cel temps que je la retreis
A Monseigneur Gautier, en pès,
Qui de Monbélial estait,
Onques retrait este n'avait.*
* Alexiade,
' TuETET, Cart. de ManibéUard, p. 114. Mém. mss.
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350 BBVUB D'ALSACE
Ailleurs, c*est Ruxener, ou Franciscus Modios qui nous
montre, dans ses Pomdectea triomphales^ nos chevaliers com-
battent les Huns, et disputant le prix des tournois dans les
jeux célébrés par Henri l'Oiseleur après sa victoire de Merse-
bourg.
Ainsi dès l'origine apparaît l'esprit aventureux et guerrier
qui va conduire nos héros d'abord sur les champs de bataille
d'Italie, bientôt dans ceux de Palestine. Déjà Frédéric, fils de
Louis de Mousson, avait accompagné à Rome son parent le
pape Léon IX, lors de son avènement au trône pontifical.
Devenu l'époux d'Agnès de Savoie et marquis de Suze, il
s'était dévoué au Sainfr^iége pour lequel il avait vigoureuse-
ment combattu contre, l'empereur Henri IV. Sa cousine, la
fameuse comtesse Mathilde, fille de Béatrice de Lorraine, veuve
de Boniface d'Esté, et nièce de Sophie de Montbéliard, lui
avait confié le commandement de ses troupes; et le pape Gré-
goire VU, dont il s'était fait le champion, le chérit, au dire de
Berthold de Constance, comme un fils bien-aimé.* Plus tard,
Pierre, l'aîné des fils de Frédéric, fut expulsé d'Italie par
Conrad, fils de Henri IV, et se retira au chftteau de Lucel-
bourg, dont il prit le nom.
Mais avant d'aborder le sujet qui doit spécialement nous
occuper, rappelons en peu de mots, pour les personnes qui
peuvent avoir perdu de vue notre histoire locale, quelques
faits généraux propres à leur servir de jalons au milieu des
récits qui vont suivre.
Pendant les huit cents ans que subsiste notre comté de
Montbéliard, quatre familles ont succesivement occupé le
pouvoir.^ D'abord la famille lorraine de Mousson, qui descen-
dait probablement des anciens ducs d'Alsace, et dont la
* Ex. Bertoldi : Chronic, Monwnentagermaniœ historica, t. V, p. 454:
Hune venerabilis papa Gregorius qtMii unicum filium amavU^
• Lêop. Eber. Duvbrnoy, Dissert, inaugur., p. 10.
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LES M0NTBÊLIABD8 EN PALESTINE 851
domination sur MoQtbéliard se prolongea à partir d'une époque
qu'il est impossible de déterminer, jusqu'à la mort de
Thierry II, vers 1 162. Vint ensuite la famille de Montfaucon
à partir de la date ci-dessus, jusqu'à la mort de Thierry 10,
le grand baron, en 1S85. Puis la famille de Ghalon ou de
Boai^ogne, pendant le règne de Renaud, de 1285 à 1821.
Dne seconde fois la maison de Montfaucon, dans la personne
des comtes Henri et Etienne; enfin la maison de Wurtemberg,
à dater de la mort du comte Etienne en 1897, jusqu'à la
réanion de notre pays à la France.
Louis de Mouzon, le premier de nos comtes dont l'histoire
fasse mention avec quelque certitude \ exerçait son autorité
sur des terres infiniment plus considérables que ne l'était,
dans les derniers temps, le domaine de nos princes. Outre
le comté de Mouzon qu'il avait reçu de ses ancêtres, et celui
de Bar qu'il devait à sa femme Sophie de Lorraine, Louis
possédait dans l'Ëlsgau des terres dont les limites s'étendaient,
depuis Altkircb, Porrentruy et Saini-Hippolyte inclusivement
Jusqu'au delà de Lure, de Rougemont et de Pompierre.
C'était un territoire presque égal à un département, qui, joint
à leurs autres possessions, fiiisait de nos comtes les rivaux
redoutables des comtes de Bourgogne. Nous en avons le témoi-
gnage dans la victoire que Louis remporta sur Renaud de
Bourgogne et Gérard de Genève, sous les murs mêmes de
Montbéliard.'
Allié aux duca de Lorraine, aux maisons de Habsbourg, de
Kibourg,de Zâhringen et à presque toutes les grandes familles
des bords du Rhin, le comte de Montbéliard figurait à côté de
l'empereur non comme son vassal, mais en qualité de féal ou
fidèle; et ce ne fut qu'à la suite des longues luttes soutenues
* GénéaX. S, Amul/i, Mettensis épiscopi. Recueil des histariens de
France, Tuetey, Cari, p. 10.
* Hermakn-C!ontragt. Recueil des historiens de France, U II, p* 19.
TuKTEY, Cart. p. 15.
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852 EEVtJE d'albâoe
par Thierry III contre Rodolphe de Habsboarg, qu'il se vit
contraint de reprendre son domaine en fief des mains de l'em-
pereur, et de se reconnaître popr son vassal.
Les vastes propriétés du comte Louis, augmentées encore du
comté de Verdun acquis par Thierry P, se partagèrent dès la
mort de ce dernier, en 1102, et formèrent trois comtés dis-
tincts. Nous n'avons point à entrer dans les détails que com-
porte ce sujet; il nous suffit de rappeler que Louis, l'ainé, obtint
le comté de Mouzon, du vivant même de son père; que Rainaud
le louche ou le borgne, devenu comte de Bar et de Verdun, fat
la souche des comtes de Bar ; qu'Etienne devint évêque de Metz,
et que les terres de TElsgau, partagées en 1125 entre Frédéric
et Thierry II, formèrent le comté de Ferrette et celui de
MontbéIJard.
Louis de Mouzon, dont nous venons de parler, fut le premier
de nos primées à prendre part aux crdsades. Il devint le vaillant
compagnon de Godefroi de Bouillon dont il était le parent, et
nous retrouvons son nom dans les chroniques du temps chaque
fois qu'il s'agit de donner quelque bon coup de lance. Ifentionné
par Alberic^ inter proceres expediUoniSy nous le trouvons en
même temps désigné par Albert d'Aix comme fUkiS Dirid de
UonibiUard, ce qui nous empêche de le confondre avec un autre
Louis dont la personnalité est assez obscure, mais qui figure
comme étant fils de notre premier comte Louis et comme
frère du comte Thierry L*
Il accompagna la grande armée chrétienne à travers l'Al-
lemagne, et Albert d'Aix nous le présente au siège de Nicée.
plantant ses pavillons en compagnie de Dudon de Gens, de
* Alberic, tr. f. Histoire de Frmce, i III, p. 088.
* Albert. Aquemsis. EisL expedU, Hierosol., t. II» ch. ^.
* La même désignation se tronve d'ailleurs es annales écrites parGiUes
de Roye, abbé de Royaumont. Ànno do, 1096. Àsiatica expeditio paeta.
Eorwn qui ad ham expeditionem nomina sua prœstiterunt surU hœe
Ludov de Morona Qisez : de Mouzon) , filius comitis Theodorid de
Montpeliard.
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LBS MONTBÉLIABDS EN PALESTIKB 853
Gozelon, et contribuant activement par ses exploits et ses
talents militaires à la capitulation de la ville. Il était, dit le
chroniqueur, mirabiUs in opère militari. De là, il suivit Tar-
mée devant Antioche, partageant toutes les fatigues et tous les
dangers. Dans la grande lutte que soutinrent les chrétiens
contre Kerbogat, sultan deMossoul \ il fit partie, avec Renaud,
comte de Toul, Raimbold, comte d'Orange, Lambert de Mon-
taigu et d'autres vaillants hommes, d'un corps de troupes que
les chefs avaient chargé de renforcer Bohémond opposé à
Kilidje-Arslan et au sultan de Damas, qui devaient prendre
les croisés à revers et opérer une diversion. Ce corps eut
beaucoup à souffrir de la vigoureuse attaque des Turcs, et ne
dut son salut qu'à l'arrivée de Godefroi et de Tancrède qui,
après avoir écrasé ceux des ennemis qui leur étaient opposés,
se retournèrent au secours de l'arrière-garde près de fléchir
sous les efforts de ses adversaires.
Au siège de Jérusalem \ il combattit à côté de Tancrède,
de Gaston de Foix, de Gonon deMontaigu, de Gérard de Rous-
siion, et fut un des premiers à s'élancer de la haute tour où
commandaient le duc de Normandie et le comte de Flandre
sur las remparts de la ville sainte. Il est glorieux de com-
battre en pareille compagnie, et nous n'avons pas besoin
d'autre témoignage de sa bravoure et de ses mérites que sa
présence au milieu de ces héros. Après la bataille d'Ascalon,
viDgt mille croisés demandèrent à rentrer dans leur pays; et
comme Louis figure en qualité de témoin dans un acte de
1102 *, nous devons présumer qu'il fut du nombre de ceux qui
vinrent raconter dans leur patrie leurs luttes héroïques et les
merveilles de l'Orient. La chronique d'Ëinsiedeln ^ raconte qu'il
' Albert •— Albebic - - Guiixaumb de Ttb, 1. 1, p. 263. — Bongar
- TUETEY, 33.
* Guillaume de Tyb, p. 184, éd. de Bâle.
* TuEFFERD, Notice sur MonMliard, p. 35.
* ÀPUD Pkbtz, Monum. Germ. hist, t. III. — Tuetbt^ p. 34.
4" Année. Nonvelle Série. 23
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354 BBYUB D*AL8A0B
fut tué trois ans après son retour par ses serfs, révoltés de sa
tyrannie. Un pareil attentat peut paraître assez étrange à celte
époque; 11 n'en était du reste pas besoin pour mourir jeune
au retour de la croisade.
Quarante-cinq ans plus tard, deux des frères de Louis de
Mouzon, révèque de Metz, Etienne, et Renaud, comte de Bar,
prirent part à leur tour à la deuxième croisade. Le roi
Louis le Jeune, ou le Fleuri, comme on l'appelait alors,
avait pris sa route à travers la Lorraine S et à son passage à
Metz, les seigneurs du pays vinrent rallier Tannée française,
lui amenant leur contingent d'hommes d'armes et de pèlerins.
Etienne parut au siège de Damas, parmi les princes du Saint-
Empire, avec les évoques de Toulet de Basle; mais nous ne
savons rien de particulier sur la part qu'il prit à l'expédition,
non plus que son frère Renaud. Tous deux échappèrent aux
désastres qu'essuyèrent les croisés, et purent rentrer en
Lorraine. Renaud mourut en 1149, et Etienne, devenu car-
dinal, en 1168. Henri *, petit-fils de Renaud, prit encore part
à la troisième croisade, et mourut devant Saint-Jean d'Acre.
Thiébaut, son successeur, refusa de commander la quatrième
croisade, tout en restant au nombre des guerriers qui s'asso-
cièrent à la conquête de Gonstantinopie; et dans la suite, il n'y
eut pour ainsi dire aucune des expéditions d'outre-mer qui ne
comptât un comte de Bar au nombre des croisés, jusqu'à ce
malheureux comte Henri qui succomba si tristement à la
bataille de Gaza.
Depuis la mort prématurée de Louis de Mouzon, ce comté
avait été réuni dans les mêmes mains que celui de Bar;
mais dès l'époque où nous sommes parvenus, les relations des
familles de Bar et de Montbéliard ont cessé de subsister.
Thierry H, mort en 1 162, n'avait laisséque des filles; et lemariage
* Gesta Ludov. VIL — Othon Frisino.
* Alberic. Ghron. mbten. — DucHESNE» Histoire de Bar-U-Duc.
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LES MONTBÉLIARDS BN PALESTINE 355
d'Agnès avec Richard de Montfaucon, en créant de nouveaux
rapports de parenté, avait donné aux intérêts des Montbéliards
une direction désormais entièrement étrangère à la Lorraine.
Cependant la commune origine de nos comtes et des comtes
de Bar a laissé sa trace dans les armes des deux maisons.
Ces armes, au nombre des plus anciennes que Ton connaisse,
étaient de gueules à deux bars adossés d'or, mis en pal;
mais tandis que Montbéliard et Ferrette les portaient pleines
et timbrées d'un buste de femme au naturel, aux cheveux
d'or, vêtu de gueules, avec les bars de Técu en guise de
bras, les comtes de Bar, en leur qualité de cadets, portaient
les bars d'or sur champ d'azur, avec un semis de croix
recroisetées, au pied fiché d'or; et c'est ainsi qu'elles passè-
rent plus tard dans les écartelures de l'écu de Lorraine.
Quand la maison de Montfaucon eut relevé avec son nom les
armes de Montbéliard, celui de ses membres qui était comte
de Montbéliard avait seul le droit de porteries armes pleines;
les autres membres de la famille les portaient brisées d'un
trescheur; les fils aines des comtes conservèrent néanmoins
l'habitude de briser du semis de croix recroisetées au pied
flché; l'emploi de cette brisure remonte à la première croisade,
où le fils de Thierry I** la porte déjà sur son écu. *
C'est quelque chose de bien étrange que cette fureur reli-
gieuse et guerrière qui pendant deux siècles épuisa l'Europe,
sans que Ton pût attendre de tant de sacrifices autre chose
que des souffrances et d'épouvantables désastres. Est-ce à
dire qu'à la longue les croisades n'aient amené aucun résultat
utile? Assurément non, car la Providence fait toujours sortir,
même des plus douloureux événements, quelque chose de
bon et de profitable à l'humanité. Au reste, chaque fois qu'un
sentiment puissant se manifeste dans les populations, il tend
à se répandre au dehors, et à produire ses conséquences
* Wetzel, Mém. manus.^ p. 35 et 36.
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356 REVUB D*ALSACE
aussi complètes et aussi loin que possible. Les croimdes
furent la réaction du monde chrétien contre les agressions
musulmanes, et l'expression de la puissance des papes par-
venue à son apogée. L'enthousiasme fut si universel, disent
les chroniques, qu'il n'y avait aucune route, aucune cité,
aucune plaine qui ne fut couverte de tentes et de pavillons,
d'une foule de barons el de. chevaliers, d'hommes et de
femmes de toutes conditions, tous portant la croix sur leurs
épaules. Ils avaient toutes sortes d'instruments de musique,
et l'air retentissait du son des cornets et des trompettes. Les
pèlerins avaient des armes de toute espèce, des lances, des
épées, des boucliers, des casques, des arcs et des bfttons aigus.
L'or brillait sur les tentes des grands; leurs lits de repos
étaient peints de diverses couleurs. On voyait sous ces lits
des marcs d'argent comme on voit le bois sous le lit de
Tbomme des champs. Les princes faisaient transporter de
petites barques qu'ils lançaient sur les rivières, et leurs filets
se remplissaient de poissons. Ils avaient avec eux des faucons
qu'ils lâchaient contre les oiseaux voltigeant sur leur passage.
On trouvait des croix implantées sur les épaules de ceux
qui mouraient en chemin; ces prodiges enflammaient l'ardeur
des chrétiens, et de toutes parts on entendait ce cri de joie
et de victoire : t Bms h vult, Dieu le veut.^ >
11 est vrai aussi que, comme résultats immédiats, les pèle-
rins obtenaient des indulgences, qu'on était dispensé de payer
ses dettes, et, somme toute, mieux valait être soldat en Orient
que serf en Occident. D'ailleurs, si les princes rêvaient de
royaumes et d'empires en retour de leurs exploits, les cheva-
liers et barons voyaient en imagination de riches comtés, de
romanesques aventures, de nobles héritières à conquérir;
enfin, pour le soldat et le bandit, c'était le vin de Chypre et
^ Bibliothèque des croisades. Auteur anonyme, collection Ifabillon.
t. II, p. 457.
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LES MOMISÉLIARDS EN PALESTINE 357
les bénéfices du pillage. Une fois qu'eut passé la première
ferveur religieuse, il ne resta guère dans l'esprit des croisés
que de purs intérêts mondains, des questions de yanité,
d'ambition ou d'ayarice, fort peu en rapport avec les appa-
rences et les prétextes religieux que Ton mettait en avant.
Lorsque la reine Eléonore vint à Antioche, elle y trouva la
comtesse de Toulouse, la comtesse de Blois, Sybille de
Flandre, Talquerie de Bouillon, et une foule de dames célè-
bres par leur naissance et leur beauté.^ Bientôt le palais du
comte Raymond, le plus bel bomme de son temps, devint un
foyer d'intrigues galantes, résultat inévitable de cette vie
d'aventures, où tous partageaient les mêmes fatigues et les
mêmes dangers. De jeunes paladins se précipitaient en foule
sur les pas de ces brillantes héroïnes; mais bientôt ce qui
peut-être n'avait été dans l'origine qu'une sorte de galanterie
chevaleresque, en se répandant dans les basses classes, y
deyint la licence la plus effrénée. Il faut lire dans les récits
de Jacques de Vitry, évêque d'Acre ^ le tableau des mœurs de
la Palestine. « A l'origine du royaume, dit-il, la Terre-Sainte
florissait comme un paradis de volupté; semblable aux roses,
aux lys et aux violettes, elle répandait au loin les plus doux
parfums. Le Seigneur avait versé sur elle ses bénédictions.
Mais bientôt le démon, suivi des sept péchés capitaux, s'intro-
duisit dans ce nouvel Eden; cette terre de prédilection ne
renferma plus qu'une race corrompue et dégénérée, et l'enfer
dut préparer des logements pour tous les crimes et pour tous
les vices. Une génération méchante et perverse, des enfants
scélérats et dégénérés, des hommes dissolus et des violations
de la loi divine, étaient sortis des premiers croisés. Le clergé
donnait l'exemple du désordre, et parmi les laïcs la corruption
était devenue d'autant plus grande qu'ils étaient plus puis-
* MiCHAUD. t. II, p. 208.
* MiCHAUD, Bibliothèque des croisades, t, I, p. 176. Histoire de
Jérusalem, par Jaoques de Vitry.
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3^ BEVUE D'ALSACE
sants. > Mais tout le monde ne répugne pas à cette vie de
corruption et de scandale ; et dans les derniers temps, cette
terre, dont la religion avait provoqué la délivrance, ne voyait
plus arriver que l'écume de l'Europe.
Quelques familles cependant, restées recommandables dès
Torigine par leur haute position et leurs vertus, avaient con-
servé une partie des sévères traditions de l'Occident, où Ton
prenait encore au sérieux les expéditions d'outre-mer.
Dans leur naïveté et leur ignorance, les bonnes gens de
France et d'Allemagne se représentaient les désastres de nos
armées, le tombeau du Christ profané par les Sarrasins, les
épreuves des martyrs et la religion outragée. A leur retour
les croisés racontaient leurs souffrances et leurs exploits; ils
parlaient des merveilles de Gonstantinople et de l'Asie, de la
nécessité de secourir les royaumes chrétiens; mais on ne
savait rien des défaillances, des intrigues, de la corruption
des Orientaux. Pour les Européens, l'Asie c'était encore le
berceau du christianisme, le pays du soleil et des exploits
héroïques; de loin tout était gloire et lumière, de près ce
n'était le plus souvent que désordre, brigandage et misère.
Il est certain que la vie en Occident n'était joyeuse ni pour
le haut baron caché derrière ses épaisses murailles, ni pour
le serf dans sa hutte de roseaux, et livré à la merci de ces
hommes farouches contre lesquels il essayait parfois une
résistance timide d'abord, plus tard furieuse et désespérée.
Avant de régner sur Montbéliard, Thierry II avait été chassé
de Bar pour sa tyrannie; Louis de Mouzon périt, dit^on, dans
une émeute, et Raymond perdit, par suite de ses violences,
le comté de Verdun, qui fut donné par l'empereur Henri V
(1123) au sire de Grandpré.
Notre château de Montbéliard n'était assurément pas alors
une résidence plus agréable que les autres ^ ; et on comprend
^ V. DuvERNOY, Le château de Montbéliard et ses anciens maîtres . — ^Tdbf-
FERD, Notice sur Montbéliard. — Goguel, Le château de Montbéliard, etc.
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LES MOMTBÉLIABDS EN PALESTINE 359
combien devaient être empressés d'échapper à l'étreinte de
ses murailles des jeunes gens bouillants, avides de nouveauté
et d'espace, et bien souvent aussi jaloux de s'afEranchir de la
sévère autorité du comte ou de la sombre austérité de la
famille. Il ne reste rien aujourd'hui des constructions primi-
tives, mais, autant qu'on peut s'en faire une idée d'après
quelques indications éparses dans des chartes ou dans quel-
ques vieux manuscrits, ce ne pouvait guère être autre chose
qu'une haute tour, accolée de constructions massives et de
quelques travaux de défense suspendus aux rochers qui domi-
nent l'angle tracé aujourd'hui par la rue de Belfort et celle
de TAiguillon. Le promontoire que forme la colline du Thier-
garten, avait été coupé à une époque inconnue, peut-être dès
les temps romains, de manière à isoler le plateau dont le
château occupait l'extrémité occidentale; et le plateau lui-
même était encore partagé en trois segments par deux fossés
profonds, dont l'un, au couchant de Saint-Maimbœuf, séparait
l'église et les habitations qui l'entouraient des murs du cas-
trum ; l'autre, au levant de la même église, l'isolait des forti-
fications que Thierry III éleva un peu plus tard à l'extrémité
orientale du massif, et qui formèrent le castmm cmteriitë, à
l'emplacement actuel des tours. Ce dernier fossé, sur le bord
duquel se trouvait une haute tour crénelée, faisant proba-
blement ofiBce de donjon, n'a disparu qu'au XVIIP siècle,
lors de la construction du château actuel. On le voit encore
figurer dans tous les dessins des temps antérieurs.
Au manoir primitif se trouvaient accolées de grossières
constructions, entourant ce qu'on appelle aujourd'hui la Cour
des Chèvres, Au midi étaient les remises, les écuries, les
magasms pour les machines de guerre et les approvisionne-
ments en cas de siège. Au nord étaient les appartements,
percés de rares fenêtres étroites et profondes, et ressemblant
plus à des caves qu'à des salons. C'est là qu'habitaient les
châtelaines, tristes captives que venaient bien rarement distraire
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360 BEVUJB D'ALSACB
quelque fête de faadlle, une reprise de âe& ou les récits de
quelque jongleur yenu de Terre-Sainte. Mais telle est la nature
de Thomme, qu'il finit par s'accommoder de tout, et trouve
matière à s'égayer au milieu même de circonstances qui, en des
temps plus heureux, ne paraîtraient que deuil et souffrance-
De l'autre côté de la Luzine, dont le cours léchait alors le
pied des rochers qui supportaient la terrasse du château, on
voyait à l'angle sud-est des coteaux de la citadelle, à Tendroit
désigné sous le nom de Haut Cavalier, une forte tour construite
sur les ruines de quelque vigie romaine, destinée sans doute
à surveiller les vallées de l'Allan et de la Luzine réunies à
ses pieds. En ce temps, la ville n'occupait qu'une faible por-
tion de l'espace compris entre les rochers du château et les
escarpements de la citadelle. Elle ne consistait qu'en un petit
nombre de maisons autour de Saint-Maîmbœuf, et en deux
rues, dont l'une était suspendue aux pentes du rocher au
dessus de la Luzine, tandis que l'autre contournait le châ-
teau et répondait à peu près à la rue de Belfort. Elles étaient
protégées par des tours reliées par des courtines. Bientôt la
ville s'augmenta du bourg Vautier ou Gauthier, bâti sur la
rive droite du ruisseau, et du bourg Saint-Martin, qu'on voit
figurer dès le XIÏP siècle. Tous deux étaient compris dans
des enceintes fortifiées dont on rencontre encore quelques
vestiges, et constituaient comme deux îlots au milieu de la vallée.
Mais j'ai hâte de sortir du gîte pour suivre nos paladins
dans leur vol vers la Palestine.
Ce dut être pour eux un étrange spectacle, au sortir de
leur noir donjon et de leurs forêts gauloises, que la vue des
grandes cités du Midi et de l'Orient. « Or, poez savoir, s'écrie
Villehardoin à la vue de la capitale de TErapire grec \ que
mult esgardèrent Constantinople cil qui onques mie ne
* Villehardoin. N* 128.
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LES MOKTBÉLIABDS fiN PALBSTINS 361
rayaient veue; que ils ne pooîent mie cuidier que si riche ville
peust être en tôt le monde, cum ils Tirent ces halz murs et
ces riches tours dont ele ère close tôt entor à la ronde,
et ces riches palais et ces haltes yglises dont il i avait tant
qae nuls nel poist croire s'il ne le voist proprement à Toil; et
ils Tirent le lonc et le lé de la ville qui de totes autres
ère soveraine; et sachiez qu'il n*i ot si hardi à qui la
chars ne frémist. • — c Qu'elle est belle et remplie d'églises
et de palais d'une architecture admirable I Que d'ouvrages
meryelUeux ciselés en airain et sculptés en marbre I > s'écrie
à son tour l'abréviateur de Foucher de Chartres. Et pour
nous encore n'y a*t-il pas quelque chose de saisissant à nous
représenter nos guerriers descendant de leurs montagnes,
pour s'en aller, la lance au poing, cheTauchant dans les cam-
pagnes de la Terre-Sainte parmi des nuées de Musulmans et
de peuples dont les noms mômes étaient ignorés jusqu'alors?
Le tumulte des camps et le bruit des batailles avait succédé
en Asie comme en Europe au silence des forêts et au calme
des déseriâ; les pavillons des guerriers avaient pris la place
des tentes des bergers; de hautes tours et de formidables
remparts se dressaient sur les montagnes de la Syrie et de la
Judée, comme on les voyait sur les rochers de la France et
de l'Allemagne, et en ce moment où nous approchons des
rivages de la Palestine, il semble que l'on entende par avance
les éclats des trompettes et le hennissement des chevaux.
A la suite de la conquête, les croisés avaient partagé
le pays occupé en principautés, en comtés, en baroniea; le
régime féodal s'était organisé en Syrie comme en Europe ;
les asmes de Jérusalem en avaient réglementé l'institution,
et chaque nouveau seigneur, en prenant possession de non
domaine, s'était hâté d'élever sa tour et.de fortifier sa ville
pour se mettre à l'abri des incursions de l'ennemi. Les flèches
des cathédrales romanes se dressaient à côté des dômes des
mosquées; les costumes de l'Occident se confondaient avec
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962 REVUE D' ALSACE
ceux des Orientaux; des mariages unissaient les vainqueurs
aux belles Syriennes; on entendait la langue des Francs et
les chants des Teutons mêlés aux entonations gutturales et
aux cris des Turcs et des Sarrasins; un monde nouveau se
constituait, comme si, avant de se précipiter vers les rivages
de rAmérique et poussés par ce besoin d'expansion et de
nouveauté qui s'empare périodiquement des esprits, les
peuples de l'Occident eussent essayé de revenir sur leurs pas
et de remonter aux lieux où fut leur berceau. C'est du reste
un assez triste pays que la Judée : le littoral, bien que brûlé
par le soleil, est, il est vrai, d'une fertilité extraordinaire;
mais les montagnes qui couvrent la plus grande partie de la
contrée, n'offrent, à l'exception de quelques vallées riantes
et de quelques chaînons d'un grand caractère, que des croupes
arides et monotones, sans végétation et sans fraîcheur, au
point de faire dire à l'empereur Frédéric II * que si Dieu
avait connu le royaume de Naples, il n'eût certainement pas
choisi la Judée pour en faire le séjour de son peuple préféré.
Agnès, fille de Thierry II, par son mariage avec Richard
de Montfaucon, avait porté le comté de Montbéliard dans cette
famille, à l'exclusion des autres branches masculines de la
maison de Mouzon, encore en possession de Ferrette et de
Bar. Mais ce fut Amédée, fils de Richard, qui succéda (1162) à
Thierry, mort dans un âge très avancé. Je laisse les détails
que comporte l'histoire de ces personnages; mais si nous
nous rappelons les dons faits par ce prince dans son testa-
ment, ses nombreuses fondations pieuses, ses grands chevaux
de bataille, ses armes, ses équipages, et à nous le représenter
entouré de son chambellan, de son grand-veneur, d'un maître
des monnaies et de ses nombreux officiers et varlets ^ nous
pouvons présumer que nos seigneurs n'étaient pas sans
* Rey, Monwment d'arch, militaire des croiséSy in4°.
• Oh. Duvernoy, Ephémérides du comte de MontbAiard.
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LES MOMTBËLIABDS EN PALESTINE 363
occuper une position fort respectable dans la contrée, et pre-
naient TOlontiers, au milieu de leur cour d'aspect sans doute
assez farouche, quelques airs de princes au petit pied.
Outre Amédée, devenu à la fois comte de Montbéliard et sire
de Montfiiucon, Richard avait laissé une fille nommée Agnès,
comme sa mère, mariée au comte de Brienne, Erard II, et un
autre fils nommé Thierry, qui devint archevêque de Besançon.
Celui-ci prit aussi part aux expéditions d'outre-mer \ et malgré
son caractère ecclésiastique, fut un des héros de la troisième
croisade. Après avoir assisté à la diète de Mayence, le quatrième
dimanche du Carême de 1188 \ il prit la croix avec Frédéric
Barberousse, Léopold d'Autriche et les plus puissants princes
du Saint-Empire. L'année suivante, accompagné d'un grand
nombre de seigneurs de Bourgogne, il partit de Ratisbonne
avec l'empereur; cependant, comme le duc d'Autriche ^ en la
compagnie duquel il se trouvait^ était brouillé avec le roi de
Hongrie, Thierry fit route avec lui par l'Italie, ainsi que Louis
de Ferrette, son neveu, qui s'était croisé avec eux.* A la mort
de Barberousse, il s'embarquèrent tous ensemble à Satalia et
parvinrent sous les murs de Ptolemaïs. Guy de Lusignan
assiégeait alors cette place, et Saladin entourait lui-même
l'armée chrétienne avec 200,000 Musulmans. A l'arrivée
de quelques seigneurs français qui avaient devancé le roi
Philippe-Auguste, Thierry prit place parmi eux en face de la
Tour maudite, avec les archevêques de Nazareth, de Montréal,
en compagnie de Robert de Dreux, des comtes de Blois et de
Glermont, du comte Thibaut de Bar, d'Erard et d'André de
' Gun^LÀUMB DE Tyb, continuât.
• Ajpud Pertz. Monum, g. hist. — Tuetby, p. 105.
• Annales Marhacemes, Apxjd. Pertz. — Tuetby, p. 106.
• Louis de Ferrette était fils de Frédéric I", et neveu de Thierry II de
Montbéliard. Il disparut pendant la croisade sans laisser de traces. —
QuiQUKRKZ, Histoire des camtes de Ferrette. Mémoires de la Société d'é-
mulation de Montbéliard, t. I, 2* série.
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364 BSVUB d'albacb
Brienne dont il était le beau-frère. Au milieu de tant dérail-
lants hommes, Thierry se distingua par son habilité à inrenter
diverses machines de siège, entre autres une sorte de bélier
qui inspirait tant de terreur aux ennemis qu'ils mirent tous
leurs soins à s'en débarrasser, et finirent par le détruire par le
feu grégeois. Ses travaux ont été racontés dans une sorte de
légende rimée dont yoid les premiers yers:
Quid de Archipresule dicam Bisuntino,
Vir est totus deditus operi divine,
Orat pro fidelibus corde columbino,
Sed pugnat corn perfidis astu serpentine.
Facit liic arietem, quem de ferre texit.
Qui nostrorum animes plurimum erexit etc.
Il mourut de la peste sous les remparts de la ville, sans
avoir eu la joie d'assister à sa capitulation.^ Avec lui avait éga-
lement succombé le comte Erard de Brienne.
Ainsi les Montbéliards avait glorieusement figuré à toutes
les croisades; mais leur renom va s'augmenter encore de toute
la gloire qui rejaillira sur eux du fait de la famille de Brienne.
Il est difficile de prononcer ce nom de Brienne sans que la
pensée se reporte immédiatement à ces héros dont les
fortes épaules furent seules pendant un temps à soutenir le
poids des empires croulants de Jérusalem et de Gonstantinople.
Au milieu de leurs travaux et de leurs épreuves, les Montbé-
liards furent leurs constants et dévoués compagnons; et par-
tout où nous rencontrons ces grandes figures de Gauthier et
de Jean de Brienne, nous sommes sûrs de trouver à côté d'eux
la fidèle épée des Montbéliards.
Erard II et l'archevêque Thierry avaient succombé; mais
leur mort n'avait pu décourager leurs successeurs, et la guerre
de Palestine était devenue comme un héritage, une tradition
* OmPLBT, VesonUo, p. 11, p. 249. —Eb. Dxtvernoy, ub, sup. p. 15
et note. — H^yiiAR l'appelle Gemma derieorum. — Tubtbt, p. 108.
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LES M ONTBÊLIABDS BIf PALESTINE 365
de famille. Gauthier de Montbéliard, petit-fils de Thierry II,
qae nous connaissons déjà comme fondateur du bourg Vauthier,
s'était croisé au tournoi d'Ecry en Champagne, arec ses deux
cousins Gauthier et Jean de Brienne, fils d'Agnès de Montbé-
liard \ et, comme lui, petits-fils de Thierry II. Quelques auteurs
pensent que le comte Richard, frère de Gauthier, s associa
aussi à Texpédition ; cependant son nom ne figure point parmi
les seigneurs dont Villehardoin donne la liste, et nous ne lui
voyons aucun rôle pendant la campagne. Mais pendant les
préparatifs du départ et les négociations qui eurent lieu ayec
les Vénitiens pour le transport des croisés, des événements
inattendus et de nouveaux intérêts avaient contraint les sei-
gneurs de Brienne et de Montbéliard à se séparer momenta-
nément de leurs compagnons et à prendre leur route par le
midi de Tltalie.
 la mort de Guillaume IT, roi de Sicile, les sujets de ce
prince, redoutant la domination hautaine et souvent cruelle de
l'empereur Henri VI, époux de Constance, tante du roi et
reconnue par lui pour son héritière, avaient porté au trône
Tancrède, cousin de Guillaume, fils naturel de Roger, duc de
PouiUe, et deSybiUe de Lecce, fille de Robert de Hauteville.^
Lorsque Tancrède mourut, sa femme Sybille de Mérania fut
saisie et jetée en prison par l'empereur, ainsi que son fils
Guillaume, qui mourut bientôt victime de la cruauté d'Henri;
et ce fut seulement à la mort de ce prince que Sybille parvint
à s'affranchir de sa captivité. Exaspérée par ses souffrances,
elle s'occupa immédiatement de chercher à sa fille, Âlbcrie
^ VHistoire d'Erades, empereur, la désigne à tort comme fille an
comte Âmédée de Montbéliard. Elle était sa sœur. MotiBRZ indique
une seconde alliance du fait d'Ermengarde, sœur de Gauthier de
Brienne et de Jean, devenue l'épouse d' Amédée de Montbéliard. Voy. au
mot Bbiemne, — TuBTBY, etc., p. 115.
* Comte db Sâssbnay. LesBriewne de Lecce et d* Athènes Hachette,
in.l2, 1869.
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866 REVtJE D'ALSACE
OU Marie, un époux capable de la protéger et de soutenir ses
droits contre les Allemands. Sur la recommandation de Philippe-
Auguste, elle fit choix du comte Gauthier III de Brienne, assez
pauvre seigneur de Champagne, mais de bonne maison, et
déjà renommé par sa bravoure et ses exploits. Gauthier avait
plus de 80 ans ; déjà il avait fait le voyage de Palestine,
et avait joué un rôle considérable dans la guerre que Philippe
soutint contre Richard Gœur-de-Lion dont il était Tallié.
C'était du reste une famille superbe que ces de Brienne^ taillés
comme le dieu Mars et braves comme leur épée. Par un rap-
prochement bizarre, on comparait le roi Jean à Jésus-Christ,
comme à l'idéal de la beauté humaine. Le mariage eut lieu à
Melun, en présence de la cour de France, dans les premiers
mois de 1200. Après un premier voyage à Rome pour s'en-
tendre avec le pape Innocent III qui, bien que tuteur du jeune
Frédéric, héritier d'Henri VI, protégeait néanmoins secrète-
ment le parti de ses adversaires par haine des Allemands,
Gauthier revint en Champagne pour chercher des troupes et
de l'argent; et; riche de 1,000 livres tournois, Use mit en route,
en avril lâOl, à la tête de soixante cavaliers, parmi lesquels
figuraient son frère Jean, Gauthier deMonlbéliard, Robert de
Joinville, pour reconquérir le royaume de sa femme, ou tout
au moins les comtés de Lecce et de Tarente qu'il réclamait
seuls ouvertement comme son domaine particulier.^ Tandis que
nos pèlerins chevauchaient à travers le Mont-Cenis, ils ren-
contrèrent le sénéchal de Champagne et ses compagnons qui
revenaient de Venise où ils avaient conclu avec le Doge les
arrangements nécessaires au transport des croisés. Tous se
donnèrent rendez-vous sur les bords de l'Adriatique ; mais,
comme dit Viliehardoin, les aventures arrivent ainsi qu'il plaît
à Dieu, et nos chevaliers n'eurent plus occasion de rejoindre
l'armée qui, comme on sait, renonça à la conquête de Jéru-
^ ViLLBHABDOm, 33.
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LES MONTSÉLIÂRDS BK PALESTINE 367
salem pour celle de Gonslantiaople. En quelques mois les
princes de Brienne, vainqueurs une première fois, à Capoue
(10 juin 1201,) et une seconde fois à Cannes (1" octobre)
de Diepold de Bohbourg, comte d'Âcerra, se virent maîtres de
tout le midi de Tltalie, de Naples à Brindes, et Gauthier put
se faire proclamer roi de Naples et de Sicile.
Après la victoire de Cannes, les compagnons du nouveau
roi, voyant ses afiaires en bon état, et désireux de remplir
l'engagement quils avaient contracté au château d'Ecry, le
quittèrent successivement pour continuer leur voyage en
Palestine. Mais les Italiens ne s'accommodaient pas plus de la
domination du Saint-Siège, dont les soldats faisaient la prin-
cipale force de Gauthier, que de celle des Allemands: et sur
la iBiusse nouvelle de la mort d'Innocent III, le royaume de
Naples se souleva presque tout entier. Les Allemands profi-
tèrent de ce mouvement qu'ils appuyèrent, et il fallut recom-
mencer la conquête du royaume. Diepold, vaincu encore une
fois près de Salerne, se réfugia au château de Sarno où
Brienne vint l'assiéger. Mais pendant une nuit, le 1 1 juin 1206,
quelques émissaires du comte d'Acerra ayant gagné les gardes
de son adversaire, se glissèrent au milieu du camp, et péné-
trant jusqu'à la tente de Gauthier, en coupèrent les cordes et
l'ensevelirent sous les toiles, où il fut percé de coups et fait
prisonnier avant d'avoir pu se mettre en défense. Diepold le
traita avec ménagement, et le roi eût pu s'entendre avec lui
en le laissant se tailler un comté dans le royaume. Mais sa
hauteur et son orgueil finirent par irriter ce seigneur ; et lui-
même ne voulant pas devoir la vie à un ennemi qu'il méprisait,
arracha les bandages qui fermaient ses blessures, et mourut
des suites de sa violence. On l'enterra dans la vieille église de
Santa-Maria, près des sources du Sarno. ^ Alberie resta enpos-
* Voir sur ce sujet Michaud, t. III, p. 340-6. — Conrad, abbé d'Us-
perg, et Robert, moine. ~ Albbric, chro. — Muratori, t. III. —
Les gestes d'Innocent UL — Comte de Sassekay.
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868 REVTJB D'ALSACE
sessiou de son comté de Lecce où elle finit par se réfugier après
une existence assez aventureuse. Elle avait eu du comte de
Brienne un fils posthume, Gauthier lY, qui fut élevé sous la
tutelle de son oncle Jean, et que nous ne tarderons pas à
retrouver en Palestine. Héritier des terres de Brienne qui lui
furent remises par Thibaut IV de Champagne, lors de sa ma-
jorité, il fut en même temps comte de Jaffa, et ne se rendit
pas moins illustre par ses exploits et ses malheurs queTavait
été son père; il mérita même le titre de Grand.
Jean, qui avait quitté son frère en 1203, pour continuer son
voyage en Palestine, ne tarda pas à revenir en Europe, et
rentra en France, peut-être avec son neveu, après le désastre
de Sarno. Gauthier de Montbéh'ard, au contraire, se fixa défini-
tivement en Terre sainte. A cette époque les royaumes d'outre-
mer, réunis sous Tautorlté sage et modérée d'Amaury de Lusi-
gnan S quatrième mari d'Isabelle de Jérusalem, veuve successi-
vement d'Hunfroi de Thoron, de Conrad de Montferrat et de
Henri de Champagne, essayaient de sortir des ruines qu'avaient
faites les terribles famines de 1202 et de 1203 ^ et les tremble-
ments de terre qui, dans les mêmes années, avaient renversé
jusqu'aux remparts de Damas, de Balbeck, de Tyr et de Pto-
lémaïSy les villes chrétiennes comme celles des Musulmans.
Gauthier épousa Bourgogne ', fille aînée du roi, issue d'un
premier mariage avec Eschive d'Ibelin, et devint par ce
mariage, connétable de Jérusalem. Amaury mourut en 1205,
et comme il n'administrait le royaume de Jérusalem qu'en
* DucANGE. Les familles d'outre-mer. Documents inédits sur l'Histoire
de FfâQce, in-4% Imprimerie nationale.
■ Cant. GuttLAUMB de Tyb, XXVI, ch. 21.
' Histoire d^Erades, empereur, XXI, ch. 5. — Tuetey se trompe en
mettant cet événement sons la date de 1194. U pense, d'après Tart de
vérifier les dates, qu'elle fut mariée d'abord à Raymond VI, comte de
Toulouse. Cette opinion est contredite par Ducange.
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LES MONTBâLIABDS BN PALESTINE 369
qualité de bail, et du fait de son mariage avec Isabelle, dont
rbéritiëre était Marie Jolande, fille de cette princesse et du
marquis de Montferrat, il ne laissa à son fils Hugues que la
Chypre dont il avait hérité de son frère Guy. Gauthier de Mont-
béliard fut alors chargé par les Etats du royaume, delà tutelle
du jeune roi, son beau-frère, et fut fait en même temps bailli
de Chypre. Il essaya, pendant son administration \ de faire
revivre une convention conclue antérieurement entre le roi
Amaury et Henri de Champagne, relativement au mariage de
leurs enfants et au comté de Jaffa. Innocent IH, que Gauthier
avait prié d'intervenir, écrivit même à ce sujet au patriarche
de Jérusalem pour voir s'il y avait utilité à suivre cette
afiiaire qui n'aboutit du reste à aucun résultat. L'adminis-
tration de Gauthier ne paraît pas avoir été parfaitement sage
et exempte de tout reproche. Il s'attira par ses dilapidations
l'aversion du jeune roi qui, parvenu à sa majorité, lui demanda
un compte sévère de ses actes, et réclama la restitution de
200,000 besans d'or pris dans le trésor d' Amaury, plus
40,000 besans à titre de dommages.^ Gauthier, cité devant
la cour des pairs et menacé par le roi de voir tous ses biens
confisqués, s'enfuit pendant la nuit avec sa femme, emportant
tout son argent et tous ses meubles. Il vint débarquer à
Castries, où le comte de Tripoli, son ami, lui envoya des vais-
seaux pour le transporter à Acre. Il y fut reçu avec grande joie
par Jean de Brienne qui venait d'y arriver pour épouser
Marie Yolande, et qui se trouva tout heureux de rencontrer
de nouveau son vieux compagnon d'armes des guerres d'I-
talie. De son côté Innocent III écrivit de nouveau au patriarche
de Jérusalem pour tâcher de ramener la paix entre les deux
beaux-frères; cependant Gauthier continua à résider à Acre,
* Lettres d* Innocent III, 30 mars 1206 et 14 septembre 1211. —
De Ma8-Latrie, II, p. 34. — Tuetby, 117.
' Hist. d'ErackSf empereur, L 31, c. 5.
i-" Année. Noayelle Série. 24
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370 REVUB D* ALSACE
OÙ il menait grand train, ayant toujours, pendant plus d un
an, quarante cavaliers autour de lui. U entreprit vers cette
époque, une expédition à Satalie, qui ne parait pas avoir été
heureuse. Les historiens arabes racontent que les Francs furent
assiégés dans le château de la place et faits prisonniers.
Racheté peu de temps après, et toujours aventureux, peut-
être aussi jaloux de réparer l'échec qu'il avait essuyé, et de
refaire sa position compromise, Gauthier fit une nouvelle
expédition vers Damietle, où. suivant Thislorien de l'empereur
Brades \ il « monta contre mont tresque à un casai que l'on
apele Bore et fit grand gaing et s'en retourna à Acre.* » On
n'est pas bien fixé sur l'époque de cette excursion, que quelques
historiens font remonter à l'époque du séjour de Gauthier en
Chypre. Quelque temps avant sa mort, il rendit à son cou-
sin, le roi Jean, la connétablie de Jérusalem, moyennant
5,000 besans.' Il paraît être mort vers 1212, on ne sait à quel
âge. Ipse cornes, dit Jaques de Vitry, muUa bona fecU ; fuit
mim homo prudmUssimuB. Il laissa de Bourgogne de Lusi-
gnan une fille nommée Eschive qui épousa successivement
Gérard de Montaigu et Balian d'Ibelin, et peut-être un fils
Eudes de Montbéliard, qui devint à son tour connétable de
Jérusalem.
Outre les enfants de Gauthier, la famille de Montbéliard en
Palestine se composait encore d'une dame nommée Alix, que
quelques auteurs pensent avoir été aussi fille de Gauthier, mais
que Ducange et M. Rey considèrent comme sa sœur. Les filia-
tions présentent ici quelque obscurité sur deux points. Il
n'est pas sûr qu'Eudes hit été le fils de Gauthier. Ducange* dit
* Histoire d^Eracles, 1. 31, ch 5. — De Mas-Latrie. — Tuetkt, 121.
* Multa casalia destruxit et civitatem cancos. Jacques de VrrBT.
* Le basant, d'après Leblanc, Traité des monnaies, p. 198, valait
10 sous tournois, et le sou 19 d'à présent ; ainsi le besant valait 9 francs
50 cent, environ. M. de Vailly, estime le son à 1. 013, ce qui porte le
besant à 10. 13. JoiNvn.LE,p. 460. — Miohaud, XI, p. 341.
* DucAKGE, p. 379, 622.
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LES MONTBÉLIARDS EN PALESTINE 371
fils OU plutôt neveu, et tel est aussi le terme auquel s'arrête
H. Rey. Mais alors fils de qui? Pour porter le nom de Mont-
béliard, il devait nécessairement descendre ou du comte Richard
ou d'un troisième fils inconnu du comte Amédée. Or, cette
filiation n'existe pas. D'un autre côté Dunod s'est trompé* en
admettant entre Eudes et Gauthier un personnage intermé-
diaire du nom de Hugues. Ce nom employé par Sanudo^ s'ap-
plique évidemment à Eudes lui-même, qui d'ailleurs était
arrivé dès 1218 à une certaine maturité, puisque nous le
voyons à cette époque figurer au siège de Damiette en qua-
lité de connétable du roi Jean.
Quant à la personnalité d'Alix, elle est déterminée par une
phrase du lignage d'outre-mer ' qui la désigne à la fois comme
veuve du comte Bertot, femme en second mariage de Philippe
d'Ibelin, sœur du comte Gauthier, et tante du connétable Eudes
de Montbéliard. Il est impossible delà désigner d'une manière
plus précise; mais quand et comment vint-elle en Palestine?
nous l'ignorons. Comment se fait-il encore quelle ne figure pas
dans les généalogies d'Europe, à côté de ses frères et de sa
sœur. Bonne de Scey? Peut-on présumer qu'un fils et qu'une
fille aient disparu ensemble de la descendance du comte
Amédée par le fait de leur émigration en Palestine ? En tous
cas on ne peut l'admettre qu'en ce qui concerne Alix.
Mais conmie l'histoire de ces personnages se trouve plus ou
moins liée à celle de Jean de Brienne, leur cousin, à qui
appartient d'ailleurs le principal rôle dans les événements,
c'est de lui que nous nous occuperons d'abord, sauf à revenir
plus tard aux autres membres de la famille.
A la mort d'Amaury de Lusignan, et de sa femme Isabelle
qui lui survécut de quelques mois seulement, les barons et les
^ Nolnliaire de la comté de Bourgogne , p. 58.
* Mardîo Sanuti, Histoire des doges de Venise.
' EhJGANGB, p. 458. — Lignage d*outr&-meryCh.lKl\,-^\o\T encore
Duo, p. 350, et Lignage, ch. Vlll et XIU.
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S72 BEVUB d'alsaob
seignears da royaume de Jérusalem, sentant la nécessité
d'avoir à leur tête un prince capable de les gouverner et de
les mener au combat, avaient envoyé en Occident Aymar,
seigneur de Césarée, et Tévêque de Ptolemaïs, pour solliciter
Philippe-Auguste de leur donner un chevalier en état de
défendre ce qui restait encore du royaume d'outre-mer. Phi-
lippe-Auguste reçut les députés avec de grands honneurs, et
leur désigna Jean: < Rexigitur Frandw. dit Sanudo, deUberch
tione haUta, respofidit nundis se daturvm hominem Syriœ
parUbus aptum^ in armis probum, in bellis securum, in ager^dk
providum. Johcmnem comitem Brennensem. » Jean était alors
ftgé de plus de 50 ans. Dans sa jeunesse il avait été
destiné à Tétat ecclésiastique; mais plus avide de la gloire des
combats que des palmes de la religion, il refusa d'obéir à la
volonté de ses parents : et comme son père voulait le con-
traindre de force, il se sauva dans le monastère de Giteau, où
il resta pendant quelque temps, confondu avec les autres
moines. Uu de ses oncles l'ayant trouvé un jour à la porte du
couvent dans un état peu digne d'un gentilhomme, l'emmena
chez lui, et le laissa enfin libre de suivre son penchant pour
les armes.^ Sa jeunesse se passa, ainsi que nous l'avons vu,
à courir les aventures en Italie ou en Palestine; et lorsque
les barons de Jérusalem vinrent lui offrir le trône, ce fut avec
joie qu'il accepta, etpromit de les suivre bientôt à la tête d'une
armée.
Mais il était dès lors difficile de réchauffer l'enthousiasme
des Francs pour les expéditions d'outre-mer; et après bien
des démarches restées sans résultat, Jean de Brienne partit
n'emmenant que 800 cavaliers. Le roi Philippe lui avait donné
40,000 livres; et lès Romains, à la sollicitation du pape, lui
en prêtèrent 40.000 autres. C'est avec ces ressources qu'il
aborda à Gaiphas, le 13 septembre 1210, et dès le lendemain
^ MiGHAUD, liy. XII, p. 366. — Gibbon, Histoire delà décadenu
de Vempire romain, ch . 61 .
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LES MONTBÉLIABDS EN PALESTINE 373
il fut couronné à Tyr, ainsi que Marie Yolande, avec une
magnificence peut-être plus grande que ne le comportait l'état
du royaume.
Ainsi une grande partie de la descendance du vieux Thierry
de Montbéliard était réunie en Palestine, où le nouveau roi
avait d'ailleurs retrouvé nombre de ses anciens compagnons
d'armes. Depuis plus d'un siècle que subsistait le royaume de
Jérusalem, bien des familles nobles, venues de France pour
la plupart, s'y étaient établies à demeure, tantôt conservant
les noms qu'elles avaient portés en Europe, tantôt adoptant
les noms des âefs qui leur avaient été attribués. Ces familles,
s'alliant pour la plupart entre elles, s'étaient peu à peu con-
sidérablement multipliées ; et comme elles possédaient géné-
ralement de vastes domaines, récompenses dé leurs travaux,
elles occupaient en même temps dans l'Etat de hautes posi-
tions, et jouissaient d'une illustration méritée. Ainsi les Mont-
béliards, unis dès la France à la maison de Brienne, s'étaient
alliés en Orient aux Lusignans, aux Ibelin, aux de Bure, aux
Montaigu; et plus tard leur descendance se retrouve encore en
Arménie, à Gonstantinople, à Athènes, unie aux Gourtenay,
aux Villehardoin, et à tous les grands noms qu'illustrèrent
les croisades.
Gauthier, chef de la famille en Palestine, n'avait survécu
que quelques années à l'avènement du roi Jean. Eudes, selon
toute apparence, né encore en Europe d'une première femme
inconnue, était devenu prince de Galilée et seigneur de
Tabarie, par son mariage avec Eschive, fille de Raoul de Bure
et d'Agnès de Sajette ou de Sidou.* Sa sœur cadette, Eschive,
née, ainsi que nous l'avons dit, de Bourgogne de Lusignan,
épousa en premières noces Gérard de Montaigu, neveu de
l'archevêque de Nicosie, Eustorge, descendant d'une famille
noble d'Auvergne, dont le château en ruines se voit encore
^ DuGANGE, passim.
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374 REVUE D*ALSACE
sur les collines qui entourent Billon. Â la mort de ce seignear,
elle épousa yers 1233, Balian m, dlbelin, seigneur de Baruth,
neveu d'Alix de Montbéliard et de Philippe d'Ibelin, comme
elle en était elle-même la nièce. Ce mariage fut d'abord cassé
par l'archevêque de Nicosie pour cause de parenté : en effet
Eschive était petite-fille d'Eschive dlbelin, première femme
du roi Âmaury, père de Bourgogne, et cousine germaine de
Jean d'Ibelin, le vieux, père de Balian. Cependant le pape
Grégoire IX finit par accorder les dispenses nécessaires à cette
alliance.
Cette famille d'Ibelin dans laquelle s'absorbent et dispa-
raissent successivement les Montbéliards ^, était au nombre des
plus illustres et des plus haut placées de Palestine. Le roi
Foulques, après avoir fait construire le château d'Ibelin, à
l'emplacement de l'ancienne ville de Jamnia, pour protéger
Jérusalem contre les Sarrazins, alors maîtres d'Ascalon,
en avait confié la garde, ainsi que celle de Mirabel qui
en était voisin, à un brave chevalier français, nommé
Balian ou Barbisan, des vicomtes de Chartres, et de la famille
de Puyset. Ce Balian, que l'on distingue par le surnom de
Balian le Français, épousa l'héritière de Rames, Helvis ou
Heloïs ; et leurs enfants, tout en ajoutant à leur qualité la
désignation du fief particulier dont ils étaient détenteurs,
gardèrent cependant tous le nom d'Ibelin qui devint celui de
la famille. Ce furent généralement de braves guerriers et de
savants légistes, dont les travaux restèrent au nombre des
monuments remarquables de l'époque.
Hugues, l'aîné des fils, mourut sans postérité d'Agnès de
Courtenay, première femme d' Amaury de Jérusalem. Bau-
douin, seigneur de Rames, le second des fils, fut père d'Eschive,
reine de Chypre.^ Bernard le trésorier raconte au sujet de ce
* DuoANGB, p. 360. — Guillaume de Tyr, liv. XIV-XV. — Lignage
d* outre mer, ch. XI.
* BibL des croisades, U II, p. 573.
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LES HONTBâLURDS £N PALESTINE 375
Baudouin un trait assez singulier. Il avait été fait prisonnier
par les Musulmans; à la prière de quelques émirs dont
il avait gagné la bienveillance, Saladin fixa sa rançon à
2,000 besans d'or, et on convint que si Beaudoin ne pouvait
payer, on lui arracherait deux dents. Le prisonnier ayant dit
qu'il ne pouvait payer une somme si forte, Saladin ordonna qu'on
exécutât l'autre condition. Cependant Baudouin, qui ne se sou-
ciait nullement de subir l'opération, promit d'essayer de trouver
l'argent, et envoya vers son frère Balian, le priant de venir à
son secours. Balian paya le tiers de la dette, et donna des
otages pour le surplus. Ainsi délivré, Baudouin vint à Jéru-
salem, et de là se rendit à Gonstantinople pour solliciter de
l'empereur le reste de sa rançon. L'empereur, par estime pour
Baudouin et par considération pour Balian qui avait épousé
une princesse grecque, Marie Gommène, fit dresser un trône
dans son palais, et y fit asseoir Baudouin que l'on couvrit de
pièces d'or, jusqu'à la tête. Revenu à Ptolémaïs, il acheva ainsi
de payer le reste de sa dette. *
Balian II, frère cadet de Beaudoin, seigneur d'Ibelin et de
Naples ou Naplouse, avait, comme nous venons de le dire,
épousé Marie Gomnène, veuve d'Amaury de Jérusalem. Ce
fut lui qui tint dans ses bras le petit Baudouin Y lors de son
couronnement. Le roi Baudouin IV, raconte le continuateur
de Guillaume de Tyr *, ordonna que le fils de Sybille, âgé de
6 ans, fût couronaé. < Il fit emporter l'enfant à un chevalier
entre ses bras jusqu'au temple Dominus, parce qu'il estoit
petit, qu'il ne volait mie qu'il fut plus bas d'eux. Le cheva-
lier estoit grand et élevé, et si avoit nom Balian d'Ibelin,
l'un des barons de la Terre. » Après la bataille de Tibériade,
les habitants de Jérusalem, menacés d'un siège par Saladin
et résolus à se défendre, mirent à leur tête Balian, que dési-
^ Cont. de Gun-LAUME de Tyr. — Bihl des croisades, t. L p. 367.
— DUCANOE.
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376 REVUE d'àlsacb
gnaient à leur choix son expérience et ses talents militaires.
Aussitôt il s'occupa de réparer les murs de la place, de la
mettre en état de défense, et de rétablir la discipline parmi
les guerriers qui s'y trouvaient. Bientôt on vit flotter les
étendards du sultan ; mais les sorties vigoureuses des assiégés
et leur résistance désespérée arrêtèrent l'élan de l'ennemi,
qui dut en venir à un siège en règle. Saladin fit miner les
tours de la place sans que ses défenseurs pussent s'y opposer,
et, hors d'état de lutter plus longtemps, Balian dut songer à
traiter. Ce fut encore lui qui régla avec le Soudan les condi-
tions de la capitulation, et grâce à son énergie, grâce encore
à quelques succès obtenus par les chrétiens pendant les
pourparlers, la population de Jérusalem, que Saladin avait
juré d'exterminer, échappa à la mort ou à une dure captivité.
Il mourut vers 1198, laissant de sa femme Marie une nom-
breuse lignée, dont deux membres nous intéressent particu-
lièrement : Philippe, qui épousa Alix de Montbéliard, et
Jean, désigné sous le nom de Jean le vieux, époux en pre-
mières noces d'Heloys de Nephen, puis de Mélissende ou
Melusine, héritière d'Arsur. Philippe, bailli de Chypre dès
1218^ fut spécialement chargé de l'administration de ce
royaume pendant la minorité du roi Henri I*^. Il mourut en
1228, et sa femme Alix lui survécut jusqu'en 1244. Ils lais-
sèrent après eux Marie, qui mourut religieuse, et Jean, que
le roi Henri fit comte de Jaffa et d'Âscalon. Ce dernier fut, comme
nous le verrons plus loin, un des plus illustres chevaliers de
son temps, et un des hommes dont le roi saint Louis apprécia
particulièrement la sagesse et les conseils. Jean le vieux,
que Philippe de Navarre et son neveu Jean de Jaffa mention-
nent comme étant un homme supérieur tant par ses talents
militaires et son habile administration, que par son profond
savoir en jurisprudence, fut à la fois seigneur d'Ibelin, de
Baruth etd'Arsur. Mais, quoique désigné aussi comme seigneur
d'Ibelin, il ne posséda pas effectivement cette ehâtellenie qui
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LES MONTBÊLIARDS EN PALESTINE 877
était retombée entre les mains de MalekAdel en 11 87, encore
du vivant de Balian II, et qui ne fut reconquise que posté-
rieurement à la mort de Jean^ survenue en 1284. Nous
n'avons pas à nous occuper ici de Thistoire de ce seigneur
que nous trouverons associé à toutes les luttes que soutinrent
les barons de Chypre et de Palestine pour s'affranchir de la
domination des Allemands sous Frédéric IL II fut père de
Balian III, qui eut Baruth dans Hon lot, et épousa Eschive, fille
du connétable Gauthier; de Baudouin, sénéchal de Chypre,
dont le fils Philippe épousa Simonne, fille du connétable
Eudes ; de Jean, seigneur d'Arsur et connétable de Jérusalem
en 1251; de Guy, connétable de Chypre, qui se trouva avec
Baudouin, encore un des frères, au siège de Damiette en 1248,
et partagea toutes les infortunes de saint Louis; de Hugues,
qui mourut jeune et sans postérité, et enfin d'Isabelle.
Il n'entre point dans notre plan de pénétrer plus avant
dans les diverses ramifications de la famille d'Ibelin ; mais
comme les divers personnages que nous venons de men-
tionner, vont tous prendre place dans la suite de ce tableau
et mêler leur personnalité aux événements que nous avons à
raconter, il importait de faire connaître par avance leur filia-
tion, et en particulier les relations de parenté qui les unis-
saient aux Monlbéliards, de manière à n'avoir point à revenir
sur ce sujet. Ces indications suffiront du reste pour la clarté
de notre récit auquel il importe de revenir.
Le connétable Eudes fut le compagnon et le lieutenant du
roi Jean de Brienne dans toutes les guerres de ce prince en
Palestine et en Egypte. Les trois premières années de son
règne s'étaient passées dans des luttes assez obscures et sans
résultais décisifs contre les Sarrasins. Ses appels aux guer-
riers d'Europe n'étaient point entendus, et les souverains de
l'Occident étaient eux-mêmes trop occupés de leurs propres
affaires pour prêter l'oreille aux plaintes des chrétiens
d'Orient Ce ne fut qu'après que l'Europe eut recouvré quel-
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378 BEVUE DALSAŒ
que tranquillité, qu'Innocent III parvint à organiser la cin-
quième croisade. Les événements qui s'y rattachent, sont liés
trop intimement à Tbistoire générale pour que nous ayons à
nous y arrêter. On sait de quels revers furent suivis les pre-
miers succès du roi Jean, et les désastres qu'entraînèrent la
présomption et Timpéritie du légat du pape, Pelage, qui
repoussa opiniâtrement la paix et les conditions avantageuses
offertes par le Soudan du Caire. Eudes partagea la gloire et
les souffrances de son souverain qu'en son absence il suppléait
à la tête de Tarmée. Lorsque le roi eut été contraint de sacri-
fier Damiette qu'il avait gardé trois ans, et de se livrer aux
Musulmans comme caution de la restitution de la place, ou
l'amena devant le Soudan, et après qu'il se fut assis, il se mit
à plorer.* Le Soudan regarda le roi qui plorait, et lui dit :
« Sire, pourquoi plorez-vous? » — « Sire, j'ai raison, répon-
dit le roi, car je vois le pople dont Dieu m'a chargé, périr au
milieu de l'eau et mourir de faim. » Le soudan eut pitié de
ce qu'il vist le roi plorer; si plora aussi; lors envoya trente
mille pains as povres et as riches, et ainsi leur envoya quatre
jours de suite.
Jean ramena à Ptolémaïs son armée décimée par la faim,
les maladies et le fer ennemi. Dans l'intervalle il avait perdu
sa femme Marie Jolande ^ morte en lui laissant une fille
également nommée Jolande, et il avait épousé en secondes
noces Estéfénie ', fille de Li von ou Léon, roi d'Arménie. Celle-ci
succomba à son tour en 1220, peut-être à la suite d'un acte
de violence de son mari. La légende rapporte qu'à la mort
du roi Livon, Jean de Brienne, voulant faire valoir les droits
au trône d'Arménie, résultant pour lui de sa femme et d'un
enfant qu'il avait eu de cette princesse, quitta brusquement
* MiOHAUD, Histoire des croisadeSy XII. — CorU, Guillaume de Tyb.
* DuoANGB, p. 34, 35, 124-5 et 159.
* Avant le mois de mai 1214.
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LES MONTBÉLIARDS EN PALESTINE 379
TEgypte ^ pour se rendre dans ce royaume; mais qu'ayant
appris que la mère voulait empoisonner Tenfant pour anéantir
les droits de son mari, Jean se fflcha tellement et la frappa
avec tant de violence de ses éperons, qu'elle en mourut quel-
ques jours après. Quelques auteurs pensent que le projet
d'empoisonnement pourrait bien se rapporter à la princesse
Jolande, qu'Estéphénie voulait faire disparaître pour assurer
les droits de son Sis au trône de Jérusalem. Au reste, l'enfant
ne tarda pas à mourir lui-même à Tâge de 4 ans.
A. DUVERNOY.
(La fin h la prochaine livraison J
^ Le roi Jean met en son lien Ode de Montbéliard qui estoil son cônes-
table. (Histoire d*Eracle8.)
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COLLECTIONS
ET
COLLECTIONNEURS ALSACIENS
I6OO-I82O
C^ntiquitisj oMonnaUs^ oMidailleSy Tableaux^ ^Manuscrits
Gravures^ Curiosités^ etc.
Suite et fin*.
A côté de l'histoire des artistes et de leurs œuvres, l'his-
toire des curieux a pris dans ces derniers temps sa place
légitime, et est devenue la préoccupation des érudits. La
curiosité, en effet, étant la conservatrice des objets d'art, il
est indispensable d'en connaître à fond les annales, sous peine
de laisser une lacune considérable. Pour répondre à ces obser-
vations très justes d'un érudit parisien, M. L. Courajod*
nous allons tracer le portrait de quelques collectionneurs
alsaciens d'après des écrits contemporains:
< Schurer, professeur de physique, a publié il y a peu de
temps un traité sur cette science. C'est un homme alerte, actif
et tout à fait à la hauteur de sa position ; mais comme il est
obligé de se servir de la langue latine, pour mieux se faire
comprendre de tous ses élèves ^ son accent, sa manière de
* Voir les livraisons (Janvier-Février-Mars et Avril-Mai-Jain 1875).
' Livre-journal de Lâzabe DuvAtnc, Paris 1873.
* L'Université de Strasbourg était fréquentée par des jeunes gens de
toutes les parties de TEurope.
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OOLLBOnONS BT GOLLBOTIONNEUBH ALSA0IEN8 3B1
s'exprimer ont quelque chose de fort désagréable ; défaut qui
arrive fréquemment aux plus grands savants. Sa collection
d'instruments de physique est très remarquable; il l'aug-
mente tous les jours, et il continue à faire de belles expé-
riences.*
« Le professeur Hermann enseigne avec distinction l'his-
toire naturelle et la botanique. La première de ces sciences
est sa spécialité, et il y atteint un haut degré de perfection.
Son cabinet d'histoire naturelle est très remarquable et bien
classé. Il Ta formé avec ses propres ressources et il lui a coûté
des sommes considérables.^ D'après ce qui m'a été dit, les
débuts d'Hermann furent assez pénibles. Il fut longtemps pro-
fesseur extraordinaire avec un petit traitement et même sans
traitement. C'est ce qui le fit briguer et obtenir d'abord une
place de professeur de philosophie; puis une chaire étant
vacante à la Faculté de médecine, il la remporta. Ces petite
désagréments ne seraient* pas arrivés, si on eût créé de suite
pour lui une chaire d'histoire naturelle, dont il était si digne.
En 1776, Sander', professeur au Gymnase de Carlsruhe,
connu par plusieurs ouvrages de dévotion et d'histoire natu-
' Briefe eines reisenden Deutschen an seine Bruder, in Heidelberg,
Francfort und Leipzig, 1789, in-8'p. 389. (Vingt lettres très intéressantes
sur Strasbourg.)
* Hermann avait empranté, quelques années avant sa mort, une somme
considérable à gros intérêts pour payer à un voyageur allemand les
modèles de Poli. Le cabinet de minéralogie de Delisle-Romé à Paris avait
de lui de l'albâtre ou.spath vitreux de Giromagny.
Sur ses dernières années, il avait été autorisé par l'administration
départementale à donner des leçons dans son riche cabinet. Le jeune
comte de Gustine de Niderwiller prit des leçons d'histoire naturelle près
de lui.
' Beschreibung seiner Reisen durch Frankreich, das Niederlandy etc.
Leipzig. 1783, t. I, p. 5. Je dois à la bienveillance de M. Dagobert
Fischer, deSaverne, ce passage curieux. Le pasteur Oberlin visita en 1780
Sander à Rrondingen dans le pays de Bade.
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382 RBYUE D'ALSACE
relie, ne manqua pas de visiter les collections du célèbre pro-
fesseur.
« Admirable cabinet, dît-il, par la quantité d'objets qu'il
renferme et par l'ordre et la propreté qui y régnent; presque
tous les insectes y sont, même les plus petits, fixés sur des
tablettes blanches avec des étiquettes, et classés dans des
yitrines; il y a beaucoup d'amphibies : Amphib. reptil. Linuie^
la Ranapipa, un jeune crocodile dans un bocal; des écailles
de tortue, la TesUid. inibricat; des poissons non empaillés, le
Chattudan^ le Diodan, le Cychp, mais évidés avec leur épi-
derme et leur forme extérieure, et placés sur des supports en
bois noir travaillé au tour.
€ En fait de mammifères empaillés \ des blaireaux, des
marmottes, le chat d'Kspagne^ des belettes, des rats, etc., de
grandes pierres de bezoard, si rondes et si polies que Ton
aurait dit qu'elles sortaient des mains du tourneur. Ces objets
sont enfermés dans une chambre plus longue que large.
Chaque oiseau est sur un support spécial ; le pinson pourpré
(cardinal) de l'Inde occidentale; un colibri au bec long et
pointu, mais auquel manque un brillant plumage; des oiseaux
magn iôques du Mississippi ; le phalarope PhcU. AtiaSy bien moins
beau que celui donné dans l'ouvrage de Gramer. Des serpents
dans l'esprit de vin, et une tête de vipère avec les deux dents
à venin; des œufs très gros, ceux de tortue couverts d'une
membrane calcifëre semblable à du parchemin, des nids d'oi-
seaux et d'insectes; beautX)up de plantes coralloïdes,ifa«^q?or
Millepor. Sertular. Alcyoïi^ Oorgon, beaucoup d'épongés, le
Oordius Medin. le Tcmia Solum^ et autres, des aphrody-
siaques et beaucoup de coquilles rangées dans des tiroirs.
« Puis, une tête de Méduse d'une grande dimension suspendue
^ En 1806 on s'adressait à Gaiilaame Hering, comme artiste empail-
leur. Adorne, rue Brûlée, avait la spécialité pour les instruments de phy-
sique.
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COLLEOnONS ET COLLECTIONKEUBS ALSACIENB 883
dans une vitrine; des étoiles de mer grandes et petites, dessé-
chées et placées dans des tiroirs, des mollusques, un escargot
dont rextrêmité des sphères et Touverture sont sur le même
côté. Parmi les pétrifications, des spongiaires, des cornes
d'Ammon énormes, un grand Madrépore pétrifié de la Cham-
pagne, pesant de 6 à 8 livres; c'est un fragment de lerrafih-
cma, dont mon briquet faisait sortir beaucoup d'étincelles. Il
&ut mentionner aussi des crustacés, des embryons et autres
productions monstrueuses.
« Je n'ai vu en* fait de régne végétal qu'un essai pour con-
server les fruits; on les remplit de cire; mais ce moyen fut
bientôt mis de côté.
c La minéralogie était représentée par des sels, du soufre
du Vésuve; un diamant que Ton estime 8,060 francs, et près
duquel le straas n'est plus rien ; il y a encore quelques pierres
précieuses; VOculus cati, un onyx, des échantillons de chaque
métal; de la platina dd PintOj en assez grande quantité, dont
l'once a coûté d'abord dans le principe 100 livres et dont le
prix ne tarda pas à se payer SOO ; un grand nombre d'hématites,
des échantillons de Mercure, etc. >
L'économiste Garl Cranz ^ parle également du cabinet Her*
mann et de Taccueil bienveillant que lui fit en juin 1801, le
docteur Hammer.
< La Faculté de médecine, continue le voyageur anonyme
de 1789, a fait une grande perte dans la personne des pro-
fesseurs Lobstein et Spielmann, mais leurs successeurs font
tous leurs efforts pour marcher dignement sur leurs traces.
« Le professeur Oberlin a une belle bibliothèque, un petit
cabinet d'antiquités, et comme le professeur Spielmann^ un
beau médaillier.'
^ Voyage (ea allemand). Leipzig, 180-% 1. 1, p. 43.
' Kq 1789, on ne comptait cependant en Alsace qae trois membres
associés aux Académies royales de Paris; Bronck (belles-lettres) ; le baron
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384 REVUB o'albaoe
< Il est du petit nombre de ces hommes rares dont un pays
s'honore et qui, pa r conséquent, sont dignes de toutes les faveurs
qu'un gouvernement éclairé peut répandre sur eux pour sa
propre gloire, observait avec raison le préfet Laumond.* »
Une des dernières dissertations qu'écrivit Oberlin, fut une
note sur un bas-relief faisant partie de sa collection et sur
lequel on voyait une tête cornue, que le vulgaire prenait pour
le portrait d'Attila. Cette sculpture provenait d'un mur de
la ville. Un autre bas-relief presque identique avait été brisé
pendant la Révolution.
En 1862, M. Bninet de Presles, deTInstitut, donna quelques
manuscrits de ce savant modeste à la bibliothèque de Stras-
bourg, et la ville de Nancy, voulant perpétuer la mémoire de
VsiXLleuràes Recherches mr le patois lorrain \ a donné son nom
à une de ses rues.
Le poète Ehrenfried Stœber lut à la séance du 17 mai 1807
de la Société des arts et sciences de Strasbourg, une notice
sur le professeur Oberlin. Cette notice est devenue très rare.
L'estampage d'un monument du Muséum Schœpftini se
trouve à la galerie archéologique de la ville de Metz : c'est le
bas-relief de la déesse Dîrona, trouvé en 1751 sur les bords
duMerlebach lors de la création de la forge de Sainte-Fontaine
près Forbach.
de Dietrich (sciences), et Lombard (chirurgie). Ce dernier avait peut-être
remplacé le docteur mulhousien Wiliius, qui figure comme associé à
l'Académie royale de chirurgie dans VAlmanach royal de 1777.
^ Statistiqvs du Bas-Rhin, an X, Paris, in-8*.
' Il est hors de doute que le conventionnel Grégoire, curé d'Ember-
ménil, donna à Oberlin tous les passages relatifs à l'arrondissement de
Lunéville. L'auteur d'une bonne Histoire de Lunéville, 1829, M. Marchai,
y a inséré quelques pièces de vers tirées des Recherches»
Le récent éditeur des Poésies populaires de la Lorraine n'a pas jugé à
propos d'utiliser l'ouvrage « rare et recherché » du philologue stras-
bourgeois.
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COLLEOnONS ET OOLLEOTIOKKEUBS ALSACIENS 385
Le docteur Charles-Jean-Frédéric Grimm \ médecin ordi-
naire du duc de Saxe-Eisenach, serait parfaitement inconnu
en Alsace, s'il n'avait pas eu l'heureuse pensée de livrer à la
postérité ses impressions de voyage. Ce qu'il dit de Strasbourg,
est très curieux; ses descriptions, et particulièrement celle de
la cathédrale, sont d'une naïveté rare. Il est vrai qu'au
XVIII* siècle, on était bien arriéré en fait d'archéologie. Quoi
qu'il en soit, le passage relatif au château épiscopal peut
trouver sa place ici :
« Je n'avais pas encore vu le palais du cardinal à l'inté-
rieur, et j'avais destiné à cette occupation, la matinée d'au-
jourd'hui (janvier 1774). 11 est facile d'y entrer moyennant
une petite gratification à la concierge. Le bâtiment, assez vaste,
n'a qu'un étage et est en pierres de taille. Les appartements
d'apparat que l'on montre aux étrangers, sont tous au premier.
On y entre par une grande salle pavée en marbre. De là on
parvient dans les salles réservées au séjour de la famille
royale \ remplies de somptueux ornements, un très beau par-
quet, des chaises richement dorées, des cheminées en marbre,
des tapisseries en soie rouge, etc. Le cardinal Louis-Constantin
a placé dans la dernière beaucoup de bustes en marbre blanc,
représentent les premiers empereurs romains. Je dois avouer
que, sauf deux, je ne pouvais reconnaître rien d'ancien dans
* Né à Eisenach en 1737, mort en 1821. Bemerkungen eines Reisenden
dureh DeutscMand, Frankreich, etc Altenb. 1775, in-8% 1. 1, p. 183. Â.
lire la visite à Thôpital civil, le traitement subi par les aliénés, et ses
dissertations géologiques.
' Marie-Antoinette étant daaphine, occupa un moment ces apparte-
ments. Le beau groupe de Niederwiller qui est au musée de Golmar, était
placé dans la chambre à coucher.
Le luxe des Rohans était proverbial ; de nos jours encore, les amateurs
connaissent le magnifique service qui porte leur nom. A Vienne, le car-
dinal de Rohan avait donné à sa livrée l'écarlate avec des galons d'or.
Il avait sept pages tirés de la noblesse de Bretagne ou d'Alsace, avec gou-
verneur et précepteur. (Abbé Geoboel.)
4~ Année. NouveUe Série. 25
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386 REVUE D'ALSACE
ces bustes, malgré que notre conductrice cita l'autorité de
Schœpflin pour les faire prendre pour des originaux. Nous
visitâmes ensuite la bibliothèque, dont les armoires grillées
rangées des deux côtés, sont surmontées par des bustes et de
grands vases en émail bleu.* Tout cela était déclaré antique:
peut être qu'un petit buste d'Alexandre-le-Grand, haut d'un
pied et demi, Tétait, mais les vases ne Tétaient certainement
pas.* La bibliothèque peut consister en 3,400 volumes, Pères
de TEglise, histoire ecclésiastique, etc.; les reliures sont somp-
tueuses I
« Une porte à double glace séparait cette salle de la chapelle.'
Celle-ci n'avait rien de remarquable, et était plus petite que
toutes les pièces que j'avais traversées jusqu'ici. Au dessus
de Tautel se trouvait un tableau d'une beauté ravissante. Plus
on le regarde, plus on y trouve de beautés. Ce tableau repré-
^ L'Hôtel-de-Ville possède les deax plas grands et les deux plas riches
vases japonais connns. Ces magnifiques pièces, d'ane exécution merveil-
leuse, proviennent du dernier prince-évêque. Elles souffrirent beaucoup
de rincendie arrivé, il y a dix ans, et qui faillit consumer les médaillons
de chasse et les clés delà ville en vermeil, ouvrages de Kirstein; de
magnifiques glaces volèrent en éclats.
Les belles tapisseries des Gobelins représentant le Parnasse oUq Juge-
ment de Paris, d'une fraîcheur et d'un ton incroyable, et faites d'après
les cartons de Raphaël, proviennent peut-être aussi du palais épiscopal.
La bibliothèque donnait sur la rivière, et deux fenêtres avaient jour
sur la rue du Château, rue qui longeait aussi la chapelle.
' On peut s'en assurer ; vases et bustes sont encore sous le péristyle
et dans les salles.
' Cette porte, peinte comme toutes les pièces, en blanc avec ornements
en or, est surmontée du chiffre doré du cardinal Armand i4. JR. La cha-
pelle avec ses deux fenêtres est encore, sauf Tautel, telle que l'a vue le
médecin saxon. C'est un appartement toujours aussi riche et aussi élé-
gant, malgré les dégradations du temps. La parure or et blanc, jadis trop
coquette, est devenue pvus respectable en se fanant. Un bureau de biblio-
thécaire remplace l'autel. La chapelle des princes-évêques de Strasbourg,
grands-aumôniers de France, est aujourd'hui la chancellerie de la biblio-
thèque provinciale.
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CX)LLBOnONS ET Ck)LLECTIONNEUBS ALSACIENS 387
sentait la naissance du Christ. Marie tient le divin enfant sur
ses genoux; de l'enfant rayonne une clarté trop faible pour
éclairer toute la scène, mais encore assez vive pour permettre
de voir dans Tobscurité un chien couché dans un coin et des
bergers qui regardent par la porte. Cette peinture peut avoir
6 pieds de haut sur 5 de large. La concierge nous assura
que le duc d'Orléans avait voulu l'acheter en la couvrant de
pièces d'or. Elle nous dit que c'était un ouvrage de Corrège.*
< Les autres appartements sont petits et ne méritent pas
d'être vus, si ce n'est pour leurs beaux meubles.* Il y a,
entre autres, des armoires d'un travail inimitable, et un lustre
en cristal de roche qui doit répandre une clarté éclatante, car
la plupart des pièces étaient de la grosseur d'un œuf de poule.
La plupart du temps^ le cardinal est absent; la comtesse de
Rothenbourg occupait les appartements du premier. >
* Ce tablean-pannean est encore à sa place. C'est, je crois, une bonne
copie de la Nuit on de la Nativité, dn Corrége, qui se trouve à la galerie
de Dresde. Les armoiries mutilées de la famille de Rohansont au dessus ;
au dessus de deux portes qui se trouvent de chaque côté, sont deux autres
tableaux, dont les sujets sont relatifs à l'enfance du Christ, et qui paraissent
être dn même peintre.
' Le luxe des beaux meubles était général alors à Strasbourg. Le pro-
fesseur Sanders s'extasiait devant la vaisselle plate ; les couteaux à lame
d'argent pour le fruit, le plateau en vermeil pour le dessert ; le panier
en fils d'argent contenant les vins fins ; les cristaux qu'il voyait partout.
La princesse Christine de Saxe, abbesse de Remiremont, dépensait
400,000 francs pour meubler son hôtel de la rue des Juifs. Un simple
négociant, Hoffmann, avait dans sa maison pour 30,483 francs en meubles,
argenterie et bibliothèque ; sa maison de Haguenau avait un mobilier
estimé 9,400 francs. fConsultatûm contre le comte de Lutzelbourg, i78i ;}
La vente du malheureux préteur Klinglin, coupable d'avoir trop bien
reçu son maître, ne produisit que 29,548 francs. (Arch. dép. E. 4048).
Mais qu'était-ce que tout cela, quand on pense aux meubles estimés
1,800,000 livres et aux 100,000 livres de statues que laissait à ses héri-
tiers le. cardinal de Mazarin, seigneur de Belfort, Thann, Dannemarie,
comte de Ferrette, etc. Sa nièce et son héritière, la jeune duchesse de
Mazarin, n'en fut pas plus heureuse. fCauses célèbres, 1742, t. XVI,
p. 128)
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888 REVUE d'alsaob
Aujourd'hui que les produits de la céramique ont le pri-
vilège d'attirer Tattention générale, et que les gens du monde
et les artistes aussi bien que les érudits se préoccupent des
moindres manifestations de cet art, apprécié encore il y a
quelques années, par un nombre restreint de curieux \ il est
peut-être intéressant de signaler la façade d'une maison,
aujourd'hui disparue, de la rue de la Nuée-Bleue, et dont la
construction pouvait remonter à Tannée 1780. Cette façade
était, d'après Hautemer, couverte de grandes pièces de faïen-
cerie en camaïeux, incrustées sur la muraille et accompagnées
d'une grande quantité de petits ornements de très bon goût,
tous modelés en terre cuite et blancs sur fond rouge, couleur
de brique. C*était l'œuvre d'un potier de terre, faiseur de
fourneaux, qui devait être un habile modeleur.
Les événements de 1870 occasionneront de sérieux obs-
tacles au chercheur courageux qui entreprendra un diction-
naire iconographique alsacien. Où retrouver maintenant les
traits de beaucoup de savants dont la présence en Alsace était
un honneur pour le pays? Les collections du Temple-Neuf
conservaient les portraits d'une foule d'hommes illustres, et
principalement de professeurs de l'ancienne Université. On
peut en voir les noms dans Hermann.
En 1864. un amateur bien inspiré fit reproduire par la pho-
tographie les traits pâlis et amaigris par l'étude, de l'astronome
Keppler, dont l'année précédente M. Bertrand avait lu l'éloge
en séance publique de l'Institut de France. Keppler était
représenté avec l'habit étroit et la barbe du temps d'Henri IV
Une main amie avait fait mettre cette inscription sur un des
côtés du tableau :
* G. DuPLESSis. BoZy 6t6iw}?i, 1873, p. 25. — De nos jours, un amateur
distingué de Strasbourg, M. le baron Le Bel, a continué l'intéressant tra-
vail sur les manufactures de faïence et de porcelaine d'Alsace et de Lor-
raine, travail interrompu par la mort de regrettable Tainturier.
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COLLECTIONS ET COLLECTIONNEURS ALSACIENS 389
JOHANNIS KEPPLERI
Mathematici Cœsarei
hanc imaginem
ARGENTORATENSI BIBLIOTHEC^
Consec.
MATHIAS BERNECCERVS
Kalend. Januar. Anno Christi
M. D. c. xxvii.
Le professeur Bemegger avait reçu de Keppler ce portrait
qui passait pour le plus ressemblant \ et qui a été détruit,
lors de la fatale nuit du mois d'iioût.
Lors du 8ac de l'Hôtel-de-Ville. le portrait du roi et des
deux premiers magistrats se trouvaient dans la salle d'hon-
neur. Ont-ils été détruits ? Les traits du premier « roi des
François » se trouvaient grossièrement gravés au trait sur
une pierre provenant de la Bastille, et déposée à la Biblio-
thèque. On y lisait: Ex unitate libertas, anno primo i789; et
plus bas: « Cette pierre vient d'un des cachots de la Bastille. »
On voyait à l'arsenal le portrait d'un pacha, gouverneur de
Bude, fait prisonnier en 1599 par un volontaire strasbourgeois,
et la reconnaissance avait placé dans la salle chapitrale de
Saint-Pierre-le-Neuf les traits de l'électeur Charles-Théodore,
qui avait rendu au chapitre quelques terrains litigieux.
CAROLO THEODORO ELECTORI
PALATINO, MAJORVM NOMINA
Pie Solventi
Capitulum In s. EccL col. D. Pétri jun. Argent.
MDCCLXXV,
L'abbé Rumpler, qui avait aidé aux négociations, reçut du
prince un service en porcelaine de Frankenthal. L'amour de
^ Le Magasin piitoresque, 1853, a donné un portrait de Keppler qui
ne ressemble nullement à celui de Strasbourg.
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S90 BEVUE D*ALSACE
la peinture poussa Tabbé dans des spéculations moins heu-
reuses ; surtout celle qu'il entreprit pour aider un colonel en
retraite, le marquis de Chevigney, amateur de tableaux, qui
lui en avait vendu quatre à 15 louis la pièce, qu'il devait
encore à un brocanteur de Mannheim. Toute cette belle affaire
faillit ruiner Tabbé et lui faire vendre sa petite galerie qu'il
avait eu la précaution de commencer à Venise en achetant
en 1770 une madone peinte par Lazarini. Il avait fait don
au chœur de son église d'un Saint Paul prêchant^ Le goût
des tableaux à était la mode à Strasbourg : Le baron F. 0. de
Wurmser avait formé une collection, et le prévôt de Rege-
morte en avait eu une d'un colonel qu'il vendait à vil prix à
4 livres la pièce. Quant aux tableaux de famille, en cas de
décès, ils étaient remis au tuteur qui devait les rendre aux
héritiers à leur majorité. Cela évitait leur dispersion, comme
cela arrive souvent de nos jours.*
Ce n'est pas seulement à Strasbourg que les portraits dis-
paraissent. Une coupable négligence, bien plus que les évé-
nements et le temps, disperse ces monuments précieux. Jadis,
ils étaient autrement respectés. Ils décoraient les murs de la
salle où le chef de famille avait son trésor, et qui portait le
nom significatif de chambre des couches. Les livres de prière à
couvertures d'argent, les écuelles et les gobelets en vermeil',
les cristaux, étaient posés sur de magnifiques buffets en chêne.
On peut voir dans V Alsace fra/nçaise, 1706, une de ces cham-
bres (Femme revetmnt de la mUt).
Presque toutes les abbayes avaient la série peinte de leurs
• Histoire d'un chanoine^ p. 95.
• Voir les Mémoires pour M. d'Eîveri et Mad. de Noblat ; Golmar»
1771, in-4'.
• L'orfèvrerie et le beau vermeil de Strasbourg, jouissaient d'une répu-
tation méritée depuis un temps immémorial. Dans le pays de la Sarre,
Saar-Union, sur une échelle moindre, avait la renommée pour la bijou-
terie villageoise.
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COLLECTIONS ET COLLECTIONNEURS ALSACIENS 391
supérieurs. La petite église de Singrist conserve le portrait
deTabbé Anse! me de Marmoutier, 1763. Le séminaire possède
quelque portraits des princes de Rohan. Où sont passés les
portraits des abbesses d'Andlau, dont parle Grandidier ? Ils
ont suivi le sort de l'abbaye. . .
Quelques châteaux conservent des galeries de famille. Les
propriétaires les ont mises avec la plus aimable bienveillance
à la disposition de l'auteur de V Alsace noble} Le petit château
de Soultzbach, malgré son changement de maître, a une salle
remplie de portraits des barons de Schauenbourg, dont le
souvenir est resté populaire dans la vallée. On y a ajouté des
armes, des meubles et des objets d'art qui leur ont appar-
tenu.^
La vieille comtesse de Lutzelbourg, la chère gramk' femme
de la marquise de Pompadour, et que sa correspondance avec
Voltaire a sauvée de Toubli, avait dans son château de l'Ile-
Jars quelques portraits de ses ancêtres. Voltaire désirait
ardemment avoir une copie de son portrait de la célèbre
favorite. Enfin le 10 octobre 1761, elle lui envoya ce qu'il
désirait. Mais la mort de la marquise fit rompre toute corres-
pondance; l'appui de la comtesse était devenu inutile au
célèbre écrivain.'
Les musées actuels de Mulhouse, de Saverne et de Colmar
possèdent beaucoup de portraits. A Londres, au palais Saint-
James, il existait, dans une des galeries, une réunion de por-
traits qui peuvent intéresser l'Alsace ; W. Musculm^ Zfwingk,
Rod. Gttalier^ Th, Bibliandre, Polyander, l^mon Grynœus^
C, PeUican, Pierre Martyr, auquel Musculus adresse une élé-
* Châteaux d*0sthaasen, de Grandstein, du Jœgerthal, etc.
" L. Le\tiault, Musée pittoresque et historique d'Alsace.
' Les lettres de Voltaire à la comtesse ont été souvent réimprimées.
L*Ile-Jars, aujourd'hui propriété de M. le professeur Schûtzenherger, a
été complètement dévastée pendant la guerre.
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393 KEYUE! d'âLSAOE
gante pièce de vers latins. C'est avec satisfaction que le duc
de Saxe, Jean-Ernest, les vit en 1613.*
Les mêmes portraits se retrouvent gravés sur bois dans un
petit volume assez rare : les Jcones sive imagines virorum de
Reussner, Strasbourg, 1590, in-12, XIX-428.
Les bustes de Louis XV (Lemoine)^ de Louis XVI (Houdon),
du cardinal de Rohan (Bouchardon), de Kléber (MassonJ,
d'Oberlin (Ohmacht)^ de Charles X {Flatters)^ de Kirsteîn,
ont disparu avec le musée de l'Aubette. Il ne reste plus rien
des portraits de Thistorien Kentzinger, de l'archiprêtre Vîon,
du sculpteur Ohmacht, de Salomé Preslerîn. Feu M. Simonîs,
cet amateur si éclairé, avait quelque temps donné au même
musée un des meilleurs ouvrages du sculpteur Grass, l'auteur
de la belle statue de Kléber.^ C'était le buste en marbre blanc
de l'abbé Grandidier. En faisant ce beau cadeau à la ville,
M. Siraonis croyait préserver cet œuvre d'art de tout danger ;
le contraire arriva malheureusement.'
Le musée de Strasbourg en 1807 se composait de quarante-
huit toiles dont quelques originaux de diverses écoles. Le pre-
mier gouvernement impérîall'avait enrichi de quelques plâtres
tirés des collections du Louvre.* Le musée aurait pris une grande
extension, grâce à l'école de dessin fondée à Strasbourg en
1762 par le Magistrat, sur les instances de l'amateur Pierre
* I. W. Nevmaur. Reise in Frankreich, EngeUand, etc. Leipzig, in-4*,
p. 179.
* Au concours pour cette statue, Grass obtint facilement le premier
prix, n y avait cependant des sculpteurs « à la mode » ; Pradier resta
sur le carreau, au grand désespoir de V Artiste, et de son rédacteur
en chef.
* Paul Ristelhuber. Bibliographie alsacienne, 1874, p. 95.
La statue d'une autre célébrité strasbourgeoise, celle de Jacob Sturm, a
été mise en pièces au Gymnase.
* En thermidor an IX, les consuls de la République avaient déjà com-
pris le musée do Strasbourg au nombre de ceux qui devaient recevoir
des tableaux.
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COLLECTIONS ET COLLECTIONNEURS ALSACIENS 393
Mayno. Cette école fournil beaucoup de sujets remarquables,
malgré que le premier professeur Alterwangen fût un peintre
médiocre.*
G. Guérin \ qui a donné une notice intéressante sur cet
établissement, indique huit cabinets de tableaux à Strasbourg
en 1807, dont les principaux étaient ceux connus de Mathieu-
Faviers, cPArrm et celui de Uertian (F'-X), négociant,
membre du jury pour Tinstruction primaire.
Etant à Vienne, l'apothicaire de l'empereur, Cadet Gassi-
court, ne manqua pas de visiter les principales collections de
tableaux et de gravures. II cite celle du Mulhousien Maurice
Pries, comte de l'Empire, dont le portrait nous a été conservé
grâce au crayon de Jean Guérin. Pries avait formé une des
collections les plus célèbres de l'Europe ; il avait réuni dans
son palais, où il hébergea royalement tout le congrès de
Vienne, 800 tableaux de choix, 100,000 dessins ou gravures,
et 16,000 volumes. En 1820, le palais de la place Joseph fut
vendu, et les belles choses qu'il contenait, dispersées par des
ventes faites à Vienne ou à Amsterdam. VAlberMna, cette
splendide collection viennoise, eut pour sa part bien des raretés,
les vingt premières feuilles d'un jeu de cartesdatées de Van 1 070
après la fondation de Venise; l'œuvre de Lucas de Leyde; une
suite unique de gravures d'Henri Aldegrever (venant du
cabinet Saint- Yves), etc. Prançois Rescherperger, l'ami et le
collaborateur d'Adam Bartsch, était conservateur de la collec-
tion Pries; il passa avec la même qualité à YAlbertina^
• Le dernier directeur fut le peintre Melling, deSaint-AvoId.
• Catalogue Heitz C. Guérin. Note sur l'état des arts dans les deux
départements du Rhin, manuscrit in fol. (Bibliothèque de l'Université),
Une des dernières Ulhographies faites par Guérin père, est le portrait du
respectable docteur Ristelhuber, médecin en chef de l'hôpital civil,
agrégé prés de la Facu té de médecine en 1825.
• Gazette des beaux-arts, 1870, p. 155. — E. Muntz, Revue d'Alsace,
1872, p. 358.
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394 REVUE D* ALSACE
Un autre Alsacien fixé à Vienne, M. G'sell \ avait consacré
ses dernières années et son immense fortune à la création
d'une superbe galerie de -tableaux anciens et surtout modernes
qui, primitivement destinés à la ville de Strasboui^, vient de
réaliser aux enchères la somme énorme de deux niillioas et
demil
Loutherbourg, peintre strasbourgeoîs ', dont le nom figure
souvent dans les catalogues parisiens, et dont le père, Bâiois
d'origine, vint à Strasbourg comme peintre en miniature et
graveur *, — Loutherbourg, dis-je, employa, étant à Londres,
un moyen original pour se procurer une belle collection d'armes.
Chargé par Catherine II, de peindre le passage du Danube en
1774 par Romansow, il demanda, pour mieux se pénétrer du
sujet, qu'on lui envoyât les armes employées par tous les
peuples soumis à la Russie ou au sultan. Sa demande fut
favorablement accueillie, et des armes tartares, géorgiennes
cosaques, turques, etc., lui furent expédiées. Le tableau fut-il
meilleur ? Dans tous les cas, Loutherbourg conserva tout le
précieux envoi.
A la vente d'Ëgmont Massé, M. Simonis, croyons-nous, acheta
pour 1,700 francs deux toiles de cet artiste : Le passage du
giùé et Le repos c/iampêtre. Les gravures de ces deux tableaux
reproduites par l'habile burin de C. Guérin, se trouvaient
chez le respectable professeur Fritz.
^ Le nom de G'sell n'est pas inconnu ; un artiste de ce nom a dessiné
la statue de Gutenberg par David d'Angers, lithographiée à Paris sous la
direction du sculpteur (in-fol.). Cette pièce a pour pendant la statue de
Kiéber, lithographiée par Schuler d'après le dessin de Grass. La statue
du vainqueur d'Héliopolis a peu souffert ; mais son portrait à l'Hùtel-d»-
Ville, peint par J.-B. Regnault, a eu la têie emportée en 1870.
• Hebmann. — Ch. Blinc. Histoire des peintres.
' On a de lui les portraits de J N. Frœreisen, de Bartenstein, du Saar-
bruckois J. G. Kuhn, professeur d'éloquence d'après Kirschner. Kuhn
a réuni dans un gros volume in-4% ses Orationes, patiegyricœ etc. Argent.
i7i2. Sauf quelques notices biographiques, ce volume ne mérite pas
qu'on le tire de l'oubli.
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COLLECTIONS ET COLLECTIONNEURS ALSACIENS 395
Le peintre Jean Walther * était un grand amateur d'oiseaux.
Il n'aimait et ne peignait que les charmants habitants de la
plaine éthérée. Aussi pour satisfaire son goût, parcourait-il
toutes les cours de TËurope, visitant les collections et dessi-
nant les oiseaux qui lui manquaient. Les souverains ne man-
quaient pas de satisfaire sa passion en lui envoyant les plus
beaux échantillons de leurs cabinets ; Walther avait reçu des
oiseaux du margrave F. de Bade, 1649; du comte Jean de
Nassau-Saarbruck, 1668, etc. Il possédait aussi un herbier, et
ses dessins ne Tempêchaient pas de transcrire au jour le jour
les faits remarquables qui se passaient sous ses yeux. Cette
chronique est à la bibliothèque municipale de Strasbourg ^ et
son recueil d'oiseaux, VOniithologia. est à YAlberthia,
A la même époque vivait à Strasbourg un autre peintre pas-
sionné pour tout ce qui regardait Thistoire naturelle, Léonard
Baldner, qui s'intitulait modestement Fischer et Hagmeister à
Strasbourg, et qui a laissé le fruit de ses travaux dans un
manuscrit in-4°oblong, dont les ornithologistes Pajus et Will-
huby ont vanté dans le temps les belles planches coloriées, et
intitulé : Recht naturliche Beschreibung u. Abmahlung, des
Yasser Vogel, Fischer^ vier fussigen Thier, Insekten u. Gewirm^
so bey Strassburg in dem Wassemsind, die ich selber geschos-
sm und die Fisch gefangen amh ailes in meins Hand gehalt
^ D'après le Stambuch de la corporation des orfèvres, peintres..., Walther
avait poar devise cuique suum. Ce livre contient un de ses dessins et
deux de deux autres membres de sa famille, J.-G. Walther, 1680, et Fran-
çois Walther, 1775. Le savant Reicbelt y calligraphia son nom avec
cette belle pensée : Ingenio fortuna m%nori685. A ses moments perdus,
Reichelt cultivait la poésie latine ; il a chanté dans la langue de Virgile
les vertus de deux de ses confrères, Frœreisen et Frantz, et en 1692, ses
élèves célébrèrent son rectorat par une ode latine.
* Paul Ristelhuber, Catalogue des manuscrits de ia^bibliothèque
municipale, {Bibliographie alsacienne, 1872, p. 381.)
Ë. MuNTZ, Monuments de l'art alsacien à Vienne. {Revue d^Alsace,
1872, p. 381.)
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396 REVUE D*ALSACE
i666. Ce remarquable volume avait passé à des parents éloi-
gnés, lesHirschel, qui le cédèrent à Silbermann.*
Voici le titre exact du catalogue Grauel: Muséum Grauekh
nium me Collectiones regni mineraUs prindpue historiam
naturalem Ulmtra/ndia beato domino Johanne IViilippo Grauel
Med. D. ac Physices prof. Cap, Thom. Canon. Magnœ solertia
comparâtes à filio ejm pie nuper defuncto egregie auctœ
recemio. Argentoratij Tipis Joh. Henr. Heitz Univ. lipographi
1712 (titre et une feuille indiquant que pour voir la collec-
tion, il faut s'adresser au docteur Bœhmer fils, 187 pp. in-S**).
Ce catalogue est divisé ainsi: Terrce^ Lapides, GernmŒy Metella,
Sulpffura, Salia, Petrificala, Cakuli^ Proeparatœ miner aUa etc.;
un appendice contient la nomenclature des fossiles suédois,
don du comte de Tessin à Schœpflin, et cédés par celui-ci au
Museolum de Grauel. Il serait assez difficile de mentionner
parmi près de 5,000 numéros les pièces locales les plus
remarquables. A côté de l'argile à faïence de la forêt de
Haguenau, on voit 43 échantillons d'or, et de l'argent de Sainte-
Marie-aux-Mines, de Giromagny, et môme un morceau trouvé
à Munster dans le Val de Saint-Grégoire. Les camées antiques
décrits un peu trop sommairement, étaient au nombre de 19,
les imitations s'élevaient à 24.^ Parmi des objets moins pré-
cieux, figuraient le silex du Grosser Tonne (leDonon); un os
fossile trouvé à Wissembourgen 1764; des coquilles deBarr,
^ Silbermann a dessiné presque toutes les vues de l'Alsace [couvent
d'Àlspach, châteaux de Ribeauvillé, etc.) Feu Heitz avait un carton rem-
pli de ses dessins, Eglûes de Dompeter, d'Altorfy d'Elteinhmûnster, de
Schuttem etc. L'intelligent coUectionneur avait réuni une centaine de
vues de châteamc alsaciens par Imlin (1812-1825) ; des vues par Reiner ;
le Hoh-Barr et le Greiffenstein d'Helmsdorff ; les environs de Wissembourg
par Coste ; des esquisses par Spekie, Ohmacht, etc.
Les dessins originaux des vieux châteaux situés autour de Niederbronn,
dessinés pour l'ouvrage de Sch>veighseuser par le modeste Engelhardt,
ont été anéantis par l'incendie du 24 août 1870.
* Saint'Martin vendait, Grand'rue, des collections d'empreintes de
pierres gravées et de médailles en 1787.
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COLLEOTIOKS ET COLLECTIONNEURS ALSACIENS 397
une pierre calcaire du comté de Dabo sur laquelle la nature
avait représenté des arbres. Le duché de Deux-Ponts avait
fourni des pétrifications et du mercure; leSaarland du plomb
de Saint- Avold vers Fanum S. Ludovid (Saar-Louis) ; des
cornes d'Ammon de Sarrebourg. La Lorraine était repré-
sentée par de l'antimoine, et Bâle et Thionville par des coquilles,
etc., etc.
Le t théâtre anatomique » créé en 1670 et installé dans la
chapelle de Thôpital conserve un don de son premier direc-
teur, le professeur d'anatomie Sebitz. C'est une portée de
jeunes sarigues qui furent l'objet d'expériences faites cent
quarante six ans après par le docte Lobstein.^ Plus tard la
ville acheta les serpents et les poissons étrangers du cabinet
Scheuchzer de Zurich, et en 1732 le prosecteur May commen-
çait ses belles préparations sur l'ouïe. Mais c'est assez parler
d'un musée qui ne comprenait en 1804 que 212 préparations,
et qui ne rentre que d'une manière incidente dans le présent
travail. De nombreux catalogues, faits avec beaucoup de soins,
en retracent le rapide développement. On sait que cette belle
collection, plus heureuse que celles del'Aubette et du Temple-
Neuf, a échappé à l'incendie de 1870, qui avait cependant
atteint l'hôpital civil.
Le cabinet des docteurs Corvinus père et fils *, quai des
Pêcheurs, était très remurquable au point de vue minéralo-
gique. Sa description occupe près de deux pages dans le voyage
de Sander. Il y avait du mercure d'Espagne, d'Autriche, un
très bel échantillon de Tlnde ; du cobalt venant des montagnes
de Gengenbach; des Minera ferri globosa des minières de
M. de Dietrich ; des morceaux d'argent, du plomb et du quarz
de Fribourg en Brisgau; du plomb argentifère d'Alpispach
* J.-B. LoBSTEiN, 1820. Grimm, EmiMANN, 1827, 1843. Un grand
nombre des pièces pathologiqaes du Muséum est le fruit des recherches
du doyen Coze. {Eloge par J, Tourdes, 1822, p. 15.)
' Le médecin Corvinus fils vivait encore en 1792.
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99» REVUE D'ALSACE
(Wurtemberg), de très beaux morceaux de quarz de la Moselle ;
de l'alun de Saarbruck, au cristal de roche de Bruchsal, de
la terre d'Aix-les-Bains; de Wiesbaden, de Bade et de Bade
en Argone; des échantillons de marbre de l'Orient, etc.
Le musée d'histoire naturelle de Strasbourg s'accrut plus
tard:
1** D'une belle suite de minéraux formée par le docteur
Reissessen, un des conservateurs du Musée, et dont Ohmacht
sculpta le buste au temple Saint-Thomas. Le respectable
Reissessen, bon dessinateur, dressa en 1811 la première carte
géologique du déparlement du Bas-Rhin, et il fournit pour
YAnmmre du Bas-Rhin de 1808 d'excellents fragments sur
l'origine de la population en Alsace. Mais son plus bel éloge
est cette phrase de Matter : c Ses dons aux établissements de
bienfaisance recommandent son nom aux siècles à venir. »
a** D'une suite de reptiles du Gap, don de M. Catoire de
Bioncourt, payeur à Colmar;
3** De cinquante oiseaux empaillés, collection du chevalier
de Jankowitz, offerte, à sa mort, par son père le baron de
Jankowitz, député de la Meurthe, au château de Marimont,
commune de Bourdonnoy;
4° De 6,500 papillons de tous les pays, contenus dans trois
buffets en acajou, achetés des héritiers Franck, etc.
A la même époque, le docteur Fee collectionnait les fruits
et les diverses branches de l'histoire naturelle, M.Ott, Tentomo-
logle et principalement les coléoptères, M. Eckel, la minéra-
logie et la géologie. Ce dernier avait en outre quelques frag-
ments assez authentiques de Rheinzabern et d'autres curio-
sités.
Les Mémoires de la Société des sciences, agricuUure et arts
du Bas-Rhin (1811—1829) mentionne peu de nouveaux col-
lectionneurs. On y trouve cependant cités : 1" Un correspon-
dant de la Société des antiquaires de France, M. Jacob Kolb,
demeurant à Reiras, qui fit cadeau au cabinet d'antiquités de
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COLLECTIONS ET GOLLEOTIOKNEtJRS ÂLSAdENS 399
Strasbourg d'un beau vase en terre rouge, orné de feuillages
en relief, qu'il avait acheté en 1818, lorsqu'il avait été trouvé
lors de la construction d'une redoute près de la porte Natio-
nale. 2** Le pasteur de Wendenheim, Danneberger, dont la
conduite fut si courageuse lors de cette époque néfaste. 3° Le
général Montrichard, baron de Bevy, fixé à la paix à Strasbourg,
et qui possédait, d'après Schweighâuser, une belle suite de
vases peints, dont quatre allèrent enrichir par sa générosité
les collections de la ville. Ces vases rivalisaient d'élégance
avec les deux que l'on voyait au château royal. ^ 4*^ Le docteur
Lollier, de Belfurt, qui avait eu de feu François Hugonin toute
une suite de coquillages, cornes d'Amraon, etc., trouvés dans
le rocber qui surplombe la ville, et sur lequel va bientôt s'é-
lever le lion patriotique de Bartholdi. 5° Et M. Schimper, dont
les recherches sur les mousses sont connues du \nonde sa-
vant.
Enfin l'éditeur du Congrès scimtiftqm de Frcmce, 10* session,
Strasbourg, 184S ^ indique quelques collections qui peuvent
rentrer dans notre travail. Ces collections, sur lesquelles nous
n'avons pas de renseignements, sont celles du pasteur Brunner
(antiquités), de MM. Oit, (entomologie, coléoptères), Kiehm et
Reischoffer (tableaux). Sous la Restauration, Golmar possédait
deux véritables amateurs des beaux-arts, le colonel Athalin
et M. Costé, magistrat de la Cour royale, décédé député de la
Meurthe et président de chambre à Nancy.
Avant la Révolution, le cloître du Temple-Neuf, disparu de
nos jours, servait, en temps de foire, de marché aux marchands
de livres,, d'estampes, de bijoux, etc. Maintenant il faut aller
* Schweighâuser.
* T. I, p. 45. Bien d'aatre3 noms se trouvent dans le volume. Les listes
données sont toutes strasbourgeoises ; elles peuvent se compléter par celles
que Ton trouve pour les deux départements dans la Revue anecdoctique,
Paris, 1859, t. IX, p. 5, et dans VÀnnuaire de la Société française de
numistatique et d'archéologie, Paris, 1867 et 1868.
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400 REVUE D*ALSAOE
leyeniveàihxiMarcfiéaux guenilles, si on veut trouver quelque
chose qui ressemble aux premiers de ces objets. En 1884, un
colonel en retraite, M. L. Jolly, dont les campagnes n'avaient
pas éteint la verve humoristique, décrivait ainsi le marché
aux guenilles ^ :
€ Les amateurs furètent dans les carions jetés çà et là, ils
sauvent de la destruction les marines de Vernel reproduites
par le vigoureux burin de Lebas, les pochades de Rembrandt,
les gueux de Callot * ; ils recherchent avec un empressement
que justifie le patriotisme, les croquis de Zix, bons ou mau-
vais. »
Singulière destinée des artistes ! Zix * faisait des planches
pour le Messager boiteux du Rhin ; avec le Messager boiteux
on faisait des allumettes, sans trop songer à Zix; plus tard
enfin Denon découvrit et fit connaître son mérite à l'empereur,
et la carrière la plus brillante s^était déjà ouverte devant lui,
quand la mort vint arrêter ses pas. Aujourd'hui on recherche
ses moindres traits; car on y reconnaît la verve et le talent
qui, trop longtemps, furent méconnus parmi nous...
« Que j'aime à voir, continue le colonel, cette jeunesse four-
millant autour d'un caveau dans lequel sont entassés des
' Revue d'Alsace.
* En 1789, on allait les acheter chez Perksca on chez Fiettaqai venait
de s'établir. On trouvait quelquefois chez eux de bonnes toiles. Tous les
ans, ils allaient en Italie, regarnir leurs magasins.
* Le Hinkende Bote am Rhein pour 1810, de Silbermann, contient quatre
bois de cet artiste. Zix a également donné les dessins suivants : un pour
des livres ; deux pour les Gedichte d'E. Stœber, B&le, 1815 ; deux pour la
Siuziade; plusieurs pour la Description du Ban de la Roche et de ses
environs ; un pour le Quatuor de PÛyel ; cinq pour les Fêtes données à
V empereur ; etc.
Beaucoup de médaillons de Kirstein sont faits d'après des dessins
de Zix.
Les trois bas-reliefs du piédestal de la colonne Vendôme, faits d'après
ses dessins, représentent les trophées des peuples vaincus. Zix avait été
relève de G. Guérin.
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COLLBCnOKS BT OOLLSGTIONNEUBS ALSACIENS 401
livres, des boaquîns de tous âges et de toutes dimensions. On
pêche aux Ëlzéviers, aux Plantins, aux Corneilles, aux Racines. . >
De nos jours, le Gimpdm&rck est bien tombé I C'est une
rareté d'y trouver un Elzevir. Tout ce que l'amateur peut
eacore y faire, c'est une chasse à découvert d'une reliure
armoriée; mais souvent dans quel état ! —ou d'un modeste ex
lèbris qui seul sauve le livre du pilon et du magasin de la place
des Orphelins. Mais bientôt cette innocente battue d'iconophile
disparaîtra aussi, et il ne restera plus sur le pavé gluant du
Yieux-Marché-au-Vin que les produits nauséabonds de la
libraire moderne au rabais, et les lithographies populaires de
nos fêtes de village.
NOTES.
I.
D'après Moreri, JicoB Mbntel dont la biographie vient d'être publiée
par un de ses énidits compatriotes, M. le docteur Gortier de Château-
Thierry, est assez court d'arguments dans sa dissertation De vera typo-
graphiœ origine, Lutetj 1660. L'inventeur de l'imprimerie méritait mieux
d'un parent. Jean Mentel graya sur bois une suite de dessins flanqués
de rimes et représentant des événements contemporains, batailles de
Horat, de Grandson, de Nancy ; procession autour de la cathédrale de
Strasbourg etc. Le professeur Sander vit en 1*776 à la bibliothèque
Sainte-Geneviève à Paris le Spéculum quadruplex de Vincent de Beaurais
attribué à Mentelin, et qui a fourni l'objet d'une dissertation à M. Des-
barreaux-Bernard. Paris, 1872 in-8^ En 1873, la Biblia germanica de
1466, attribuée à Mentelin, a été vendue 80 guinées à la vente Perkins.
n.
La bibliothèque municipale a acquis le catalogue rédigé par Louis-
Philippe KuNAST des raretés amassées pendant tant d'années par son
père Balthar-Louis. Il serait à désirer que cette précieuse plaquette fût
réimprimée. « Rien de plus sec en apparence qu'Vin inventaire, a écrit un
jour feu Heulé, et cependant c'est la clé de bien des richesses. » On y
trouverait nombre de manuscrits peut-être existants encore de nos jours,
entre antres la relation des deux voyages en Terre-Sainte du Strasbour-
geois Henri Wagius. L.-P. Rûnast était un latiniste ; il a composé dans
cette langue l'épitaphe de J.-L. Frœreisen, 1690.
4"* Année. Nouvelle Série. 26
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402 REVUE D'ALSACE
III.
Le pharmacien Josué Rislbr avait établi, à ses frais, un petit jardin
botanique sor la place dite « Marché aux pots, Bœfelemarkt, » aujonr-
d'hni place Lambert. Il est Tautear du Marchionis Bade de Durlacensii
Bortus CarlsruhantM, 1747. Je pense que c'est à lui que l'on peut attri-
buer Vex lihris Josuœ Risleri, armorié de gueules à la fleur de lis d'argent
avec lambrequins, etc. Sa bibliothèque aurait-elie aussi été dispersée? Le
portrait du pasteur Spœrlin se trouve au Musée historique, fondé par la
Société industrielle de Mulhouse avec le concours de ta municipalité, et
qui, malgré sa création récente, occupe déjà deux grandes salles. M. Ang.
Stœber, dont le nom est bien connu en Alsace, en a été nommé le con-
servateur.
IV.
Le jeune margrave de Baireuth, Chrisiian-Ernest de Brandebourg, étu-
diant à Strasbourg en IR58 se rendit le 20 août à Sainte-Odile avec ^on
gouverneur ; les religieux- s'empressèrent de lui montrer les reliques et
les raretés de leur couvent. (Voyage de V Ulysse brandebourg eois, Bay-
reuth, 1676, p. 77). Il ne put voir VBortus deliciarum qui était alors
entre les mains du prince-évêque. Il vient de paraître à Francfort une
édition de ÏBortuSf coloriée avec soin d'après les calques d'Engelhardt
qui sont à la bibliothèque municipale de Strasbourg La Gazette des
beaux-arts a reproduit la planche des Supplices de l'enfer, et le Musée
universel a donné quelques croquis tirés de l'ouvrage d'Engelhardt
V.
D'après Schweighaeuser père (Cat. Heitz, 3576. Note sur VéUU des
lettres et des arts dans le département du Bas-Rhin, 1807), Brunck
r helléniste avait beaucoup de manuscrits provenant de la bibliothèque
de Beatus Rhenanus, qui les avait tous cédés à sa ville natale. Ces manu-
scrits sont maintenant à la Bibliothèque nationale.
VI.
Feu Ehrenfried Stœber,dans son intéressante Vie de J.-F. Oberlin, pas-
teur h fFaldbach, Strasbourg, 1831, écrite d après des papiers de famille,
s'étend longuement sur la description de la maison du bienfaiteur du
Ban de la Roche, qui avait acheté dès le printemps de l'année 1766i
« une collection d'histoire naturelle et fondait ainsi son cabinet, auquel
il donna plus tard une extension considérable. Oberlin consigna dans
son journal toute la joie que cet achat lui avait causé et toute sa recon-
naissance envers Dieu, » source de tous biens. « La double révélation de
la nature et de la religion avait été dès sa tendre jeunesse l'objet prin-
cipal de ses méditations. » (Pages 68 et 516.)
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COLLECTIONS ET COLLECTIONNEURS ALSACIENS 403
VII.
Feu M. Schweighseuser avoue ingénument dans la dernière de ses deax
dissertations sur les antiquités gallo-romaines de Rheinzabern (ex-canton
de Candel), que dès que Ton y connut l'acquisition qu*ii avait faite de
ce que le colonel de Saint- Amour avait réuni, étant vers 1830 en gar-
nison à Lauterbourg, un maçon fort intelligent et passablement instruit,
s'occupant depuis plusieurs années à recueillir les antiquités, fouillant
lui-même le terrain, lui apporta la plupart des objets trouvés. D'autres
savants antiquaires reçurent également du « maçon fort intelligent » des
sculptures découvertes à Rheinzabern ; les musées de Spire, de Munich,
de Luxembourg, de Londres s'enrichissaient indéfiniment d'urnes funé-
raires en terre cuite, avec personnages et inscriptions indéchiffrables.
Des soupçons sur l'authenticité de ces trouvailles surgirent un peu tard.
L'exploitation allait être terminée. On découvrit enfin que ces soi-disant
vases et leurs ossements calcinés, que l'on offrait en vente même à Bade,
étaient fabriqués et enfouis chaque hiver par un maître maçon de Rhein-
zabern, nommé Kauffmann, celui qui avait dupé si longtemps Schweig-
hsuser, « le maçon fort intelligent » de sa notice
Le musée de Metz manqua aussi de posséder de ces pseudo-poteries,
lors de la dispersion du cabinet de M. Victor Simon. (Ch. âbbl, Notice
sur la galerie archéologique de Metz, 1873, par Jung).
Ce que le savant professeur strasbourgeois avait acheté du colonel
serait d'une authenticité douteuse. Dans tous les cas, cette collection
devait être, à un certain point de vue, curieuse. Les objets trouvés
cependant il y a plus d'un demi-siècle, sont peut-être hors de cause; ainsi
le bas-relief en marbre blanc avec Apollon, Minerve et Mercure, et le
cippe en pierre entouré de sculptures en écailles et surmonté d'un cava-
lier lançant un javelot, — objets qui appartenaient à M. Lambert.
ÂRTHCTR BbNOIT.
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LE FOYER ALSACIEN
LEGENDES ET TRADITIONS POPULAIRES
XI
CHASSE MAUDITE
Ce soir-là j'ai rencontré dans la forêt du Hohlandsburg le
père Léonard Meyer, un bon vieux et brave homme, bien
connu dans tout le canton. Les gens de notre commune
l'estiment et en disent du bien. Serviable envers chacun,
incapable de faire tort même à un enfant, franc, honnête,
affable, Meyer compte autant d'amis qu'il a de connaissances.
Seuls peut-être les forestiers ou les garde-chasse le regar-
dent avec défiance. Serait-ce parc^ que le brave vieux, mieux
que nul chasseur, sait raconter les habitudes du gibier ou
suivre une piste; parce que, la nuit, il fréquente les bois et
paraît le grand matin sur tous les chemins; parce que quand
le juge de paix, le maire ou une autre autorité a besoin en
temps prohibé d'un lièvre ou d'un gigot de chevreuil, le bon-
homme ne refuse pas de rendre service? Ce qui est certain,
c'est que jamais on n'a pris le père Léonard en flagrant délit
de braconnage. Mais le garde de Saint-Gilles ne porte pas
moins sur lui de forts soupçons, sans pour cela le suivre de
près. Le garde agit avec circonspection, car la prudence a ses
avantages. Quoique sa tête grisonne, le vieux Meyer, lors de
sa dernière visite à Brisach, a rossé d'importance quatre
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0HA.S8E MAUDITE 405
fontassins badois, qui se sont permis de plaisanter sur la
cocarde attachée à son chapeau.
Donc je m'étaiH assis sur les rochers en avant de la Hoh-
landsburg, pour regarder la nuit venir. Tout près des rochers,
dans le taillis de chêne, le père Meyer allait et venait, mal-
gré Theure avancée, comme s'il ramassait d,es branches
sèches pour un fagot. Les rochers se dressent au dessus du
bois sur la tête d'un contre-fort de la montagne. Gris et nus,
rongés à la surface par des plaques de lichens, ils supportent
quelques pins chétifs dont les racines étreignent les aspérités
de la pierre et se serrent dans ses fissures, dont le branchage
dépouillé plie sous le vent. Un sentier contourne la base de
cet escarpement, que les ruines du château dominent à une
hauteur plus grande. J'admirais depuis là les effets du soir
sur les murs de la ruine, sur la plaine baignée de vapeurs
tièdes et sur les cîmes des montagnes du val de la Fecht.
C'est un mélancolique spectacle que la venue de la nuit dans
ce site. Les ombres s'allongent au fond de la vallée. Le soleil
retire un à un ses rayons du feuillage sombre, le silence
grandit de seconde en seconde. On regarde derrière soi pen-
dant qu'on chemine. Tous les massifs prennent à vos yeux
des proportions colossales, fantastiques. Une grive sur la cime
du plus haut arbre salue le jour qui va disparaître. Vous
entendez les feuilles mortes bruire sous vos pas, et tout au
loin, bien bas, le torrent qui remplit la vallée silencieuse de
son bourdonnement monotone.
Quand le dernier rayon du jour se fut éteint sur la tête du
Hohenach, je me rapprochai de maître Léonard, qui semblait
lier son fagot de bois mort. Je lui tendis ma gourde en lui
serrant la main. « Bonsoir, voisin; une gorgée de kirsch-
wasser ne nous fera pas de mal avant de voir boire les che-
vreuils à la mare du château. » — « Merci, Charles; un
ancien troupier ne refuse jamais la goutte. Ça vous ranime
quand la vue devient trouble, et quand parfois la main com-
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406 BEVtJE d'alsacb
mence à trembler. Pour ce qui est des chevreuils, ils n'ont
rien à craindre de mes lacets. Le forestier de Saint-Grilles y
met bon ordre. Rentrons- nous à la maison? » Le braconnier
allait charger le fagot sur ses épaules pour partir. Moi, je
n'étais pas pressé du tout, et Léonard ne venait pas à la
forêt en quête de bois mort. Je lui demandai quels cris aigus
on entendait du côté des rochers à droite. « Ce sont des fouines,
dit Meyer avec un geste énergique et un éclair dans le regard.
Ces animaux se poursuivent la nuit comme les rats par un
beau clair de lune; on en voit quelquefois deux, trois et plus,
à la suite les uns des autres, monter les rochers aussi vite
que s'ils couraient à terre. Tous les malins on voit tourbil-
lonner aussi autour de ces rochers des nuées d'oiseaux de
proie, des éperviers, des buses. On y trouve encore des
renards, des hérissons, des belettes, des loirs et maints autres
animaux qui se plaisent dans les creux ou au fond des
cavernes. >
La nuit devenait plus sombre, mais le chasseur s'animait
Au lieu de partir, nous nous assîmes dans les bruyères tous
deux. Longtemps mon vieil ami parla de la vie des bois avec
une animation fébrile, avec une intarissable verve. Par
moments il se levait pour jeter un regard du côté des grands
rochers, puis il reprenait son récit. On tressaillement nerveux
remuait ses lèvres. A l'entendre, on sentait un homme qui
aimerait mieux périr dans les montagnes sur la rosée du
ciel, que de renoncer à sa passion. Ni les nouvelles maisons
forestières élevées de tous côtés, ni les avertissements des
gardes ne le retenaient A l'ouverture de la chasse, il acquit-
tait honnêtement son port d'armes. Venait le moment de la
prohibition, le fusil restait au bois dans une cachette sûre.
Les lacets et les pièges abattaient aussi plus de gibier que les
coups de feu, et quand vous demandiez une pièce à Meyer,
il vous l'apportait au moment voulu. Si les gardes voulaient
ou osaient le suivre, il aurait plus de procès-verbaux qu'un âne
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CHASSE MAUDITE 407
n*eii porterait à Faudience. Ohl la chasse tient le braconnier
comme le vin l'ivrogne.
•Mais les braconniers en chair et en os ne sont pas seuls à
rôder dans les bois la nuit. Vous avez entendu parler sans
nul doute de la haute chasse, de la chasse maudite, du chas-
seur nocturne. Au dire de nos campagnards, des bruits
étranges, mystérieux, inexplicables, éclatent souvent dans les
ténèbres. Ici c'est une musique aérienne, un concert de voix
ou d'instruments qui s'approche, passe ou s'éloigne. Ailleurs
un tumulte discordant comme les cris d'une meute, mêlés de
jurements, d'éclats de cor, de bruit de chevaux lancés au
galop comme pour une chasse invisible ou dans une cavalcade
infernale. Tantôt encore un appel comme celui d'une voix
humaine retentit brusquement dans l'air au dessus de votre
tête, pour se renouveler à quelque distance, puis plus loin,
sur un ton décroissant : « Houds dada houds dada » A
ne pas en douter, vous avez entendu le chasseur nocturne,
le maudit. Celte voix d'en haut est celle du terrible veneur
lancé à la poursuite du gibier des ténèbres, ou fuyant lui-
même sous la poursuite de Satan.
Que de fois je suis sorti pour écouter ces voix de l'air, ces
bruits mystérieux, mais sans discerner jamais au milieu du
calme de la nuit que la plainte du vent dans les grands
arbres ou le frôlement des feuilles sèches sur le sol. En che-
minant avec maître Meyer et après lui avoir passé ma der-
nière gorgée de kirschwasser, y. lui demandai : « Père Meyer,
croyez-vous aussi au chasseur nocturne et à sa chasse mau-
dite? » — t Oui; j'ai entendu de mes oreilles la chasse du
grand veneur, dit le braconnier sans hésitation. Vous sou-
riez peut-être et vous penserez que maître Léonard se laisse
abuser par des contes d'enfants. Eh bien I je ne répète pas
un conte, mais j'affirme le fait dont j'ai été témoin. Un ou
deux ans après ma première communion, j'ai conduit les
bœufe de mon père à la Hohlandsburg. Mon camarade d'école,
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406 BEVUE d'alsagb
Frantz Baumann, le charpentier, se trouvait avec moi.
C'était au mois de juin, le soir. La nuit était sereine comme
maintenant. Nos bœufs broutaient devant le vieux ch&tei^u,
et Baumann et moi nous étions couchés sur les bruyères
dans le taillis de chênes. Nous ne dormions pas et nous
n'avions pas peur de la nuit. Tout à coup de forts aboiements
se firent entendre à l'angle du château du côté de la grande
poterne. En même temps des sons de cor éclatants reten-
tirent au milieu des cris des chiens. Puis on entendit un
bruit de chevaux lancés au galop. C'était le tumulte d'une
grande chasse. Mais comment l'expliquer à cette heure» au
milieu de la nuit? Comment surtout comprendre le galop des
chevaux Hur la pente rapide de la montagne et à travers les
bois? Les échos répétaient tous ces bruits étranges. Je me frottais
les yeux pour savoir si je dormais. Mon ami Baumann deman-
dait si j'entendais la chasse ou s'il rêvait. Point d'illusion
possible. Ce que nous croyions entendre, était bien réel. La
chasse venait de notre côté, et l'effroi nous gagnait Déjà la
meute nous entourait de ses aboiements et nous dislinguions
les cris des chasseurs. Instinctivement le grand Frantz et
moi nous nous jetâmes dans les bras l'un de l'autre, nous
étreignant avec force. Alors nous vîmes s'élancer une troupe
d'ombres, des chiens, des hommes à pied et à cheval gui
fuyaient devant une bête monstrueuse, à la forme d'un tau-
reau gigantesque. Lu bête, les chiens, les cavaliers étaient
noirs; ils avaient les yeux enflammés. Les chevaux au galop
faisaient rouler des pierres, des éclats qui se détachaient sous
leurs pieds sur la pente rapide, pour aller rebondir contre les
arbres. Au passage da la bête monstrueuse, nous fdmes sou-
levés de terre, Frantz et moi. Nous étions épouvantés; mais
cette meute, cette chasse, je l'ai vue, Frantz l'a vue, comme
je vous vois vous-même à mes côtés en ce moment. Seule-
ment les chasseurs, les chiens, le monstre n'étaient que des
ombres, car autrement nous auri'^ns été foulés à leurs pieds
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CHAS8B MAtJDItE 409
oa écrasés par les pierres. Toute la chasse descendit par le
vallon de Saint-Gilles. Longtemps après que cette vision eut
disparu, nous Tentendîmes encore dans le lointain I >
Léonard m'inspirait trop d'estime pour que je doutasse de
la sincérité de son récit. Ce qu'il avait raconté, il croyait
bien l'avoir vu, et vous perdriez votre temps à lui soutenir le
contraire. La tradition de la haute chasse nocturne se retrouve
d'ailleurs dans bien des pays, en Suède, en Danemark, chez
les paysans de la Bretagne comme dans nos vallées d'Alsace,
et jusque dans l'Inde asiatique. Ma mère, qui s'inquiète de
mes promenades nocturnes dans la forêt, m'a raconté tout
en&nt la légende du chasseur maudit. Alors, quand nous
étions bien sages, ma bonne mère racontait cette histoire des
vieux temps et beaucoup d'autres encore. Gomme les enfants
écoutaient avec attention I Gomme nous restions tranquilles
pour ne pas perdre un mot du récit I Je m'en souviens
comme si c'était hier.
n y a bien longtemps de cela. Les vieux châteaux, dont les
pierres maintenant tombent une à une sur les cimes solitaires
de nos montagnes, étaient habités par de puissants seigneurs.
Dans l'un de ces châteaux demeurait le comte Rodolphe, grand
chasseur et homme violent. Je ne sais plus si c'a été la
Hohlandsburg, la Plixburg ou le Stauffen, le Hohenach ou la
Schwarzburg. D'un bout de l'année à l'autre, au milieu des
neiges de l'hiver comme pendant les journées chaudes d'été,
le comte Rodolphe courait avec ses piqueurs par monts et par
vaux sur la piste des sangliers et des cerfs. Le dur chasseur
ne respectait même pas les jours de fête, qui devaient être
consacrés à la prière et à la religion. Sans croyance, sans foi
ni loi, il était impie envers Dieu et méchant à l'égard des
hommes. Si par moments il laissait un peu de répit aux bêtes
sauvages, c'était pour molester les gens. Aucune propriété ne
trouvait de garantie contre ses rapines. Il faisait enlever le
bien des paysans comme le sien propre: les moutons, les
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410 REVUE D*ÀLSA.CB
bœufs comme les fruits de la terre. Trop heureux lespaavres
gens ëe pouvoir seulement conserver la peau vive.
Un dimanche matin, de fort bonne heure, Rodolphe se
démenait sur le perron de son château, jurant de colère,
maugréant contre ses gens à cause du retard mis aux pré-
parati& de la chasse. C'était le jour de la Fête-Dieu. La châ-
telaine, fort contristée de l'impiété de son mari, pour le retenir
au service divin une fois du moins, avait donné ordre de ne
préparer ni chiens, ni chevaux; ainsi que les autres domes-
tiques, les deux piqueurs devaient rester pour la messe.
Irrité de ne voir personne, le comte allait et venait appelant
ses valets avec de gros jurons. Personne ne répondait, mais
le temps s'annonçait magnifique. Sous les chauds reflets du
soleil levant, les murs du château ressemblaient à des parois
de bronze poli. Pas un nuage au ciel. Dans le fond des vallées
de tièdes vapeurs se condensaient sur le feuillage, sur les
herbes. Sous les massifs de vieux chênes, mille oiseaux
gazouillaient gaîment. Gomment^ en présence de cette nature
en fête, ne pas éprouver un sentiment d'admiration qui se
dégage en une prière au Créateur? Mais en dehors de ses
passions violentes, le comte Rodolphe ne sentait rien. En ce
moment la colère du retard imposé à la chasse l'animait seule.
Le farouche chasseur détacha sa meute. Il amena à coups de
cravache un palefrenier pour seller son coursier. Au bruit de
ses jurements, la châtelaine accourut suppliante, l'exhortant à
ne pas profaner la grande fête du jour, t De grâce, seigneur,
ne chassez pas. sous peine de grand malheur I > Mais Rodolphe
s'irritait de la prière, et repoussait sa femme rudement. Ses
piqueurs intimidés sont à ses ordres. La châtelaine insiste :
c Au nom du ciel, ne partez pasi »
A l'instant où le pont-levis s'abaisse devant la grande
poterne, deux cavaliers étrangers se présentent au château
venant de côtés différents. L'un des cavaliers est vêtu de
blanc, l'autre tout noir. Tous deux saluent la châtelaine et
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CHASSE MAUDITE 411
Rodolphe. Le cavalier blanc demande Thospitalité pour le
jour. Le cavalier noir se déclare venir exprès pour la haute
chasse, t Soyez les bienvenus, leur dît le comte, nous chas-
sons ensemble. » —' < Demain, ajoute le cavalier blanc, car
cette journée est sainte et nous la devons au Seigneur. » —
€ Aujourd'hui, réplique le cavalier noir; nous suivons nos
plaisirs. » — t Au diable! pour notre plaisir à l'instant
mêmel » commande Rodolphe. Et les cors résonnent, les
chevaux piaffent, la meute aboie. Vainement la châtelaine
renouvelle sa prière, appuyée par le cavalier blanc. Rodolphe
obéit à sa passion seule, et à son signal la troupe des chas-
seurs a mis les chevaux au trot. Le cavalier blanc fait un
signe de croix et exhale un soupir au ciel. Le cavalier noir
répond par un ricanement sinistre, et lance à ses compagnons
un regard de mauvais augure. Puis la chasse commence avec
de joyeuses fanfares répétées par tous les échos de la mon-
tagne. Au fond de la vallée, au dessus de chaque village, le
carillon des cloches annonce aux populations pieuses la fête
du jour.
Âvez-vous jamais admiré les scènes gracieuses que pré-
sentent le matin les vallons retirés des Vosges? Voici un de
ces vallons avec ses grands arbres, sa verte pelouse, son tor-
rent. Sur les rives du torrent qui murmure, la prairie des-
sine un ovale gracieux. Un rideau de noisetiers, de frênes et
de sureaux enlace la prairie, dominé par de profonds massif
de hêtres et de sapins. Les rayons du soleil levant se jouent
dans le feuillage tendre des arbres, des buissons, et miroitent
dans les flots du torrent. Sur la lisière du bois un cerf
magnifique, aux fortes ramures, se lève de son lit de mousse,
secouant la rosée du matin déposée sur son poil humide.
Voyez le noble animal élever vers le ciel ses yeux d'un noir
brillant, comme pour rendre grâce de son repos. Il se réjouit
de sa solitude et de sa sécurité, flairant le rayon, broutant
les jeunes pousses, réchauffant au soleil sa tiède fourrure.
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412 BEVUB d'alsaob
venant au bord du torrent boire Veau limpide, s'ébattant sur
la pelouse avec des sauts joyeux. Mais quoil voici que soudain
le cerf s'arrête avec un cri; la brise lui a apporté à travers
la forêt un bruit inconnu et, d'un regard inquiet, il interroge
les massifs, flaire la terre, dresse les oreilles, fidt quelques
pas, recule de nouveau. La pauvre bête pressent un danger
prochain.
. Déjà les sons deviennent plus distincts, comme des éclats de
cor et les aboiements d'une meute, d'abord éloignés, puis
plus proches. C'est la chasse de Rodolphe qui arrive sur la
piste du noble gibier. De loin le cerf voit les chiens accourir
dans le bas du vallon, et derrière eux, à distance, le bruyant
hallali des chasseurs. Serré de près, la ûère bêt^ se dresse
un instant pour défier la meute, et bondit ensuite à travers
le hallier. Rochers et buissons sont franchis en sauts rapides.
Limiers et chasseurs se stimulent aussi à la vue de la proie.
Emporté sur son cheval fougueux, le comte Rodolphe frémit
de plaisir. Le cavalier noir est à sa gauche, le cavalier blanc
le suit à droite. Aucun obstacle ne les arrête, ni les ravins,
ni le torrent, ni les fatigues de la course fougueuse, ni la
rapidité de la fuite du gibier poursuivi. On entend les cors
éclater, retentir toujours plus fort et plus fort. On entend les
chevaux qui hennissent, et Rodolphe qui excite l'ardeur de
la chasse par son geste et son cri : < Houds dada bouds
dada houds dada. » Cette course furibonde se prolonge
sans répit pour les chasseurs, sans trêve pour le gibier. Mais
le cerf échappe toujours. Quand les limiers sont au point
d'atteindre la bête, celle-ci les distance de nouveau en quel-
ques bonds plus vifs. Des forêts de la montagne la chasse
arrive au milieu des champs cultivés. Là peut-être la rivière
grossie, plus large, plus profonde, arrêtera le cerf au passage,
et la meute acharnée le retiendra sur la rive. Pas encore
cependant, car après avoir secoué la tête ornée comme le cimier
d'un chef, le fugitif s'élance dans le courant pour gagner
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CHASSE MAUDITE 413
l'autre bord. Est-il sauvé par cet effort? Non plus, car la
meute a franchi aussi la rivière, et après la meute les cava-
liers.
La fraîcheur de la rivière a raidi les membres de la bête
exténuée. Haletante, elle s'affaisse et sent la dent des limiers
sur ses flancs. Elle leur fait face au milieu d'un champ de
seigle. Elle se redresse et lutte encore en éventrant les plus
acharnés de ses ennemis. Cette lutte donne aux chasseurs le
temps d'arriver. Rodolphe va donner le coup de grâce après
avoir foulé les épis du champ sous les pieds des chevaux. A
cet instant un paysan accourt : c Puissant seigneur, pitié I
Epargnez le pain du pauvret Au nom du ciel, la récolte de
ce champ sera la seule ressource de ma famille! > Et à la
prière du paysan le cavalier blanc joint la sienne : « De grftce,
chevalier, épargnez les malheureux I > Et le chevalier noir,
de son côté : € Dans nos plaisirs point de pitié I » Le cheva-
lier blanc se cache les yeux pour ne pas voir le terrible
chasseur renverser sous les pieds de ses chevaux le labou-
reur suppliant et fouler tout son blé prêt à mûrir. La femme
du paysan, son vieux père, ses petits enfants se lamentent sur
le champ dévasté. Le cavalier noir éclate d'un rire féroce. Le
cerf échappe encore. La chasse continue.
Furieux de voir leur proie leur manquer, les limiers s'élan-
cent à sa poursuite avec un acharnement redoublé, et forcent
le cerf à se réfugier an milieu d'un troupeau de brebis con-
duit par un enfant. Les brebis affolées fuient à leur tour, et
sont déchirées par les chiens affamés de (larnage. Gomme le
petit berger implore miséricorde, le cavalier blanc, sur la
droite du comte Rodolphe, appuie sa prière : < Chevalier,
épargnez le bien de la veuve I Soyez clément; craignez la
vengeance du ciel! » Le cavalier noir réplique avec violence :
( Le del, c'est notre plaisir; nous ne devons point de compte
aux manants ! » Rodolphe blasphème contre Dieu et le ciel.
Toijyours impitoyable, le terrible chasseur a renversé le berger
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414 KETUE D'ALSACE
d'un coup d'épieu. Pendant que leH limiers tiennent lé cerf
épuisé, le^ brebis fuient ou sont assommées. Celte fois du
moias la proie est prise. Une fanfare éclatante annonce la
curée. Les hurlements des limiers couvrent le bruit des cors.
Mais un nouvel effort désesféré dégage une seconde fois le
cerf aux abois. Plein de nouvelles forces et ne sentant plus
ses morsures saignantes, il a secoué Técume qui ruisselle de
ses flancs, rejeté les limiers qui s'attachent maintenant aux
brebis égorgées. De nouveau le terrible chasseur excite sa
meute et ses piqueurs par des blasphèmes horribles, mais le
cerf est loin dans la direction des montagnes. La chasse est à
recommencer, et elle recommence avec un acharnement
redoublé et des frémissements de rage. Les chasseurs, la
meute, le gibier s'enfoncent dans une gorge sombre, dont les
échos répètent rhallali sauvage. Sous la voûte des noirs sapins,
les rochers entassés, les ravins n'arrêtent pas cette course
furibonde. Elle ne s'arrête pas non plus devant les menaces
d'un orage dont les grondements de plus en plus rappro-
chés couvrent les cris de la meute et le bruit des cors. Mais
quoi! voici qu'un vieil ermite parait à un détour de la gorge,
et d'un signe réduit les chiens au silence. Derrière l'ermite
s'ouvre une large galerie comme taillée entre deux parois de
rochers abrupts. Au fond de la galerie il y a un autel en
pierre avec deux torches allumées. Le cerf, poursuivi par la
meute, s'est couché à l'abri de l'autel. Celte scène inattendue,
les pi({ueurs stupéfaits avec leurs chiens haletants arrêtés
devant un vieillard pendant qu'au fond du couloir sa bête
pourchassée le regarde d'un œil tranquille, étonne Rodolphe.
Le cavalier blanc, à sa droite, le retient en le conjurant de
respecter cette retraite consacrée et l'autel de Dieu. Le cava-
lier noir de gauche demande si un plaisir trouve des scru-
pules. L'ermite continue la célébration du sacrifice commencé.
Le sauvage chasseur blasphème et lance son épieu à la tête
de l'homme de prière. Point de respect pour le sanctuaire*
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CHASSE MAUDITE 415
Le cavalier blanc disparhlt. Le cayalier noir pousse un rire
infernal. Une voix terrible venue d'en haut a crié : < Rodolphe
je te maudis pour ton sacrilège I > Et le sol se mit à trem-
bler, et dans la sombre gorge de la montagne les rochers
s'écroulèrent avec un fracas effrayant, et dans le tumulte
d'une tempête déchatoée les éclairs sinistres comme une vriée
d'oiseaux effarouchée au sein des ténèbres se touchaient du
bout de l'aile. Et le sauvage chasseur fuit sur son cheval avec
un cri de terreur, et mille autres cris lui répondent plus
effrayants que les malédictions des réprouvés au jour du
jugement. Tous les démons de l'enfer lancés à la poursuite
du maudit avec sa meute et ses valets lui font uoe chasse qui
sera éternelle.
Telle est la légende du chasseur sauvage et d« sa chasse
maudite. La tradition en a transmis le récit à travers les
ftges. Cette tradition se perpétue toujours. Quand un bruit
étrange se déclare ou retentit brusquement dans les nuits
silencieuses, c'est le maudit qui passe, toujours chassé par
Satan sans merci pendant des siècles et des siècles. Quand la
meute infernale vous rencontre sur les chemiiis déserts, ne
répondez pas à l'appel du terrible chasseur. Vous seriez
enlevé de terre par une force invisible, entraîné par monts
et par vaux par le cortège du maudit. Surtout ne provoquez
pas le chasseur en imitant son cri, car il jette à vos pieds
quelque cuissot de haut goût qui vous attache, vous emporte
avec la chasse maudite jusqu'à ce que mort s'ensuive. « Kanmt
mit mir jagm^ so musst mit mir nagml * s'écrie le veneur
avec un rire bruyant. < Bouds dada Houds dada >
Charles Grad.
Tûrckheim, décembre 1860.
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MATERIAUX '
pour servir à Tbistoire de
LTWASION DES ARMAGNACS
*Itrij des Archiiiii de la inlU de Cohnar
Suite*
103 20 avril 1446. — En r^nse à une lettre de la ville de
1442^ Friboarg, où elle compatissait aux maux que la présence du
^ ^^ peuple étranger leur avait occasionnés, le maître et le Conseil
de Golmar la remercient des sentiments qu'elle leur a expri-
més; sans doute le dommage a été inmiense, surtout pour
les familles qui ont perdu quelqu'un des leurs; cependant à
Colmar on s'en est tiré à meilleur compte qu'ailleurs. En
même temps ils prient leurs voisins d'intervenir auprès du
chevalier Sigismond de Weyspernach, qui se trouve actuelle-
ment dans leurs murs, en faveur des deux bourgeois qui ont
eu affaire avec le prévôt de Landser.
Mardi avant la Saint-George 1445.
104 27 avril 1445. — En réponse à une lettre du bourgmestre
1448^48 et du Conseil de Bftle, qui leur avaient parlé de leur inten-
tion de punir ceux auxquels on pouvait imputer d'avoir attiré
le peuple étranger dans le pays, en leur demandant comment
on s'était comporté à Golmar et dans d'autres villes à l'égard
de ceux qui avaient connivé avec l'invasion, le maître et le
* Voir la précédente livraison (Âvril-Mai-Jain 1875.)
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r 148»»
l'invasion DBS ARMAGNACS EN ALSACE 417
Conseil de Golmar leur mandent qa'ils négocient effective-
ment avec les villes qui se trouvent dans le même cas, pour
arriver à s'entendre sur les mesures à prendre contre les
coupables, mais qu'en dépit des diètes où l'on s'est rencontré,
on n'a pas encore pris de résolution ; dès qu'on sera d'accord,
la ville en fera part à ses voisins de Bâle. Quant à la diète
que la ville d'Ulm doit avoir convoquée, le maître et le Con-
seil déclarent n'en av( ir aucune connaissance, mais que s'ils
7 étaient invités, ils ne manqueraient point d'y prendre la
défense de Bâle contre ses détracteurs.
Mardi après la Saint-Marc, évangéliste, 1445.
42 juin 1445. — En réponse à la lettre de leur gracieux 105
seigneur l'électeur palatin Louis V (le Bon) en faveur de i4ii'^48
Clauwelin Ebelin, dont il leur avait donné lecture en séance,
le maître et le Conseil de Golmar mandent à Ulric de Ratb-
sambausen, bailli de Sainte-Croix, que si ce personnage avait
dit la vérité à Sa Seigneurie, elle ne leur aurait certainement
pas écrit comme elle Fa fait; les relations qu'Ebelin a entre-
tenues avec le peuple étranger, du temps qu'il était dans le
pays, le rendraient passible de peines corporelles; car quand
les ennemis faisaient des prisonniers, et qu'on donnait à Ebelin
de l'argent pour l'engager à travailler à leur délivrance, il se
faisait payer également par les Armagnacs pour leur dire le
taux de la rançon qu'ils pouvaient en tirer, ce qui avait pour
conséquence de leur faire martyriser leurs captifs jusqu'à
les laisser pour morts sur place. Ses trabisons leur ayant été
dénoncées, le maître et le Conseil se saisirent de sa personne,
et sa culpabilité fut si bien établie, qu'on eût pu le con-
damner à être noyé; mais ils aimèrent mieux ne pas le
traiter avec autant de rigueur, et se bornèrent à l'exiler à
perpétuité par delà la. Forêt-Noire, ainsi qu'il s'y est engagé
par écrit et par serment.
Samedi, lendemain de la Saint-Barnabe, 1445.
4- Année. Noayelle Série. 27
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418 REVUE D*ALSAGB
106 lS-19 jaiu 1445. — A Henri Friburger, gai, par ordre du
iu^-4A Conseil, s'était rendu à plusieurs reprises à cheval dans le
^' pays haut, tantôt seul, tantôt à deux, au sujet du peuple
étranger qui s'est établi à Montbéiiard, payé en tout 1 1. 10s. 4d.
IQ7 24 juin 1445. — Projet d'alliance contre les Armagnacs,
^%'^ entre les Etats de l'Alsace et du Sundgau, Conrad de Buss-
nang, seigneur du mundat de Rouffach, labbé de Murbach \
le comte de LUpfen, le seigneur de Ribaupierre, et les ?îlles
de Colmar, Schlestadt et leurs confédérés.
Les susdits seigneurs et villes s'engagent à fournir des
troupes de pied et de cheval pour protéger la rentrée des
récoltes, et au besoin pour faire une expédition contre les
Armagnacs cantonnés à Montbéiiard, où ils ont pris pos-
session du chflteau.
Si les chefs des Armagnacs venaient à quitter Montbéiiard,
ou si d'autres Wallons mettaient l'Alsace et le Sundgau ea
danger, les alliés se devront aide et assistance contre tous
ceux qui pourraient se jeter sur le pays.
Cette alliance sera valable pendant cinq ans, et les Etats
qui voudront y adhérer, devront donner leur réponse sans
retard.
(Colmar, 24 juin 1445).
Minute ou copie sans authenticité, en papier.
108 25 juin 1445. — Les bourgmestres et les Conseils des
liiâ^ villes de Colmar, Schlestadt, Kaysersberg, Munster, Tûrk-
heim, Ammerschwihr et Oberbergheim, font part à Robert
de Bavière, évêque de Strasbourg et landgrave d'Alsace, de
l'alliance qu'ils ont conclue avec les prélats, comtes, barons
et seigneurs de la haute Alsace, pour prévenir les ravages
dont les Armagnacs, cantonnés à Montbéiiard et dans les
' Dietrich de Haas, 1434-47.
M46-147
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l'invasion des armagnacs en ALSACE 419
environs, menacent de nouveau le pays; ils le prient de
prêter aide et assistance à leurs troupes, quand ils traverse-
ront les terres de Tévêché à la poursuite de Tennemi.
Vendredi après la Saint-Jean-Baptiste, 1445.
Des lettres dans le même sens furent envoyées au comte Jean de
Thierstein, à la ville de Strasbourg, à Henri de Ramstein et aux
villes d'Altkirch, d'Ensisheim, de Masevaux, de Thann et de Cernay.
27 juin 1445. — Le Magistrat et le Conseil de Colraar, |09
considérant que le projet de traité contre les Armagnacs ^i?"^
stipule que les seigneurs et les villes qui entreront dans
Talliance, devront donner leur adhésion formelle, déclarent '
qu'ils ont le jour même convoqué la commune, et que, de
concert avec ses chefs, elle a prêté le serment exigé.
Dimanche avant la Saint-Pierre et Saint-Paul, apôtres,
(27 juin) 1445.
Original en papier, muni du sceau secret de la ville sous cou-
verte en papier.
27 juin — 8 juillet 1445. — Au retour des troupes qui no
avaient pris la campagne contre le mauvais peuple, quand il 14^^
se fit voir à Wuenheim et autour de Soultz, et que les nôtres ^' *
rentrèrent le matin en ville et qu'on paya à la Cave-à-la-
Balance le déjeuner des cavaliers, la dépense monta en tout à
3 1. 18 8. 8 d.
Lors de la diète des seigneuries et des villes voisines
qui, pour la troisième fois^ s'était réunie à Golmar sur
notre convocation, pour traiter de Talliance (contre les Arma-
gnacs), payé pour le vin et pour le souper qu'on offrit aux
députés à la Gave-à-la-Balance, 11 s. 7 d.
28 juin 1446. — En réponse à une lettre collective des m
villes de Colmar, Schlestadt, Kaysersberg, Munster, Tûrk- ^"^"^
heim, Ammerschwihr et Oberbergheim, au sujet des dépré-
dations des Armagnacs, qui menaçaient de nouveau le pays,
et contre lesquels différents Etats de la province ont projeté
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420 REVUE d'alsage
de s'allier, le chevalier Burcard de Mlllnbeim rancien, le
Magistrat et le Conseil de Strasbourg annoncent qu'ils ne
demandent [tas mieux que de leur venir en aide par lears
troupes ou par des avances de vivres, si dans la poursuite de
l'ennemi on le pousse sur leur territoire — sous condition
de réciprocité.
Veille de la Saint-Pierre et de Saint-Paul 1445.
Original en parchemin scellé du sceau de la ville en cire Ycrte,
mais dont il ne reste que des traces.
112 80 juin 1445. — En réponse à la lettre par laquelle la
^^"^ ville de Golmar les avait conviés à adhérer à l'alliance contre
les Armagnacs, le receveur et le Conseil d'Altkirch mandent
qu'on ne doit pas douter de leur désir de contribuer de leurs
personnes et de leurs biens, quand il s'agira de marcher
contre l'ennemi ; mais on ne doit pas ignorer non plus qu'ils
ne sont pas leurs maîtres, et qu'ils ne peuvent rien résoudre
sans l'aveu de leur bailli Henri de Ramstein, actuellement
absent. Dès son retour, ils s'entendront avec lui, et ils espè-
rent qu'il les autorisera à répondre favorablement aux pro-
positions de Golmar.
Mercredi après la Saint-Pierre et Saint-Paul, apôtres, 1445.
Original en papier, scellé du sceau de la ville sons couverte de
papier, représentant une église de profil avec la légende :
t SiGILLVM CIVIVM DE ALTKILCH,
.113 80 juin 1445. — Le Magistrat et le Conseil de Mulhouse
^M~^ accusent réception à leurs bons amis de Golmar, Schlestadt,
Kaysersberg, Mtlnster, Tttrkheim, Ammerschwihr et Ober-
bergheim, de la lettre et du projet de traité qu'ils leur avaient
envoyés, en leur proposant d'adhérer à l'alliance et de fidre
prêter serment à la commune. Rien ne leur paraît plus
nécessaire que de s'unir contre l'ennemi commun; mais ils
doivent faire observer que leur éloignement ne leur permet-
tant pas d'entendre sonner les cloches d'alarme chez leurs
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l'invasion des armagnacs en ALSACE 421
alliés, en ne les voyant pasvenîr, on pourrait mal interpréter
leur abstention. Ils sont de plus enclavés dans les possessions
de la maison d'Autriche, qui est en ce moment en guerre
ouverte avec Bflle et ses confédérés, et il serait peu prudent
à eux de se dégarnir de leurs forces en même temps que les
Etats plus à Fabri de Tennemi. Si les alliés voulaient entre-
prendre en commun une expédition contre les Armagnacs,
Mulhouse ne demanderait pas mieux que de se mettre de la
partie; mais pour ce qui esl de poursuivre Tennemi seul et
pour son propre compte, chaque fois qu'il se présentera, on
doit comprendre que la ville est trop faible pour le tenter. Les
Armagnacs sont très près de Mulhouse; ils peuvent l'attaquer
à toute heure, puisqu'ils n'ont rien à redouter des ressortis-
sants des domaines autrichiens. Quant à l'assistance que les
alliés sont en droit d'attendre de la ville, elle met ses rem-
parts à leur disposition, et leur vendra les vivres dont ils
aaront besoin. Du reste, on ne pourra donner une réponse
définitive qu'au vu de l'adhésion écrite d'une autre ville, dont
on demande communication.
Mercredi après la Saint- Pierre et Saint-Paul, apôtres, 1445.
Original en papier scellé du sceau secret de la ville.
1" juillet 1446. — Dietrich de Haus, abbé de Murbach, 114
mande à ses bons amis le Magistrat et le Conseil de Colmar, ^^®
que, conformément aux résolutions prises chez eux, le jour de
saint Jean-Baptiste, par plusieurs seigneurs et villes de la
province, il a réuni le dimanche précédent (27 juin) tous ses
ressortissants de Guebwiller, riches et pauvres, pour porter
à leur connaissance le projet de ligue contre les Armagnacs,
qu'il leur a donné pour capitaine son féal Jean Stœr, et que,
de concert avec ce dernier, ils ont juré solennellement de se
soumettre à toutes les obligations que le traité leur impose;
que, de plus, il y a fait adhérer dans la même forme les
baillis et les Conseils de Wattwiller, Uffholtz, Saint-Amarin,
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422 REVUE d' ALSACE
Biihl et Bergholz. ëd même temps il s'engage, pour ce qui
le concerne personnellement, à observer ce traité dans toute
sa teneur pendant les cinq ans qu'il doit durer, et s'offre d'y
souscrire en meilleure forme, si on le juge nécessaire.
Jeudi après la Saint-Pierre et Saint-Paul, apôtres (1" juillet)
1448.
Original en papier, muni du sceau de Tabbé en cire ronge, sous
couvert3 de papier.
115 1" juillet 144K. — L'évoque Robert de Strasbourg, land-
, W grave d'Alsace, mande aux bourgmestres et aux Conseils des
villes de Colmar, Schlestadt, Kaysersberg, Munster, Tdrk-
heim, Ammerschwihr et Oberbergheira, qu'il a reçu la lettre
par laquelle ils lui demandent son appui et son concours, si,
en poursuivant les Armagnacs, ils les poussent sur son terri-
toire; mais, pour se prononcer sur une question de cette
importance, il aurait besoin d'en conférer avec eux. En con-
séquence, il les invite à envoyer le lundi avant la Sainte-Marie-
Magdeleine (19 juillet) leurs députés à Molsheim, où ils se
rencontreront avec quelques-uns de ses conseillers, et il
espère que cette entrevue lui permettra d'accueillir leur
demande, de manière à leur faire comprendre l'intérêt qu'il
porte à la prospérité générale du pays.
Saverne, jeudi après Saint-Pierre et Saint-Paul, apôtres,
(!•' juillet) 1445.
Original en papier, sceUé du petit sceau en cire rouge, dépourvu
d'empreinte.
lis 21 juillet 1445. — Pour se conformer aux dispositions du
^3^-^ traité conclu entre quelques seigneurs et villes pour se
défendre contre le méchant ramassis connu sous le nom
d'Armagnacs ou d'Ecorcheurs, le Magistrat et le Conseil de
Schlestadt certifient que la commune rassemblée a adhéré
avec eux, sous la foi du serment, à l'alliance en question.
Visitation de Notre-Dame, (2 juillet) 1445.
Original en papier, muni au bas du sceau de la ville imprimé
en placard, sous couverte en papier.
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l'invasion DBS ABMÂQNACS EN ALSÂCS 4^
4 juiUet 1445. — En réponse à la lettre qu'ils lui ont 117
RPR
adressée, ainsi qu'à quelques villes dépendantes de la maison W
d'Autriche, en Alsace et dans le Sundgau, pour leur deman-
der à tous la permission de se procurer dans leur ressort les
vivres dont ils pourraient avoir besoin en poursuivant les
troupes étrangères cantonnées à Montbéliard, le comte Jean
de Thierstein, gouverneur d'Ensisheim, mande aux bourg-
mestres et aux Conseils des villes de Colmar, Schlestadt,
Eaysersberg, MOnster, Tûrkheim, Âmmerschwihr et Ober-
bergheim, qu'à la rigueur les conseillers et les Etats des
domaines autrichiens n'auraient pas dû se concerter avant
l'expiration de la paix conclue avec les Armagnacs ; mais
qu'ils ont accordé nonobstant aux demandeurs la faculté de
poursuivre leurs ennemis sur le territoire autrichien, et d'y
acheter les denrées qui leur seraient nécessaires, le tout sans
préjudice pour la seigneurie. Quant à leur permettre l'entrée
des forteresses, le comte de Thierstein ne peut pas prendre
sur lui d'y consentir; mais il promet d'en référer au duc
Albert VI (le Prodigue). Pour ce qui ne dépend que de lui,
les alliés ne doivent pas douter qu'ils le trouveront toujours
favorablement disposé à leur égard.
Masevaux, dimanche (après) la Visitation de la Vierge 1445.
Original en papier, scellé du sceau en cire verte.
4-10 juillet 1445. — Lorsque samedi dernier (8 juillet) ng
les Ecorcheurs se firent de nouveau voir dans l'Au, et que i^^^
nos forces marchèrent contre eux, la dépense, quand le soir
elles rentrèrent en ville, monta au Wagkeller à 16 s.
p. 6
5 juillet 1445. — Le Magistrat et le Conseil de Mulhouse ng
mandent à leurs bons amis le prévôt et le Conseil de Soultz, ^-^ j
que les Armagnacs cantonnés à Montbéliard viennent d'entrer 1
en campagne, mais sans qu'on connaisse leur force; prière i
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4»i REVUB D'ALSAOB
de communiquer cette nouvelle à leurs alliés communs^ pour
qu'ils prennent leurs mesures en conséquence.
Lundi après la Saint-Ulric, à Theure de compiles; 1445.
Original en papier^ scellé d'un sceau sous couverte de papier.
120 6 juillet 1445. — Rapport présenté à la diète réunie à
^fd'^ Golmar, sur les mesures militaires à prendre contre les
Armagnacs.
On propose en premier lieu de mettre sur pied un corps
de 4,000 cavaliers et de 1,000 fantassins, qui devra se rendre
secrètement auprès de Montbélîard, du château duquel il
tâchera de faire sortir Vennemi pour l'attirer dans une embus-
cade. Un second corps aussi nombreux que possible devra le
suivre, pour le soutenir et pour mettre à Tabri tout ce qu'on
pourra enlever dans les environs de Montbéliard et hors de
ses murs.
Que ce plan réussisse ou non, on est d avis qu'il ftut
s'emparer de Montbéliard et des autres lieux occupés par
l'ennemi, sinon faire son possible pour y mettre le feu.
Enfin on propose d'enlever ou de détruire autour de Mont-
béliard le blé, l'avoine et tout ce qui peut servir à la subsis-
tance ou à l'avantage de l'ennemi.
Sans date.
Minute ou copie contemporaine sans marque d'authenticité, en
papier.
121 6 juillet 1445. — Recès d'une diète tenue par les seigneurs
^m'® et les villes qui avaient adhéré à l'alliance contre les Arma-
gnacs :
1^ Avant tout on enverra un corps de troupes contre
Montbéliard ;
2" Ces troupes entreront en campagne dans huit jours au
plus. Chacun devra se tenir prêt à partir avec toutes ses
forces le lendemain du jour où il en aura reçu avis, et se
rendra au lieu qui lui sera assigné;
S° Chaque seigneur, chaque ville indépendante aura son
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l'invasion des armagnacs en ALSACE 425
capitaine; à rentrée en campagne, ces différents ofSciers se
réuniront et déféreront le commandement à deux, trois ou
quatre capitaines en chef;
4'' Le sigue distinctif sera une écharpe ou un brassard
blanc, et quand tout le monde sera réuni, on ploiera les
enseignes particulières pour ne plus suivre que la bannière de
Saint-Guillaume;
6'' En outre les alliés formeront un corps de 400 hommes
de cheval et de pied, qui devra être rendu samedi avant la
Sainte-Marguerite (10 juillet) à Hattstadt, pour passer de là
à Rouffach, puis à Soultz et à Guebmller, où il sera posté
dans l'attente de ce qu'il aura à faire;
6* La direction suprême de Talliance est confiée à un Con-
seil de cinq membres, nommés Tun par l'abbé de Murbach
et le seigneur de Bussnang, le second par le sire de Lûpfen
et le damoiseau de Ribaupierre, le troisième par Colmar, le
quatrième par Schlestadt, le cinquième par Kaysersberg,
Munster, Tûrkheira. Les quinquévirs prêteront Ferment à la
ligue, et se réuniront chaque fois qu'il sera nécessaire; tout
ce qu'ils décideront sera exécutoire par la ligue entière.
Colmar, mardi après la Saînt-Ulric 1445.
Minute ou copie contemporaine en papier, sans marque d'au-
thenticité.
( ) Décret du maître et du Conseil de Colmar 122
ST B
qui, sur le bruit du retour prochain du peuple étranger connu im
sous le nom d'Armagnacs (Armejecken), rendent libres rentrée ^'
et la sortie de toutes les denrées qu'on voudra réfugier dans
leurs murs, et défendent à qui que ce soit de les saisir ou de
leur faire payer le péage.
Sans date.
9 juillet 1445. — En réponse aux explications qu'ils leur 123
R-fr-R
ont données, le Magistrat et le Conseil de Mulhouse mandent 99
h leurs bons amis de Colmar, qu'ils ne peuvent approuver
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426 REVUE d'alracb
rexpédition qu'on projette contre les Armagnacs dans le seul
but de ravager et de ruiner le pays. Leur avis est qu'il vaut
mieux se rendre en force devant le château de Montbéliard,
en fiiire le siège, et obliger l'ennemi à déguerpir : autrement
on se le mettrait de nouveau sur les bras, et il ne manquerait
pas de se venger aux dépens de tous ceux qui ne sont pas
derrière les murs des places fortes. Pour ce qui est de Mul-
house, si rapproché de l'ennemi, la ville abandonnée à ses
seules ressources, n'est pas de force à tenir la campagne contre
lui. Les représentants de la cité demandent à être exemptés
de l'expédition, jusqu'à ce qu'ils aient terminé leurs prépa-
ratifs conformément aux résolutions de laligue^ qu'ils ignorent
encore. En attendant, ils donnent leur adhésion à l'alliance, à
laquelle la commune entière, nobles et roturiers, a prêté
serment.
Vendredi après la Saint-UlrLc 1445.
Original en papier, scellé du sceau de la ville.
124 9 juillet 1446. — Adhésion, dans les mêmes termes que
^'^'^ celle de la ville de Colmar (du 27 juin précédent) donnée par
le bourgmestre, le Conseil et la commune de Mulhouse à l'al-
liance conclue contre les Armagnacs.
Vendredi après la Saint-Ulric (9 juillet) 1445.
Original en papier, muni du sceau secret de la ville, appliqué en
placard sous couverte de papier.
^•25^ 10 juillet 1445. — L'évêque Robert de Strasbourg, land-
^ grave d'Alsace, annonce à ses amis le Magistrat et le Conseil
de Colmar, qu'après réception delà lettre par laquelle ils accep-
taient l'invitation faite à eux et à leurs alliés d'envoyer des
députés à Molsheim, le lundi avant la Sainte-Marie-Magdeleine
(19 juillet), pour s'entendre avec ses conseillers au sujet de
leur projet de campagne contre les Armagnacs, son père le
duc Etienne l'a fait prier de se rendre auprès de lui. Cette
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L-M
144S— 48
M47b
l'invasion des armagnacs en ALSACE 427
circonstance l'oblige à contremander la conférence projetée et
à la remettre au lundi après la Saint-Jacques (26 juillet).
Saverne, samedi après la Saint*Eilian et ses compagnons,
martyrs, 1445.
Original en papier, scellé du sceau épiscopal en cire rouge.
10 juillet 1445. — Le maître et le (Conseil de Golmar, sup- 126
posant que leurs bons amis de Haguenau ont connaissance de
Falliance contre les Armagnacs conclue dans la haute Alsace,
jugent convenable de les en entretenir avec plus de détails
que n'en comporte une simple lettre; en conséquence ils les
invitent à envoyer leurs députés, le mardi avant la Sainte-
Marie-Magdeleine (20 juillet) à Strasbourg, pour y conférer
avec les représentants de Colmar.
Samedi avant la Sainte-Marguerite, vierge, 1445.
11 juillet 1445. — Sur le rapport que ses députés lui ont 127
fait du recès de la diète récemment tenue, le Magistrat et le ^^"^
Conseil de Schlestadt mandent à leurs bons amis de Golmar
que, quoiqu'ils n'y soient pas obligés par les termes du projet
d'alliance, ils prendront part à l'expédition contre les Arma-
gnacs, à la condition qu'à l'avenir on ne s'écartera plus des
stipulations convenues dans le principe; mais quant au collège
des Cinq, ils n'en veulent pas entendre parler, attendu que si
l'on s'en tient à la lettre du traité, ce Conseil n'est pas néces-
saire.
Dimanche après la Saint-Eilian, martyr, 1445.
Original en papier, scellé du sceau rompu de la ville.
11-17 juillet 1445-46. — Voyagede l'obristmestreàEnsis- 123
heim, où il se rendait, avec quatre chevaux, sur la convocation ^^^^
du comte Jean de Thierstein, à l'occasion de l'alliance et de ^' ^
diverses autres affaires. H pasSa la nuit, et dépensa en tout
14 s. 6 d.
Autre voyage du même à Soultz, au sujet de l'expédition
projetée contre Montbéliard; son absence dura trois jours, et
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428 RBVUB d'alsagb
la dépense monta pour lui et les trois chevaux qui raccom-
pagnaient^ à 1 1. S s. 6 d.
129 12 juillet 1445. — Adhésion donnée par le Magistrat el le
89* Conseil de Munster, au nom de toute la commune, qui en fait
le serment, au projet d'alliance contre les Armagnacs arrêté
par divers Etats de la haute Alsace.
Lundi avant la Sainte-Marguerite, (12 juillet) 1445.
Original en papier, muni au bas du sceau secret de la ville, appli-
qué en placard sous couverte en papier.
130 n juillet 1445. — Le chevalier Jean Oswald de Hattstalt
89* et son cousin Vigile de Hattstatt certifient qu'ils ont convoqué
le jour même leurs ressortissants de Herlisheim, de Hattstatt
et de Soultzbach, lesquels ont adhéré par serment, de concert
avec leurs seigneurs, à la ligue formée contre le funeste ras-
semblement, connu sous le nom d'Armagnacs ou d'Ëcorcheurs.
Jour de la Saint- Alexis 1445.
Original en papier muni au bas des deux sceaux appliqués en
placard sous couverte en papier.
131 18-24 juillet 1445. — Maître Gilles (Kempff) se rend de
U4&-4& nouveau à Ënsisheim, auprès de la diète des Etats des pays
antérieurs, pour les affaires de Talliance. Son absence dura
deux jours, et la dépense pour lui et ses trois chevaux monta
à 15 s.
Il fait un autre voyage pour la même affaire à Ribauvillé,
auprès du sire de Ribaupierre. Dépense : 2 s. 6 d.
Pour le vin qu'on a bu à la Cave-à-la-Balance, lors de la
diète qui s'y est tenue à l'occasion deTalliance: 5 s. S d.
132 25-31 juillet 1445. — L'obristmestre se rend à Molsbeim,
i4tô^6 à Strasbourg, auprès du grand-bailli, pour demander au nom
^' de ralliancC; qu'on envoie un corps de troupes à notre secours ;
il était en compagnie des députés de messire de Bussnang, et
son absence dura six jours. La dépense pour lui et ses trois
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l'invasion des armagnacs en ALSACE 429
cbevaax fut de 8 1. 5 s., y compris les frais d'un exprès
envoyé à Haguenau, pour s'assurer si le graud-bailli y était.
Voyage du prévôt à Ensisheim, auprès du comte Jean de
Thierstein, quand en dernier lieu les Etats refusèrent d'ad-
hérer à Talliance : B s. 18 d.
l"-7 août 1445. — Voyage de maître (Jean) de Vîrdenheîra I33
à Molsheim, en compagnie de ladéputation de Scblestadt. quand 1445^-46
elle se rendit au plaid qui se tint devant l'évêque di» Stras- ^'
bourg, au sujet du butin (fait sur les Armagnacs). L'absence
dura trois jours avec trois cbevaux, et la dépense monta à
1 1. 9 s. 2 d.
8-14 août 1445. — Voyage de maître Gilles (Kempff) à I34
Haguenau, où il s'était rendu sur la convocation du ducLouis^ 1445-46
au sujet du méchant peuple étranger. Son absence dura sept ^'
jours, et pour lui et ses trois chevaux la dépense monta à
4 l. 1 s. 6 d.
Autre voyage du même auprès de messire Conrad de Buss-
nang, lorsqu'on renonça à l'expédition projetée contre Mont-
béliard : 5 s. 6 d.
22-28 août 1445. — Maître Gilles (Kempfi) se rend de 135
nouveau à Haguenau, pour pousser de là jusqu'à Heidelberg, 14^^
toujours au sujet du peuple étranger ; mais il revint sans ^' ^'
avoir exécuté ce dessein. Son absence avec trois chevaux,
dura sept jours, et il dépensa en tout 8 1. 18 s. 2 d.
Payé pour la dépense de quelques varlets, qui avaient été
envoyés, pendant un temps assez long, dans le pays haut,
pour assurer la rentrée de la moisson, de concert avec les ser-
viteurs d'autres seigneurs et villes, contre les déprédations du
méchant peuple : 18 1. 6 s. 7 d.
Cette dernière dépense faillit être portée en compte une seconde
fois la semaine suivante ; récriture en a été biffée, mais pas assez
pour qu'on ne puisse lire que les varlets étaient au nombre de
quatre, et que leur service avait duré un mois.
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430 RKYUB DALSAOB
136 31 août 1445. — Le comte Guillaume de Ltltzelsteia, sd-
14^48 gneur de Gueroldseck dans la Yosge, ayant eu connaissance de
Talliance contre les Armagnacs conclue entre les Etats de la
haute Alsace, et de leur projet de marcher contre Tennemi,
envoie à Golmar un député chargé de prendre des informations
et, s'il y a lieu, de proposer son concours. Le maître et le Con-
seil lui répondent en lui envoyant la liste des différents Etats
qui ont adhéré à la ligue, parmi lesquels ils comptent Mul-
house. Ils ajoutent qu'il est en effet question d'organiser une
expédition contre les Ecorcheurs, et si le comte de Lûtzelstein
veut s'y joindre, on l'informera du moment où l'on entrera en
campagne.
Mardi après la décollation de saint Jean-Baptiste 1445.
137 2 septembre 1446. — Recès d'une diète tenue par les
^'^'^ membres de la ligue formée contre les Armagnacs pour dresser
un état supplémentaire des contingents à fournir pour la défense
du pays.
Ces contingents seront commandés par Jean Stœr; ils seront
rendus à Soultz le samedi après la Saint- Adolphe (4 septembre).
La diète se réunira de nouveau pour s'entendre sur l'ex-
pédition à diriger contre Montbéliard, dès que le comte Jean
de Thierstein et Henri Gappeler auront fait savoir les inten-
tions de la maison d'Autriche.
Le seigneur de Bussnang écrira aux nobles de Montreux
pour connaître leurs sentiments sur les propositions qu'il leur
a faites.
Jeudi après la Saint- Adolphe 1445.
Minute ou copie contemporaine en papier, sans marque d'au-
thenticité.
138 5-11 septembre 1446. — Le prévôt se rend à Ensisheim,
14^^ A^^ I& députation de messire Conrad de Bussnang, auprès du
^•^* comte Jean de Thierstein, encore au sujet du peuple étranger.
Les frais montent à 5 s. 5 d.
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l'invasion des armagnacs en ALSACE 431
19-25 septembre 1445. — Lorsqu'Antoîne de Wittenheim, i39
Conrad Zwenger et Henri d'Appenwihr ont été avec de Tin- i*«-^
fanterie à Cernay, ils ont dépensé à Soultz, à Cernay et à
Rouffach pour les voitures et les chevaux, avec les franchises
(mit dm fryheytm) (?) 1 1. 12 s. 5 d.
26 septembre 1445. — Le maître et le Conseil deColraar uo
mandent au chevalier Henri de Ramsteîn que, lors de la der- 14J-4B
f» 151
nière incursion des Ecorcheurs, ils ont enlevé aux bouchers recto
de la ville du bétail acheté par eux dans le pays haut ; mais
que, poursuivis par les gens de Colmar, à cheval et à pied, ils
abandonnèrent leur butin que, dans l'ardeur de leur poursuite,
les Colmariens négligèrent de reprendre. Le vaillant Kuntz-
mann de Brinighoffen ne voyant là que du bétail enlevé aux
Armagnacs, se crut fondé à s'en emparer, quoique ceux de
Colmar fussent en campagne aussi bien que lui. Depuis, la
ville a appris que Kuntzmann a vendu ce bétail à quelques
ressortissants d'Altkirch. Le maître et le Conseil de Colmar
prient le chevalier de Ramstein d'intervenir pour obtenir la
restitution du bétail à ses légitimes propriétaires.
Dimanche avant la Saint-Michel, archange, 1445.
26 septembre — 2 octobre 1445. — Payé pour 400 pains ui
offerts à ceux de Schlestadt quand ils ont été ici avec leurs i^j^u
troupes de pied et de cheval : 16 s. 8 d.
p. 19
28 septembre 1445. — Eu réponse au message verbal que 142
le chanoine Conrad de Bussnang leur a fait tenir pour les im^
engager à écrire aux seigneurs et aux villes du bas pays, afin yotm
d'en obtenir le contingent de gens d'armes dont il avait été
récemment question chez eux, le maître et le Conseil de Colmar
le prient de ne pas les charger de cette commission, qui n'au-
rait sans doute pas de résultat, à en juger par le peu d accord
que témoignait la dernière réponse à eux faite par les alliés;
il leur paraît préférable que le chanoine fasse lui-même cet
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432 BBVUB D'ALSi^OB
appel qui, de sa part, recevrait peut-être un meilleur accueil
que s'il partait de Colmar.
Mardi avant la Saint-Michel, archange, 1445.
143 3 octobre 144S. — Le chanoine Conrad de Bussnang ayant
L-M
1442-48 répondu que si la ville de Colmar réunissait les seigneurs et
les villes de la ligue, il se rendrait à sa convocation, le mattre
et le Conseil persistent dans leur refus de prendre de nouveau
l'initiative. Après avoir pris tant à cœur le bien commun du
pays, après s'être donné tant de mal et avoir fait tant de sacri-
fices en pure perte, voyant que l'un veut aller à droite quand
l'autre propose d'aller à gauche, il ne leur reste plus qu'à
supplier Sa Grâce de convoquer elle-même les membres de la
ligue, comptant que chez elle les délibérations auront plus de
chances d'aboutir qu'à Colmar.
Samedi après la Saint-Michel, archange, 1445.
144 8-9 octobre 1445. — Voyage de Welschi de Bebelnheim*,
lui troisième, à Rouflfach auprès de messire Conrad de Buss-
nang, qui nous avait demandé de lui envoyer une députalion
pour conférer sur les présentes conjectures (diserhSffe halb):
9 s. S d.
Oifferl à ceux de Schlestadt, au retour de leur expédition dans
le pays haut, contre le peuple étranger, quand ils passèrent
la nuit ici, outre les 400 pains dont il a été tenu compte
ci- dessus, quatre mesures de vin coûtant 16 s. 6 d.
X. MOSSMÂIIN.
fLa fin h la prochaine livraison J
K-B
1445—46
p. 80
* Le noble Welschi ou Werner de Behelnheim, qn'il ne faut sans
doute pas confondre avec un stetlmester du même nom, révoqne en
1427, figure dans les listes des magistrats de 1445 à 1453.
M«ahow«. " Zaprfancriu Tciito Badar ft Ci*.
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LA DISSOLUTION
OB
L'ORDRE DES JÉSUITES
EN ALSACE
Suite et fin*.
Collège d'Ensisheim.
Le collège d'Ënsisheim, qui comptait plus de deux siècles
d'existence, fut supprimé, et il ne se trouva personne qui
protestât contre cette suppression. Il était dédié à saint
Erhard, et avait été fondé en 1551 sous le nom de séminaire
par MaximUien, archiduc d'Autriche, « pour opposer, par le
bienfait d'une éducation catholique, une barrière aux progrès
de l'hérésie. » Ce prince y avait créé cinq chaires, où l'on
enseignait la religion et les lettres jusqu'en rhétorique inclu-
sivement; les régents appartenaient en partie au clergé sécu-
lier et en partie à l'état civil. Les régents de cet établissement
s'étant insensiblement relâchés et ayant cessé de répondre à
l'attente de l'autorité et des familles, l'archiduc Léopold d'Au-
triche, évêque de Strasbourg, et la régence d'Ënsisheim s'en-
tendirent facilement pour appeler dans cette ville une colonie
de Jésuites de Fribourg, et lui confier l'instruction et l'éduca-
tion de la jeunesse. Le SI mai 1614, un accord fut conclu
avec la maison de Fribourg, et le 9 février de l'année d'après,
les Jésuites de cette ville prirent possession des bâtiments du
4- Année. — Nonrelle Série. 28
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434 REVUE D' ALSACE
séminaire ainsi que de la chapelle de Saint-Erhard. Cç nouvel
établissemeut fut confirmé en 1617 par une bulle du pape
Paul V.*
Le grand nombre de familles nobles et de distinction qui
demeuraient alors à Ënsisheim, et les officiers de la Régence
virent avec la plus vive satisfaction Tinstruction et Téducatiou
de leurs enfants remises à cette savante corporation. Le nou-
vel établissement fut doté, par l'empereur Mathias et l'archi-
duc Léopold, de beaux bénéfices qui devaient servir à l'entre-
tien des professeurs. G étaient, outre plusieurs belles fermes
et de beaux corps de biens, l'ancienne abbaye bénédictine de
Valdieu (GotleslhalJ, située dans le canton de Dannemarie, et
qui avait été fondée en 1245, grâce aux libéralités de Thié-
baut, comte de Ferrette.
S** Le prieuré de Walbach, situé dans le canton de Landser.
3° Le prieuré de Froide-Fontaine (Kaltenbrunn), situé non
loin de Délie, et qui n'était d'abord qu'une cour (Curtis quœ
vocaiur frigidus Fons) * qu'Ermentrude, fille de Guillaume
comte de Bourgogne, avait donnée en 1105 à l'abbaye de
Cluny.'
4*" Le prieuré de Saint-Nicolas-des-Bois situé dans la vallée
de Belval près de l'ancien château de Rougemont, et fondé en
1193 par Renaud de Montbéliard, comte de Bar, et Frédéric,
comte de Ferrette, son frère. Ces comtes le donnèrent en 1198
à l'abbaye de Molesme de l'ordre de Citeaux, en Champagne;
les bâtiments en furent totalement détruits pendant la guerre
de Trente ans.
5° Et la chapelle de^Sainte-Marie-Madeleîne, située à une
demi-lieue de distance du prieuré de Saint-Nicolas-des-Bois.
^ Mbrgklen, Histoire de la ville d* Ënsisheim, t. II, p. 195.
' Trouillat, Monument de l'histoire de V ancien évêcké de Bâle, t. I,
p. 221.
* Froide-Fontaine et Valdieu demeurèrent au collège de Golmar, après
la dissolution des Jésuites.
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DISSOLUTION DE L'OBDRB DES JÉSUITES 435
La princesse Claudia de Médicis, veuve de Léopold, archi-
duc d'Autriche, confirma en 1636 toutes ces dotations au col-
lège d'Ensisheim et lui en fit de nouvelles pour l'entretien de
vingt-quatre personnes.
Les lettres de confirmation furent enregistrées à la Régence
d'Ënsisheim.
Après la réunion de TAlsace à la France, Louis XIV rem-
plaça en 1659 les Jésuites allemands par des Jésuites français
de la province de Champagne, et confirma à ceux-cî, par un
brevet du 12 août 1661, tous les biens et tous les privilèges
qui avaient été concédés au collège d'Ënsisheim. De concert
avec le souverain pontife, il leur attribua encore le prieuré
de Feldbach, près de Ferrette. Ce prieuré avait été fondé vers
1144 par Frédéric I", comte de Ferrette, et soumis à l'abbaye
de Cluny.*
La rente de ces dotations faisait un chiffre total de dix à
dous^ mille livres par an, et le collège en fut en possession
jusqu'à sa suppression; ce n'est pas sans raison queSchœpflin,
en parlant de ce collège, l'appelle : < Splendidissimum Jesuita-
rum coUegivm a MaximiUano Ensishemii institutfém. i
Collège de Colmax.
Le collège de Colmar était une succursale de celui d'Ënsis-
heim; il avait été fondé en 1627 par une colonie de Jésuites
de cette ville et autorisé en 1698 par le roi Louis XIV. L'é-
glise et les bâtimenta du prieuré de Saint-Pierre furent
aJDTectés à cet établissement avec 1000 livres de pension que
la ville de Colmar était tenue de lui payer sur les revenus du
prieuré qui lui avaient été concédés. Ces revenus s'élevaient
^ Après la dissolation des Jésaites, Feldbach revint à l'ordre de
Clony.
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436 REVUE D'ALSACE
dans les moindres années à 9 ou 10,000 livres, mais dans les
meilleures il rapportait de 15 à 16,000 livres de rentes. Cet
établissement était dirigé par huit religieux au moment de la
suppression de Tordre.
Comme Colmar était la capitale de la Haute- Alsace et le
siège du Conseil souverain, et qu'il y avait dans cette ville an
grand nombre de familles qui ressentaient le besoin de
donner à leurs enfants Tinstruction secondaire, le collège de
cette ville fut maintenu par lettres patentes du roi Louis XV,
du 6 septembre 1765, et agrégé (à l'Université; on y établit
un cours complet d'études, de sorte qu'il fut élevé au rang
d'un collège de plein exercice dirigé par douze prêtres.
Comme ses revenus étaient insuffisants pour subvenir à tous
les besoins créés par sa nouvelle position, on lui réunit les
biens et les revenus du collège supprimé d'Ensisbeim, les
ornements et les vases sacrés ; le mobilier et la riche biblio-
thèque de cet établissement lui furent transférés et concédés.
Pour augmenter sa dotation, on lui fit même don du produit
de la vente de la pharmacie.
Le personnel de la maison d'Ensisbeim et de ses succur-
sales se composait alors de 23 pères etde H frères; * plusieurs
d'entre eux se retirèrent dans la suite à Porrentruy, en Suisse.
Les vastes et beaux bâtiments du collège d'Ensisbeim res-
tèrent vides et abandonnés, mais en 1778, ils furent appropriés
à un dépôt général de mendicité, et servent depuis 1811 de
maison centrale de détention.
Collège de Boufflioh.
Le collège de Rouffach subit le sort de celui d'Ensisbeim.
^ Archives de la Basse-Alsace, C. 343.
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DISSOLUTION DE L'ORDRE DES JÉSUITES 437
Six pères s'y vouaient à l'instruction delà jeunesse; ils durent
se soumettre à la volonté du roi, et abandonner cette ville.
Cet établissement avait été fondé par les Jésuites de Schle-
stadt dans l'ancien prieuré de Saint-Valentin, que les Bénédic-
tins avaient abandonné, et dont l'archiduc Léopold d'Autriche
leur avait fait don, avec tous les biens et revenus y attachés,
par acte du 27 août 1616. Cette donation leur avait été con-
firmée par une bulle du pape Paul V, du mois de février
1618, et par lettres patentes du roi de France Louis XIII du
mois de juin 1638.^
La gestion des biens et revenus des collèges de Haguenau,
de Schlestadt et de Rouffacb fut confiée à un bureau ou Con-
seil d'administration commun aux trois établissements sup-
primés. Le bureau était composé du premier officier de la
justice royale ou seigneuriale de l'une de ces trois villes, d'un
ecclésiastique délégué par l'évêque, d'un membre du ministère
public, de deux officiers municipaux, de deux bourgeois nota-
bles et d'un receveur. La présidence en était dévolue à l'offi-
cier de justice.^
Le receveur tenait une comptabilité connexe pour les trois
établissements ; tous les ans il rendait un compte général et
un compte particulier de la recette et de la dépense.
Livres S. D.
Celui de l'an 1775 émarge une recette de 94,272 » 8
et une dépense de 30,268 . 10
Partant un boni de 64,003 19 10*
Les biens de ces trois maisons furent déclarés nationaux
par la loi du 28 octobre 1790, et vendus en partie pendant la
Révolution.
^ Archives de la Basse-Alsace, D. 206.
' Là même, G. 343.
• Là même, D. 181.
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438 REVUE d'alsace
Prieuré d'Œlenberg.
L'ancien monastère d'Œlenberg, situé à proximité de
Reiningen dans l'ancien Sundgau, a^ait été fondé pour des
chanoines réguliers de Tordre de Saint- Augustin, par la com-
tesse Heilwige de Dagsbourg, mère du pape saint Léon IX.
Il relevait immédiatement de la Cour de Rome. Le saint pape
consacra l'église de ces pieux chanoines et augmenta consi-
dérablement leurs biens. En 1531, ce monastère fut livré au
clergé séculier, et en 1618, il fut incorporé au collège des
Jésuites de Fribourg, et passa après la paix de Westphalie
à celui d'Ensisheim.* Pendant la Révolution, cette maison fut
vendue comme bien national; elle a été acquise en 1835 par
les religieux de la Trappe, qui y ont fondé un couvent de leur
ordre.
Couvent de Saint-Ulrioh.
Le monastère de Saint-Ulrich, sur la Larg, était dans l'ori-
gine une maison de chanoines réguliers de l'ordre de Saint-
Augustin, qui paraît avoir été fondée vers 1260 par Ulrich I,
comte de Ferrette. L'empereur Rodolphe II le donna en 1587
avec tous ses revenus au collège des Jésuites de Fribourg*
A la paix de Westphalie, les Jésuites d'Ensisheim remplacèrent
ceux de Fribourg dans la possession de ce prieuré. Après la
dissolution des Jésuites, Saint-Ulrich et Œlenberg furent
rendus à l'Université de Fribourg.
Prieuré de Saint^Morand.
Le prieuré de Saint-Morand près d'Altkirch, de la congré-
* RÔHRiCH, Les Jésuites en Alsace. (Revue protestante des écoles, année
1840, p. 6.)
* Archives de la Haute-Alsace, C. 423.
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DISSOLUTION DE L'ORDRE DES JÉSUITES 439
gation de Clany, fut fondé par Frédéric, comte de Ferrette, au
commencement du XII* siècle, et à la prière de ce seigneur,
saint Hugues, abbé de Ciuny, y envoya un jeune religieux
nommé Morand, d'une des premières fomilles des Gaules,
avec quelques religieux pour peupler le nouveau monastère,
que son fondateur enrichit de ses libéralités. Dans l'origine ce
prieuré portait le nom d'Altkirch, parce qu'il était établi près
d'une ancienne église que la tradition fait remonter aux pre-
miers temps du christianisme, et qui étaitplacée sous le voca-
ble de saint Christophe. Deux cents ans après le décès de
saint Morand, qu'on vénère comme le patron du Sundgau, ce
couvent changea de nom et prit celui de Saint-Morand. L'em-
pereur Rodolphe II l'incorpora en 1587 au collège des Jésuites
de Fribourg^ qui n'entrèrent en possession qu'en 1621,
époque à laquelle l'archiduc Léopold, frère de l'empereur
Ferdinand II, leur en fit une nouvelle donation. Dans l'inter-
valle le prieuré était considéré comme un simple bénéfice
dont les archiducs d'Autriche disposaient en faveur de leurs
créatures.
Depuis son incorporation au collège de Fribourg, l'église de
Saint-Morand était toujours desservie par un supérieur qui
avait sous ses ordres deux ou trois religieux.
Cette incorporation rencontra la plus vive opposition de la
part de l'abbé de Cluny, chef de la congrégation de ce nom, qui
prétendait que le monastère de Saint-Morand appartenait
aux Bénédictins de son ordre, et que la maison d'Autriche
n'avait pas le droit d'en disposer; il intenta même à la maison
des Jésuites de Fribourg un procès qui n'était pas encore
jugé, lorsque la paix de Westphalie, conclue en 1648, amena
la réunion de l'Alsace à la couronne de France. Les Jésuites
d'Ënsisheim avaient remplacé ceux de Fribourg dans la pos-
session du prieuré de Saint-Morand. Dans les premières
^ Archives de la Haute-Alsace^ C. 423.
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4U) RBYUE D*ALSâCB
années qui suivirent le traité de paix, le R. P. Antoine Weîn-
hard^ recteur du collège d'Ensisheim, se plaignit de ce que le
P. Willeaume, vicaire général de l'étroite observance de Quny,
c rinquiétait tant en jugement que dehors > au sujet des
prieurés situés dans la Haute- Alsace, que le» archiducs d'Au-
triche avaient conférés et donnés aux Jésuites.*
D. Willeaume, dans les facturas qu'il publia et qu'il pré-
senta au Conseil du roi, accusa les Jésuites d'une complication
de menées, de fourberies, de calomnies, de violences, de spo-
liations de reliques, titres, ornements et meubles ; on y voit la
ruine de ces bénéfices, à mesure qu'ils passaient par leurs
mains ; des surprises faites au pape, à l'archiduc Léopold qui
leur était livré, au roi de France, et les manœuvres les plus
odieuses pour corrompre les juges et les témoins. Les efforts
de D. Willeaume ne furent pas couronnés de succès ; il perdit
sa cause, et le R. P. Weinhard parvint à obtenir des gouver-
neur, président et conseillers établis à Brisach pour exercer
en Alsace le pouvoir judiciaire dans toute sa plénitude, le
21 avril 1654, une décision qui maintint le collège d'Ensis-
heim dans la possession des bénéfices qui avaient été concédés
dans l'origine aux Jésuites de Fribourg. A l'appui de leur
décision, les conseillers du roi constatèrent que < la maison
d'Autriche, comme prince souverain de la Haute et Basse-
Alsace, avait acquis le droit de patronage et d'advocatie sur
tous les prieurés et commendes de cette nature, qu'elle en
avait disposé suivant sa volonté depuis plus d'un siècle,
sans avoir eu pour cela recours à aucun général ou supé-
rieur d'ordre, que même dans la distribution et collation
des dits bénéfices, elle n'avait eu aucun égard, si les pour-
vus étaient sujets de l'ordre ou non, mais avait eu unique-
ment en vue que ces bénéfices fussent employés à de pieux
* Archives de la Basse- Alsace, D. 206.
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DISSOLUTION DE L'oRDRE DES JÉSUITES 441
« usages; selon qae le bien de la province semblait Texi*
« ger.* »
Quelque temps plus tard les Jésuites eurent un nouveau
procès à soutenir contre J. G. Gœtzmann, bailli de Ferrette,
au sujet d*un fermage qu'il exigeait d'eux à Saint-Morand.
Mais la Régence de Brisach prescrivit en 1657 au bailli de ne
pas troubler les RR. PP. dans la jouissance des droits attachés
à leurs colonges.*
Afin que les Jésuites d'Ënsisheim ne fussent plus troublés
par les Bénédictins deCluny ou d'autres religieux qui avaient
été anciennement en possession des bénéfices qui leur avaient
été concédés, le roi Louis XIV leur donna en 1661 un brevet,
pour les maintenir dans leurs possessions, et demanda lui-
même au pape Alexandre VII des bulles d'union que le saint
Père fit expédier en 1662, et qui furent fulminées et publiées
dès Tannée d'après.^
En 17841e roi Louis XV céda les revenus du prieuré au
cardinal Armand-Gaston de Rohan, évêque de Strasbourg,
mais les Jésuites surent se maintenir dans leur possession.
En 1761, lorsque leur étoile commençait à pâlir, Dom Tirode,
religieux de l'ordre de Cluny, se fit pourvoir en Cour de Rome
du prieuré de Saint-Morand; il en résulta un procès, d'abord
contre les Jésuites, puis, après leur suppression, contre les
administrateurs du collège de Fribourg. Le 26 mars intervint
un arrêt du Conseil des dépêches, qui déclara n'y avoir abus
dans les provisions de Dom Tirode, et garda l'abbé de Cluny
au droit de nomination au prieuré de Saint-Morand.* C'est
ainsi que ce prieuré revint à l'ordre de Cluny.
Le cloître de Saint-Morand subit en 1752 une restauration
^ Db la Grangb, Mémoire manuscrit de VEtat de V Alsace.
* Archives de la Basse- Alsace, G. 366.
" Merklbn, Histoire d*Ensisheim, t. II, p. 197.
^ M. Hanaaer, le prieuré de Saint-Morand^ {Revue catholique d'Alsac$
de 1862, p. 10).
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442 REVUE d'alsace
totale; vendu comme domaine national pendant la Révolution,
ce vaste bâtiment est devenu la propriété de la ville d'Âltkîrch
en 1827. Le département du Haut-Rhin y a placé le dépôt des
enfants trouvés et des orphelins pauvres. Le site riant au
milieu duquel ce bâtiment s'élève, en fait un des plus beaux
établissements hospitaliers de l'Alsace.*
M. Lagrange, dans son mémoire sur l'Alsace, rapporte que
Farchiduc Léopold avait annexé et incorporé plusieurs prieurés
au collège d'Ënsisheim. Toutes ces fondations, dit-il, peuvent
aller à 10,000 ou 12,000 livres de rente.
Le Parlement de Paris, lorsqu'il enregistra le !•' décembre
1764 redit du mois de novembre, qui abolissait la Société de
Jésus, avait renchéri sur la rigueur des dispositions qu'il con-
tenait et avait ordonné que les ci-devant Jésuites seraient
tenus de résider dans les diocèses de leur naissance. A peine
deux années s'étaient-elles écoulées que, jugeant que les dis-
positions qu'il avait ajoutées à l'édit du roi n'étaient pas assez
rigoureuses, il rendit le 9 mai 1767 un arrêt qui déclarait
les Jésuites publics et secrets ennemis de toute puissance et
de toute autorité légitime de la personne des souverains et de
la tranquillité des Etats, et enjoignit à tous les membres delà
Société de sortir du royaume dans le délai de quinzaine, n'ex-
ceptant de l'ostracisme que ceux qui, dociles aux arrêts des
6 août 1762 et 22 février 1768, avaient prêté le serment pres-
crit. La formule de ce sermentest très étendue ; on y remarque
entre autres engagements, celui de ne jamais correspondre
avec aucun membre de la Société résidant en pays étranger,
et de combattre en toute occasion la morale pernicieuse qu'on
attribuait à la Société.
Enfin le pape Clément XIV se joignit aux princes temporels
pour frapper cette Société, et déclara le 21 juillet 1778 cet
^ M. GouTZWiLLER, Notlce sur la ville d'Âltkirch, dans \sl Revue d'Alsace,
année 1850, p. 415.
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DISSOLUTION DE L'ORDRE DES JÉSUITES 443
ordre célèbre anéanti et supprimé dans toute la chrétienté par
un bref accueilli à la fois par l'admirable résignation des vic-
times et la joie délirante de leurs ennemis.
Les Jésuites se dispersèrent, mais ils étaient toujours prêts
à se réunir au moindre signal, et conservèrent dans leur iso-
lement l'espoir de se rétablir malgré l'esprit du siècle.
L'état des pensions payées en Alsace aux Jésuites, tant
prêtres que frères, depuis le 1*' octobre 1766 au 80 sep-
tembre 1767, émarge une somme de 22,150 livres, et comme
la mort ne tarda pas à produire un grand vide dans leurs
rangs, le roi Louis XV résolut d'augmenter les pensions des
plus âgés d'entre eux, et ordonna, par arrêt du Conseil d'Etat
du 18 août 1773, que cette augmentation serait de 50 livres
pour le Jésuite âgé de 60 ans, de 100 livres pour celui qui
aurait atteint l'âge de 70 ans, et de 200 livres pour celui qui
serait âgé de 80 ans.^
Un édit du roi Louis XVI, donné à Versailles et registre au
Parlement de Paris, le 13 mai 1777, vint compléteras dispo-
sitions prises à l'égard des Jésuites.' Il leur, permit de conti-
nuer de vivre, comme simples particuliers, sous l'autorité
spirituelle des Ordinaires, mais il leur défendit de se réunir
plusieurs ensemble en société, sous quelque prétexte que ce
fût, d'avoir ni d'entretenir aucun commerce ni aucune corres-
pondance avec les étrangers qui auraient été de la Société,
surtout avec ceux qui y auraient eu quelque autorité. Il leur
interdit les fonctions de supérieurs de séminaires, de Régents
dans les collèges, ainsi que toutes celles relatives à l'éducation
publique ; il leur permit cependant les fonctions de curés et
de vicaires, mais dans les campagnes seulement.
L'arrêt d'enregistrement ordonna en outre qu'ils ne pour-
raient être pourvus de bénéfices, sans au préalable avoir fait
la soumission de maintenir et de professer les libertés de l'E-
* Archives de la Basse- Alsace, C. 343.
* Jordan, Ordonnances des Bourbons, règne de Louis XVI, t. III, p. 1.
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444 BEVUE d'alsage
glise gallicane, et notamment les quatre articles de la déclara-
tion de 1682.
Le Parlement ajouta encore d'autres conditions, notamment
celle de se retirer dans les diocèses de leur naissance, et de
ne pouvoir résider ailleurs.
Mais Louis XVI trouva que cette disposition était trop
rigoureuse et qu'elle allait au delà de ses intentions exprimées
dans son édit de mai 1777; il en donna le 3 juin une décla-
ration interprétative,. qui fut enregistrée le 10 sans modifica-
tion. Le roi y rappela que la Société de Jésus ayant été anéan-
tie dans tous les Etats catholiques de l'Europe par un con-
cert unanime de toutes les puissances, elle ne pouvait plus être
rétablie ; que les ecclé^siastiques qui en faisaient partie, pour-
raient, ainsi que les autres ecclésiastiques séculiers du royaume,
résider hors du diocèse de leur naissance, lorsqu'ils en auraient
obtenu la permission de leur évêque ; qu'ils pourraient pos-
séder toutes dignités, canonicats et prébendes dans les cathé-
drales et collégiales, autres néanmoins que celles qui avaient
charge d'âmes ou dont les fonctions étaient relatives à l'édu-
cation publique. Ceux d'entre eux qui voudraient exercer les
fonctions de vicaires dans les paroisses de campagne, étaient
astreints préalablement à faire leur soumission, de se confor-
mer à l'éditde novembre 1764, àl'édit du mois de mai 1777
et à la déclaration interprétative, et de maintenir et de pro-
fesser les libertés de l'Eglise gallicane.
L'Assemblée constituante traita les Jésuites comme les
autres religieux supprimés. Le décret^des 19-26 février 1790
dit que les ci-devant Jésuites résidant en France recevront un
complément qui rende leur revenu égal à celui qui est accordé
aux autres religieux de la même classe. Personne n'ignore
que le pape Pie VII retira et annula par sa bulle du 7 août
1814, le bref de Clément XIV, relatif à la suppression des
Jésuites, réintégra leur ordre dans tous ses droits, et le recom-
manda à tous les potentets, tant séculiers qu'ecclésiastiques.
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DISSOLUTION DE L'OBDEE DES JÉSUITES 445
ETAT DES JÉSUITES
tant pères que frères, résidant en Alsace depuis la dissolution de la
Société, et recevant une pension en 4765.
Collège de Strasbourg.
Jean-Louis Willesme, recteur du collège, âgé de 60 ans,
né à Sedan.
Jean-Baptiste Magnière, âgé de 66 ans, né à Dan.
François-Joseph Jost, âgé de 78 ans, né à Thann (Haute-
Alsace).
Jacques-Antoine Fèvre, âgé de 76 ans, né à Glervaux
(Franche-Comté).
Jean-Louis Baussin, âgé de 69 ans, né à Stenay.
Louis Nuguets, âgé de 65 ans, né à Autun.
Jean-Wolfgang Eieffer, âgé de 61 ans, né à Minversheim.
Henri-Elisée Scherb, âgé de 61 ans, né à Landau.
Antoine-Adrien-Gabriel Gérard, âgé de 54 ans, né à Nogent-
le-Roy.
Jean-Antoine Geiger, âgé de 50 ans, né à Bouxwiller.
François-Ignace Hermann, âgé de 52 ans, né à Schlestadt.
Pierre Gadois, âgé de 52 ans, né à Reims.
Jean-Louis Courtois, âgé de 53 ans, né à Charleville.^
Charles- Valentin Vogel, âgé de 45 ans, né à Ensisheim.
Hermann-Jacques Stecher, âgé de 47 ans, né à Haguenau.
François- Antoine Fuchs, âgé de 45 ans, né à Schlestadt.
Thiébaut Wetterlé, âgé de 43 ans, né à Berentzwiller
(Haute- Alsace).
François-Mathias Zaepffel, âgé de 38 ans, né à Dambach.
^ Courtois fut chargé, après la mort du P. Oudin, de continuer l'ou-
vrage : Bibliotheca scriptonmi socielatis Jesu ; il alla à Rome pour chercher
de nouveaux matériaux à cette bibliothèque, et revint en France, où il
mourut en 1768. n est l'auteur d'un poème latin, intitulé : Aqua Picota,
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446 REVUE D'ALSACE
François-Joseph BitUg, âgé de 36 aiis» né à Gueberschwihr
(Haute- Alsace).
Jean Pelletier, *âgé de 86 ans, né à îournus.
Jean-Baptiste Kuennemann, âgé de 88 ans, né à Schweig-
hausen (Haute-Alsace).
François-Joseph Siffert, âgé de 68 ans, né à Colmar.
François-Joseph Sermonet, âgé de 48 ans, né à Obernai.
Jacques Thomas, âgé de 44 ans, né à Stenay.
George-André Hunette, âgé de 83 ans, né à Strasbourg.
François- Valentin Neef, âgé de 61 ans, né à Rienlzheim
(Haute-Alsace).
Pierre-Humbert Lault, âgé de 49 ans, né à Montigny (Ni-
vernais).
Jean-Baptiste Durosoy, âgé de 88 ans, né à Belfort.*
Joseph- Antoine Hurst, écolier approuvé \ âgé de 81 ans, né
à Soultz (Haute-Alsace).
Nicolas Bruntz, écolier approuvé, âgé de 28 ans, né à
Redersheim (Haute-Alsace).
Etienne Beck, écolier approuvé, âgé de 2S ans, né à Réguis-
heim (Haute-Alsace).
François-Xavier Delevieleuse, écolier approuvé en 1759,
né à Thann.
François-Ignace Jobin, âgé de 35 ans, né à Schlestadt.
Eléonore Guyon, âgé de 24 ans, né à Faulquemont (Lor-
raine allemande).
* Durosoy (Jean-Baptiste) né à Belfort en 1726, docteur et professeur
de théologie au collège royal de Colmaraprès la destruction delà Société
des Jésuites, se retira dans le canton de Soleure, lors de la déportation
des prêtres insermentés, et mourut le 32 avril 1804 dans sa ville natale,
n est l'auteur de la philosophie sociale et de plusieurs autres ouvrages
qui ont encore du mérite.
* L'ordre des Jésuites était divisé en trois degrés, écoliers approuvés,
œadjuteurs formés, et profès; il était encore composé de deux autres
sortes de personnes : les frères laïcs ou coadjuteurs temporels, et les
novices.
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DISSOLUTION DE L*ORDRE DES JÉSUITES 447
Jacques Zimmermann, âgé de 23 ans, né à Aspach.
François-Joseph Weingarten, âgé de 85 ans, jié à Witten-
heim (Haute-Alsace).
Mathias Brousse, âgé de 29 ans, né à Thionville.
Thierry Collignon, âgé de 81 ans, né à Ollesy (Ardennes).
Charles Beausson, âgé de 28 ans, né à Nancy.
Gaspard-Clément Coilin, âgé de 29 ans, né à Epinal.
François-Remy-Plorimont-Dubois de Crancé, âgé de 27 ans,
né à Châlons-sur-Marne.
Gilbert-Etienne de Freraont, âgé de 28 ans, né à Villequier,
en Berry.
Raymond Pralet, âgé de 80 ans, né à Lons-le-Saulnier.
Séminaire uni au collège de Strasbourg.
François Schmaltz, âgé de 59 ans, né à Eschau (Basse-
Alsace).
George-Antoine Wiemer, âgé de 56 ans, né à Brumath.
Jacques Kâuflling, âgé de 45 ans, né à Barteuheim (Haute-
Alsace).
Jacques Schmitt, âgé de 37 ans, né à Elsenheim.
Jacques Steffan, âgé de 27 ans. né à Colmar.
François Berge, âgé de 29 ans, né à Délie.
Frères laSca du collège de Strasbourg.
Pierre- Antoine Bruat, âgé de 26 ans, né à Grandvillars.
Daniel Petrerez, âgé de 86 ans, né à Troppau (Silésie).
Romain Jesselin, âgé de 64 ans, né à Reiningen.
Nicolas Taillard, âgé de 66 ans, né à Ernest-ia- Ville (Cham-
pagne).
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448 REVUE d'alsagb
François Lallemand, ftgé de 62 ans, né à Saint-Laareat
(Trois-Evêcbés).
Jean-Georges Brandner, âgé de 58 ans, né à Andlau,
(Basse-Alsace).
Jean-Chrétien Tbemons, ftgé de 49 ans, né à Wœrth.
Mathias Meitersheîm, ftgé de 47 ans, né à Meistratzheim
(Basse- Alsace).
Martin Hinck, ftgé de 42 ans, né à Ensisheim.
Antoine-Henri Berga, ftgé de 40 ans, né à Sarrebourg
(Lorraine).
Paul Holgen, ftgé de 42 ans, né à Volckringen (pays de
Luxembourg).
Antoine Mey, ftgé de 85 ans, né à Ammerschwir.
François-Joseph Lelzqué, ftgé de 25 ans, né à Ensisheim.
Collège de Molaheiin.
Pierre Wolfif, ftgé de 56 ans, né à Molsheina, recteur depuis
six ans.
Adam Lorentz, ftgé de 72 ans, né à Baden.
Giriaque Kœnig, ftgé de 44 ans, né à Molsheim.
Jean Klein, âgé de 41 ans, né à Schlestadt.
Ignace Weisrock, âgé de 37 ans, né à Schlestadt.
Joseph Schaut, ftgé de 34 ans, né à Molsheim.
François-Xavier Rentz, âgé de 30 ans, né à Schlestadt.
François Person, ftgé de 30 ans, né à Molsheim.
Nicolas Dieterich, ftgé de 29 ans, né à Obernai.
Dominique Roos, ftgé de 31 ans, né à^Schlestadt
Et George Heitz, ftgé de 31 ans, né à Emolsheim.
Les autres Pères, au nombre de vingt et huit frères laïcs, qui
habitaient le même collège, étant nés étrangers, sont retournés
le 1"" octobre 1765 dans les collèges de la province du Haut-
Rhin en Allemagne.
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DISSOLUTION DE L' ORDRE DES JÉSUITES 449
Collège de Colmar.
François-Antoine Groust, âgé de 64 ans, né à Aspach.
Laurent Goëtlin, âgé de 66 ans, né à Lucerne.
Jean-Baptiste Kauffling, âgé de 41 ans, né à Bartenheim.
François-Xavier Weisroch, âgé de 32 ans, né à Schlestadt.
Jean Schœtzel, âgé de 27 ans, né à Colmar.
Jean-Henri Guyon, âgé de 28 ans, né à Bartenheim (Haute-
Alsace).
Frères laïcs du collège de Colmar.
Antoine Minery, âgé de 42 ans, né à Réguisheim (Haute-
Alsace).
Urs Pincke, âgé de 37 ans, né à Lundorf.
Collège d'Ensisheim^
Jacques Bittel, âgé de 65 ans, né à Luxembourg.
Philippe Rose, âgé de 43 ans, né à Zillisheim.
Jean-Baptiste Lefebvre, âgé de 88 ans, né à Reims.
Pierre Foynet, âgé de 85 ans, né à Chably (Evêché de
Langres).
Ignace Bagassin, âgé d« 71 ans, né à Porrentruy.
Jacques Gruesard, âgé de 67 ans, né à Metz.
Jean-Joseph Lichtlé, âgé de 67 ans, né à Gueberschwihr.
Joseph Eieffer, âgé de 51 ans, né à Minwersheim.
Pierre Xavier Henry, âgé de 56 ans, né à Langres.
François-Joseph Humb, âgé de 46 ans, né à Belfort.
François-Laurent Merandet, âgé de 41 ans, né à Belfort.
Dominique Kuhn, âgé de 42 ans, né à Haguenau.
Martin Dietmann, âgé de 42 ans, né à Emlingen (Haute-
Alsace).
4"» Âonée. — Nouvelle Séile. "^
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450 REVUE d'alsaoe
François-JcN9eph Brodhag, âgé de 42 ans, né à Ottmarsheim
(Haute- Alsace).
Ignace Franck, âgé de 40 ans, né à Offenbourg.
Mathias Gsell, âgé de 39 ans, né à Eaysersberg.
Jean-Baptiste Disberger, âgé de 86 ans, né à Golmar.
Pierre Baudoin, âgé de 86 ans, né à Masscourt (diocèse de
Damien Gouget, âgé de 8t ans, né à Neukîrch (diocèse
de Metz).
Adam Metzler, âgé de 86 ans, né à Orbe, près de Mayence.
Jean-Joseph Zœpfifel, âgé de 40 ans, né à Scherwîller.
Jean-Baptiste Decker, âgé de 80 ans, né à Rœser, près de
Trêves.
Jean-Melchior Gendre, âgé de 26 ans, né à Fribourg
(Suisse).
Frères laïcs du collège d'Ensishexin.
Jean-Toussaint Morel, âgé de 69 ans, né à Rupt (diocèse
de Toul).
Jacques Fels, âgé de 70 ans, né à Lupstein, prèsdeSaveme.
Jean Rouget, âgé de 56 ans, né à Aire, près de Reims.
Thomas Roux, âgé de 51 ans, né à Ghaumont.
Jean-Michel Burchard, âgé de 44 ans, né à Gueberschwibr
Jacques Royer, âgé de 44 ans, néà Ogny (Franche-Comté).
Jean-Pierre Normann, âgé de 87 ans, né à Echternach,
(Electorat de Trêves).
Jacques Kirsch, âgé de 87 ans, né à Euntzig (Electorat de
Trêves).
Rodolphe Fautsch, âgé de 80 ans, né à Cemay.
Jean Barré, âgé de 81 ans, né à Blenot (diocèse de Toul).
Nicolas Vathier, âgé de 27 ans, né à Saint-Maurice-sous-
les-Côtes (diocèse de Toul).
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DISSOLUTION DB L'ORDBB DES JÉSUITES 451
Collège de Haffuenan.
Ignace Vœgelin, âgé de 48 ans, né à Molsheim.
Jacques Bœgert, âgé de 79 ans, né à Kaysersberg.
Charles Meyer, âgé de 40 ans, né à Mutzig.
Urbain WoUeber, âgé de 40 ans, né à Obernai.
Ignace Beck, âgé de SI ans, né à EbersmQnster.
George Geiser, âgé de 26 ans, né à Lausanne.
Antoine Kirn, âgé de 40 ans, né à Molsheim.
Les autres pères, au nombre de six et trois frères laïcs, nés
étrangers, qui habitaient le collège, sont allés en Allemagne
dans des maisons de leur ordre.
Collège de Schlestadt.
François Schaumas, recteur, âgé de 60 ans, né à Obernai.
Jean Dieffinger, âgé de 52 ans, né à Dambach.
Antoine Kûtterer, âgé de SO ans, né à Molsheim.
Jean Bouvier, âgé de 30 ans, né à Nancy.
François Schauffler, âgé de 26 ans, né à Molsheim.
Joseph Relier, âgé de 43 ans, né à Dangolsheim.
Ignace Schaal, âgé de 33 ans, né à Molsheim.
Les autres pères, au nombre de sept et cinq frères qui habi-
taient le collège, étant nés étrangers, sont allés en Allemagne.
Collège de fionflkdL
Ignace Marloch, âgé de 60 ans, né à Schlestadt.
François Famer, âgé de 74 ans, né à Molsheim.
George Bœgert, âgé de 59 ans, né à Schlestadt.
Ignace Steffern, âgé de 45 ans, né à Schlestadt.
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452 REVUE d' ALSACE
Joseph Scheideck, âgé de 54 ans, né à Niedernaiorschwihr,
frère laïc.
Florent Kalcb, âgé de 45 ans, né à Haslach (Basse- Alsace),
frère laïc.
Collège de BouqnenonL
Maintenant il nous reste encore à faire connaissance avec
le collège des Jésuites de Bouquenom, petite ville lorraine
réunie au département du Bas-Rhin en 1798. Cette ville et
celle de New-Saarwerden, située sur la rive droite de la Saar,
furent réunies en une seule commune sous le nom de Saar-
Union, par décret de la Convention nationale du 28 prairial
an II (16 juin 1794). Saar-Union fut élevé au rang de chef-
lieu de district du département du Bas-Rhin ; cette ville est
aujourd'hui chef-lieu d'un canton qui fait partie de l'arron-
dissement de Saveme depuis 1800.
Les personnes familiarisées avec l'histoire de Lorraine
savent que lors de l'extinction en race mâle des comtes de
Mœrs-Saarwerden, arrivée en 1527, la possession du comté de
Saarwerden, situé au diocèse de Metz et dans la contrée appelée
Westreich, donna lieu à un procès entre la maison ducale de
Lorraine et la maison de Nassau-Saarbr^ick ; que ce procès,
porté devant la Chambre impériale de Spire, y traîna en lon-
gueur, et que la sentence qui y mit fin ne fut rendue que le
7 juillet 1629. Aux termes de cet arrêt, qui ne satisfit ni Tune
ni l'autre des parties litigeantes, la ville de Bouquenom, le
château et la ville de Saarwerden * et la cour de Wiberswiller*
furent reconnus comme étant iiefe masculins de l'évêché de
^ Saarwerden n'est plas qa'an simple village qui porte le nom de
Vieux-Saarwerden ; cette localité n'offre plus que de rares vestiges de
son ancienne importance.
' Village du canton d'Albestrof.
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DISSOLUTION DE L'ORDRB DES JÉSUITES 453
Metz, et rinvestitare que Jean, cardinal de Lorraine^ éyêque
de Metz, en avait donnée à Antoine, duc de Lorraine, son frère,
en 1527, fut validée. La possession de ces fiefs fut adjugée à
François II, duc de Lorraine. La maison de Nassau-Saarbruck
fut condamnée à la restitution des fruits perçus, dont le
montant s'élevait à plus de 2,000,000 d'écus d'Empire. Les
autres parties du comté de Saarwerden, c'est-à-dire les villages
qui en dépendaient, furent reconnus comme étant des francs-
alleux libres et indépendants, et adjugés à la maison de Nassau-
Saarbruck.^ Les mésintelligences qui régnaient entre les deux
maisons, ne furent pas calmées par cet arrêt dont Texécution
franche fut constamment éludée.
Le duc François II de Lorraine fit aussitôt marcher des
troupes sur le comté de Saarwerden qui n'était pas en état
de leur opposer quelque résistance sérieuse. La ville de Bou-
quenom fut occupée violemment, et celle de Saarwerden
emportée par escalade. Les soldats lorrains se répandirent
dans tout le comté, la prévôté de Herbit^.heim^ qui était
demeurée constamment en dehors du litige, fut envahie. Cette
malheureuse contrée fut traitée avec la plus grande rigueur ;
les insultes, les vexations de tout genre, les confiscations, le
bannissement, tout fut employé. Les pasteurs évangéliques et
les instituteurs, leurs femmes et leurs enfants furent expulsés ;
les presbytères furent ensuite occupés par des soldats et livrés
au pillage; toutes les églises, tous les biens des églises furent
abandonnés aux catholiques, et des curés catholiques furent
institués partout. Le duc François II crut bien servir le ciel
en poursuivant de sa haine les protestants du pays qu'il avait
' Relation véritable de ce qui s'est passé lors de la prise de possession
du comté de Saarwerden, iii-4* (en allemand) p. 45.
' Ancienne abbaye de religieuses de l'ordre de Saint-Benoît, sécula-
risée en 1544. Le territoire de cette abbaye, dont l'origine remontait à
l'époque carlovingienne, fut réuni à ses Etats par Jean-Louis, comte de
Nassau-Saarbruck.
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454 BEVUB d'alsage
annexé à ses Etats. Il prit des mesures contre Thérésie, et
chercha à rétablir partout la religion catholique. Jugeant que
pour affermir la conversion de ses nouveaux sujets et main-
tenir la religion catholique heureusement rétablie non-seule-
ment dans les villes, mais encore dans les villages du comté
de Saarwerden, il ne pouvait rien faire de plus avantageux à
son dessein, pour la gloire d& Dieu, le bien et l'utilité de ses
sujets, que de fonder un collège dans la ville de Bouquenom
pour les Révérends Pères de la compagnie de Jésus, selon le
projet qu'il en avait formé depuis longtemps; en conséquence
il fonda et établit, par une ordonnance rendue à Nancy le
l** décembre 16S0, dans la ville de Bouquenom un collège
qu'il remit aux Jésuites de la province de Mayence et le dota
des biens de l'ancienne abbaye deHerbitzheim, dont les comtes
de Nassau-Saarbruck s'étaient emparés « après avoir embrassé
les erreurs de Luther.* »
Cette fondation se fit du consentement du pape Urbain YIU
et de l'empereur Ferdinand II. Le duc de Lorraiùe imposa
aux Jésuites, entre autres conditions, celle d'enseigner les
humanités jusqu'à la rhétorique inclusivement; de rendre en
même temps populaire l'enseignement de la langue allemande
qui était la langue de ses sujets allemands, formant le tiers
de la population de ses Etats, de prêcher en allemand à Bou-
quenom, et d'entretenir constamment au collège de cette ville
dix élèves familiarisés avec la langue allemande, et destinés à
former des prêtres qui seraient chargés de la desserte des
cures du comté de Saarwerden et de la prévôté de Herbitz-
heim. Il arrêta que si parmi ces dix étudiants il se rencontrait
t de beaux esprits, » capables d'une instruction solide, ils
seraient envoyés aux frais du collège de Bouquenom à l'Uni-
versité de Pont-à-Mousson, pour y étudier la philosophie et la
^ Galhbt, Histoire de Lorraine, 2* édition, t. VII, preuves, page
CCXCVII.
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DISSOLUTION DE L'ORDRE DES JÉSUITES 455
théologie; qu'ils y seraient entretenus jusqu'à la fin de leur
cours de théologie, que le collège de Bouquenond fournirait
chaque année pour leur entretien une somme de 1500 livres
monnaie de Lorraine, et qu'il serait obligé en outre de tenir
une maison commode et appropriée pour leur demeure, après
qu'ils auront achevé leurs études jusqu'à ce qu'ils fussent
placés.
Les Jésuites de Mayence, qui furent appelés à diriger le
collège de Bouquenom, s'efforçaient de rendre populaire l'en-
seignement des études classiques; ils tâchèrent de gagner les
Luthériens par la persuasion < en leur distribuant le pain
salutaire de l'Evangile » et quoique doués d'une foi religieuse
ardente, ils eurent la prudence de s'abstenir de faire tomber
de la chaire des sermons de haine et de discorde, et de pro-
noncer contre les sectaires des anathèmes foudroyants.*
Ils ne prirent possession des biens de l'ancienne abbaye
d'Herbitzheim qui formaient leur dotation qu'en 1682, mais
leur jouissance n'eut qu'une durée éphémère. Au mois
d'août 1633, le rhingrave Othon-Louis, général au service de
Suède, s'empara de Bouquenom et du comté de Saarwerden ;
les habitants de cette contrée, heureux d'échapper à la tyran-
nique domination des Lorrains, saluèrent de leurs cris de
joie le drapeau de la Suède,_ accueillirent le rhingrave Othon-
Louis comme un libérateur, et rendirent avec empressement
hommage à cette couronne et aux princes protestants confé-
dérés. Le rhingrave détruisit le collège de Jésuites; il fit
saisir la bibliothèque dont le duc de Lorraine lui avait fait
donation, et l'envoya à Strasbourg, où elle alla enrichir la
bibliothèque de l'Université.*
^ Mémoire mannscrit des habitants protestants de Boaqnenom, adressé
vers 1751 au procureur général de la Lorraine.
* Cette bibliothèque était conservée dans le même local que celle de
la ville, et périt avec elle dans Tincendie du 24 août 1870; elle avait été
fondée en 1531 par le stettmeister Jacques Sturm de Sturmeck ; elle
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456 REVUE d'alsacb
Les troupes protestantes chassèrent tous les ecclésiastiques
et défendirent Texercice de la religion catholique sous les
peines les plus rigoureuses; les Jésuites se cachèrent dans
quelque coin obscur de la Lorraine allemande, et leurs élèves
se retirèrent au sein de leurs familles.
En 1641, le duc Charles IV de Lorraine s'étant saisi dere-
chef du comté de Saarwerden, les Révérends Pères sortirent
de leur retraite et rentrèrent à Bouquenom où la générosité
des habitants et des aumônes furent longtemps leur unique
ressource.
Le comté de Saarwerden fut réuni à la couronne de
France par un arrêt rendu par la Chambre royale de Metz le
11 juillet 1680, et le roi Louis XIV forma une nouvelle pro-
vince sous le nom de province de la Sarre, des parties de la
Lorraine et du Westreich que son Parlement de Metz venait
de lui conquérir. L'administration en fut confiée à Antoine
Bergeron de la Goupillière avec le titre d'intendant de justice,
police et finances.
L'état de cette contrée était alors déplorable; elle était pour
ainsi dire transformée en une vaste solitude, les terres demeu-
raient sans culture, les bras manquaient à Findustrie. L'in-
tendant de la Goupillière s'occupa à repeupler le pays et à y
opérer les améliorations et les réformes que son état récla-
mait. Pendant que cette contrée faisait des efforts inouïs pour
se relever de ses ruines, le roi Louis XIV, qui aimait à pro-
mener sa Cour, vint visiter, au mois de juillet, le pays que
son Parlement de Metz avait réuni à sa couronne. Il établit
son quartier général à Bouquenom, et y séjourna neuf jours.
Il y fut informé que, pendant tout le temps que le duc Charles
IV de Lorraine avait été privé de ses Etats, les Jésuites n'a-
comptait environ 80,000 volumes et 700 manuscrits curieux. La biblio-
thèque de la ville renfermait plus de IQO.OÛK) volumes et une foule de
manuscrits précieux.
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DISSOLUTION DE L*ORDBE DBS JÉSUITES 457
valent pas cessé de rendre d'éminents services à Bonquenom;
qu'ils avaient continué à se vouer à l'instruction delà jeunesse,
qu'ils avaient ranimé le courage des fidèles et affermi la foi
des catholiques ébranlés; il leur assigna sur le Trésor royal
une pension de 600 livres pour les mettre en état de subvenir
à leurs besoins les plus pressants et de continuer leurs tra-
vaux jusqu'à ce qu'il eût mis à exécution sa résolution de
remplacer leur ancienne fondation.^
Le duc Léopold P' de Lorraine, à qui la paix de Ryswîck
avait fait recouvrer ses Etats, porta un vif intérêt au collège
des Jésuites de Bouquenom; il remplaça en 1711 son ancienne
fondation en lui cédant comme dédommagement le fief de
firandelfing, situé en partie dans le comté de Bitsche et en
partie dans lebailliage de Sarreguemines, et il y ajouta les dîmes
de Lohr et la portion qu'il avait dans les dîmes de la chapelle
de Saint-Léonard, près de Pénétrange. Le duc de Lorraine
François III, qui ceignit depuis la couronne impériale, con-
firma au collège de Bouquenom ses biens et ses fondations
lors de la réunion des domaines aliénés de la Lorraine.
Les Jésuites de Bouquenom avaient satisfait à toutes les
charges que leur imposait la fondation du 1"^ décembre 1680,
pendant le peu de temps qu'ils avaient joui des biens de l'an-
cienne abbaye de Herbitzheim ; mais ils ne purent les conti-
nuer sur la perception des revenus du fief de Brandelfing et
des dîmes de Lohr et de la chapelle de Saint-Léonard, puisque
ces derniers étaient bien inférieurs à ceux qu'ils avaient
perdus. L'insuffisance de leurs revenus ne leur permit pas de
réparer convenablement les bâtiments du collège, qui se trou-
vaient dans un tel état de délabrement qu'en 1729 ils se
trouvaient obligés de renvoyer les élèves et de fermer les
^ Voir le rapport de la municipalité de Bonqaenom sor le collège de
cette Tille, en date da 3 janvier 1792. Je dois à l'obligeance bien connue
de M. Ârthnr Benoît, de Berthelming, la communication de cet intéres-
sant document.
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458 RBVUB D'ALSACE
classes.* Mais en 1749, le R. P. Provincial rétablit le coU^
et sous la direction de son recteur, le R. P. Trubers, les
classes reprirent leur activité. Gomme le nombre des élèves
allait grandissant sans cesse, les constructions existantes ne
se trouvèrent plus en harmonie avec les exigences des besoins
nouveaux; les Jésuites, quoique leur maison ne fût pas riche,
résolurent de reconstruire l'église et le collège à neuf. Les
travaux commencés en 1757, furent poussés avec activité et
terminés Tannée d'après.
Les bftthnents du collège sont vastes et solides, accompagnés
d'un jardin et d'une cour spacieuse; le premier corps offre
sur la grande rue, une façade de six fenêtres à deux étages,
sur rez-de-chaussée. Le second n'a qu'un étage, maïs on a
donné aux fondations et aux murs la solidité nécessaire pour
pouvoir le surmonter d'un étage. Au dessus de la porte d'entrée
se voit la devise bien connue des Jésuites : A. M. D. G. {Ad
majorem Dei gloriam). Le bâtiment destiné aux classes conte-
nait six salles, où Ton enseignait depuis la sixième jusqu'à la
rhétorique inclusivement.
Le collège était alors dans toute sa splendeur, le nombre
des élèves s'était sensiblement augmenté depuis quelques
années par les soins éclairés du recteur, du préfet et des
régents, qui ne s'épargnèrent aucune peine pour procurer à
la jeunesse qui fréquentait cet établissement, toute l'éduca-
tion possible, surtout l'étude simultanée des langues latine,
française et allemande, dont les deux dernières étaient si
utiles et si nécessaires en cette province, au milieu même des
différents Etats protestants.
A côté du collège s'élève l'église ou la chapelle ; elle n'offre
rien de remarquable; sa façade latérale se compose de cinq
fenêtres et l'on y voit un porche intérieur. Elle est placée sous
l'invocation de saint Louis QX), roi de France; ses autels
^ Registre de police, aux archives de Saar-Union.
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DISSOLUTION DB L'ORDBB DES JÉSUITES 459
latéraux sont consacrés à la sainte Vierge et à saint Joseph.
Sous l'église il y a une crypte qui se compose d'une suite de
caveaux communiquant les uns arec les autres, et destinés à
la sépulture des Révérends Pères. Au dessus de la porte
d'entrée se trouve sculpté le monogramme supercroiseté de
IHS.
A toutes ces constructions l'Ëtat a contribaé par des sub-
sides, et la commune par la fourniture gratuite des bois de
charpente.
Outre le collège, les Jésuites de Bouquenom étaient aussi
chargés de la desserte des paroisses d'Œnningen et de Ees-
kastel, villages appartenant à la maison de Nassau-Saarbruck,
et de celle du village lorrain de Saarwerden, et ils n'ont cessé
d'y exercer les fonctions curiales qu'à la dissolution de la
Société. Lorsqu'elle fut proscrite par les Parlements du
royaume, Stanislas, duc de Lorraine, étendit sa protection sur
tous les Jésuites qui vivaient sous sa domination, et ce ne fut
qu'en 1768, deux ans après la mort de ce prince, que ceux
de Bouquenom furent évincés complètement du collège de
cette ville et remplacés, suivant lettres patentes du l*' août,
par des prêtres séculiers. Ces lettres patentes assignaient aux
professeurs des appointements fixes, et prescrivaient aux
administrateurs de rétablissement, de pourvoir à leurs subsis-
tance et nourriture qui furent taxées à 300 livres par an pour
chacun d'eux; ils touchèrent cette nourriture jointe à leurs
appointements. Le traitement du principal était de 11 00 livres,
celui du professeur de rhétorique était fixé à 950 livres, et
chacun des cinq régents avait un traitement de 800 livres.
Des lettres patentes du 16 novembre 1779, enregistrées au
Parlement de Paris le Si décembre suivant, ordonnèrent que
le collège de Bouquenom serait desservi à partir du 1** octo-
bre 1780 par les chanoines réguliers de la congrégation de
Notre-Sauveur; que cette congrégation serait tenue d'y entre-
tenir sept de ses membres pour y remplir les fonctions de
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460 RBYUB D*ALSAGB
professeurs, qu'elle jouirait à l'avenir, et à partir du !• octo-
bre 1780, des maisons, jardins et terrains dépendant du collège,
qu'il lui serait remis tous les vases sacrés, ornements d'église,
chasubles et effets mobiliers qui pourraient appartenir audit
collège, et qu'elle payerait aux principal et régents actuelle-
ment en exercice une pension viagère de 1000 livres, qui
serait répartie entre eux.
Le roi établit et créa dans le collège de Bouquenom trois
bourses ou places gratuites de 400 livres chacune, lesquelles
étaient à sa nomination et spécialement destinées à des
enfants du duché de Lorraine, que ladite congrégation serait
tenue de loger, nourrir et instruire gratuitement sans que les
parents fussent tenus à d'autres dépenses qu'à celles de l'ha-
billement.
Ce collège a subsisté jusqu'en 1792; le R. P.Jean-Baptiste
Rastignat en a été le dernier principal.
Quelque temps avant la suppression du collège, le Conseil
général de la commune avait fait, avec l'adhésion des villes
voisines, d'activés démarches pour obtenir la conservation de
cet établissement et son érection en école nationale; il s'était
adressé au sieur Ârbogast \ député du département du Bas-
Rhin à l'Assemblée législative, l'un des membres du comité
d'instruction publique et rapporteur pour le maintien des
collèges, pour le supplier d'avoir égard au rapport que la
commune avait fait sur le collège, et qu'elle avait envoyé au
directoire du département de la Moselle, déposer en sa sagesse
le bien général et celui de la ville, et de lui accorder ses
bontés, prétextant que, si le collège, si susceptible d'augmenta-
* Loaîs-François-Antoine Ârbogast, né à Matzig en 1759, fat aussi
nommé député à la Convention nationale, et y fat Fantenr dn rapport snr
l'uniformité et le système général des poids et mesures, et de celui sur la
yérification du télégraphe de M. Ghappe. Il fut professeur à l'école d'ar-
tillerie et à l'école centrale de Strasbourg. Il mourut en 1803.
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DISSOLUTION DE L'ORDBE DBS JÉSITITES 461
tioD, ne devait plas subsister, sa suppression serait une perte
irréparable pour la yille qui ne s'en relèverait jamais.
Les bâtiments de Tancien collège sont la prc^riété de la ville
de Saar-Union; un collège communal y fut établi en 1807,
mais cet établissement n'eut qu'une existence éphémère, et fut
supprimé en 1827. Aujoard'hui ils sont affectés aux écoles
catholiques, deTun et de l'autre sexe.
Quelque temps après la dissolution de la Société des Jésuites,
le comté de Saarwerden fut témoin de la conversion de la
princesse de Nassau-Saarbruck, laquelle eut un grand reten-
tissement parmi les protestants de cette contrée.
Le savoir et le zèle des Jésuites de Bouquenom avaient
opposé ane digue puissante à la Réforme qui menaçait tout
le comté de Saarwerden et la Lorraine allemande de ses enva-
hissements; ils avaient répandu avec une prodigalité inépui-
sable la prédication delà parole de Dieu, et en avaient recueilli
les fruits; ils avaient lait rentrer dans le giron de l'Eglise une
foule de dissidents, et après l'anéantissement de leur Société,
ils eurent encore la satisfaction de 'voir leurs travaux cou-
ronnés par une dernière conversion, la plus éclatante de toutes.
Guillaume-Henri, prince de Nassau-Saarbruck, fut emporté
par une attaque d'apoplexie le 24 juillet 1768; sa veuve douai-
rière Sophie-Christine-Charlotte-Erdmuth, comtesse d'Erbach,
au nom et comme tutrice naturelle du prince Louis, encore
mineur, qui venait de succéder à son père, administra
quelque temps ses Etats, mais elle ne conserva la régence
que jusqu'à ce que son fils eût obtenu du chef de l'Empire une
dispense d'âge pour prendre le gouvernail des affaires. Elle
se retira dans le château de Lorentzen.^ Cette résidence, qui lui
avait été assignée pour douaire, lui fit contracter une liaison
intime avec un ex-jésuite de Bouquenom, qui obtint bientôt
' Lorentzen estnn village situé sur l'Eichel et faisant partie du canton
de Siaiar-Union.
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403 RBVUB D'ALSACE
sa confiance et la décida à rentrer dans le sein de rEg;lise
catholique.^ Après avoir fait abjuration, elle vécut dans la
retraite et fut à peu près oubliée à Saarbruck^ n'ayant con-
servé auprès d'elle que quelques serviteurs dévoués. Elle
signala son séjour dans le village de Lorentzen par les bien-
faits qu'elle répandit; elle fit don à Téglise catholique de cette
localité de beaux ornements et en fit confier la desserte au
R. P. Jésuite qui l'avait fait rentrer dans le giron de l'Eglise.'
Les événements de la Révolution la forcèrent de quitter cet
asile et de passer le Rhin ; elle trouva enfin un refuge à
Ascbaffenbourg, où elle finit ses jours le l*' juin 1795.
Dagobert Fischer.
^ F. KÔLLNBR, Histoire des comtes de Nassau^aarbruck, t I,
p. 466, n' 1.
* Â.D. RÔLLNBR» Histoire des viUes de Saarhruck et de Saint-Jean,
1. 1, p. 410.
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FRANQUEMONT
LE SEIGNEUR ET LE CURÉ
Aux limites de la Haute-Âlsace qui, autrefois, s'étendait
jusqu'à la seigneurie de Montjoie et à la partie occidentale
du clos du Doubs, une petite contrée, à cheval sur cette
rivière, ressortait du diocèse de Besançon et de celui de
Bâle. Elle formait une enclave dans les Etats du prince-
évéque, mais elle ne lui appartenait pas, lorsqu'on l'érigea
en une seigneurie particulière, n'ayant guère qu'un château
et une église : le premier, pour servir de résidence à un
noble, la seconde, pour laisser officier un prêtre ; le noble,
comme l'ecclésiastique, vivaient aux dépens de quelques
familles, dont les maisons de bois étaient groupées ou éparses
dans les alentours du castel et de l'église.
Cette contrée fut donnée, dans les premières années
du XIY* siècle, à un noble de Montfaucon, par un comte de
Montbéliard et un sire de la Roche. Le premier possesseur
de ce fief, Gérard de Monttaucon, n'avait trouvé que quelques
ruines désertes sur un rocher dominant le passage du Doubs.
n y bâtit un château, en 1805, en mettant à réquisition les
habitants de tous les domaines de son fief. Lorsque, de nos
jours, on observe l'étendue des ruines de ce castel, et l'épais-
seur de ses murailles, on peut estimer que les corvées furent
nombreuses et les corvéables peu satisfaits de construire une
forteresse qu'il leur faudrait entretenir et garder par corvée,
avec la seule compensation de s'y réfugier en temps de
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464 BEVUE d'albaob
guerre, pendant que l'ennemi brûlerait leurs maisons et
ravagerait leurs campagnes.
Sur l'autre rive du Doubs, en regard du château, s'élevait,
depuis plusieurs siècles, le clocher d'une église et une bonne
maison de pierres, le tout entouré de murailles et constituant
une forteresse rivale, appelée la citadelle , guoigu'eUe ne
servit que de résidence à un curé et à sa gouvernante. Cette
vieille église était celle de Goumois, et le nouveau château
reçut le nom de Franquemont, au lieu de celui de Ghâtela-
vrin qu'avait porté la forteresse primitive. Pourquoi ? Nous
l'ignorons, car ce nom n'est pas romain, quoique ces conqué-
rants aient séjourné par là et fortifié ce lieu pour couvrir le
passage du Doubs à Goumois.
Après la mort de Gérard de Montfaucon et de son fils, la
seigneurie de Franquemont revint à Etienne, comte de Mont-
béliard . Celui-ci n'avait pas été heureux dans sa famille. Ses
deux fils étaient morts avant lui. L'aîné, Henri, n'avait laissé
que quatre filles, mais leur grand-père, encore vert, avait
pris une maîtresse dans ses vieux jours ; elle lui donna un
fils, auquel le comte pensa lorsqu'il fit son testament, le
81 octobre 1397. Il lui légua la forteresse de Franquemont
avec toutes ses dépendances, tandis qu'il partageait sa succes-
sion entre ses quatre petites-filles, dont l'une, Henriette, eut
le comté de Montbéliard qu'elle apporta en mariage à un
prince de la maison de Wurtemberg.
Henri de Montbéliard, sire de Franquemont, était un
vaillant chevalier ; l'empereur d'Allemagne le légitima, mais
cet acte ne lui donna pas la fortune, en sorte qu'à sa mort, il
laissa peu de chose à ses deux fils. Le cadet alla s'établir en
Lorraine, et l'aîné, Claude, eut la seigneurie de Franquemont,
dans laquelle il exerçait toutes juridictions, haute, moyenne
et basse. Il pouvait tailler ses gens à merci, demander à ses
sujets des aides pour marier ses filles, comme Louis-Phih'ppe
quand il régnait en France, exiger de l'aident quand on
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FRANQUEMONT 466
l'armait chevalier, et surtout lorsqu'il voulait aller outre-mer
à la conquête de la Terre-Sainte, ne fttt-ce qu'en rêve, comme
cela se faisait encore à cette époque. Un seigneur songeait
qu'il voulait aller prendre Jérusalem, il exigeait l'aide de la
croisade, et quand la somme était encaissée, il ne restait rien
autre de ce songe.
Si le père de Claude avait fait grande figure à la cour de
Montbéliard et à celle de l'empereur, dépensé beaucoup
d'argent au concile de Bàle, qui en engloutit tant, cette vie
de courtisan avait fort ébréché sa fortune. Son fils ne fut pas
plus heureux. Il avait bien pris femme dans la maison de
Montjoie, mais la dot était petite pour mener la vie de grand
seigneur. Il fallut se retirer de temps en temps dans le castel
de Franquemont, par économie, pour y vivre des revenus de la
seigneurie, en pressurant un peu ses hommes, en tirant parti
de ses droits de chasse et de pêche, en nourrissant ses chevaux
avec les fourrages des terres dépendantes du château, terres
cultivées en partie par corvée, fourrages que les vassaux lui
amenaient tout secs sous le grandCFère, à la porte du manoir.
La position de celui-ci entre la Suisse et la Bourgogne, alors
en guerre, vint accroître les embarras du seigneur Claude.
En 1474, le duc Charles-le-Téméraire, qui n'avait rien à lui
commander, ne laissa pas que de lui envoyer une bande de
soldats bourguignons pour tenir garnison à Franquemont;
Claude n'osa résister à ce prince, qui agitait toute l'Europe.
Sa forteresse était assez mal pourvue d'engins de guerre. On
n'y trouvait que des armes de cette époque de transition:
plus d'arbalètes que d'arquebuses, trois serpentines et quel-
ques bombardes en fer forgé et tirant des boulets de pierre;
de petites couleuvrines à main et des haquebutes en bronze,
fondues au chftteau même, comme on y avait forg^ un veu-
glaire et autres petits canons. Les munitions étaient peu
abondantes : quelques centaines de quarreaux ou viretons
d'arbalètes, quelques douzaines de boulets de pierre et de
4- Anoée. » Nonyelld Série. 30
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466 REVUE D'ALSACE
balles de plomb, arec des moules de calibres divers ; deux ou
trois quintaux de plomb, et fort peu de poudre à canon. Les
armes défensives ne consistaient qu'en quelques cuirasses,
vieux haubergeons et gambisons, de rares capelines, bassinets
et autres casques, pour les gens les plus exposés. On avait
encore quelques piques, pertuisanes, épées et dagues. Le
seigneur seul possédait une armure complète avec tous ses
accessoires.
Les vivres n'étaient pas abondants à Franquemont. La cave
contenait plus de vieilles futailles vides que de tonneaux
pleins. Les vassaux ne devaient que 800 boisseaux de blé,
quelques livres de cire pour faire des bougies pour la dame,
mais le curé s'en emparait pour son église, et il fallait rem-
placer la cire par le suif, qu'on transformait en chandelles au
château même. Les revenus de la seigneurie, en argent, ne
se montaient qu'à 248 livres de Bâle, et quoiqu'alors le
numéraire ait eu plus de valeur que maintenant, puisque le
prix d'une messe était alors de 6 sols, avec lesquels on
pouvait acheter deux demi-ehapons, ce qui permettait au curé
de se régaler de volaille, le sire n'était pas riche.
Tel était, en gros, Tarmement et l'approvisionnement de
Franquemont à l'arrivée des Bourguignons; mais une place
dont le commandant n'est pas le maître, ne peut &ire une
longue défense. L'évêque de Bâle, qui avait pris le parti des
cantons suisses, convoitait Franquemont, enclavé dans sa
seigneurie des Franches-Montagnes. Il expédia ses contingents
avec quelques serpentines, bombardes et autres gros engins.
Les sujets de l'évêque firent rapidement les approches de la
place, se logèrent dans la première enceinte, si près de la
demeure seigneuriale que le sire Claude leur parlait de sa
fenêtre pour se plaindre de cette agression d'un voisin avec
lequel il n'était pas en guerre. Mais les assiégeants continuèrent
l'attaque pendant quelques jours, et s'emparèrent du château
le 18 novembre 1474. Après un petit bout de pillage, qu'on
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FRANQUEMONT 467
avait promis à Tayance, pour stimuler le courage de ces
milices, on laissa aller le sire Claude et sa dame les mains
vides, et Ton fit Tinventaire de ce qai restait au château,
dont on remit la garde à M. Ghadecu, maire ou châtelain de
Delémont. Cet inventaire fait voir que le mobilier duchâteau
était moins que somptueax; et qu'il se trouvait, par destina-
tion, dans un désordre inexprimable, depuis la chambre du
sire et de sa dame, jusqu'à celle des valets et des soudards ;
depuis la bibliothèque, riche de quatre volumes, comme celle
des chanoines de Saint-Michel, de Porrentruy, presqu autant
que celle du roi Jean, jusqu'à la chapelle, où il ne restait que
les burettes vides, la clochette et une nappe d'autel déchirée.
Le mobilier était vieux, cassé, usé; la vaisselle de bronze,
d'étain, de terre ébréchée, fendue, bossuée; le linge en
loques. Rien de neuf, rien de seigneurial que le grand bois-
de-lit à colonnes du sire Claude et de dame Marie de Mont-
joie, et leurs deux grandes chayères ou fauteuils armoriés,
mais sans coussins pour amortir la dureté du bois de chêne.
Nous avons sous les yeux trois inventaires de ce mobilier,
qui prouvent que le petit-fils du comte de Montbéliard n'était
plus qu'un pauvre hère, vivant petitement dans son manoir,
et n'ayant plus guère d'un seigneur que le titre et de grosses
charges absorbant les revenus de la seigneurie.
Pendant qu'on dépouillait et expulsait le seigneur de
Franquemont, le curé de Goumois, depuis son presbytère,
avait observé d'un œil curieux les diverses péripéties du
siège. U avait vu les Bourguignons faisant des signaux de
détresse depuis les fenêtres du château donnant sur le Doubs.
Mais les gens de la seigneurie, tenus de défendre la forteresse,
avaient jugé prudent de laisser cette besogne aux étrangers,
et ils se contentèrent d'assister aux prières qua le curé réci-
tait en latin, Dieu sait en faveur de qui, car ses ouailles n'y
comprenaient rien, quoiqu'elles fussent obligées de payer
chaque oremus. Ceux-ci étaient comme des billets de la loterie
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408 REVUB d'alsagb
de Fraûcfort, qu'on achète sans savoir si Ton obtiendra on
gain, c Mais l'espoir console de la dépense, et la foi saave
rhomme > dit-on.
La prise du château de Franquemont mit l'évéque de Bftle
en bonne humeur; le démon des conquêtes le tenta si fort
qu'il passa le Doubs et s'empara de la montagne de Trévil-
1ers, comprenant une dizaine de villages et un plus grand
nombre de hameaux et de métairies, ayant alors cent quatre-
vingt-dix-neuf che& de ménage, tandis que la seigneurie de
Franquemont n'en avait que dix-huit. La moyenne d'une
famille étant de cinq personnes, on peut voir quelle était
alors la population de ces pays conquis et annexés à l'évêché
de Bftle. Mais cette annexion fût de peu de durée pour la
montagne de Trévillers ; il fallut la restituer à la paix, et il
ne resta à Tévèque que la seigneurie de Franquemont, qui
ne lui causa jamais que des embarras et des désagrémenta
Cependant le sire Claude de Franquemont était tombé dans
un état voisin de la misère. D soupirait après son ancienne
seigneurie; il la réclama pendant plusieurs années et n'en
obtint la restitution qu'avec le secours de puissants protec-
teurs ; mais au lieu de relever, comme auparavant, du comte
de Montbéliard, Franquemont fut érigé en fief de l'église de
Bftle. Avant même d'en avoir reçu l'investiture, le sire Claude,
pour se rendre ses sujets favorables, les réunit en assemblée,
et leur promit d'alléger leurs charges, de leur octroyer même
des libertés, moyennant par eux lui donner préalablement
6S florins d'or. Ce qui fut exécuté loyalement de part et
d'autre le 22 janvier 1482. Cette lettre de franchises est un
curieux document indiquant quelle était encore la condition
des personnes à la fin du XV* siècle. Il n'y avait plus de
ser&, mais des sujets tenus à de nombreuses servitudes,
qu'ils cherchèrent à diminuer en cette occasion.
Le sire de Franquemont étant mort en 1619, sans laisser
d'en&nts, son fief fit retour à l'évéque de Bâle, qui (e remit
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FRANQlTElfONT 469
à une &mille noble franc-comtoise. Gelle-ci le rendit peu
après, en 1537, à Nicolas de Gilley, personnage jouissant de
la faveur de l'empereur d'Allemagne, et son ambassadeur en
Suisse. II en obtint l'érection de Franquemont en baronie, le
droit de battre monnaie et autres privilèges, auxquels il
ajouta divers empiétements sur les droits de l'évéque de Bâle,
qui, pendant de longues années, eut maille à partir avec le
baron de Gilley, seigneur de beaucoup de lieux, mais chargé
de dettes et de fils endettés. Ceux-ci, pour se libérer, vendi-
rent Franquemont au comte de Montbéliard, qui se hâta de
recouvrer ce fief. Ce fut alors son tour de procéder avec
l'évoque de Bâle. Après de longues années de procès, ils
firent enfin une convention qui semblait mettre fin à tous les
conflits. Mais, comme l'évéque avait conservé le droit d'entrée
au château de Franquemont, et qu'il y entretenait une petite
garnison, celle-ci était en querelle perpétuelle avec les soldats
du comte de Montbéliard. Sur le conseil de l'ambassadeur de
France en Suisse, l'évéque s'avisa de faire démolir Franque-
mont, par ceux-là mêmes qui l'avaient bâti par corvées.
L'expédition eut lieu au mois de mars 1677, et elle se fit
avec tant de rapidité, que le comte n'en eut avis que lorsque
tout était terminé.
Mais si le manoir n'existait plus, la seigneurie n'était pas
détruite pour autant. Le comte la fit régir par le maire de
Goumois, cumulant les fonctions d'administrateur, de juge
civil, de juge criminel, de procureur fiscal, de receveur et
d'aubergiste, ayant pour assesseurs et ofilciers tous les mem-
bres de sa famille, excepté que parmi les justiciers devait
toujours se trouver le curé. Souvent c était le seul qui sût
lire, et tel avocat de la seigneurie, sans être bègue, avait
cependant peine à lire le troqué ou l'imprimé, aussi cumulait-
il les fonctions de garde champêtre. — On avait bâti, au bout
du pont de Goumois, une maison de justice ayant cave et
prison dans les fondations, cabaret et logement du maire au
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470 REVUE D*ÂLSÀO£
rez-de-chaussée, salle de justice au premier étage, potence à
deux piliers sur la roche voisine, carcan à chaque bout du
pont, Tun pour les Français de la rive gauche, l'autre pour
les gens de la seigneurie, sur la rive droite, et, pour
qu'il n'y ait pas de jalousie, le gibet avait deux bras, l'un
tendu vers la France, pour les ressortissants du royaume, et
lautre vers Franquemont. Alors on ne cachait pas les instru-
ments du supplice, et on les faisait solides, pour ne pas avoir
de frais de réparation. Mais quel luxe pour une seigneurie
composée de dix -huit ménages I Bien ne manquait à l'orga-
nisation juridique. On était jugé et amendé en famille, c'est-à-
dire par celle du maire, prononçant et percevant les amendes
et les pots-de-vin inséparables des justices du mpyen-ftge,
qui, à Goumois, existait encore en 1792, lorsque les voisins
des Franches-Montagnes y descendirent pour renverser le
gibet et planter un bonnet rouge sur le faîte de la maison
de justice. Douze ans auparavant, l'évêque de Bâle avait
reconnu la souveraineté du roi de France sur la partie de la
seigneurie de Franquemont qui se trouvait sur la rive
gauche du Doubs, mais il avait conservé tous ses autres
droits.
Pendant que les destinées de la seigneurie s'accomplissaient
successivement, le curé de Goumois était resté dans ses privi-
lèges et immunités, sans qu'aucune perturbation ait troublé
son repos, non pas que c'eût été toujours le même individu,
mais quand un curé était mort, il en repoussait un autre, et
le nouveau venu, comme son prédécesseur, se cramponnait à
ses revenus et prérogatives pour qu'ils ne reçussent aucune
atteinte. Une fois cependant, le comte de Montbéliard-Wur-
temberg, huguenot du meilleur teint, envoya un prédicant
dans sa seigneurie de Franquemont, pour y conquérir des
âmes. Le ministre en avait pris un certain nombre, et il avait
fallu partager l'église, et lui faire place pour enseigner
l'Evangile ; mais point de partage au presbytère, où les deux
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FRANQUEMONT 471
prêtres du Christ en seraient venus aux mains chaque jour.
Malgré cette concession du seigneur du fief, le prédicant
était fort au chemin du curé, qui parvint à le faire assommer
dans une émeute, pour qu'il n'en fût plus question. On
montre encore la « pierre au ministre » qui rappelle cet
événement.
Ne pouvant ramener au bercail tous les déserteurs, le curé
voulut au moins s'assurer des fidèles en faisant une nouvelle
constitution paroissiale, plus appropriée à ses intérêts que
l'ancienne, absolument comme cela se pratique dans les affaires
civiles de nombreux Etats, lorsqu'un parti politique obtient
le dessus. Le peuple ny prend garde que lorsqu'il faut en
payer les frais, mais souvent c'est un peu tard. A Goumois, le
curé consulta ses ouailles, qu'il s'agissait de tailler à son
profit. Ses paroissiens avaient payé leur seigneur pour qu'il
diminuât leur taille, et l'habile curé les fit payer pour qu'ils
augmentassent celle qui lui revenait. Sa position géogra-
phique était cependant embarrassante. Sa paroisse, sur la
rive droite du Doubs, était du diocèse de Bâle, et sur la rive
gauche, de celui de Besançon. Dans la première on pouvait
manger des œufs et du beurre en Carême, et dans la seconde
ces mets étaient défendus. Le curé, en homme prudent, ne
tpucha point à cette corde, et seulement à celle de la cloche de
son église, pour appeler tous ses paroissiens au temple commun,
sans distinction de diocèse, et leur soumettre la constitution nou-
velle copiée, disait-il, sur l'ancienne, sauf les variations dans
les espèces monétaires, qui ne permettaient plus de prier
pour le même prix qu'autrefois. Mais pour ne pas effaroucher
les payants, il eut soin de taxer ses oremus en monnaies
diverses ayant cours dans les deux diocèses, et d'appuyer sur
la monnaie bâloise, dont l'unité ou la livre était double de
celle de France. Quant à la monnaie de Pranquemont, proche
parente de celle de Montjoie, on la passa sous silence, car elle
était fort décriée. Il avait eu soin de gémir sur la pauvreté
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472 REV17B d'alsage
dans laquelle était tombée la dot cariale, par suite des guerres
et de la dureté des temps, en même temps que, par prudence,
il avait fait appuyer ses lamentations d'une requête adressée
à Tarchevêque de Besançon par ses plus fidèles paroissiens,
sans que ces bonnes gens se doutassent que le riche prélat
leur ferait payer le déficit de la caisse paroissiale sans toucher
à la sienne, selon une coutume invariable.
Après ces sages préliminaires, voici quelles furent les
clauses du traité qu'il fit avec ses paroissiens.
Son traitement, en argent, ne valait plus que ISO livres
de Bàle ; mais il jouissait de toute la maison curiale, d'un
jardin, de dix-sept et demi journaux de champs labourés par
ses paroissiens, et du bois de chauffage qu'ils lui amenaient
tout fendu. Il percevait la dîme des agneaux, une gerbe de
blé par ménage, pour la peine qu'il prenait de lire la passion
de Notre-Seigneur à la messe du dimanche des Rameaux ; il
avait les offrandes d'un bon denier par chef de famille, à
chacune des quatre fêtes solennelles de Tannée; son bétail
paissait sur les terrains communaux, moyennant, par le curé,
conjurer soigneusement les tempêtes. Il pouvait estiver sur les
pâturages de Vanténaivre et de Gourgouton, sur les deux
rives du Doubs, son cheval, sa vache^ ou une paire de bœufs.
Ses nourrins allaient à la faine, moyennant contribuer au
salaire du berger. — On lui devait 8 sols bâlois pour une
messe basse (de nos jours cela coûte 1 fr. 50 à 2 fr.), et
16 sols pour une messe chantée. Il avait 2 sols 10 deniers
pour un Salve, 5 rappes pour un Libéra me, et autant pour
la purification d une femme. Cependant il était gratuitement
le bandeau dont on ceignait le front des gens que i'évèque
venait confirmer; mais au baptême d'un enfant, le parrain
lui donnait S sols. Quelqu'un venait-il à mourir dans la
paroisse, on devait au curé 2 boisseaux de froment et 10 sols
de Bâle^ pour l'enterrement. Ce jour-là, et les trois diman-
ches suivants, on lui offrait sur l'autel une miche de pain de
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FRANQUBMONT 478
ménage, et il allait chanter le Libéra sur la tombe moyennant
5 sols par fois.
Si un individu voulait quitter la paroisse et priver le curé
de ses droits mortuaires, il fallait l'en dédommager à l'avance
par 0 batz et un boisseau de blé. On était alors libre d'aller
se faire enterrer ailleurs en payant le curé du nouveau domicile.
Les fiançailles coûtaient 10 sols, le mariage un écu. Le
lendemain des noceSg les époux, encore endormis, allaient à
la messe, et offraient au curé une pinte de vin et un pain de*
2 sols, en reconnaissance de la peine qu'il avait prise de
bénir la couche nuptiale. En ce temps de bénédictions, on
bénissait tout et le bouquet de la mariée, et le bré, ou
berceau du poupon futur, et le reste par dessus le marché,
non toutefois sans rétribution. Si les mariés quittaient lu
paroisse, ils devaient au curé un écu pour son droit de Recedo,
c'est-à-dire pour l'indemniser des émoluments qu'il aurait
perçus si le ménage était resté dans la paroisse.
Le curé bénissait les fours à chaux, les maisons nouvelles,
les champs, les prés, les gens et les bétes, à 10 sols par fois et
un bon dîner.
Les larves de hannetons ou autres insectes faisaient-ils des
dégftts dans la paroisse, vite on appelait le curé. Celui-ci en
référait à l'archevêque de Besançon, pour lui demander l'auto-
risation de fulminer des malédictions contre ces insectes. On
parcourait alors en procession les campagnes infectées, et l'on
payait au curé un demi-écu pour la première excommunica-
tion. Les insectes étaient-ils rebelles, on renouvelait jusqu'à
trois fois la procession, et les anathèmes, à un quart d'écu, ou
15 sols bftlois par séance. — Nous ne savons si ces imprécations
avaient du succès, mais on pourrait en essayer pour l'oïdium,
les sauterelles et autres fléaux champêtres, en réservant,
comme à Goumois, de payer au rabais en cas d'insuccès.
La paroisse payait six-quarts d'écu pour le vin et les
hosties employées à la célébration de la messe. Les procès-
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474 BEVUE d'alsaœ
sions des Rogations se faisaient gratuitement, mais si Ton
appelait le curé pour bénir les abeilles, les croix des fontaines,
ou autres objets, alors on lui devait un cadeau en beurre ou
en œufs frais. — Les croix des fontaines rappellent le culte
des sources qu'on n'a pu déraciner qu'en les mettant sous la
protection de la croix, comme le culte des arbres a été rem-
placé par celui de quelque image de saint attachée au tronc
vénéré.
La convention qu'on vient d'analyser a été passée le
15 octobre 1710, dans l'église de Goumois, et l'of^cialité de
Besançon l'a ratifiée le 13 avril de l'année suivante. Chaque
paroisse de Tévêché de Bâte en avait dans le même genre,
seulement la forme générale était imposée par l'évêque, et
les paroissiens débattaient les détails avec leurs curés. Ces
actes, très nombreux aux archives de l'évéché, indiquent
rimmixtion du clergé dans une foule de choses de l'ordre
civil, et presque toujours des choses fort inconvenantes, mais
profitables au clergé. Ce n'est que la Révolution de 1789
et 1792, dans Tévêché de Bâle, qui mit fin à ces usages plus
que surannés. *
Nous avons puisé cette notice dans les archives précitées,
et dans celles de la mairie de Goumois, que nous avons eu
occasion de consulter pour écrire l'histoire des institutions
constitutionnelles et juridiques des diverses seigneuries de
révèché de Bâle. Elle figure avec beaucoup plus de déve-
loppements archéologiques et historiques dans nos manuscrits
renfermant l'histoire de plus de cent cinquante châteaux qui
hérissaient jadis les rochers et les collines du Jura bernois,
et dont il ne restera bientôt plus que nos gros in-folios, le
temps et la main des hommes achevant chaque jour de
détruire ces restes des temps féodaux.
A. QUIQUEREZ.
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LES MONTBELIARDS
EN PALESTINE
Suite et fin.
Lors des conférences de Ferentino (1222), où Frédéric II
reçut la couronne impériale des mains d'Honorius III, le
pape, désirant assurer au royaume de Jérusalem Tappui du
plus puissant prince de TOccident, songea à l'intéresser per-
sonnellement à sa conservation en lui faisant épouser Jolande.
Jean, invité aux conférences où se discutaient les intérêts de
son royaume, s'y présenta accompagné de son connétable; et,
aussitôt après les fiançailles de sa flUe, se mit à parcourir de
nouveau l'Europe, cherchant des alliés et des secours contre
les Musulmans. Le héros des croisades fut partout accueilli
comme en triomphe; et il alla ainsi jusqu'en Angleterre^
jusqu'en Espagne, où il épousa, à l'âge de 72 ans, Bérengère
de Castille, qu'avait captivée le récit de ses travaux et de ses
souffrances.
Mais à peine le mariage de Jolande et de Frédéric était-il
conclu (9 novembre 1225), que l'empereur, dédaignant sa
nouvelle épouse, malgré sa beauté qui l'avait fait surnommer
la belle Joie, et voyant toujours dans son beau-père le
frère de ce Gauthier de Brienne qui avait un instant pos-
sédé le trône des Deux-Siciles, lui arracha la couionne de
Jérusalem, prétendant qu'il en était non le roi, mais le régent
au nom de sa fille. Au sortir même de la cathédrale, l'empe-
reur le somma publiquement d'avoir à renoncer au royaume,
et se fit aussitôt prêter serment par les barons. Cependant
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476 REVUE D' ALSACE
les deux princes ne se brouillèrent pas immédiatement, et le
connétable Eudes, qui avait reçu récemment encore du roi
Jean la baillie de Jérusalem, fut maintenu dans ses dignités,
et retourna en Orient pour continuer d'administrer le royaume
en l'absence de Frédéric*
Dès ce moment Jean cessa de prendre part aux affaires de
la Terre-Sainte; mais le petit-fils do Thierry de Montbéliard
ne devient pas pour autant étranger à notre récit II avait
avec lui ' près de l'empereur son neveu et pupille, Gauthier
de Brienne, qui, ayant essayé par quelques intrigues de ren-
trer en possession de son comté de Lecce que l'empereur lui
retenait, fut sur le point d'être assassiné pendant qu'il jouait
aux échecs avec Frédéric lui-même. Sauvé par son oncle, qui
fit à son gendre les plus sanglants reproches, Gauthier fut obligé
de se retirer en France, tandis que Jean, qui savait ce qu'il
devait attendre de la vengeance de Frédéric, se réfugiait dans
les Etats du pape, qui l'accueillit avec beaucoup de considé-
ration, et lui confia le gouvernement d'une grande partie de
ses provinces. Honorius essaya même de rapprocher le gendre
et le beau-père; cependant les choses changèrent à l'avéne-
ment de Grégoire IX, qui ne vit plus dans la personne de
l'ancien roi qu'un instrument dont on pouvait se servir
utilement, mais dont il fallait redouter l'ambition. De son
côté, Jean, outragé à la fois comme roi et comme père, atten-
dait dans le silence, mais non sans impatience, l'occasion de
se venger; et lorsque le pape, brouillé avec l'empereur, leva
des troupes avec l'intention d'affranchir l'Italie méridionale,
de Brienne en prit aussitôt le commandement (1228). Cette
guerre ne fut jamais menée au gré de ce hardi capitaine. Con-
trarié par la coterie qui entourait le pape, et surtout par le
légat Pelage, qui avait la direction générale des affaires, il ne
* Histoire d'Eracles.
* Comte de Sassenay.
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LES MONTBÉLIABDS EN PALESTINE 477
put mettre d'ensemble dans les opérations ; et, malgré quelques
renforts que lui amena son neveu Gauthier, il n'eut jamais
que de mauvaises troupes dont les exactions lui aliénaient
Tesprit des populations. Néanmoins il avait conquis une
grande partie du royaume de Naples, assiégeait Gaëte, et
songeait même à se faire proclamer empereur, lorsque Fré-
déric, averti par le comte d*Acerra, revint en toute hflte de
Palestine pour lui tenir tête ; et, avec l'aide des Sarrasins
qu'il avait à son service et d'un corps de croisés allemands
qu'il trouva par hasard à Brindes, il dispersa les porte-defSf
comme on appelait 9lors les troupes pontificales, et contraignit
Jean de Brienne à rentrer en France. Mais déjà cet infati-
gable soldat se préparait à tenter encore une expédition en
Palestine, et à profiter de Téloignement de Frédéric pour
reconquérir ses anciens Etats, lorsque de nouvelles destinées
l'appelèrent à Gonstantinople.
Baudoin de Gourtenay, héritier de l'Empire latin, était
encore mineur à la mort de son frère Robert, et les barons
de Romanie, comme autrefois ceux de Jérusalem, sentant la
nécessité de donner à ce trône chancelant un solide appui,
jetèrent les yeux sur Jean, toujours prêt, malgré ses
80 ans, à tirer l'épée pour le service de la chrétienté.
N'osant lui proposer la régence de l'Etat, ils lui offrirent
l'Empire sa vie durant, et lui demandèrent en même temps,
pour le jeune Baudoin, la main de sa fille Marie, née de
Bérengère de Gastille. Ce fut un étrange spectacle que l'arri-
vée de ce glorieux vieillard, le front couvert de cheveux
blancs, mais dont l'âge et les travaux n'avaient encore fléchi
ni la vigueur, ni la haute taille. Cependant son activité s'était
refroidie; il était même devenu avare, et il ne sortit de son
inaction que lorsque Vatace, empereur de Nicée, et Azan, roi
des Bulgares, vinrent le réveiller dans Gonstantinople à la
tête de 100,000 Grecs et Barbares et d'une flotte de 800 vais-
seaux. Le vieux lion ne se fit pas attendre : à la tête de
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478 RBVUB d'alsaob
160 chevaliers et de leurs servants d'armes, il osa sortir des
portes de sa capitale ; et, appelant tout ce qui lui restait de
vassaux, il défit ses ennemis dans une série de combats, telle-
ment que de quarante-huit corps de bataille qui avaient osé
l'attaquer, trois seulement échappèrent tout meurtris à sa fou-
droyante épée. Les Grecs, animés au combat par la présence
du héros, attaquèrent eux-mêmes la flotte ennemie, la disper-
sèrent, et vingt-cinq vaisseaux furent ramenés en triomphe
dans le port. Cionstantinople était sauvée encore une fois, et
les poètes purent comparer le guerrier octogénaire à Roland
et à Judas Machabée; mais le vainqueur ne tarda pas à des-
cendre à son tour dans la tombe (1237); et, quand il eût pu
entrer en paradis couché sur les drapeaux conquis et entouré de
ses bannières triomphantes, par une fantaisie bizarre, il voulut,
à la suite d'une vision assez étrange, y paraître dans l'habit
d'un cordelier. Véritable type du paladin, Jean prend place,
pour ainsi dire, entre Amadis et Alexandre-le-Grand, et nul
plus que lui n'a mérité cette sorte de gloire qui s'attache aux
exploits romanesques et aux entreprises extraordinaires. Ses
derniers triomphes ont été célébrés par l'évéque de Toumay,
Philippe de Mouskes, dans un poème qu'a publié Ducange
dans son édition de Villehardoin :
N'aie Hector, RoU ne Ogiers
Ne Judas Machabeus U fiers
Tant ne fit d'armes en esters
Gom fit li Roy Jehans cel jors,
Et il defors et il dedans
La paru sa force et ses sens
Et li hardiment qu'il avait. ^
Outre ses deux filles Jolande et Marie, Jean laissa trois fils
nés de Berengère : Alphonse, mort au siège de Tunis, le
* Gibbon, t. XVI, p. 378.
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LB8 MONTBÉLIARDS EN PALESTINE 479
même jour que saint Louis, dont la descendance perpétua jus-
qu'à Raoul d'Eu, premier du nom, connétable de France, mort
dans un tournoi, le 18 janvier 1344, aux noces de Philippe
d'Orléans, et Raoul d'Eu, deuxième du nom, également conné-
table de France, décapité le 18 novembre 1851, par ordre
du roi Jean, comme coupable du crime de lèse-majesté.
Sa sœur Marie, dernière représentante de la branche d'Eu,
épousa son cousin, Gauthier YI de Brienne, également dernier
représentant de la branche aînée de la famille. Jean, frère
d'Alphonse, désigné sous le nom de Jean d'Acre, mourut en
1S90, ne laissant qu'une fille: enfin Louis, le troisième, devint
la souche des vicomtes de Beaumont au Maine.
L'administration des Allemands en Palestine fut violente^
comme elle l'avait été en Italie^ comme elle l'a été partout.
Le comte Eudes, dépossédé de son titre de bail en 1227,
parait même avoir été contraint de passer momentanément en
Chypre, où nous le trouvons à Limisso, avec le patriarche de
Jérusalem et plusieurs barons de Syrie. ^ Thomas d'Acerra,
qui lui avait succédé, administra le royaume jusqu'à la mort
de l'impératrice Jolande en 1228. A la nouvelle de cet événe-
ment, les barons de Palestine désignèrent pour lieutenant de
l'empereur, devenu bail naturel pendant la minorité de son
fils Cloift'ad, Jean d'Ibelin le vieux, seigneur de Baruth, qui
avait déjà été chargé de l'administration de l'Etat de 1206 à
1210, avant l'arrivée de Jean de Brienne ; et on lui adjoignit
pour collègue son neveu Jean de Gésarée, fils de sa sœur
Marguerite, et de Gauthier III de Gésarée. Sur le refus de ces
deux seigneurs, on fit de nouveau appel au connétable.
Cependant Frédéric s'était décidé à partir pour la Terre-
Sainte, et à prendre personnellement possession des Etats
dévolus à son fils. Il vint aborder à Joppé. et mit à la tête de
ses troupes son maréchal^ Richard Filangieri et Eudes de
* Histoire d'Eracles.
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480 BKVUB d'alsaob
Montbéliard, dont il s'était rapproché.^ Mais dès son arriyée» il
se comporta moins en régent qu'en souverain. II noua des
relations particulières et presque intimes avec Malek-el-Eamel
qui régnait encore en Egypte ; et, par l'intermédiaire de Thomas
d'Acerra et de Balian de Sajelte, ses ambassadeurs, il obtint
du Soudan, prince assez peu belliqueux, qui redoutait à la fois
le monarque puissant et le capitaine habile, la restitution de
Jérusalem, de Bethléem, de Nazareth, et de toutes les places
intermédiaires entre Jaffa et Ptolémaïs ; en même temps fut
conclue une trêve de dix ans. L'empereur se rendit aussitôt
dans sa capitale et prit de sa main la couronne royale sur
l'autel.
Mais l'intimité de ses relations avec le Soudan, et ses sévé-
rités envers les barons dont il s'appliquait à restreindre les
privilèges et à détruire les libertés, avaient provoqué un vif
mécontentement. Un traité conclu pacifiquement avec les
infidèles par un prince excommunié, avait paru un saciil^e;
l'archevêque de Gésarée avait jeté l'interdit sur les lieux
saints, et refusé de couronner Frédéric qui quitta Jérusalem
au milieu des imprécations du peuple. Il laissa, pour garder la
ville, Eudes de Montbéliard et tous ceux du royaume qui l'ac-
compagnaient ; mais Ptolémaïs ne lui offi*it pas une retraite
plus sûre que Jérusalem; la ville était en pleine révolte, et ses
sujets indignés de succès obtenus autrement que par le fer et
le feu.
Cependant les nouvelles qu'il recevait d'Europe, le rappe-
laient au plus tôt en Italie pour tenir tête à son beau-père Jean
de Brienne qui, c^mme nous l'avons vu, était alors en voie
de conquérir le royaume de Naples. Â l'appel de quelques
seigneurs mécontents, il passa en Chypre et essaya de réduire
d'un coup de main cette ile à son autorité. N'y pouvant réussir
^ Bibliothèque des croisades, chronique de Richard de Saint-Germain :
Un nommé Odon de Montbéliard.
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LES MONTBÉLIARDS EN PALESTINE 481
aussi promptement qu'il l'aurait youlu, et de plus en plus
pressé de quitter l'Orient, il laissa à sa place * comme lieute-
nants du royaume de Jérusalem, Balian de Sajeite et Garnier
TÂleman ; en mêrhe temps qu'il laissait la conduite de ses
intérêts en Chypre à cinq seigneurs dévoués, à la tête des-
quels était Aimery ou Caraerin Barlais. Garnier l'Aleman,
s'étant fait templier peu de temps après, fut remplacé encore une
fois par le connétable Eudes, qui, à la mort de Balian (1239),
resta seul chargé de l'administration. On trouve plusieurs actes
souscrits par lui dans les années 1231, 1232 et 1233; et plus
tard encore, vers 1240, lorsque Conrad fut en âge de prendre
en main le pouvoir, les hommes liges du royaume, de plus
en plus mécontents des vexations des Allemands, ayant déclaré
l'empereur déchu de ses fonctions de bail, choisirent pour la
quatrième fois Eudes en cette qualité. Ainsi pendant tout ce
laps de temps, l'administration du royaume fut presque cons-
tamment entre les mains de ce personnage, qui, toujours
fidèle aux droits des descendants de la maison de Brienne, fut
seul à s'opposer aux prétentions qu'en l'absence du souverain,
cherchait à faire prévaloir Alix, reine de Chypre, veuve de
Hugues I, fille d'Isabelle de Jérusalem et de Henry de Cham-
pagne. Elle finit par être reconnue reine de Jérusalem; néan-
moins on respecta les droits de Conrad, qui continua d'être
regardé comme l'héritier légitime du royaume.
Cette histoire du connétable Eudes est quelque peu ingrate,
et nous regrettons que quelque détail particulier et plus
intime ne nous ait pas permis de le voir de plus près, et de le
connaître autrement que comme guerrier et comme adminis-
trateur. Nous ne pourrions même nous faire qu'une idée assez
vague de ses mérites, si, à le voir constamment mêlé aux
événements contemporains, toujours rangé aux côtés des
hommes les plus illustres d'alors, nous ne devions en conclure
* DuCANOE, passim.
4"* Année. — Nouvelle Série. 31
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482 REVUE d'alsage
qu'il a droit lui-même aux premières places, comme il les a
occupées effectivement", et que sa valeur morale est peut-être
encore au dessus de rilluslration à laquelle il est parvenu.
Il se trouva pendant un temps mêlé à la lutte que soutinrent
les Ibelins contre les partisans de Frédéric II en Chypre, et
nous le rencontrons de nouveau au nombre des seigneurs
qui accompagnèrent Thibaut de Champagne, les ducs de Bre-
tagne et de Bourgogne dans la malheureuse tentative contre
Gaza, où périrent si tristement, comme nous le verrons plus
loin, les comtes de Bar et de Montfort.
Devenu seigneur de Tabarie ou Tibériade, du fiait de sa femme
Ëschive de Bure, il s'était efforcé de mettre sa ville et son cbftteau
à Tabri des excursions des Musulmans, en les entourant de forti-
ûcations. Cependant la place fut prise par Barbaquan et les
Karismiens (1247); mais à cette époque Eudes avait cessé de
vivre, sans qu'on sache exactement le moment de sa mort.
Tabarie fut rendu encore une fois aux chrétiens par le sultan de
Damas ; mais il fut repris peu de temps après par les Egyp-
tiens qui en détruisirent les fortifications, et cette place resta
dès lors aux mains des inQilèles. Eudes laissa un fils qui
mourut jeune, et deux filles^ Marie, qui épousa Hugues d'Tbelin
et ne laissa point de postérité, et Simone qui épousa Philippe
d'Ibelin, fils de Baudoin, sénéchal de Chypre, dont elle eut
sept ou huit enfants. Le plus illustre fut Balian, qui porta,
comme son grand-père Eudes, les titres de prince de Galilée
et de seigneur de Tibériade; il futTépoux d'Altx de Lusignan,
fille du roi de Chypre Hugues III, et son fils Jacques fut le
rédacteur du second livre des Assises. Une sœur de Balian,
Marie, épousa Guy ou Guyotin, fils du comte Jean de Jaffa;
une autre, Eschive, épousa Guy de Dampierre.*
Cependant la famille de Montbéliard n'était pas restée étran-
gère aux événements survenus en Chypre dans les dernières
* DUCANGE, p. 379.
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LES MONTBÉLIABDS EN PALESTINE 483
années. C'est dans cette île que Gauthier avait pris terre à son
arrivée en Orient ; et depuis ce moment, par leurs diverses
alliances, ses descendants n'avaient fait que consolider leur
situation au pied du trône des Lusignans. Le roi Hugues, en
mourant (1218), avait laissé d'Alix de Jérusalem un fils
nommé Henri qui lui succéda, et deux filles dont Tune, Marie,
épousa Gauthier IV de Brienne, neveu du roi Jean, et Isabelle,
qui épousa Henri d'Antioche, fils de Bohémond IV. Le jeune
roi n'avait que 9 mois à la mort de son père, et la reine Alix
avait donné la conduite des affaires à ses deux oncles, Jean
d'Ibelin et Philippe d'Ibelin, mari d'Alix de Montbéliard, qui
avait été tout particulièrement l'auteur du mariage de la reine
douairière avec le roi Hugues. Les Ibelins firent couronner
le jeune roi dès qu'il eut atteint l'flgede 7 ans ; et, comme Alix,
qui s'était remariée à Baudoin V d'Antioche, avait voulu, à
la suite de quelques différends avec ses oncles, déposséder
Philippe de la régence pour la donner à Aimery Barlais, Phi-
lippe résista, tellement que Beaudoin de Belesme ayant déclaré
ne vouloir reconnaître d'autre autorité que celle de la reine,
les autres lui coururent sus et le laissèrent pour mort sur la
place. C'est alors que les barons opposés au parti des Ibelins,
appelèrent en Chypre Frédéric II, au moment où il quittait
Acre pour retourner en Europe. Frédéric traita d'abord assez
humainement Jean d'Ibelin qui était venu le trouver avec le
jeune roi. Il invita même ce seigneur à sa table, avec ses fils,
sous prétexte de parler des affaires de Terre-Sainte; mais dès
qu*il les eut entre les mains, il jeta le masque et les retint
tous prisonniers.^ Le roi lui-même, qu'il avait aussi engagé à
venir le trouver, fut traité en captif; et, à la fois par violence
et par fraude, l'empereur resta maître de presque toute la
Chypre ; il s'efforça même de dépouiller Jean d'Ibelin de sa
seigneurie de Baruth. La contestation finit par être remise à
^ Mathieu Pabib, Bibliothèque de9 croisades, t. II, p. 793.
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484 REVUE D*AL8ACE
l'arbitrage des barons de Jérusalem pour ce qui concernait
cette seigneurie, et à celui des barons de Chypre pour le titre
du bail de ce royaume que réclamait Frédéric. En attendant,
Jean fut obligé pour recouvrer sa liberté, de fournir caution
et de laisser en otage auprès des impériaux ses deux fils,
Hugues et Balian. Sur ces entrefaites, l'empereur ne pouvant
s'arrêter plus longtemps en Chypre, vendit la baillie de l'île
moyennant 10,000 marcs d'argent, à cinq seigneurs, dont
Ducange donne les noms, et à la tête desquels était Barlais,
qui, comme nous l'avons déjà indiqué, devait administrer
jusqu'à la majorité du roi.
Les choses ne restèrent pas longtemps dans cette situation.
Ibelin reprit les armes (1228), et s'efforça de rétablir l'autorité
du roi Henri et du parti national en débarrassant la Chypre de
la présence des impériaux. Barlaiset ses collègues furent peu à
peu expulsés de toutes les positions qu'ils occupaient, et bat-
tirent en retraite vers Nicosie. La guerre se prolongea pen-
dant plusieurs années: elle fut féconde en brillants faits
d'armes, et de vaillants guerriers y prirent part. Parmi les
Ibelins figurent particulièrement Philippe de Navarre, tour à
tour poète, guerrier, jurisconsulte éminent, l'une des plus
nobles figures de cette époque, et à côté de lui Balian d'Ibelin,
également guerrier et juriste, et au dire de Philippe lui-même,
< personnage moult courtois, aimable et gracieux. » A la tête de
ces héros, et non moins intrépide, apparaît le vieux Jean, qui,
dans une rencontre, recevant la fausse nouvelle de la mort de
ses trois fils, n'arrêta pas même son cheval, se contentant de
répondre: « Ainsi doivent mourir les chevaliers, en défendant
leur personne et leur honneur. > A quelque temps de là, il se
trouva tout à coup à la tête de ses Cypriotes, en face des
impériaux qui débouchaient dans la plaine près de Nicosie.
Aussitôt le vieux guerrier rend grâces à Dieu et range son
armée en bataille. L'avant-garde était ordinairement com-
mandée par Balian; mais, cette fois, il la confie à Hugues, son
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LBS MONTBÉLUBDS EN PALESTINE 4B5
second fils ; Baudoin, le troisième^ et le sire de Gésarée, son
neveu, commandaient le corps de bataille, et lui-même était
à l'arrière-garde avec le roi. Balian se plaignit de ces dispo-
sitions:* Pourquoi, dit-il à son père, l'avant-garde que j'ai tou-
jours commandée, est-elle aujourd'hui donnée à d'autres ? » Il
se trouvait alors sous le coup d'une excommunication parce qu'il
refusait d'épouser une dame noble qu'il avait séduite. « A
Dieu ne plaise, lépondit le siredeBaruth, quedes hommes qui
ne sont pas dans sa grâce, dirigent notre armée. Jure de te
réconcilier avec l'Eglise et de te marier, et je te rendrai ton
commandement, sinon, non ; mais tu peux rester avec nous à
Tarrière-garde.» Balian refusa l'une et l'autre de ces conditions;
mais avec cinq chevaliers, dont le premier était Philippe de
Navarre, il sortit du camp et alla se poster dans un défilé
étroit que venait de franchir l'avant-garde ennemie, et où il
prétendait, lui sixième, arrêter le corps principal. Il fît en
effet avec ses compagnons des prodiges de valeur, et de
tous les rangs de l'armée cypriote on criait au sire de Baruth
pour aller les arracher à la mort ; mais le vieil Ibelin, toujours
impassible, disait : < Laissez-le faire, notre Seigneur l'aidera; il
n'est pas prudent de mettre en danger toute une armée pour
sauver un homme. » L'avant-garde des Italiens, ne voyant pas
arriver son corps de bataille, n'osa pas attaquer, et l'armée tout
entière, ainsi coupée en deux, fut ensuite aisément battue.^
Quelle est la dame dont il est question ? Nous l'ignorons.
Aussitôt après la victoire de Nicosie, Balian était allé
mettre le siège devant le château de Saint-Hilarion ou de Dieu
d'Amour, sorte de nid d'aigle perché sur des rocs inacces-
sibles, à 780 mètres au-dessus de la mer. Richard Cœur-de-
Lion n'avait pu s'en emparer ; Frédéric II n'avait osé l'atta-
quer, et n'en était devenu maître qu'à la suite du traité conclu
avec le régent. Les administrateurs impériaux s'y étaient réfu-
' De Mab-Latrib, Histoire de Chypre, t. I.
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486 BEVUE D'ALSACE
giés, et pendant dix mois ils résistèrent aux attaques des
assaillants. Philippe de Navarre manqua d'y être tué, et déjà
les assiégés, le voyant couvert de blessures, criaient du haut
des remparts : « Le poète est tué, il ne viendra plus nous
ennuyer de ses chansons >, lorsque fialian survint et Tarracha
à la mort. Enfin, à bout de ressources et réduits à manger
leurs chevaux, les impériaux demandèrent la paix et livrèrent
la place.
Cependant Frédéric, voyant la Chypre près de lui échapper,
avait envoyé en Orient, avec de nouvelles troupes, son maré-
chal Richard Filangieri qui s'était jeté sur les terres de Baruth
et en assiégeait le château. De ma côté Ibelin s'efforçait de
soulever Ptolémaïs contre l'autorité impériale, et de forcer
ainsi Filangieri de lever le siège de sa ville. Le connétable
Eudes et Gérin, maistre de l'Hospital de Saint-Jean, s'en par-
tirent d'Acre et s'en allèrent à Baruth*; ils hébergèrent dehors
la ville, et parlèrent à une partie et à l'autre pour essayer
d'amener la paix. Ils ne réussirent pas, et Filangieri ayant
surpris l'armée royale près de Casai Imbert, la mit en déroute,
et aussitôt après envahit de nouveau la Chypre. En quelques
mois elle fut reconquise tout entière, à l'exception des chftteaux
de Saint-Hilarion et de Buffavent.
Ce fut Eschive de Montbéliard, sœur du connétable Eudes,
qui sauva cette dernière place. Elle était devenue la femme
de Balian, et pendant qu'il guerroyait en Palestine, elle s'était
retirée dans la maison de l'Hôpital à Nicosie. En voyant
Barlais maître de cette capitale^ elle s'échappa déguisée en
franciscain, courut à Buffavent, et par son énergie détermina
le châtelain, vieux chevalier nommé Gérard de Couches, à
mettre la forteresse en état de défense. Elle recruta des
hommes, amassa des provisions, si bien que l'ennemi n'osa pas
attaquer la place, où néanmoins elle resta bloquée jusqu'au
^ Histoire d'Eracles.
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LES MONTBÊLIARDB EM PALESTINE 487
moment où la yictoire d'Agridi (15 juin 1282) assura enfin
le triomphe du roi et des Ibelins, et contraignit les impériaux
à quitter Tîle définitivement.
C'est cette même Eschive qui, devenue dame de Baruth, est
mentionnée par Joinville comme sa cousine, et comme lui
ayant envoyé à Damiette un petit vaisseau pour faciliter le
débarquement.
La guerre était pour les habitants de la Palestine un état
permanent, et pour les chevaliers non-seulement une profes-
sion, mais une passion, une nécessité. Lors du traité conclu
entre Frédéric II, et Malek-el-Kamel, on avait exclu de la
trêve Tripoli, Antioche. Margat, Tortose et l'importante forte-
resse nommée le Krak des Chevaliers. Cette place, destinée à
défendre les passages qui conduisent d'Ëmèse et de Hamah
dans la principauté de Tripoli, appartenait aux Hospitaliers
qui delà dirigeaient de fréquentes expéditions contre les villes
musulmanes, et avaient vu eux-mêmes à maintes reprises
les forces des sultans venir se briser contre leurs inexpu-
gnables remparts. Ils avaient même réussi à rendre tributaires
les princes d'Hamah; mais en 1233 un nouveau sultan fut
proclamé, et il refusa le tribut payé par ses prédécesseurs.
La trêve fut rompue, et les Hospitaliers appelèrent à leur
aide toutes les forces disponibles dans le royaume. Aussitôt
accoururent Armand de Périgord, grand-maltre des Templiers,
Jean d'ibelin, débarrassé enfin de Filangieri, et avec lui cent
cavaliers cypriotes, Gauthier de Brienne, avec quatre-vingts
cavaliers venus des environs de Jérusalem, Pierre d'Avalon,
neveu du connétable/Eudes par Helvis ou Heloïs de Bure,
sœur d'Eschive,^ et une foule d'autres guerriers de renom. L'ar-
mée vint camper dans la plaine de la Bochée, au pied du château,
et se porta de là sur Montferrant, alors au pouvoir des Musul-
mans qui l'avaient abandonné en laissant les rues encombrées
* DucANOE, 446. — Joinville le mentionne comme son coasin.
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488 REVUE D'ALSACE
de barricades. La place fut détruite, et pendant huit jours Tar-
mée parcourut les environs du Krak, brûlant les caseaux sur
son passage.^
Le vieux Jean d'Ibelin était mort peu après, vers le 7 août
1284, laissant la seigneurie de Baruth à Balian IIL Hugues,
son second fils, était mort jeune; le troisième nommé Jean,
comme son père, eut Arsur; Guy et Beaudoin restèrent en
Chypre dont ils devinrent, l'un connétable, l'autre sénéchal.
Cette seigneurie de Baruth ^, Tune des plus importantes du
royaume de Jérusalem, avait été reconquise sur les succes-
seurs de Saladin en 1197, et le roi Âmaury de Lusignan
l'avait cédée à Jean le vieux en échange de la connétablie de
Jérusalem qui lui appartenait. Les Ibelins s'appliquèrent à
faire de cette place une position importante ; ils en relevèrent
les tours et les murs ruinés par les sièges, entourèrent le
port de défenses dont on voit encore les restes, et rendirent
la ville incomparablement plus forte qu'auparavant. <r C'était,
dit Arnold de Lubeck, la plus belle et la plus forte place du
pays; elle a un port excellent, ouvert à tous les vaisseaux
qui arrivent. » C'est dans cette ville que Saladin se fit cou-
ronner roi de Jérusalem, et fut salué sultan de* Babylone. Sa
cathédrale, aujourd'hui transformée en mosquée, est un vaste
monument intermédiaire entre le roman et le gothique;
elle est voûtée en berceau, mais la porte est surmontée de
l'ogive.' On cite aussi avec admiration les travaux d'embellis-
sement que les Ibelins firent à leur palais où se voyait, entre
autres œuvres d'art, un pavé en mosaïque exécuté par des
artistes orientaux, et une salle lambrissée de marbre, au milieu
de laquelle était un dragon qui jetait de l'eau par len naseaux
dans une piscine dont le fond était également formé d'une
• G. Rey, Monuments d'architecture militaire^ p. 63. — Cont.-Guil.
DE Tyr, ch. XXXIII, 38.
• Aujourd'hui Beyrouth.
• Albert Lenoir, ÀrchUeclure monastique, t. II, p 278.
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LES MONTBÉLIÂRDS EN PALESTINE 489
mosaïque représentant des fleurs aux couleurs éclatantes et
d'une rare magnificence.* Aujourd'hui encore Beyrouth est
une des villes les plus florissantes de Syrie. Sa position est
magnifique, et à la voir du haut des collines qui l'entourent,
on dirait une corbeille de feuillage et de fleurs.
Telle était la demeure d'Eschive de Montbéliard. Il exis e
une description de Tibériade dans VHistoire de Jérusalem de
Jacques de Vitry, évêque de Saint-Jean d'Acre; mais nous
n'avons pu l'avoir sous les yeux. Quant au château d'Ibelin *,
dont il ne subsiste aujourd'hui que quelques restes d'une
épaisse muraille et une chapelle, ce ne fut (robablement
qu'un vaste quadrilatère, flanqué de quatre tours aux
angles, destiné bien plutôt à la défense qu'à la demeure de
quelque famille princière. Depuis tantôt un siècle et demi
que la Terre-Sainte avait passé dans les mains des Francs,
malgré les guerres incessantes qui avaient désolé son terri-
toire, le nouvel Etal était loin d'avoir vécu sans gloire, et s'il
n'avait pas joui d'une véritable prospérité, il avait eu du
moins des jours de splendeur et d'illustration. Il est presque
inconcevable qu'au milieu de tant de luttes et de désastres,
il y ait eu place pour les lettres et les arts. II est vrai que
les arts produisirent surtout des monuments religieux et guer-
riers; que les lettres donnèrent particulièrement naissance à
des chroniques et à des travaux de jurisprudence. Les œuvres
et les institutions créées en raison des circonstances et des néces-
sités du moment, sont toujours celles qui peignent le mieux les
hommes et les temps qui les ont vues naître et dont elles sont
l'expression naturelle, ce sont toujours les plus recommandables
et les meilleures parce qu'elles sont les plus ratiouelles. Il
fallait organiser le royaume et lui donner des lois, comme il
fallait pourvoir à sa défense, créer des armées et construire
^ G. Rey, Monuments d'architecture militaire.
• G. Rey, Ibidem, p. 125. — Ducange, p. 360.
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490 REVUE D' ALSACE
descbftteaux;et,de même que les monuments de Tarchitecture
militaire des croisés ont particulièrement mérité Tatten^on des
ingénieurs, ainsi les Assises de Jérusalem et les écrits où elles
ont été recueillies et commentées, sont restés au nombre des
documents le» plus remarquables que nous ait légués le moyen-
ftge sur le régime féodal. Mais le développement intellectuel
d'un peuple n'est jamais exclusif, et après que Ton eut pourvu
aux premières exigences de la situation, il y eut quelque place
pour des travaux moins gravas. Si le royaume de Jérusalem,
toujours agité, et de si courte durée, ne vit nattre ni litté-
rateurs proprement dits, ni artistes éminents, il en fut
autrement de la cour des rois de Chypre, qui pendant
un temps ne laissa pas de répandre un éclat réel. Au reste, la
guerre n'est pas antipathique à la poésie; le poète chante les
grands faits d'armes, comme Thistorien les raconte ; il y a place
pour eux au milieu des camps, et souvent même c'est le bruit
des combats qui les inspire. C'est ainsi que, à côté de Guil-
laume de Tyr, de Jacques de Vitry et des nombreux chroni-
queurs qui accompagnaient les croisés, sans même sortir du
cercle de guerriers qui figurent dans ce tableau, nous ren-
controns Philippe de Navarre, Thibaut de Champagne, Jean
de Brienne, le roi Hugues de Lusignan, et Frédéric II lui-
même. Il n*est pas impossible encore que Tidée première du
Saint-Graal soit venue de Chypre, et touche d'assez près à nos
Mantbéliards.
L'art en Palestine fut généralement une association de la
solide lourdeur des monuments francs avec l'ornementation
orientale.^ Les églises nombreuses élevées à l'origine furent
presque toutes de style roman ; mais pendant l'occupation,
l'Occident s'était avancé vers l'art gothique, et tous les édifices
élevés dans la Palestine après les premiers temps, portent la
^ Albert Lenoir, Architectwre monastique, t. II, p. 2B0. — De
Mas-Latrie, Lettre an rédacteur du MagaHn pittoresque, 1847.
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LES MOHTBÉLIABDS BN PALB8TIMB 491
trace de la transition qui s'effectuait. A Antioche, à Edesse et
sur presque toutes les côtes de Syrie, Tare du nord se mêle
aux derniers efforts du roman et du bysantin près de s'éteindre.
A Baruth, à Sour, à Saint-Jean d'Acre, à Naples, les ouver-
tures gothiques sont encore ornées de frettes romanes. A Jéru-
salem, les églises du Cénacle et de Sainte- Anne présentent le
mélange de l'arc aigu et du plein cintre roman ; celle du
Saint-Sépulcre et le tombeau de la Vierge n'ont que l'arc
gothique sur leur façade. C'est aussi de l'art gothique que se
sont particulièrement inspirés les artistes cypriotes. Guy de
Lusignan éleva la magnifique cathédrale de Sainte-Sophie dans
la ville de Nicosie. Les Ibelins y construisirent le monastère
de Saint-Dominique où ils avaient leurs tombeaux, et qui
devint après la perte de Jérusalem la résidence du patriarche
de ce royaume; aujourd'hui il existe encore dans cette capitale
plus de dix mosquées qui furent toutes à l'origine des églises
françaises.
A l'arrivée des croisés, l'Ile tout entière était encore pleine
des souvenirs du paganisme et du culte d'Aphrodite. Aujour-
d'hui, elle est couverte des monuments élevés par les Lusi-
gnans, et peuplée de leurs souvenirs. Au pied des Cérines se
voient les ruines spiendides de l'abbaye de Lupaïs.^ Une vaste
salle à peu près intacte, soutenue par de légères colonnettes
sur lesquelles s'appuient les nervures ogivales de la voûte,
ouvre ses larges baies encore parées de leurs trèfles et de
leurs fleurons, au milieu des bois d'orangers, de myrtes et de
caroubiers qui tapissent les contreforts de la montagne. Au
dessus du monastère se dressent du fond des abîmes les pro-
digieux remparts de Saint-Hilarion, le plus beau château de l'ile.
Au sommet du pic le plus élevé se trouve un réduit entouré
de trois enceintes successives ; les abords en sont devenus
à peu près inaccessibles, mais les constructions encore debout
^ De Mas-Latrib, loeo eU,
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492 BEVUE D* ALSACE
présentent deux étages de belles salles, arec de larges fenêtres
géminées, d'où la vue s'étend sur la Chypre presque tout
entière, embrassant d'un côté les sommets bleus de l'Olympe,
de l'autre la mer de Garamanie, et les côtes de l'Asie mineure,
jusqu'aux cimes neigeuses du Taurus. Plus loin c'était Paphos
avec ses innombrables églises, Colossi, ancienne commanderie
des Hospitaliers, au milieu de la plaine de Limisso ; mais ce
fut surtout Pamagouste qui, par la splendeur de ses édifices,
la richesse et le luxe de ses marchands, l'activité de son port
où venaient aborder les navires de tout le monde alors connu,
par l'abondance de ses approvisionnements et la magnificence
de ses bazars, parvint à un tel degré de prospérité, qu'elle éclip-
sait Alexandrie, Smyrne, Trébisonde. Tous les idiomes se par-
laient dans ses rues ou s'apprenaient dans ses écoles ; et
Vilbrand d'Oldenbourg, qui visita ces contrées vers 1814, semble
avoir été plus frappé de Paspect de Pamagouste que de la
morne grandeur de Constantinople ou de Venise elle-même.
A mesure que se rétrécissaient les possessions des chrétiens
sur le continent, les familles riches se réfugiaient dans l'île
et y apportaient à la fois leurs trésors et leur illustration,
n y aurait intérêt à connaître de plus près ce royaume de
Chypre, terre classique de la chevalerie, des romanesques
aventures, et où s'associaient dans un magnifique ensemble
toutes les splendeurs de la nature orientale, toutes les délica-
tesses de l'art, toute la poésie qui entoure c^ héroïques époques.
Quand la pensée se reporte sur ces rives, si riches de souvenirs,
on croit voir passer encore les longues théories des hiérodules
d'Aphrodite, ou entendre les trompettes éclatantes des Tem-
pliers, tandis que flottent dans les airs les bannières des Ibelins,
ou les drapeaux au lion sur champ burelé des Lusignans.
Mais rapprochons-nous de notre sujet.
Toute la côte de Syrie, depuis le golfe de Saint-Léonard
jusqu'aux frontières d'Egypte, avait été couverte de places
fortes ou de châteaux: c'était Tortose, Margat, Tripoli, Baruth,
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LBS M0MTBÉLIABD3 EN PALESTINE 493
Tyr, Ptolémaïs, Césarée, Japha, Ascalon; et rien qu'à l'aspect
de leurs ruines, on peut se faire une idée de ce que devaient
être dans leur intégrité ces redoutables citadelles. Plus loin,
à l'intérieur, on voyait sur les confins de l'Arabie, Darum,
Montréal, Ahamon, Karak, destinés à protéger ces marches
éloignées, constamment exposées aux pillages des nomades.
Arsur, Ibelin, Blanche-Garde protégeaient les approches de
Jérusalem, triste cité un instant rendue à ses jours de gloire,
mais désormais veuve de ses princes, dépouillée de ses rem-
parts, réduite à n'être plus que l'ombre d'elle-même et une
cité de second ordre au milieu du pays dont Frédéric II
l'avait fait de nouveau la capitale. Le long du Jourdain et
sur les montagnes où le fleuve prend sa source, on trouvait
Beauvoir, Tabarie, Banias, Beaufort, et une multitude de
tours dans tous les passages, jusqu'à ce formidable Erak
des chevaliers, dont la haute citadelle laissait le regard se
promener depuis les remparts de Tortose et les flots bleus de
la Méditerranée jusqu'à la vallée de TOronte et aux déserts
où dort Palmyre. Chacune de ces places servait d'abri à un
certain nombre de chevaliers qui, constamment pendant la
guerre, et bien souvent pendant la paix, se jetaient sur les
terres des Sarrasins, dépouillaient leurs caravanes et reve-
naient chargés de butin ; c'est ainsi que l'on suppléait aux
dîmes et aux redevances des tenanciers d'Europe, et bien des
familles accumulèrent des fortunes considérables à ce genre d'ex-
ploitation. Après la bataille de Tibériade, Saladin, irrité contre
Renaud de Chatillon qui, de son château de Karac, n'avait
cessé de dévaster les frontières d'Arabie, et qui avait même
tenté une expédition jusqu'à Médine, ne voulut accepter de
lui aucune sorte de rançon, et, sur son refus de se faire musul-
man, lui trancha, dit-on, la tête de sa propre main. Ainsi
livrés à des luttes incessantes, les seigneurs des frontières
n'étaient plus que d'héroïques bandits; et il fallait, en fait, des
caractères de cette trempe pour vivre ainsi au milieu des
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494 BEVDE d'alsacb
déserts, en dehors de toute relation, et d'une yie aussi sauvage
que celle des Bédouins eux-mêmes.
L'art des fortifications et rartillerie de siège s'étaient perfec-
tionnés d'une manière remarquable. Dès l'arrivée des Francs
en Palestine, leurs ingénieurs, aidés des Bysantins, avaient
montré une audace de construction qui leur fît dépasser de
beaucoup tout ce qu'on avait osé jusqu'alors en Europe. Les
proportions de Margat, du Erak, de Tortose, sont doubles de
celles de Coucy et de Pierrefonds. Une foule d'expressions
techniques et d'engins nouveaux nous sont venus des croi-
sades, et toutes nos villes fortifiées à cette époque, en parti-
culier Aigues-Mortes, portent les traces nombreuses de l'art
oriental. Nous sommes entrés dans ces détails, parce qu'après
avoir esquissé la description du lieu d'origine de nos Montbé-
liards, il nous a paru à propos de faire connaître également
par quelques traits la nouvelle patrie qu'ils avaient adoptée.
Au reste le gotit des croisades n'avait pas disparu entière-
ment en Occident, et le rôle de nos Moutbéliards en Terre-
Sainte n'est point encore terminé.
Si les grandes expéditions ne se renouvelaient plus que
rarement, il en était autrement des pèlerinages individuels et
des croisades partielles. C'était entre l'Europe et l'Asie un va-
et-vient continuel, surtout en mars et en septembre. Pendant
le siège de Damiette, plus de cent mille guerriers étaient
venus successivement rompre une lance avec les infidèles, et
après quelques mois passés au camp, s'en retournaient dans
leurs foyers. Joppé ou Japhe, situé sur les frontières d'Egypte,
et particulièrement à portée de Jérusalem, était un des points
de débarquement les plus fréquentés; et comme cette ville était
par sa position très exposée aux attaques des Sarrasins, on en
avait fait une des fortes places du royaume. A l'époque où nous
sommes arrivés, elle était possédée par le comte Gauthier IV de
Brienne, que nous connaissons déjà, à qui le roi Jean, son oncle
l'avait donnée avant de retourner en Europe.
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LES MONTBâLIABDS EN PALESTINE 495
Mais tous ces pèlerinages n'étaient qu'un assez faible
secours pour les chrétiens qui, depuis le départ du roi Jean et
de Frédéric n, étaient restés livrés à eux-mêmes, en proie à
des discordes intestines qui n'avaient fait qu'amoindrir encore
les forces dont ils disposaient.
C'est dans ces circonstances que le roi Thibaut de Navarre,
les ducs de Bourgogne et de Bretagne, déçus dans les résultats
de la ligue qu'ils avaient formée contre la régence de Blanche
de Gastille, et ne voyant rien de mieux à faire pour employer
les forces qu'ils avaient réunies, se décidèrent à les faire ser-
vir à la défense du royaume de Jérusalem (1 239). A leur arrivée
en Palestine, le duc de Bourgogne et le comte de Bar, jaloux
d'une brillante et fructueuse expédition que le duc de Bre-
tagne venait de faire du côté de Damas, songèrent à envahir
le territoire de Gaza dont on vantait la fertilité. Thibaut de
Navarre, ainsi que le connétable Eudes de Montbéliard et
Gauthier de Brienne qui s'étaient joints aux croisés, s'effor-
cèrent vainement de prévenir cette téméraire entreprise et
d'empêcher ceux qui l'avaient conçue de se séparer du gros de
l'armée. Après avoir chevauché toute la nuit, les chrétiens se
trouvèrent au point du jour dans un défilé qui s'ouvrait sur la
plaine de Gaza, où paissaient de nombreux troupeaux, mais
qu'entouraient des nuées de Musulmans. Gauthier, qui connais-
sait le pays et les adversaires auxquels on avait affaire, essaya
encore, avec l'aide du duc de Bourgogne qui s'était rallié aux
opposants, d'empêcher ses compagnons d'engager la lutte; rien
ne put vaincre l'obstination des comtes de Bar et de Montfort.
Après des prodiges de valeur, enveloppés par les Egyptiens
qui avaient réussi à les attirer hors du défilé, « ils ne peurent
deurer contre, et les Sarrasins occirent d eulx tout comme il
leur pleust et myrent le remanens en lyenseten fers. S Le gros
^ GxJKXAUiCB DE Nanqis, Histoi/re de saint Louis. — Bibliothèque
des croisades, t. I, p. 285.
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496 REVUE D*ALSAGB
de Tarmée n'arriva que pour voir les vainqueurs s'éloigner
avec leur butin et les captifs enchaînés à leur suite. Amaury
de Montfort était du nombre des prisonniers; on ne sut jamais
ce qu'était devenu le comte Henri de Bar.*
Le roi Thibaut, pendant son séjour en Palestine, et après
lui Richard de Gornouailles avaient mis beaucoup de soin à
réparer les fortifications des villes, et à mettre en état de
défense un grand nombre de châteaux que les Turcs avaient
démantelés dans la crainte de les voir tomber de nouveau aux
mains des chrétiens, comme cela était effectivement arrivé.
Pendant plusieurs années, Gauthier de Brienne défendit sa
ville de Japha au milieu de dangers toujours renaissants,
< vivant en grande partie de ce qu'il gaignaitsur les Sarrasins
et sur les ennemis de la foi, et distribuant entre ses chevaliers
grand foison de draps d'or et de soie, sans que rien lui en
demourast. > C'était du reste un singulier personnage que ce
grand comte Gauthier qui, quand 11 avait quitté ses chevaliers,
€ s'encloait en sa chapelle, et était longuement en oraison,
avant qu'il allast le soir gésir avec sa femme qui moult fut
bonne dame et sage.' » Cette bonne dame, qull avait épousée en
1288, était Marie, fille de Hugues I*', roi de Chypre, et d'Alix
de Jérusalem. I
A l'expiration de la trêve conclue par Frédéric H, l'émir de '
Karac avait repris Jérusalem sur les chrétiens; mais menacé
à la fois par le Soudan d'Egypte qui aspirait à reconstituer
l'empire de Saladin, et d'un autre côté par les Earismiens,
peuplade turque qui était arrivée du fond de l'Asie, fuyant les
Mongols, et qiii depuis plusieurs années ravageait l'Asie
mineure et les bords de l'Euphrate^ il avait, ainsi que les
soudans de Damas et de la Chamelle, renouvelé les anciens
traités avec les Francs (1248), et restitué Jérusalem, la
^ Alberig. — DuoHESNE, Histoire de la maison de Bar-le'ihte,
' JomviLLB, Histoire de saint Louis.
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LES M0MTBÉLIARD8 EN PALESTINE 497
Galilée et Tibériade. A l'appel du Soudan de Babylone,
comme on appelait alors le Caire, un parti des Karismiens
franchit l'Euphrate sous un chef nommé Barbaquan.^ Hs
ravagèrent en passant le comté de Tripoli et la Galilée,
enlevèrent Tabarie, et bientôt les flammes qui s allumaient
partout sur leur passage, annoncèrent leur approche aux
habitants de Jérusalem (1244). Ce ne fut bientôt dans la ville
sainte, privée de ses remparts, que ruine et désolation.
Cependant larmée chrétienne s'était réunie à Ptolémaïs,
et soutenue par les Musulmans de Syrie eux-mêmes, elle
s'était approchée de Gaza où les Barbares arrivaient de leur
côté pour donner la main aux Egyptiens qui leur avaient
promis des vivres.
Le comte Gauthier de Brienne commandait l'aile gauche de
l'armée, et nul n'était plus vaillant que lui.^ Mais le patriarche
de Jérusalem l'avait excommunié à cause de certaine tour dont
le prélat se prétendait propriétaire dans la ville de Japha, et
que Gauthier persistait à garder. Par trois fois il vint solliciter
l'absolution que l'obstiné vieillard refusait de lui donner,
et Gauthier de son côté refusait de combattre sous le coup de
l'interdit. Il fallut que l'évêque de Rama intervînt, et donnât
de son autorité l'absolution au guerrier; mais pendant ces
délais les Eorasmiens, qu'il fallait assaillir brusquement et dans
leur désordre, avaient eu le temps de se ranger et de prendre
leurs dispositions. La bataille dura deux jours(18octobrelM4);
et l'issue en fut décidée par la fuite du sultan d'Emesse qui^
voyant les pertes que ses cavaliers avaient subies, abandonna
brusquement le champ de bataille et dégarnit l'aile droite des
chrétiens. Les prisonniers, envoyés en Egygte, furent livrés
aux insultes de la populace, et leurs têtes, jointes à celles des
victimes de la première défaite de Gaza, Sgurèrent sur les
* JoiNviLLE, N» 486 et 528»
• Nec erat potentior armis, — Mathieu Pajris, 813.
♦•• Année. — Noayelle Série. 32
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496 REVUB d'alsacb
remparts du Caire, jusqu'au moment où le traité conclu avec
saint Louis les fit disparaître.
Gauthier, resté entre les mains des Karismiens \ fiit amené
devant sa ville de Joppé. Ils le pendirent par le bras à une
fourche, et dirent t qu'ils ne le dépendraient point jusqu'à tant
qu'ils avéraient le châtel de Japhe. Mais tandis qu'il pendait
ainsi par les bras, il créait à ceux du chfttel que, quelque mal
qu'on lui 6t, ils ne rendissent pas la ville, sinon que lui-même
les occirait. » Le dévouement héroïque du comte sauva la place,
mais il fut livré à des marchands du Caire, qui le massa-
crèrent, à ce qu'on croit, dans sa prison, à cause des grands
dommages qu'il leur avait faits. Il faut lire dans Joinville*
le récit à la fois naïf et dramatique de la mort du comte de
Brienne. Bustron • raconte qu'en jouant aux échecs dans sa
prison avec un émir, il en reçut un soufflet auquel il répondit
en tuant lui-même l'émir d'un coup d'échiquier, et qu'aussitôt
les Sarrasins se précipitèrent sur lui et l'étranglèrent. Ses
restes furent rendus à saint Louis en 1251, ce qui a fait
croire à Mathieu Paris qu'il périt seulement à cette époque,
au milieu des massacres qui suivirent le désastre de Mas-
sourah. Il fut enseveli par la dame de Sajette, sa cousine,
dans l'église des Hospitaliers. Il laissa plusieurs enfants: Jean
et Amaury qui moururent sans postérité avant 1261, et
Hugues. Ce dernier essaya de faire valoir les droits au trône
de Chypre et de Jérusalem qu'il tenait de sa mère; mais les
barons, pris pour juges entre lui et Hugues d'Antioche son
cousin, fils d'Isabelle de Lusignan et d'Henri d'Antioche, se
déclarèrent pour celui-ci qui devint Hugues III. Le comte de
Brienne quitta alors la Palestine et entra au service du roi
de Sicile, Charles d'Anjou, contre les descendants de Fré-
' D'après Dugange, p. 347, il aarait été pris aa siège delà Chamelle.
» N* 527.
• Commentaires de Cypro.
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LES MONTBÉLIÂBDS BN PALESTINE 499
déric n. Il se signala à la bataille de Tagliacosso^ qui acheva
de ruiner la puissance des Allemands en Italie, et le roi, en
retour de ses services, lui rendit tous les domaines de son
grand-père et en particulier son comté de Lecce. Arrivé à un
haut degré de prospérité, il songeait à entreprendre une
expédition en Chypre, et à faire valoir par les armes ses droits
au trône, lorsque son mariage avec Hélène de Villehardoin,
sœur du duc d'Athènes, lui créa de nouveaux intérêts en
Achaie et le détourna de ce projet. Il prit une grande part
aux guerres de Sicile et fut fait deux fois prisonnier par
Roger de Lauria. Après la mort de sa femme et de son beau-
frère, Guillaume de la Roche, il passa à Athènes pour consoler
sa belle-sœur, Hélène Ducas, et Tépousa. Ce mariage le rendit
bail du duché d'Athènes. Il paraît être mort vers le mois de
mai 1296, soit en défendant sa ville de Lecce déjà prise et
dévastée deux fois par Lauria, soit des suites de blessures
reçues en défendant cette place.
Nous n'avons pas à suivre plus loin et avec détails l'his-
toire des comtes de Brienne qui commencent à s'éloigner par
trop des Montbéliards. Cependant avant de quitter définitive-
vement la descendance d'Agnès, et puisque nous en avons
l'occasion, disons, en quelques lignes, ce que furent ses derniers
représentants.
Gauthier V \ fils de Hugues et de sa première femme Hélène
de Villehardoin, commanda, dans sa jeunesse, un corps de
trois cents guerriers, recrutés en France, et que l'on connaît
dans l'histoire des Vêpres siciliennes sous le nom de cheva-
liers de la mort. Son imprudence et sa présomption le firent
tomber dans une embuscade près de Gagliano, en Sicile, où
il fut fait prisonnier et où périrent tous ses compagnons. La
^ Comte de Sassenay.
' Comte de Sassenay. Les de Brienne, de Lecce et d'Athènes. —
MoBERi, an mot Brienne, etc.
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500 KBVUK D'ALSA01|P
paix de 1303 lui reodit la liberté. La mort de son couainGay
de la Roche, en 1308, lui valut le beau duché d'Athènes. Brouillé
avec les despotes d'Epire et de Thessalie, il appela à son aide
un corps de Catalans et d'Almogavares. anciens mercenaires
de Frédéric II, qui, n'ayant plus d'emploi depuis la paix,
avaient passé dans Tempire d'Orient où^ depuis plusieurs
années, ils exerçaient le métier d'Ecorcheurs. Après les avoir
employés à se débarrasser de ses adversaires, Gauthierne put
plus s'en défaire, et se vit forcé de les attaquer à son tour. Sa
brillante armée tomba dans les marais du Géphise, près de
Ghéronée, où il périt un des premiers (H mars 1811), et les
vainqueurs s*emparèrentdu duché d'Athènes qui comprenait eu
outre la Béotie et l'Achaie, et était en pleine prospérité. Jus-
qu'alors, Athènes avait conservé une partie de son ancien éclat :
c'était une grande et belle ville ; et les seigneurs de la Roche,
en développant dans le pays l'industrie et le conunerce, avaient
fait de leur duché un Etat puissant et heureux. Les Cata-
lans mirent tout au pillage et se substituèrent à la famille
ducale. Jeanne de Chatillon, femme de Gauthier, parvint
à s'enfuir, mais ce fut sans succès que par la suite elle
fit plusieurs tentatives pour rentrer eu possession de son
duché.
Son fils, Gauthier VI, fiit le dernier représentant de cette
branche de la famille de Brienne. Outre son comté de Cham-
pagne et celui de Lecce en Italie, il possédait encore dans ce
pays Conversano, Turi, Casa Massima et de nombreuses sei-
gneuries ; en Grèce il avait conservé Argos, Nauplie et le
titre de duc d'Athènes; de vastes domaines lui appartenaient
encore en Chypre ; c'était un des plus riches seigneurs de
son temps, et Lecce qui était sa résidenee habituelle, a con-
servé de nombreux restes des édifices que ses devanciers et
lui y firent construire, entre autres l'église et le couvent de
Santa-Croce que Charles-Quint fit plus tard réparer. Aujour-
d'hui même cette cité, par son élégance, témoigne du soin que
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LES MONTBÉLIARDS EN PALESTINE 501
les de Brîenne avaient mis à rembellir ; ils possédaient encore
un magnifique palais à Brindes. Gauthier avait épousé en pre-
mières noces Marguerite d'Anjou-Tarente, nièce du roi de
Naples. Pendant un séjour en France, il prit part avec Phi-
lippe de Valois aux premières luttes de la guerre de Cent
ans ; mais toujours désireux de rentrer en possession de son
duché d'Athènes, il se disposait à en tenter de nouveau la
conquête, lorsqu'il fut appelé au gouvernement de la ville de
Florence pour laquelle il avait combattu antérieurement. Une
élection populaire lui donna le titre de duc de Florence (1842);
mais les habitants de cette ville, habitués à jouir de leur liberté,
ne purent se soumettre à ses allures autoritaires, et il fut con-
traint d'abdiquer à la suite d'une violente insurrection. Il
revint en France l'année suivante, et, devenu veuf, épousa,
lui dernier descendant de Gauthier roi de Sicile, la der-
nière descendante du roi Jean de Brienne, Jeanne, fille du
connétable Raoul d'Eu. Il n'eut de descendants ni de l'une ni
de Fautre de ses femmes. La noblesse l'avait choisi pour son
orateur aux Etats de 1855, et il contribua par son crédit à
l'adoption de plusieurs mesures libérales. Enfin, le 6 mai 1856,
il reçut du roi Jean l'épée de connétable de France, et mourut
bientôt après à la bataille de Poitiers en digne représentant
d'une famille de héros. Le mariage d'une sœur de Gauthier
avec Gauthier d'Enghien fit passer dans cette famille toute
l'immense fortune des de Brienne.
Retournons maintenant en Palestine.
La ville de JafTa, échappée aux mains des Earismiensparle
dévouement du grand comte, avait passé après sa mort à
Jean d'Ibelin, fils d'Alix de Montbéliard et de Philippe d'Ibe-
lin. Telle est du moins Topinion exprimée par M. Rey dans
ses Notes sur les Familles (foutre-mer de Ducange. M. de
Wailly, dans son édition de Joinville, n' 158 et note, confond
Jean, comte de Japhe, avec Jean de Baruth, fils de Balîan III
et d'Eschive de Montbéliard, désigné sous le nom de Jean le
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502 REVUE D*ALSAGE
jeune par opposition à son grand-père Jean le vieux. Dacange
lui-même semble faire la même confusion, et appuie son dire
sur ce que Join ville mentionne le comte de Japhe comme étant
de son lignage. Mais qu'il descende d'Alix ou d'Eschive^ il reste
dans les deux cas parent de Joinville, et même d'un degré plus
rapproché par Alix qui était tante d'Eschive. D'un autre côté,
ce même Jean dont nous discutons en ce moment l'origine,
auteur du premier livre des Assises, désigné dans les rubriques
même de son ouvrage comme seigneur de Japhe, d'Escalon
et de Rames, mais nullement comme seigneur de Baruth, en
parlant des différents membres de sa famille, mentionne à
diverses reprises comme son oncle le vieux seigneur Jean de
Baruth, père de Balian III, frère de Helris, femme de Renaud
de Sajette, de Marguerite de Gésarée qu*il appelle madame
Mante c'est-à-dire madame ma tante, et enfin frère aîné de
son père à lui, Philippe, bailli de Chypre pendant la minorité
de Henri I**. Ainsi Jean de Japhe était le cousin germain de
Balian III, de Jean de Césarée, fils de Marguerite, et un degré
de plus le séparait de Jean le jeune, fils de Balian. Nous ne
nous occupons ici que des membres de la famille d'Ibelin alliés
aux Montbéliards. Dans un acte de Jean le vieux et de Jean
de Césarée, en date du 14 avril 1282, il est déjà fait mention
de Jean d'Ibelin^ fils de défunt Philippe, et de f(*u la comtesse
Alix, femme de Philippe, et de Marie leur fille. D'autres témoi-
gnages semblent indiquer qu'Alix a vécu jusqu'en 1244-^ mais
d'un autre côté Jean le jeune ne vivait probablement point
encore en 1284; et, au moment de la croisade de saint Louis, ce
ne pouvait être qu'un tout jeune garçon, hors d'état de remplir
le rôle et d'avoir auprès du roi l'autorité qu'on attribue au fils
de Philippe, alors dans la maturité de l'âge. Le chapitre Xm
des Assises confirme ces données en achevant de nous faire
connaître la parenté du comte de Japha, alors cousin germain
du comte de Montbéliard, puisque sa mère Alix était sœur du
comte Richard, et par conséquent tante de Thierry III, comte
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LES MONTBÉLIARDS BN PALESTINE 503
après 1287.* Jean reçut le comté de Japha d'Henri deLusignan.
Il époasa Marie, flile de Constant^ bailli d'Arménie, et sœur
d'Etiennette, première femme du roi Henri. Il s'était déjà dis-
tingué avec ses cousins dans la guerre de 1232, contre Richard
Filangieri; et, à l'arrivée du roi Louis IX, il était au premier
rang parmi les seigneurs des royaumes de Chypre et de Jéru-
salem.
Voici du reste en deux mots la situation vers 1248.
Depuis la bataille d'Agridi et la prise de Cérines, le roi
Henri était resté paisible possesseur de la Chypre; mais la
guerre s'était prolongée sur le continent, où Filangieri occu-
pait encore un certain nombre de places qu'il administrait au
nom du roi Conrad.
Cependant Alix, reine de Chypre et petite-fille |^u roi
Amaury de Jérusalem, profitant du mécontentement qu'avait
provoqué l'administration tyrannique des Allemands, était
venue à Ptolémaïs et s'y était fait proclamer reine de Jéru-
salem en 1240. Dans la même année, la guerre que les Ibe-
lins n avaient cessé de poursuivre, fut terminée par la prise
de Tyr, que Balian de Baruth, connétable de Chypre depuis
12S7, enleva à Itier Filangieri, frère de Richurd. C'était la
dernière place possédée par les impériaux. Balian fut chargé
de la garde de sa conquête, et la reine Alix continua d'ad-
ministrer le royaume jusqu'à sa mort survenue en 1246.
Son fils Henri lui succéda et réunit ainsi les deux royaumes
d'outre-mer, sans que Ton songeât à tenir compte des droits
du roi Conrad, fils de Jolande de Brienne, qui cependant, lors
de la proclamation de la reine Alix, avait été reconnu, sur les
réclamations du connétable Eudes, comme héritier direct et
légitime du royaume. La défaite des Francs à Gaza (12^ '''' «vait
d'ailleurs entraîné la perte de presque toutes les ville
* DucANGE. Les familles d'outre-mery p. 349. — Btjstram
taires de Cypro. — Beugnot. Assises de Jérusalem.
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504 REVUE d'alsa.cb
quises depuis la mort de Saladin, ou restituées à Frédéric II.
Les Barbares, ne rencontrant plus d'obstacles, s'étaient mis
à ravager le royaume, pendant que les Egyptiens, s'avançant
peu à peu sur leurs traces, prenaient possession de Jérusalem,
de Tibériade, et venaient mettre le siège devant Damas. Assail-
lie par les hordes impétueuses du Karisme, cette ville ne
tarda pas à succomber, et fut livrée au Soudan d'Egypte. La
Chamelle, Maubeck subirent le même sort, et Negmeddin
réunit ainsi sous son autorité presque tout ce qui avait cons-
titué Tempire de son aïeul Saladin.
Les chrétiens, effrayés de ces succès, envoyèrent Valeran,
évêque de Baruth, porter en Occident leur cri de détresse.
Cependant le roi Henri ne parait pas avoir pris une part bien
active à la défense du royaume, et Teffort de la lutte parait
avoir été particulièrement supporté d'abord par le connétable
Eudes qui mourut pendant la durée de la guerre, puis par
Gauthier de Brienne.
De leur côté, les Ibelins émigraient peu à peu de Palestine,
et se groupaient de plus près autour du roi, leur parent et
qui leur devait le trône. A la mort de Gauthier, il avait, comme
nous Tavons vu, donné le comté de Japhe à Jean, fils de Phi-
lippe, et dédommagé les de Brienne en leur abandonnant par
acte de 1247, tous ses droits sur le comté de Brienne en Cham-
pagne.^ Balian III tenait Tyr et Baruth ; il avait essayé d'élever
des prétentions sur la seigneurie d'Ibelin^ reconquise sur les
infidèles vers 1234, peu après la vocrt du vieux Jean, en se
fondant sur sa qualité d'aîné de la branche aînée de la famille ;
mais comme il y avait eu interruption dans la possession,
la représei\,tation ne fut pas admise, et la seigneurie fut
adjugée à Marguerite de Césarée, héritière directe du dernier
détenteur.
Ibelin avait cour, coin ou monnaie, et justice. D'après
* DUOANGE, p. 62.
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LES MONTBÉLIÂRDS EN PALESTINE 505
Ducange^ les armes de la famille étaient d'azur à une fasce
d'or; cependant Joinyille^ donne à Jean de Jaffa d'or à la
croix de gueules pâtée. Les divers représentants des Mont-
béliards n'ont jamais possédé Ibelin,, qui d'ailleurs ne resta
qu'assez peu de temps entre les mains des chrétiens, et ne
tarda pas à être complètement démoli par les Sarrasins.
Outre Balian, il y avait encore sur le continent Jean, son
quatrième frère, alors en possession d'Arsur; et deux autres
frères, Baudoin et Guy, étaient auprès du roi, l'un comme
sénéchal, l'autre en qualité de connétable. Envoyé en 1246,
avec huit galères, au secours d'Ascalon vivement pressé par les
Turcs, Baudoin les avait battus et contraints de lever le siège.'
Guy a mérité d'être qualifié par Joinville, « l'un des miex
entechiers chevaliers que oncques veist. »
Tous ces seigneurs furent très empressés à recevoir le roi
de France à son débarquement (1248). Chaque fois que de nou-
veaux croisés arrivaient en Palestine, c'étaient des amis et des
parents qui se retrouvaient pleins de joie et d'effusion. Les
voyageurs apportaient des nouvelles de la patrie française ;
leurs hôtes racontaient leurs travaux, leurs aventures et leurs
exploits. Ceux-ci versaient des larmes au souvenir de leur
famille, de leur pays presque oublié; les autres s'émerveillaient
au spectacle de l'Orient, et se livraient tout entiers à cette vie
nouvelle et brillante qui s'ouvrait à leur curiosité et à leur
impatience. On devisait de batailles et de conquêtes au milieu
des fêtes et des danses. Dès son ^lébarquement, Joinville s'é-
tait trouvé entouré des membres de sa famille, et il amenait
lui-même le petit Barthélémy de Montfaucon, fils naturel
d'Amédée, frère du comte Thierry III de Montbéliard. Les
Ephémérides de M. Duvernoy (1 février) nous disent qu'A-
* P. 365 et s.
* W 168.
* DUCANGE, p. 36.9.
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506 BEVUE D' ALSACE
médée fit aussi le voyage de Palestine; cependant nous n'ayons
pas retrouvé sa trace. Joinvi Ile n'en dit mot; et comment le
petit Barthélémy se f ût-il attaché au sénéchal, si son père eût
été du nombre des croisés? Plusieurs membres de la maison
de Brienne faisaient aussi partie de l'expédition, et avec eux
tout ce qu'il y avait de plus illustre et de plus brave dans
leur entourage et leur parenté de Champagne et de Bourgogne.
Tandis qu'on passait ainsi l'hiver, en attendant joyeusement
la campagne qui devait s'ouvrir au printemps, les croisés
reçurent encore la visite d'un autre membre de la famille de
Brienne, l'impératrice Marie, fille du roi Jean, femme de
Baudoin II de Courtenay, souverain de Gonstantinople.^ Elle
venait solliciter le secours du roi Louis IX, pour défendre ses
Etats que les victoires de son père ne suffisaient plus à pro-
téger contre les efforts des Grecs et des Barbares. Cette prin-
cesse avait été portée par la tempête vers le port d'Acre, où
le roi envoya à sa rencontre le sire de Join ville et le comte
Erard de Brienne, de la branche de Rameru, cousin des rois
Gauthier et Jean, mort plus tard en Palestine sans laisser
d'héritier. La pauvre dame n'avait gardé de tout son bagage
que la chape dont elle était vêtue, et un surcot de table. II
fallut que Join ville lui envoyât « du drap pour faire une robe et
la panne de vair avec ; et ly envoya aussi une tiretaine et
cendal (taffetas) pour fourrer la robe. » Le roi et la reine Fac-
cueillirent avec empressement à Limisso où se trouvait alors
la cour et où les croisés avaient débarqué; mais elle ne put
obtenir que des promesses assez vagues, et les désastres de
la campagne ne permirent pas de les remplir. Obligée de
retourner en France, elle emmena avec elle son frère Jean
d'Acre, à qui elle fit épouser après la mort de Marie de Coucy
sa première femme^ la comtesse de Montfort, veuve de Jean
de Montfort, mort en Chypre dans l'hiver de l'année 1249.
* JomvniXE. N' 137.
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LES MONTBÉLIÂRDS EN PALESTINE 507
Le roi Henry * et tous les seigneurs de son entourage vou-
lurent accompagner le roi de France à son dépari pour
Damiette. Joinville trouva devant cette place un petit navire
que lui envoyait sa cousine Eschive de Baruth pour aider au
débarquement, et dans lequel il descendit avec Erard de
Brienne. Le comte Jean de Jaffa, qui les accompagnait, avait
une magniGque galère, «toute peinte dedans et dehors la mer, à
escussiauxdeses armes qui estaient d'or à une croix de gueules
pâtée. Il avait bien trois cents rameurs, et pour chaque rameur
il y avait une targe à ses armes, et à chaque targe il y avait
un pennon en or appliqué. Ce fut lui qui aborda le premier
et le plus noblement. Aussitôt qu'au bruit des tambours et
des cors sarrasinois, sa galère fut entrée dans le sable, il
s'élança avec ses chevaliers en bel attitail, et vint tendre ses
pavillons à la gauche de l'armée, non loin de l'endroit où
Joinville débarquait de son côté. Les Egyptiens firent mine
de vouloir résister et essayèrent de rejeter les Français à la
mer; mais en voyant qu'ils tenaient bon, ils prirent eux-mêmes
le parti de la fuite.
Ce premier succès, immédiatement suivi de la prise de
Damiette, ne fit que rendre les croisés plus présomptueux,
et croître leur licence et leur incurie. Déjà leur séjour en
Chypre, au milieu de l'abondance et des plaisirs, avait laissé
pénétrer dans l'armée des germes dangereux d'indiscipline;
la bonté du roi nuisait à la vigueur du commandement, et
d'ailleurs Louis IX n'était point un grand général. On perdit
beaucoup de temps à Damiette, pour laisser écouler l'inonda-
tion, et attendre le comte de Poitiers qui amenait un nouveau
renfort de guerriers. Cependant, lorsqu'on se mit en marche,
l'armée comptait 60,000 combattants paVmi lesquels il y
avait plus de 20,000 cavaliers. Le sultan Negmeddin avait
réuni ses forces à Mansourah, et, bien que mourant, redou-
* JoiNvniLE, passim.
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506 BEVUE D'ALSACE
blait d'activité dans ses préparatifs. A sa mort, les émirs
appelèrent au trône Almoadan Touran schah, le dernier des
descendants de Saladin ; mais en attendant son arrivée de
Syrie, Témir Fakreddin conserva le commandement de
l'armée.
C'est à l'histoire générale qu'il appartient de raconter les
événements et les désastres de cette triste expédition. On sait
les imprudences du comte d'Artois et les fautes de l'armée.
Pendant tout le temps que les chrétiens passèrent sur les
bords du Nil, en face de Mansourah, ce ne fiit qu'une suite de
combats où chacun semblait agir pour son propre compte,
sans plan arrêté, sans ensemble, et aussi sans résultat à espé-
rer. Dans presque toutes les batailles livrées par les Français,
la valeur individuelle a fait tort à l'ensemble des mouvements
et entraîné la perte des meilleures armées. Joinville, attaché,
lui sixième, à la défense d'un pont, eut deux fois son cheval
abattu sous lui, et ne rentra le soir qu'après que ce cheval
eut reçu quinze blessures et qu'il eut été lui-même percé de
cinq flèches. Bibars avait remplacé dans le commandement
Fakreddin resté sur le champ de bataille. Il engagea de nou-
veau la lutte le premier vendredi du carême, en 12B0. Le duc
d'Anjou commandait la droite; Guy et Baudoin d'Ibelin
venaient après à la tête des guerriers de Chypre et de Jéru-
salem ; puis Gaucher de Châtillou, plein de prudhomie et de
bonne chevalerie ; Joinville était un peu plus loin vers la
gauche, et enfin à l'extrémité Josserand de Brandon, dont la
troupe eût péri tout entière sans le secours de Henri de
Brienne à la tête des arbalétriers.
Ce fut peut-être encore une victoire, mais chèrement achetée
et demeurée inutile. La peste, la famine, le scorbut s'étaient
joints aux souffrances de la guerre. On voulait faire retraite,
mais les Mamelucks étaient maîtres du Nil, et leurs escadrons,
dont la plaine était inondée, enlevaient tous les traînards et
tous les égarés. Une partie des troupes et des blessés avait
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LES MOKTBÉLIABDS EN PALESTINS 509
été embarquée sur le fleuve qu'ils descendaient lentement et
à travers mille dangers. Le roi, presque mourant, mais qui
n'avait pas voulu quitter ses soldats, voyait tomber autour de
lui ses plus héroïques défenseurs. L'épée de Geoffroi de Sar-
gines et de Gaucher de Gbâtillon ne sufGlsaient plus à le
défendre ; en vain s'efforçaient-ils de rallier à leurs cris quel-
ques chevaliers; Gaucher succomba; il fallut se rendre, et le
roi de France fut chargé de fers avec ses deux frères, les ducs
d'Anjou et de Poitiers. Joinville, fait prisonnier dans le navire
où on l'avait porté tout malade, ne dut son salut qu'au dévoue-
ment d'un Sarrasin de la terre de Tempereur, qui le tint
embrassé en criant : < Cousin d u roi. i» Avec lui fut sauvé le petit
Barthélémy de Montbéliard, qui, ayant perdu tous les gens de
son escorte, sut inspirer quelque pitié aux émirs, et fut
remis au sénéchal, avec recommandation de tenir toujours
le petit enfant par la main, que les Sarrasins ne le taillent.
n accompagna ainsi Joinville jusqu'à Ptolémaïs où il fiit remis
à sa £Eunille.
Plus de trente mille chrétiens avaient succombé, tant sur
le champ de bataille que dans les eaux du Nil ou dans les
massacres qui suivirent la déroute. Cependant Jean de Vallery,
Philippe de Montfort et les deux Ibelins avaient été mandés
près du roi qui voulait prendre conseil de ses barons pour
la conclusion d'un trêve. Il fut convenu que le roi rendrait
Damiette et paierait pour sa rançon un mJUion de besans
d'or, environ 10,132,000 francs de notre monnaie. «Par
ma foi, s'écria Almoadan en apprenant que le roi avait
accepté ses conditions sans marchander, larges es li franc,
quand il n'a pas barguigné si grand somme de deniers. Ores
li allez dire que je li quitte cent mille livres ^ por la rançon
payer. »
Déjà Joinville, Jean de Soissons, Pierre de Bretagne, les
^ Un cinquième du total.
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510 REVUB d'ALSAOB
deux Ibelins avaient descendu le Nil, et le roi pouvait espérer
qu'il ne tarderait pas à être rendu à la liberté, lorsque le
Soudan fut assassiné à Pharescour, et les captifs plongés
dans de nouvelles aventures et de nouveaux dangers. Après
la scène sanglante qui avait amené la mort d'Almoadan,
trente guerriers sarrasins s'étaient précipités dans la galère où
étaient les prisonniers, en les menaçant de leur trancher la
tête. Les chrétiens se préparaient à mourir, et le sénéchal avait
déjà reçu la confession de Guy d'Ibelin, quand par un de ces
revirements soudains et fréquents dans l'esprit des gens en
colère, les Sarrasins les quittèrent brusquement; et, après que
le roi lui-même eut été vingt fois menacé de mort, le traité
fut maintenu ; on restitua Damiette, le roi et la reine s'em-
barquèrent sur des vaisseaux génois, et avec eux purent s'é-
loigner de ce rivage deux fois funeste, un certain nombre de
seigneurs de leur entourage, entre autres Joinville. Il restait
environ 11,000 chrétiens dans les prisons du Caire; quelques-
uns furent encore rendus plus tard ; mais le plus grand nom-
bre périt égorgé par les Turcs fanatisés ou dans les infects^
cachots où ils étaient plongés.
Le roi arriva à Ptolémaïs (1350) accompagné d'un fort petit
nombre de chevaliers, et sans être encore fixé sur la conduite à
tenir. Tout en étant lui-même disposé à prolonger son séjour
en Palestine \ il ne voulait cependant pas prendre un parti sans
consulter son Conseil, surtout ses frères et ses amis au nombre
desquels figuraient le sire de Joinville, le comte de Jaffa, Guy
de Malvoisin, Guillaume de Beaumont et quelques autres
barons. Les avis furent partagés, et la majorité même opina
pour le retour en France. Le comte de Jaffa refusa de se
prononcer, disant que comme il avait plusieurs châteaux en
Palestine, on pourrait l'accuser de penser à ses intérêts per-
sonnels ; et comme le roi insistait, il se contenta de dire que la
* JOINVILLB. N* 424.
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LES MONTBÉLIABDS EN PALESTINE 511
gloire des armes chrétiennes et le salut de la Terre*Sainte ne
permettaient pas aux croisés de rentrer en Europe. Joinyille
se prononça énergiquement dans ce sens ; et le roi, que le
discours du sénéchal avait confirmé dans sa manière de voir,
se décida à persister dans ses intentions.
Il resta ainsi en Palestine jusqu'au 14 avril 1254, occupé à
fortifier les villes qui étaient encore entre les mains des chré-
tiens, à rétablir la paix entre les différents partis, et à contenir
les ambitions qui se produisaient au milieu même des dangers
dont on était environné. Louis releva successivement Tripoli,
Sidon, Césarée, Ptolémaïs qu'il entoura d'une double enceinte
de tours et de murailles. Depuis la perte d'Ascalon, Joppé
était devenu le boulevard du royaume du côté de l'Egypte, et il
était de première nécessité d'en assurer la défense. Lorsque le
comte Jean, raconte Joinville, sut que le roi avait l'intention
de venir à Jaffa, < il attira son chastel en tel manière, que ce
semblait bien être ville défendable, car à chacunsdes carniaux,
dont il y avait bien cinq cens, avait une targe à ses armes et
un panoncel^laquex chose fut bien bêle à regarder. i> Louis passa
près d'un an dans la ville de Jaffa, et ce fut probablement
durant ce temps ^ qu'il engagea le comte Jean à recueillir les
souvenirs qu'il avait gardés des anciennes Assises de Jéru-
salem et les traditions juridiques qui s'étaient conservées dans
les cours et tribunaux du royaume, pour en faire le corps de
doctrine qui fut continué plus tard par Jacques d'Ibelin, petit-
fils du connétable Philippe et de Simone de Montbéliard.^
Déjà dans des temps plus anciens, le roi de Jérusalem,
^ DUCANGE, p. 349.
• Il y eut deux Jacques d'Ibelin, l'un fils de Balion de Tabarie et
petil-fils de Philippe et de Simone, né entre 1310 et 1315; l'autre, d'ori-
gine inconnue. C'est ce dernier qui, en 1271, soutint, dans un discours
devant Edouard d'Angleterre et le roi Hugues III, les droits des barons
de Chypre, et prétendit qu'ils n'étaient point tenus de faire le service
hors du royaume, s'ils ne le voulaient bien. Il n'est pas impossible que
ce dernier soit le rédacteur du second livre des Assises. — Duoange 369.
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512 REvriB d'alsace
Amaury, avait engagé Raoal de Bare, beau-père du conné-
table Eudes, à refondre les Assises de Godefroi pour en
former un nouveau code de lois^ mais Raoul s'y était refusé,
disant qu'il ne voulait pas apprendre ce qu'il savait à des légistes,
hommes du peuple, et les rendre ainsi ses égaux. Le comte
Jean n'eut pas les mêmes scrupules ; mais le texte primitif
avait cessé d'exister. Oublié, dit-on ', dans l'église du Saint-
Sépulcre, il avait été perdu lors de la prise de Jérusalem par
Saladin, et on ne put le rétablir que d'après les souvenirs qui
s'étaient conservés chez les jurisconsultes et les usages main-
tenus devant les tribunaux. C'est par la Chypre que nous est
parvenue l'œuvre d*Ibelin. Après qu'elle eut été continuée
par son cousin Jacques, et terminée enfin en 1269, seize com-
missaires, choisis par les Etats du royaume, scellèrentFouvrage
de leur sceau; et le S novembre de la même année, le
manuscrit fut déposé solennellement dans la cathédrale de
Nicosie, comme l'avait été jadis l'exemplaire original dans
l'église du Saint-Sépulcre. Ainsi ce furent encore les descen-
dants des Montbéliards qui eurent la plus grande part à ce
travail, et leur œuvre peut être considérée comme l'un des
monuments les plus complets de la législation et de la juris-
prudence féodales, non pas seulement pour la Palestine, mais
en France, d'où elle était sortie, et où elle fut en partie
reproduite dans les Etablissements de saint Louis.
Après que ce prince eut quitté la Palestine (14 avril 1254),
ce ne fut plus dans ce malheureux royaume que désordre et
confusion. Les compétitions au trône, les luttes des partis,
et surtout les rivalités des ordres du Temple et des Hospi-
taliers s'ajoutaient aux guerres étrangères pour hâter la déca-
dence et précipiter la ruine. Marie, fille de Bohémond lY
d'Antioche et de Melissende, fille elle-même d'Amaury de
* DtJOANGE, p. 456.
* MiCHAUD, t. II, p. 536 et 37, éclaircissement
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LES MONTBÉLIÂRDS EN PALESTINE 513
Lasignan et d'Isabelle de Jérusalem *, avait élevé ses pré-
tentions en opposition avec celles des rois de Chypre. Charles
d'Anjou, à qui elle céda ses droits moyennant une pension et
des dédommagements en terres (1277), essaya à son tour de
s'emparer du royaume ; toutefois cette cession ne laissa sub-
sister au profit de la maison d'Anjou qu'un titre assez vain,
qu'elle ne se trouva jamais en situation de faire valoir sérieu-
sement.
D'un autre côté, les troubles qui agitèrent l'Egypte après la
mort du dernier descendant de Saladin, et l'apparition des
Mongols qui menaçaient les Turcs plus encore que les Francs,
avaient maintenu pendant un temps la paix entre les deux
peuples rivaux, et retardé momentanément la chute du
royaume chrétien. Houlagou s'était emparé de Bagdad (1268),
et le dernier des Abassides avait péri au milieu des raines de
sa capitale et des trésors qu'on lui servait pour nourriture.
Alep, Damas, Emesse et toutes les grandes villes de Syrie
étaient tombées au pouvoir des Tartares chez lesquels les Francs
avaient cru trouver des alliés; mais quelques difficultés sur-
venues à propos du pillage de certains villages turcs qui
payaient tribut aux Mongols, tournèrent contre les populations
chrétiennes les armes redoutables de ce peuple. Là Palestine
fut envahie, et les territoires de Sidon, de Ptolémaïs et de
Beruth ravagés ; Jean d'Ibelin, fils de Balian, qui voulut leur
résister, fut vaincu, fait prisonnier et ne put se racheter qu'au
prix de 20,000 besans.* Mais comme ces Barbares ne ména-
geaient pas plus les Turcs que les Chrétiens, les Egyptiens
vinrent eux-mêmes au secours de leurs anciens ennemis. Ket-
boga, un des lieutenants d'Houlagou, fut défait et tué dans une
grande bataille livrée dans la plaine de Tabarie (1260). et les
hordes mongoles dispersées, s'évanouirent de la Palestine.
^ DUOANGE, p 42 et 8.
' Duoângs.
i- Année. — NonveUe Série.
33
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514 REVUE D*ALSACE
Cependant la plupart des personnages que nous avons tum
figurer dans ce récit, avaient disparu successivement de la scène.
Balian de Baruth et sa femme Escbive étaient morts à une
époque inconnue, laissant trois fils et une fille. Cette dernière,
Isabelle, épousa Henri de Giblet; Balian mourut jeune; Hugues
épousa Marie de Montbéliard, fille du connétable Eudes, et
mourut sans postérité ; enfin Jean, dont nous venons de parler
et qui était Taîné de tous, bérita de la seigneurie de Baruth
et vécut jusqu'à 1264. Il avait épousé Alix d'Athènes et laissa
deux filles : Isabelle qui eut quatre maris et mourut sans
enfants, et Eschive qui devint, à la mort de sa sœur, dame
de Barutb qu'elle conserva jusqu'à la prise de cette place par
lesMamelucks en 1291. Elle épousa successivement Humfroi
de Montfort et Guy de Lusignan, fils du roi Hugues III. Leur
fils devint roi à son tour sous* le nom de Hugues IV. Outre ce
prince, ils eurent encore Araaury, Isabelle qui épousa le con-
nétable Eudes de Dampierre, et Rupin, époux de Marie d'Ibe-
lin, fillede Balian, sénéchal de Chypre, lui-même fils du conné-
table Guy et neveu de Balian ni.
Le comte de Jaffa, Jean d'Ibelin, rédacteur dea Asinses,
était mort à son tour en 1266, laissant de Marie d'Arménie,
Guy ou Guyotin, époux de Marie de Tabarie, fille du conné-
table Philippe et de Simone de Montbéliard. Ce fut probable-
ment pendant l'administration de Guy, que JafEa fut enlevé
par Bibars, le 7 mars 1265. Hugues, fils de Guy, conserva le
titre du comte de Jaffa ; il fut sénéchal de Jérusalem en 1338,
et épousa Isabelle d'Ibelin ; sa sœur, nommée aussi Isabelle,
épousa le roi d'Arménie, Sembad.
Ainsi le nom de Montbéliard avait disparu de la Terre-
Sainte; mais en ce même temps s'en allaient pièce à pièce les
derniers restes du royaume. Antioche, Joppé, le Krac des
chevaliers furent pris par Bibars en 1268. Kelaoun enleva,
en 1285, Margat que le diable lui-même, au dire du sultan
de Hamah, avait pris plaisir à consolider sur son i!ocber, et
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LES MONTBÉLIARDS EN PALESTINE 515
dont l'aigle et le vautour pouvaient seuls atteindre les remparts.
En 1287 ce fut Tripoli; en 1291, Tortose et Baruth, Sajette
et Tyr. Restait Ptolémaïs, dernier boulevard d'un royaume
qui n'existait plus, où s'était retirée toute la noblesse du pays,
et où vivaient accumulés plus de cent mille chrétiens, reste
de la population des villes voisines, échappée au fer des Musul-
mans. Chaque peuple s'y trouvait représenté, et possédait un
quartier distinct, entouré de murs, fermé par des chaînes, et for-
mant une ville dans une autre ville. Il y avait jusqu'à dix-sept
juridictions différentes. Dans les derniers temps, on avait sur-
tout vu arriver des Génois, des Pisans, des Vénitiens que le
commerce attirait en Orient, et où accouraient d'autre part des
Romains, des Parisiens, des négociants de Gonstantinople, de
Damas et du Caire, tous rivalisant de violence et de rapacité.
On apportait à Ptolémaïs, des diverses parties du monde, tout ce
qui pouvait servir aux besoins et au luxe des princes et des
seigneurs dont la vie s'écoulait dans les jeux et les tournois.
Chaque ordre de chevalerie y possédait ses châteaux, que les
luttes des partis avaient fait transformer en forteresses redou-
tables.^ Les murs de la ville, garnis de fortes tours, à un jet de
pierre les unes des autres, étaient percés de portes entre deux
tours, et leur largeur était telle que deux chars pouvaient y
passer de front Ils étaient doubles du côté de la terre, et pro-
tégés par de profonds fossés. Les places de l'intérieur étaient
belles et propres; toutes les maisons, égales en hauteur, étaient
construites en pierres de taille, et décorées uniformément de
fenêtres en verre peint Des étoffes de soie et d'autres belles
tapisseries couvraient les places publiques et les garantissaient
contre les ardeurs du soleil. A chaque angle de ces places
était une tour très forte^ ayant des portes et des chaînes de
fer. Tous les habitants avaient chez eosi les manières des
anciens Romains ; les rois de Jérusalem et de Chypre, les
^ Hbrmann Cobneiuus. Chron, Bibl. des croigades, t. III, p. 131.
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516 REVX7E D'âLRAGB
princes de Galilée, d'Antioche, de Tripoli, les Ibelins, lesGîblet,
les Montaigu, les seigneurs de Gésarée, de Blanchegarde, de
Sajette, de Tabarie, y possédaient des palais magnifiques qui,
depuis la perte de leurs fie&, étaient devenus leur résidence.
Plusieurs de ces familles étaient puissamment riches ; elles
avaient leur milice à elles, et on voyait les seigneurs parcou-
rant la ville avec leur couronne d'or sur la tête, suivis de leur
nombreuse maison qui se faisait remarquer à la magnificence
des vêtements couverts d'or et de pierres précieuses.*
Le siège de Ptolémaïs fut terrible et dura trois mois. La
ville succomba sous les coups du sultan Khalil, le 18 mai
1291^ autant par le fait des défaillances, des désordres, du
manque d'entente entre les chrétiens, que par l'énergie et la
bravoure réelle des Musulmans. Sa ruine rappelle celle de
Jérusalem sous Titus, et de toute cette splendeur, il ne resta
après le passage des Turcs que des monceaux de décombres
couverts de cadavres et inondés de sang.
Presque toutes les familles qui échappèrent au désastre, se
réfugièrent dans l'île de Chypre où déjà la plupart d'entre
elles avaient par avance des établissements. Les Ibelins con-
tinuèrent à occuper dans ce royaume les hautes positions de
sénéchal et de connétable, et furent constamment associés
à la fortune des Lusignans ; mais il nous deviennent entiè-
rement étrangers, et nous ne voyons pas qu'ils aient con-
servé de relations d'aucune espèce avec le pays d'où étaient
venus leurs aïeux. Eux-mêmes disparaissent vers la fin du
XIV* siècle, ou du moins cessent de prendre part aux affaires
et de figurer dans les derniers événements de l'histoire de
Chypre.
Que si maintenant nous nous demandons ce qui revint à
notre pays de Montbéliard, de tant de sang versé, de luttes et
de travaux? nous répondrons : la lèpre et quelques caisses
* MiCHAXTD. Btbliothrqw des croisades, III, p, 131. — VnxANi.
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LES MONTBÉLIARDS EN PALESTINE 517
de reliques.* Un inventaire des richesses possédées par l'église
Saint^Maimbo, dressé le 7 février 1522, mentionne parmi ses
trésors : une fiole contenant du lait de la Vierge; quelques
cheveux de Marie-Magdeleine ; un morceau de la vraie croix ;
une pierre sur laquelle s'était assis Jésus-Christ; un fragment
de son sépulcre et du bois de la crèche qui avait été son
berceau ; un caillou qui avait servi au martyre de saint Etienne ;
de la terre du champ où Adam fut formé ; un reste du pain
que Jésus donna à ses disciples au dernier souper, etc. Tous
ces objets, exposés chaque année à l'adoration des fidèles, le
jour et le lendemain de la Circoncision, furent détruits lors
de l'introduction de la Réforme à Montbéliard. Nous ignorons
d'ailleurs quelle en était l'origine et qui les avait rapportés
à Montbéliard.
On a présumé que la lèpre nous était venue d'Orient parce
que les établissements destinés dans notre pays à recevoir les
malades, remontent effectivement à l'époque des croisades, et
que selon toute apparence, le manque de soins, de propreté,
et les misères de toute nature qui accompagnèrent ces immenses
déplacements d'hommes, contribuèrent considérablement au
développement de cette maladie. Il y a dans notre ville, au fau-
bourg de Besançon, une fontaine qui porte encore le nom de
Fontaine des ladres^ et qui rappelle l'emplacement de l'hospice
destiné jadis à les recevoir. Une autre léproserie paraît avoir
existé non loin du village d'Arbouans, au lieu désigné sous le
nom de MUandre; et déjà en 1292, il y avait un établis-
sement de même sorte dans le village de Bussurel. C'est
Thierry m, qui, en 1246, fit bâtir l'hospice de Montbéliard
dans un terrain désigné sous le nom de Pré de P Aiguillon, non
loin de T Allan, entre les Grcmers et les abords du Grand pont.
* C3h. Duvernoy. Le château de Monthéliard et ses anciens maîtres,
— GoGUEL. Le château de Montbéliard, ses anciennes églises, etc. —
TuEFFEBD. Notice sur Montbéliard,
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518 REVUS DÂL8A.GE
Ge nom a passé plus tard à la rue où se trouve l'hospice actuel.
Ce même comte Thierry fit en 1269, un don aux chanoines
de Saint-Maimbœuf, à la charge d*en distribuer une partie aux
ladres ; et il existe sur les bords de la rivière de TAllan, un
canton de prés, encore désigné sous le nom de Mezeb, lépreux,
dont le revenu était probablement affecté à la léproserie de
la ville. Cet établissement, mentionné dans une charte de 1-370,
fut reconstruit en 1589, et démoli définitivement en 1688.
L'ère des croisades était fermée; cependant diverses expé-
ditions contre les Turcs portèrent encore ce nom, et nos comtes
de Montbéliard n'étaient pas hommes à les laisser passer sans
y prendre part. Lorsque les triomphes de Bajazet firent
craindre à la chrétienté quelque nouvelle invasion de Bar-
bares, une armée de Francs se réunit, à l'appel de Sigismond,
roi de Hongrie, sous les ordres du duc de Nevers, Jean-sans-
Peur. A ce prince s^associèrent le maréchal Boucicault, le
connétable Philippe d'Artois, Guy de la Trémoille, Henri et
Philippe de Bar, l'amiral Jean de Vienne et une multitude de
seigneurs dont plusieurs étaient parents ou amis du vieux
comte Etienne de Montfaucon qui régnait alors sur Montbé-
liard. L'armée prit sa route par cette ville,* et pendant plu-
sieurs jours, préluda par des tournois, des joutes et des fêtes
guerrières aux victoires qu'elle se promettait. Henri d'Orbe,
fils d'Etienne, prit rang parmi les croisés ; mais les mêmes
fautes, les mêmes imprudences qui avaient entraîné les
désastres de Mansourah et de Poitiers, qui devaient amener
encore Azincourt et Pavie, entraînèrent à Nicopolîs la perte
de cette brillante chevalerie, sans que l'expérience du passé,
les conseils de la plus simple prudence, et les récents revers
de nos guerriers pussent contenir cette folle et présomptueuse
noblesse, source constante de nos malheurs, et qui mit vingt
fois la France au bord de l'abîme.
^ Ephémérides, 20 septembre 1396.
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LES MONTBÉLIARDS £l!f PALESTINE 519
Henri d'Orbe disparat sans qu'on ait jamais su d'une
manière certaine ce qu'il était devenu ; cependant comme il
ne figura pas parmi les prisonniers, on put présumer qu'il
avait succombé dans le combat. Sa mort fit passer les terres
de Montbéliard à ses filles, dont l'aînée, Henriette, par son
mariage avec Eberhard le jeune ^(1397), porta dans la maison
de Wurtemberg le comté de Montbéliard proprement dit, le
château de Porrentroy, Granges, Ëtobon, Saulnot, Glerval,
Passavant.
Le comte Eberhard le barbu, petit-fils d'Henriette, voulut
à son tour de voyager en Palestine (1468) ; mais son expédition,
toute pacifique, n'eut d'autre objet que de visiter les lieux saints
et de satisfaire sa curiosité. Son voyage, commencé en mai, fut
terminé dans les premiers jours d'octobre. Duvernoy raconte
dans ses EphémériAis (14 mai 1468), qu'à l'occasion de son
heureux retour, la ville de Montbéliard lui fit don d'une grande
coupe en vermeil^ et le chapitre de Saint-Maimbœuf de six
tasses à boire en argent. Ce fut lui qui rapporta de Palestine
les cèdres qui décoraient l'esplanade du chflteau. et dont le
dernier figure encore dans un dessin de 1589, conservé à la
bibliothèque de Montbéliard. Il est probable qu'on lui dut
aussi une partie des reliques que possédait Saint-Maimbo.
Nous fermons ici le cercle que nous avions à parcourir, et
comme notre vieux comte Eberhard, nous rentrons sans
encombre au gîte un instant abandonné.
Cl. Duvernoy.
* Eb. Duvernoy. Dissertatio inauguralis, — Teêtament d*Elienne.
' Ephémérides 31 octobre 1397.
/Google
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LE MOUVEMENT SCIENTIFIOUE
EN ALSACE
M. Hirn et ses travaux de physique.
I.
La théorie mécanique de la chaleur a pour objet l'étude
des rapports existant entre les phénomènes de la chaleur et
ceux de l'équilibre statique ou dynamique de la matière
pondérable. Dans nos moteurs., toutes les fois que l'action du
colérique produit un travail mécanique, il disparaît une
quantité de chaleur rigoureusement proportionnelle au tra-
vail produit. Réciproquement et en un sens plus général,
toutes les fois qu'un travail mécanique modifie l'état d'équi-
libre d'un corps, il se développe une quantité de chaleur éga-
lement proportionnelle au travail dépensé. Entre le travail
produit ou consommé de cette sorte et la chaleur consommée
ou produite, il existe un rapport immuable qui est ce qu'on
appelle l'équivalent mécanique de la chaleur. Toute la théorie
mécanique de la chaleur repose sur ce principe formulé pour
la première fois par le D' Mayer en Allemagne et par
M. Joule en Angleterre vers l'année 1842, principe que
M. Hirn a développé ensuite parmi nous en l'appuyant sur
de nouvelles expériences tout à fait originales qui le placent
au nombre des fondateurs de la théorie. Depuis la publication
de la seconde édition de V Exposition analytique et expérimen-
tale de la théorie mécanique de la chaleur de M. Hirn, faite à
Paris en 1865, plusieurs physiciens français et étrangers,
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MOUVEMENT SdENTIFIQUE EN ALSACE 521
notamment MM. Combes et Dopré, puis MM. Yerdet, Briot, de
Saint-Robert, Montié, Zeuner [et Clausîug, ont consacré à
l'étude de cette même question, des traités justement remar-
qués. La nouvelle édition que nous annonçons aujourd'hui
est entièrement refondue et renferme beaucoup de résultats
nouveaux, fruit des expériences et des recherches poursuivies
par Fauteur pendant les dix dernières années. Cet ouvrage se
borne à l'analyse des faits et ne quitte pas le domaine de la
physique expérimentale et de la mécanique. M. Hirn a exposé
ses idées et sa doctrine sur les conséquences métaphysiques
de la thermodynamique dans une Analyse élémentaire detU-
nivers (un volume in-8°, chez Gauthier- Villars, éditeur, à
Paris), ouvi-age remarquable à plus d'un titre, où il présente
la force comme un élément distinct absolument indépendant
de la matière.
Laissant aux philosophes les controverses ou les consé-
quences métaphysiques de la théorie mécanique delà chaleur
nous nous bornerons ici et pour le moment à Texamen de la
partie expérimentale de cette théorie, qui est devenue pour
ainsi dire la base de toute la physique moderne. Or, nous
savons comment dans tout moteur à colérique la source de
chaleur cède plus de chaleur au corps sur lequel elle agit que
cette source n'en prend au corps en question pour le ramener
à son volume, ou à son état primitif La différence de ces
deux quantités de chaleur représente la quantité de travail
que fournit la machine. Chaque unité de chaleur ainsi
dépensée se traduit pour nous par quatre cent vingt-cinq
unités de travail environ. En d'autres termes, 425 kilogram-
mètres ou unités de travail équivalent à une calorie prise pour
unité de chaleur, la calorie étant la quantité de chaleur
nécessaire pour élever la température d'un kilogramme d'eau
de 0 à 1 degré, tandis que le kilogrammètre représente le
poids d'un kilogramme élevé à 1 mètre de hauteur. D'une
part nous pouvons voir, au moyen d'expériences précises,
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523 REVUE D*ALSAGB
qu'en dépensant une calorie, un poids de 425 kilogrammes
peut être élevé à 1 mètre de hauteur, tandis que d'un autre
cdté un poids de 425 kilogrammes environ, soit un volume
de 425 litres d'eau, avec une chute d'un mètre gagne une
calorie ou élève sa température d'un degré centigrade. De
môme le frottement, les chocs, la compression des corps pro*-
duisent ou développent une calorie ou une unité de chaleur
pour chaque dépense de 425 kilogrammètres environ de travail.
Dans nos armes à feu, c'est le calorique dilatant les parties
constituantes de la poudre, qui met en mouvement la balle ou le
boulet, et pendant que le projectile chemine à travers la pièce,
les gaz produits par l'inflammation se refroidissent de nou-
veau. Si le boulet ou la balle frappe un corps résistant avec
sa vitesse initiale, ce corps, à l'instant même du choc, s'é-
chauffe par suite de la perte de mouvement du projectile, avec
un développement de chaleur en quantité égale à celle dis-
parue dans les gaz de la poudre, pour produire le mouve-
ment.
Ainsi la théorie mécanique de la chaleur repose sur deux
propositions fondamentales : la première exprime la relation
entre le travail mécanique et la chaleur considérée comme
force et comme quantité susceptible d'augmentation et de
diminution; la seconde marque la relation existant entre le
travail mécanique, les quantités de chaleur, la température h
laquelle le travail ou la chaleur sont produits ou dépensés.
Ces deux principes, M. Him les démontre avec tous les déve-
loppements nécessaires après les avoir formulés comme suit :
< Toutes les fois que le calorique, en agissant sur' un corps,
donne lieu au travail mécanique, il disparaît une quantité de
chaleur proportionnelle à ce travail. Toutes les fois qu'un
travail mécanique est consommé en actions quelconques, sur
un corps ou dans un corps, il apparaît en dernière analyse
une quantité de chaleur proportionnelle à ce travail. » Tel
est l'énoncé de la première proposition; voici la seconde :
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MOUVEMENT SCIENTIFIQUE EN ALSACE 523
c Etant donnée une différence de température et une quan-
tité disponible de chaleur que nous employons à produire
exclusivement du travail externe ou interne, la quantité de
chaleur que nous sommes obligés de restituer pour obtenir un
travail externe définitif se trouve avec la quantité de chaleur
disponible dans un rapport constant. > Non-seulement le rap-
port qui existe ainsi entre le travail produit ou consommé et
la chaleur disparue ou apparue, est constant pour un même
ordre de phénomènes, mais il reste encore le même d'un ordre
de phénomènes à un autre, et il ne dépend en aucune façon
des corps sur lesquels agit la chaleur, sur lesquels s'exerce
l'action dynamique.
Seule la voie expérimentale conduit à la démonstration
de la première proposition de la thermodynamique. La décou-
verte du principe de physique que cette proposition résume,
n'a pu être réalisée avant l'étude directe des faits connus
maintenant seulement. C'est ce que M. Hirn montre en pleine
évidence dans une digression critique remarquable, à propos
des idées émises par les maîtres de la science sur le choc des
corps non élastiques, sur les actions de frottement, sur le tra-
vail des moteurs thermiques, sur la compression et l'expan-
sion des gaz. Nous trouvons la démonstration même du principe
dans l'examen détaillé des phénomènes de frottement, de la
désagrégation des corps solides, de la compression et de l'ex-
pansion, de la déformation, du choc des corps, des résistances
magnétiques et électriques. Chacun peut constater comment
dans nos machines le frotteront des pièces en contact produit
de la chaleur sans que la chaleur soit due à l'uHure des parties
frottantes. Chacun de nous peut voir que la lime et la pierre
à feu font jaillir des étincelles des corps qu'elles déchirent,
mais sans développement de chaleur plus considérable à la
suite de la désagrégation que quand les pièces restent intactes.
Tout corps comprimé s'échauffe, surtout les gaz, après l'expan-
sion desquels on constate une perte de chaleur égale à la
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524 BBVUB d'alsaob
chaleurgagnée par la compression. De même, les changements
de forme dans les corps élastiques, opérés par un effort
externe, déterminent une élévation de température. Si avec
la force des bras, nous tendons une lanière de caoutchouc en
l'appuyant sur les lèvres, nous sentons qu'elle s'échauffe ; si
nous laissons la bande ramener nos bras à la position primi-
tive, nous sentons qu'elle se refroidit; si au contraire nous
lâchons la lanière d'une main, elle reste chaude. Dans le pre-
mier cas la chaleur du caoutchouc disparait parceque le tra-
vail dépensé d'abord est ensuite rendu ; dans le second cas, la
chaleur persiste parceque la dépense de travail est définitive.
Lors du choc des corps, on observe également une manifesta-
tion de chaleur temporaire quand un marteau rebondit après
avoir frappé l'enclume, tandis que si le marteau frappe un
corps mou, il reste en place après le coup, et le corps mou
s'échauffe. Enfin dans les expériences sur la machine élec-
trique de Carré, le nombre des étincelles de la machine se
trouve en proportion avec le travail dépensé pour la faire
mouvoir, déduction faite du travail absorbé par le frottement
de l'axe des tourillons.
Les expériences par lesquelles on démontre qu'à toute
dépense définitive de travail répond une quantité proportion-
nelle de chaleur développée, sont très nombreuses. Celles qui
indiquent au contraire une production déterminée de travail
par suile et sous l'influence d'une disparition proportionnée
de chaleur, sont beaucoup plus difficiles à suivre et bien plus
rares. Entre ces deux genres de phénomènes, il y a une
différence fondamentale, une différence essentielle de la plus
haute importance. Tandis que le travail d'une chute d'eau,
par exemple^ peut être employé intégralement à produire du
calorique, tandis qu'à notre insu c'est là même son effet final
dans nos usines, la chaleur dans nos moteurs quels qu'ils
soient ne peut être employée intégralement à donner du tra-
vail. Une partie de la chaleur disponible, au lieu de donner du
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MOUVEMENT SGIENTIFIQUB EN ALSACE 535
travail, se déplace simplement en pesant d'un point ou d'un
corps à un autre corps ou à un autre point. Suivant la
remarque de M. Hirn, la valeur minima de cette portion de
chaleur sacrifiée est exactement fixée par la théorie. Mais ce
minimum peut seulement être atteint dans un moteur parfait,
c'est-à-dire idéal, et la portion de chaleur qui passe d'un
corps à un autre, s'approche d'autant plus de la chaleur dis-
ponible que le moteur est plus imparfait. En bien des cas, un
vingtième à peine de la chaleur est employé à donner du
travail, et les dix-neuf autres vingtièmes se déplacent sans
aucun profit pour nous. M. Hirn s'est surtout appliqué à déter-
miner la relation qui existe entre le travail produit et la cha-
leur consommée par des expériences difficiles et cependant
nombreuses sur les machines à vapeur décrites en détail dans
son livre. Ses expériences, après une mesure attentive de la
chaleur fournie, de la chaleur restituée, du travail externe
total produit, amènent la conclusion : « Quelles que soient la
pression, la température, la détente de la vapeur, il manque
toujours dans l'eau du condenseur une quantité de chaleur
proportionnelle à la totalité du travail externe fourni par le
moteur. »
Toutes les expériences de M. Hirn sur les machines h
vapeur, et ses observations également originales sur le rapport
existant entre le travail dépensé ou produit, et la chaleur
produite ou dépensée dans l'organisme de l'homme, ces obser-
vations et ces expériences, disons-nous, nous conduisent à la
seconde proposition de la thermodynamique, à savoir la rela-
tion qui existe entre le travail mécanique et la température
à laquelle s'accomplit ce travail. En réalité, cette seconde pro-
position n'est pas susceptible d'une vérification directe, car
jamais nous ne pouvons nous assurer d'un 0 de température
absolu. Seulement comme la thermodynamique nous permet
de déterminer rigoureusement la densité des vapeurs, toutes
les lois de la détente et de la compression à l'aide d'équations,
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526 RBVUB D'àLBACB
dans lesquelles les valeurs assignées à la température absolue
entrent comme facteurs principaux, on peut en conclure que
Texistence de cette température est une réalité. Nous con-
clurons aussi par contre-coup que la seconde proposition est
démontrée expérimentalement d'une manière tout à fait suf-
fisante, quoique indirecte. Une digression fort intéressante
sur le caractère particulier de cette proposition amène d'ail-
leurs M. Hirn à discuter dans un chapitre spécial les diverses
démonstrations données par Rankine et par M. Glausius, pour
chercher ensuite lui-même un nouveau principe de démons-
tration. En sonmie la validité de la seconde proposition de la
théorie mécanique de la chaleur étant hors de doute, il demeure
également établi sous une nouvelle forme que « la chaleur ne
peut être reconcentrée, une température ne peut être relevée
sans une dépense de travail ou sans une chute d'une quantité
équivalente de chaleur. »
Après la démonstration des deux propositions fondamentales
de la théorie mécanique de la chaleur, M. Hirn entre dans
une étude plus approfondie des gaz parfaits, puis des vapeurs
saturées et de leurs liquides, enfin des vapeurs surchauffées.
L'éminent physicien a réuni dans ces études sur les vapeurs
et les gaz an grand nombre d'observations nouvelles dont les
résultats théoriques ou expérimentaux sont susceptibles d'im-
portantes applications pour nos moteurs thermiques, en même
temps qu'il conduisent à l'interprétation rationnelle des phé-
nomènes les plus importants de la nature. A notre grand
regret nous ne pouvons indiquer ici toutes ces expériences et
ces observations, poursuivies pendant plus de vingt années
avec un soin minutieux, et exposées avec autant d'élégance
que de clarté. Dans son exposition, M. Hirn s'est largement
servi de l'analyse infinitésimale et n'a pas cru devoir s^asservir
à la méthode ou plutôt à la mode nouvelle des démonstrations
dites élémentaires. Selon lui, une démonstration élémentaire
portant sur autre chose que sur la partie élémentaire de telle
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MOUVEMENT SCIENTIFIQUE EN ALSAOE 527
OU telle science, est presque toujours plus difficile à saisir que
la démonstration analytique équivalente. Il y a, comme dit
M. Auguste Langel, dans cette dernière une beauté, une sim-
plicité, une élégance bien supérieure, en même temps qu'elle
fait voir en quelque sorte le mouvement des choses ou des
quantités, au lieu de les tenir éloignées et sans variations.
Pour un jeune homme bien doué, Tétude de l'analyse infini-
tésimale, commencée dès le début des mathématiques, ferait
un jeu de ce qui, avec la routine habituelle de renseignement
de nos programmes classiques, devient un casse-tête.
n.
Attribués autrefois à des principes impondérables, les effets
mécaniques de la chaleur et de Télectricité, comme tous les
phénomènes du même ordre, sont considérés maintenant par
la plupart des physiciens comme des mouvements de la
matière pondérable. Mais de ce que la chaleur, l'électricité,
la lumière se manifestent par des mouvements variés de
l'atome matériel, M. Hirn ne permet pas de conclure que le
mouvement en général ne relève que du mouvement, et que
la gravitation elle-même est simplement la conséquence d'un
mouvement des corps dans l'espace. A ses yeux la force existe
comme une substance indépendante et différente de la matière.
Cette doctrine se trouve développée dans un ouvrage étendu
et spécial, publié en 1868, que nous avons signalé plus haut et
dont nous ne pouvons nous occuper aujourd'hui. Toutefois
nous ne pouvons négliger de donner encore quelques détails
sur la valeur expérimentale de l'équivalent mécanique de la
chaleur et sur les expériences physiologiques de M. Hirn,
pour déterminer les relations entre le travail dépensé et la
chaleur produite dans l'organisme de l'homme.
En ce qui concerne la valeur même de l'équivalent méca-
nique de la chaleur, nous avons dit que le travail développé
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538 BEVUE d'alsage
par une calorie est de 425 kilogrammètres environ comme
quantité moyenne. Cette valeur peut être admise non comme
présentant une exactitude absolue, mais comme à peu près
juste par suite des difficultés de Texpérimentation pour auto-
riser un chiffre tout à fait certain. Dans ses diverses expé-
riences et en éliminant toutes les observations fautives où les
conditions fondamentales de la théorie ne se trouvent pas
remplies, M. Hirn a obtenu pour la valeur de l'équivalent méca-
nique des quanlités qui varient entre 424,5 et 433 kilogram-
mètres. Il a obtenu 424,5 kilogrammètres par Técrasement du
plomb, 432 par le frottement de l'eau, 433 par l'écoulement
de l'eau, 425 par le forage du fer. Si nous considérons les
chiffres obtenus d'abord par le calcul d'après les différences
de capacité calorifique des gaz, nous nous trouvons en pré-
sence de plus grandes divergences. Ainsi, tandis que M. Mayer
et M. Glausius indiquent pour l'air atmosphérique, le premier
la valeur de 365 kilogrammètres en 1852, le second celle de
370 en 1850, M. Regnault a trouvé 480 et Dulong 419. D'après
l'observation directe, M. Joule a obtenu dès 1845 la valeur de
443,8 par la compression, et 437,8 par l'expansion de l'air,
puis 422,4 par le frottement de l'eau dans des tuyaux étroits,
et par le frottement de Teau au moyen d'une roue à palettes
de 423,9 à 488,3. On peut consulter dans l'ouvrage de
M. Hirn un tableau détaillé des diverses valeurs attribuées à
l'équivalent par les expérimentateurs les plus connus, d'après
différentes méthodes.
Voyons maintenant les résultats des expériences entreprises
pour déterminer la relation qui existe entre le travail dépensé
ou produit et la chaleur produite ou dépensée dans l'organisme
de rhomme. Ces expériences du plus vif intérêt demanderaient
à être reprises par une réunion de jeunes physiciens tra-
vaillant en commun d'après les indications de M. Blrn. Au
point de vue physique et mécanique, l'organisme vivant peut
être considéré comme une source continue de chaleur, un
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MOUVEMENT SCIENTIFIQUE EN ALSACE 529
foyer thermique se comportant en outre comme un véritable
moteur. En d'autres termes, le moteur animal est capable de
produire du travail et d'en consommer. Lorsque nous mon-
tons un escalier, nous élevons le poids de notre corps à une
certaine hauteur et le travail traduit en nombres est simple-
ment le produit de ce poids par cette hauteur. Un homme du
poids de 75 kilogrammes gravissant le Mont-Blanc en s'éievant
de 4000 mètres au dessus du sol environnant, dans l'espace do
dix heures exécute un travail de 8,33 kilogrammètres par
seconde ou de 300,000 kilogrammètres en tout pendant la
durée de l'ascension. M. Lortet, dans une excellente étude sur
les effets physiologiques des grandes ascensions, publiée ici
même, a montré que les organismes vivants, tout en restant
soumis aux lois physiques de la pesanteur, ne se comportent
cependant pas seulement comme des corps inertes ou inani-
més. Pour trouver le déûcit ou le bénéfice de chaleur chez
l'homme, il ne sufiSt pas de mesurer la chaleur qui se déve-
loppe dans l'organisme, d'abord à l'état de repos, puis à l'état
de travail, positif ou négatif, en prenant la différence. Toute-
fois si la chaleur ne détermine pas elle-même les contractions
musculaires dans l'homme, elle demeure la seule et dernière
manifestation externe à laquelle donnent lieu les combinaisons
et les décompositions chimiques dans notre organisme. Ce sont
les rapports entre ces manifestations de la chaleur et le tra-
vail mécanique de l'homme, que M. Hirn a cherché à fixer
dans la mesure possible.
Pour arriver à ce but, nous devons à la fois chercher quelle
somme de chaleur se produit en nous dans chaque condition
donnée et laquelle devrait se produire si le travail n'ap-
portait pas de modification dans l'acte de la calorification.
Malgré la diversité des causes du développement de la cha-
leur dans l'organisme, la quantité d'oxygène absorbé par les
poumons devient toujours en définitive la mesure plus ou
moins rigoureuse de la quantité de chaleur disponible. Par
tr* Année. - Nouvelle Série. 34
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5S0 REVUE D' ALSACE
conséqueDt, selon M. Hlrn, en déterminant à la fois le poids
d'oxygène absorbé et la chaleur développée en un temps donné
chez un homme à Tétat de repos complet^ nous connaîtrons la
puissance calorifique de Tunité de poids d'oxygène dans l'or-
ganisme, et par conséquent la quantité de chaleur disponil^le
pour chaque cas. > De plus, en faisant ensuite exécuter par
cet homme un travail positif ou négatif déterminé, et en mesu-
rant simultanément les quantités d'oxygène absorbé et de
chaleur produite, nous saurons de combien la chaleur dispo-
nible diffère en plus ou en moins de la chaleur effectivement
développée. C'est cette difiérence que nous devons mettre en
regard du travail produit ou consommé. >
Les 'expériences de M. Hirn ont été faites dans son labora-
toire du Logelbach, en Alsace, sur plusieurs individus de cons-
titution différente. A chaque expérience, la personne sur
laquelle ont porté les observations, après avoir été pesée sur
un hydrostat, se plaçait dans un calorimètre en planches de
sapin d'une capacité de 4 mètres cubes et éclairée par des
vitraux. A l'un des bouts de l'appareil se trouvait une chaire
sur laquelle on restait assis pendant l'expérience statique ; à
l'autre bout, il y avait une roue à palettes animée d'un mou-
vement régulier par un moteur extérieur, et pendant l'expé-
rience dynamique on marchait sur les palettes de la roue à la
hauteur de Taxe, en s'élevant ouens'abaissant ainsi virtuelle-
ment avec la vitesse circonférentielle de la roue. Un compteur
relevait le nombre de tours, de manière à indiquer à quelle
hauteur s'était élevé ou de quelle hauteur s'était abaissé le
poids du corps, le produit du poids par la hauteur constituant
le travail exécuté. Deux tuyaux de caoutchouc, terminés par
un appareil à soupape qu'on tenait à la bouche, servaient^ l'un
à chercher l'air nécessaire à la respiration dans un gazomètre
jatigé, l'autre à ramener l'air exhalé dans un second gazomètre
de capacité également connue. Tout l'appareil était placé au
milieu d'un appartement spacieux dont la température variait
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MOUVEMENT SCIENTIFIQUE EN ALSACE 531
très peu et très lentement. Des thermomètres indiquaient la
température de l'air interne de lappareil, et celle de Taîr
ambiant. Plusieurs petits agitateurs mêlaient sans cesse les
couches d*air et égalisaient la température de tout le calori-
mètre. Pendant Texpérience statique, comme pendant l'expé-
rience dynamique, on attendait que le thermomètre intérieur
de l'appareil devînt immobile avant de rien noter ; c'est seu-
lement quand la personne soumise à l'expérience était arri-
vée à un régime stable, qu'elle prenait en bouche l'appareil
à soupape, afin de reconnaître combien elle consommait d'oxy-
gène dans cet état stable.
Sans entrer dans tous les détails de ces expériences, notons
seulement comme résultat essentiel que chez tous les individus
soumis à l'étude, le rapport de la chaleur développée au poids
d'oxygène absorbé était de 5,22 à 1,* c'est-à-dire que pour
chaque gramme d'oxygène assimilé, il se développait 8,22 calo-
ries ou bien une quantité de chaleur suffisante pour élever
de 0 à 5,22 degrés centigrades un kilogramme d'eau. Dans
une expérience faite sur lui-même, M. Hirn a trouvé que
< pendant une marche ascensionnelle représentant un travail
de 27,448 kilogrammètres par heure, la quantité d'oxygène
absorbé par heure s'est élevée à 181,74 grammes. Â l'état de
repos, ce poids eût produit 667,68 calories ; en réalité, la
mesure calorimétrique n'a donné que 251 calories ; 486,68 calo-
ries étaient donc employées en travail externe et en phéno-
mènes internes de tous genres qui n'existaient pas à l'état de
repos. » Si l'on calcule le nombre de calories que produirait
le poids d'oxygène absorbé par un individu à Tétat de repos,
on trouve que le nombre de calories réellement développé
pendant le travail, lors d'une ascension, est toujours inférieur
au nombre calculé, tandis que le nombre de calories produites
durant la descente est au moins égal sinon supérieur à la
quantité calculée. Par conséquent le mouvement ascendant
annihile dans l'individu une partie du calorique que l'oxygène
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b32 REVUE D* ALSACE
est susceptible de produire ; et la marche descendante non-
seulement n'annihile rien, mais au contraire détermine une
production de ciilorique supérieure à celle dont est capable
l'oxygène. Entre la somme de travail exécuté (produit de notre
poids par la hauteur gravie) et le nombre de calories que le
mouvement ascendant empêche de se produire, il y a presque
proportionnalité. Que Thomme descende une pente ou qu'il la
monte, il fait dans les deux cas des efforts musculaires avec
une dépense de calorique correspondant à la contraction des
muscles. La production du calorique dépend de l'absorption de
ToxygènesousTinfluencedela respiration, etFoxygëne absorbé
pendant le travail donne d'autant moins de calorique qu'il
produit dans notre organisme plus de cette autre force, élec-
tricité ou fluide nerveux, qui détermine les contractions mus-
culaires. On peut donc affirmer que la loi d'équivalence qui, ,
dans l'être vivant, relie le travail mécanique exécuté avec la
chaleur produite au moins par la respiration, cette loi assi-
mile notre organisme aux moteurs mécaniques. Seulement
notre organisme ou Fétat vivant n'est pas précisément ce que
nous nommons un moteur à calorique, parceque ce n'est pas
le calorique produit par la respiration qui peut déterminer
les contractions musculaires sans l'action de notre volonté.
En somme, les résultats intéressants des observations physio-
logiques de M. Hirn montrent l'opportunité de répéter et de
vérifier ces expériences au point de vue de la théorie méca-
nique de la chaleur.
m.
L'étude de la lumière comme la théorie de la chaleur a
beaucoup fixé l'attention de M. Hirn, et nous devons notamment
à notre éminent physicien du Logelbach un mémoire d'un
grand intérêt sur les propriétés optiques de la flamme et la
température du soleil. On le sait, certains gaz donnent en
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MOUVEMENT SCIENTIFIQUE EN ALSACE 533
brillant une lumière très faible, malgré la température sou-
vent fort élevée de la combustion. Cela arrive notamment pour
l'hydrogène brûlant dans l'oxygène ou dans l'air. Si l'on plonge
dans cette flamme un fragment solide très réfractaire, un fil
de platine, de la chaux ou de la magnésie, une lumière éblouis-
sante se développe aussitôt. Davy a fondé sur ces phéno-
mènes la théorie de la flamme. D'après cette théorie, la flamme
de nos lampes ou de nos becs de gaz doit son éclat à l'incan-
descence de particules très fines de carbone, qui, par suite de
la décomposition de gaz carbonés par la chaleur, se précipitent
à l'intérieur de la flamme pour disparaître en brûlant à la
périphérie. Une quantité minime d'air ou d'oxygène mêlé au
gaz carboné lui enlève tout son pouvoir éclairant, en géné-
ralisant la combustion dans la masse et en arrêtant la com-
bustion du carbone. L'éclat magnifique des flammes du phos-
phore, du zinc, du magnésium, lient au même phénomène de
précipitation d'un corps solide réfractaire dans un gaz à haute
température.
De nouvelles recherches montrent cependant que la pré-
sence d'un corps solide n'est pas une condition indispensable
pour donner à une flamme une vive lumière. Ainsi l'hydro-
gène pur devient lui-même éclairant lorsqu'il est fortement
comprimé, et quand on le fait brûler dans de l'oxygène com-
primée aussi, on pourrait croire de prime abord que ce fait
infirme la théorie de Davy ; mais il n'en est rien, comme l'a
prouvé M. Henri Sainte-Glaire Deville dans une discussion
remarquable récemment soutenue à l'Académie des sciences.
De même, M. Hirn, un des promoteurs de la théorie méca-
nique de la chaleur, approuve les idées de Davy, bien que
plusieurs observations lui aient indiqué des modifications
considérables sous Tinfluence de la température, dans les
propriétés du corps solide qui, par sa précipitation, donne à
la flamme son éclat. Ce savant physicien a entrepris dans
cette vue une série d'expériences intéressantes dont il a décrit
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534 REVUB d'alsaob
les détails dans les AvnaJés de physique et de chimie^ et
qui lui ont fourni des inductions nouvelles sur la température
du soleil.
On le sait, une des premières obserrations d'Arago, en
optique, a montré que la lumière de la flanmie ne présente
en général point de trace de polarisation. Les physiciens en
tirèrent la conclusion que la lumière du soleil vient d'un gaz
et non d'un corps fluide ou solide. De fait, il y a manque de
polarisation avec une flamme homogène comme celle de
rhydrogène comprimé : avec une flamme hétérogène formée
par le mélange d'un gaz avec la poussière d'un corps solide,
il en est autrement. Dans ce dernier cas, non-seulement
chaque particule solide émet de la lumière, mais elle réflé-
chit encore la lumière des autres particules. Les phénomènes
observés pour les gaz carbonés s'expliquent assez facilement,
parce que dans leur flamme le charbon se précipite sous forme
denoir de fumée, dont le pou voir réflecteur est faible. Toutefois,
cette explication ne suffit pas tout à fait, car M. Hirn a trouvé
que la fumée de charbon, dans une atmosphère très chaude
ou d'un vif éclat, ne paraît pas noire, mais blanche, et réflé-
chit ainsi de la lumière. D'un autre côté, la flamme du phos-
phore ne montre point de polarisation non plus, tandis qu'il
y en a pour la fumée de Facide phosphorique quand le soleil
l'éclairé. La même chose arrive encore pour la fumée 4i'un
haut-fourneau chauffé avec du coke. M. Hirn croit devoir con-
clure de ces faits que les particules solides de la flamme
perdent leur pouvoir réflecteur, par suite de sa température
très élevée.
Une importance bien plus grande encore s'attache à la
transparence des flammes. Des expériences récentes de M. Offret,
publiées dans le Journal de réclairage au gaz, ont fait voir
qu'uQ bec d'éclairage à papillon émettait la même quantité de
lumière dans toutes les directions, et que la flamme d'une
lampe à pétrole avec mèche plate manifeste la même propriété,
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MOUVEMENT 80IEMTIFIQUE EN ALSACE 535
quoique dans les deux cas un côté soit éclairé par la partie
évasée, l'autre par la tranche étroite de la flamme. De là
M. Offret conclut à la transparence absolue des flammes, et il
explique l'objection pourquoi on ne voit pas à travers une
flamme, à caase de Téblouissement causé par elle. Quant au
fait que les flammes éclairées par une lumière plus intense
donnent de l'ombre, il en rend compte au moyen de la réfrac-
tion de la lumière que détermine la raréfaction de Tair au
lieu de la flamme, et qui produit la diminution d'éclat ou
l'ombre de la flamme.
A l'occasion de ces études, M. Hirn a repris les mêmes
expériences, accompagnées de mesures sur Tintensité d une
flamme plate dans diverses directions. La flamme d'une lampe
à pétrole lui fit constater que la clarté de la tranche mince
équivaut seulement à 0,86 de la partie évasée. Si la lampe
est tournée quelque peu, de 10 degrés environ, de manière à
ne pas mesurer la tranche mince seule, l'éclat est le même
que celui de la partie évasée entière. Des recherches plus
étendues ont été faites avec une rangée de huit lampes à
pétrole avec flamme plate, écartées Tune de l'autre de 8 cen-
timètres, placées à une distance déterminée d'un photomètre
et comparées avec une flamme mobile. Ce qui fut constaté
d'abord; c'est que les huit flammes étaient égales et donnaient
le même éclat, quel que fût leur ordre de succession ou leur
numéro dans la rangée par rapport au photomètre. Puis on
supprima successivement les deux dernières et les quatre
dernières flammes pour mesurer à chaque expérience l'in-
tensité de la lumière, pour calculer d'après les valeurs obte-
nues si les lumières supprimées avaient perdu ou non quelque
chose de leur intensité lors de l'emploi simultané de toutes les
huit lumières. Enfin les quatre premières flammes furent
abaissées de manière à ne plus rester visibles au dessus de
la fente par où s'échappaient seulement les gaz chauds invi-
»ibles éclairés par les quatre dernières flammes. Le résultat
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5dê REVUE D'aLSAOB
de ces expériences indique une perte de lumière plus consi-
dérable lors du passage à travers les gaz non lumineux, que
dans le passage à travers les flammes lumineuses. Notons une
perte de lumière, même dans ce dernier cas.
D'autres expériences eurent pour objet de déterminer la
transparence de la flamme pour une lumière étrangère. Elles
furent faites avec des flammes de nature différente, à travers
lesquelles on faisait passer des rayons de lumière solaire.
Alors récran, dans tous les cas, ne montrait point d'ombre
là où était la flamme avec toute son intensité, mais seule-
ment des stries, tandis qu'une ombre sensible apparaissait
dans les parties supérieures des flammes au point où se
trouvent les produits de la combustion en apparence trans-
parents. M. Hirn a fait de plus des observations sur la dia-
thermansie de la flamme avec le même appareil à buit
flammes; mais les nombreuses corrections nécessaires et
impossibles à déterminer, ne donnèrent pas ici des résultats
assez précis. Ce qui est établi, c'est que la huitième flamme
élève la température d'un thermomètre en rayonnant à tra-
vers les sept autres.
L ensemble des faits constatés se résume, suivant M. Hirn,
en ces termes : < i"" Bien que la transparence de la flamme
soit en général moins complète que ne l'admettait implicite-
ment Arago et que ne le formule M. Offret — pour le cas
particulier des flammes de gaz carbonés — il n'en est pas
moins vrai qu'une épaisseur très considérable de gaz enflammé
n'arrête qu'une quantité relativement très petite de lumière,
qu'il s'agisse de la lumière propre de la flamme ou de celle
d'un foyer étranger. Il est inexaot de dire qu'une flamme
plate, large et mince éclaire en tous sens avec la même inten-
sité; mais il est certain aussi que la variation de la lumière
ne forme qu'une petite fraction de la quantité totale disponible.
— 2° Lorsqu'on compare l'ombre réelle et caractéristique
que projettent des proportions très faibles de carbone échap-
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MOUVEMENT SCIENTIFIQUE EN ALSACE 537
pées à la combustion, de fumée d'acide pbosphorique ou
autres, avec J'ombre fortement striée et colorée que donnent
même de très grandes épaisseurs de flamme, on est forcé de
conclure que des particules solides, en précipitation définitive
(acide phospborique, sel métallique), ou en précipitation tem-
poraire (carbone), qui donnent à la flamme son éclat, n'inter-
ceptent en aucune façon le passage de la lumière, soit de celle
de la flamme elle-même, soit de celle d'un autre loyer (soleib
magnésium en combustion, etc.). — 8** L'affaiblissement qu'é-
prouve la lumière en traversant la flamme, a lieu lorsqu'à
celle-ci on substitue simplement une couche suffisamment
épaisse de gaz très inégalement échauffés ou de compositions
diverses et mal mêlées. Cet affaiblissement est donc dû aux
réfractions énergiques et multiples qu'éprouve la lumière dans
son parcours et aux dispersions qui en résultent : c'est ce qui
explique parfaitement laspect strié et la faible coloration de
l'ombre de la flamme. »
De ce que les flammes ne montrent point de polarisation,
M. Hirn conclut que les particules solides de la flamme qui
se précipitent, ne réfléchissent pas la lumière, parce qu'elles
perdent probablement à l'état incandescent une partie de leurs
propriétés physiques. < Les expériences décrites établissent
la certitude que les particules opaques deviennent diaphanes
à l'état incandescent. Une des belles découvertes d'Arago, en
optique, a été de reconnaître que la lumière quémet un corps,
solide ou liquide, incandescent, est partiellement polarisée. On
sait que la constatation de ce fait a été, pour le grand astro-
nome^n des arguments les plus puissants pour réfuter l'hy-
pothèse de la solidité ou de la fluidité du soleil à sa péri-
phérie. Arago et, bien plus tard, Verdet ont montré que
Yespèce de la polarisation, au cas particulier, est celle qu'é-
prouve la lumière par la réfraction, dans certaines conditions
spéciales. Arago en a conclu lui-même que la lumière émise,
par exemple, par une nappe de fer (fonte) en fusion ne part
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588 BEVUE d'alsaob
pas seulement de la surface, mais ctv/m certaine profofideur.
C'est admettre implicitement que le métal fondu a perdu au
moins une partie de son opacité. Il est facile d'apercevoir rim-
portance qu'acquerront pour Tétude de la température du
soleil les résultats précédents supposés parfaitement démontrés
et surtout généralisés. >
Aujourd'hui, les physiciens sont divisés en deux camps sur
l'estimation de la température solaire : les uns l'évaluent à
plusieurs millions de degrés, les autres admettent qu'elle ne
dépasse pas 10,000 degrés et reste même beaucoup au des-
sous. Voici jcomment les données exposées dans le mémoire
de M. Hirn semblent décider la question : c Le mode de rayon-
nement calorique et luminique d'une flamme dépend des pro-
priétés optiques des particules solides incandescentes qui s'y
précipitent : ce mode sera tout autre si ces particules restefd
opaques que si elles deviennent diaphanes et diathermanes. Si
elles sont opaques, elles se serviront d'écrans les unes aux
autres. De toutes les particules situées sur une même ligne
droite, la première et la dernière enverront seules de Ja
lumière et de la chaleur sur le prolongement de cette ligne,
en dehors de la flamme. Les autres ne feront qu'échanger
leur chaleur. Le maximum de chaleur et de lumière envoyé
par la flamme, suivant une direction donnée, sera celui qu'é-
mettrait un plan perpendiculaire à cette direction et ayant
juste la surface que présente en apparence la flamme coupée
perpendiculairement aussi à cette direction. Je dis que c'est le
maximum : pour qu'il soit atteint, il faut qu'il se trouve assez
de particules incandescentes pour que le rayon visuelle ren-
contre aucun interstice libre dans la profondeur du gaz
enflammé. Ce qui vient d'être dit demeure exact, quel que soit
l'état de division des particules, et supposftton cette division
infinitésimale... Si, au contraire, les particules solides incan-
descentes sont diaphanes, il est clair que la flamme rayonnera
en tous sens de toute sa profondeur. La quantité de lumière
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MOUVEMENT SOIENTIFIQCE EN ALSACE 539
et de chaleur émises, toutes choses égales, sera désormais pro-
portionnelle au volume de la flamme et non plus à la mrface
de la coupe perpendiculaire à une ligoe donnée.
t Les conséquences de ces considérations si simples sont
frappantes, lorsque nous les étendons à la radiation solaire.
La photosphère solaire diffère d'une flamme ordinaire en ce
que la chaleur et la lumière qu'elle émet, relèvent, non d'un
phénomène de combinaison chimique, mais d'une provision
de calorique appartenant à Taslre entier. Mais, d'un autre
côté, elle ressemble à une flamme, elle lui est même peut-être
identique à certains égards, en ce qu'elle est constituée aussi
par des parties solides en état de précipitation au sein d'un
gaz dont la température est fort élevée. >
En supposant que les particules, ou mieux les parties
solides ou liquides incandescentes, desquelles relève l'éclat de
la photosphère, soient opaques, ces parties, quelles que soient
dès lors leurs dimensions, se servent alors réciproquement
d'écrans, ainsi qu il en serait pour la flamme. < La lumière
et la chaleur des parties qui se trouvent à n'importe quelle
profondeur au dessous de la périphérie, ne pourront rayonner
au dehors de Tastre qu'à travers les interstices laissés libres
parles parties qui se trouvent au dessus d'elles. Le maximum
de lumière possible qu'enverra le soleil à un point situé hors de
lui, aura pour valeur ce qu'émettrait un plan ayant la surface
du cercle apparent qui flgure le soleil vu du point éclairé. >
Si, au contraire, nous supposons diaphanes et diathermanes
les parties en précipitation dans l'atmosphère solaire, que.
ces parties soient solides ou liquides, < dès ce moment, la
lumière ou la chaleur rayonneront de , toutes les profondeurs
avec des intensités qui sans doute dépendront de ces profon-
deurs, qui diminueront à mesure qu'elles s'accroissent, mais
qui ne deviendront point nulles subitement pour une très
petite variation de l'épaisseur des couches. La lumière totale
émise par le soleil sera désormais, et en un mot, une fonction
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540 REVUE d'alsagb
du volume total de la photosphère, ou du nombre total des
parties incandescentes. >
M. Hirn cherche à déterminer la valeur de la température
dans ces deux hypothèses. Si les particules incandescentes de
la photosphère solaire sont opaques, alors, selon les calculs
du P. Secchi et les expériences de M. Soret, sa température
s'élève à 5 801 846 degrés. Si elles sont transparentes, leur tem-
pérature sera bien plus basse et d'autant plus faible que les
parties solides deviennent plus transparentes. Ainsi le pro-
blème de la température solaire se trouve ramené à la solu-
tion d'un problème de physique expérimentale, que nous
pouvons suivre au laboratoire. Il nous suffit de voir si tous
les corps solides ou liquides deviennent diaphanes ou diather-
manes à une température très élevée. Or, les faits exposés par
M. Hirn, et l'interprétation qu'il leur donne romme la seule
plausible, militent en faveur de cette hypothèse. Cette hypo-
thèse pourrait être considérée comme vraie, si ces faits avaient
à la fois le degré de certitude et de généralité que l'on est en
droit d'exiger lorsqu'il s'agit d'un problème dont la solution
a tant d'importance dans la physique de l'univers. M. Hirn
termine son Mémoire par des indications sur la manière dont
les expériences ultérieures devront être faites. Il rappelle
l'observation de l'ombre projetée par un fil de magnésium
enflammé et éclairé par le soleil, en sorte que la magnésie
précipitée est restée opaque malgré l'énorme élévation de la
température. Peut-être cette exception tient-elle à ce que la
température, malgré son élévation, n'a pas été assez forte, et
probablement il faudra brûler le magnésium dans de l'oxy-
gène comprimé, afin de donner à la température le degré
nécessaire pour rendre la magnésie transparente?
Charles Grâd.
Logelbach, 28 juillet 1875. *
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MATERIAUX
poar servir à l'histoire de
L'INVASION DES ARMAGNACS
Tirés dês Archi«ves dt la *ville de Colmar
Suite et fin*
17-28 octobre 1445. — Voyage deTobristmestreà Rouffach us
auprès demessire Conrad de Bussnang, au sujet de l'alliance: ji^^e
2 s. 6 d. . ^' "
28 octobre 1445. — En réponse au bourgmestre etauCon-
146
seil de Brisacb, qui leur avaient fait part de l'incertitude où ^^^
se trouvait un de leurs ressortissants nommé Heintze Mone, ^ *"
sur les dispositions où les bourgeois de Colmar se trouvaient
vis-à-vis de lui, et qui leur avaient demandé quelle conduite
il aurait à tenir à leur égard, le maître et le Conseil de Colmar
ne leur cachent pas que les accointances de Heintze Mone
avec les Ecorcheurs, du temps qu'ils occupaient Markolsheim,
Sainte-Croix et d'autres lieux, avaient laissé chez les habitants
un profond ressentiment; ce qui a porté leur irritation à son
comble, c'est que plus tard Mone, arrivant à Montbéliard, se
permit de railler les gens de Colmar qu'on y menait prisonnier,
en leur demandant ce qu'ils venaient faire là, et s'ils avaient
des oignons à vendre ? Bien plus encore, les bourgeois désignés
par lui aux Armagnacs durent payer une plus forte rançon
qu'ils ne pensaient. Ce sont là des griefs dont on garde le
* Voir les livraisons Avril-mai-juin et Juillet-août-septembre 1875.
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542 BEVUE D'ALSAGB
souvenir, et qui ne sont pas faits pour engendrer beaucoup
de bon vouloir. Cependant comme la ville est obligée de passer
sur d'autres offenses bien plus graves, elle veut bien aussi
faire taire son ressentiment contre Heintze Mone : qu'il
revienne donc à Golmar, si ses affaires Ty amènent; mais
qu'il les fasse dorénavant modestement et tranquillement, sans
se permettre les propos outrecuidants qui lui étaient familiers
naguère : autrement il pourrait lui arriver du désagrément.
Samedi après la Saint-Luc, évangéliste, 1445.
1 47 24-80 octobre. — Dépense des varlets envoyés cette semaine
14^46 en éclaireurs dans la campagne, et frais de voyage de Glaus
D 88
et de Dietrich, qui s'étaient rendus à Rouffach, lors de la der-
nière incursion du méchant peuple, ensemble 10 s. 6 d.
148 9 novembre 1445. — Sur la plainte de Paul Zollelin, de
1848-44 Walbacb, qui, ayant vendu du charbon à deux forgerons de
Golmar, du temps que les Armagnacs étaient dans le pays,
voulait les rendre responsables d'être tombé entre les mains
de l'ennemi, pendant qu'il leur livrait sa marchandise, le
maître et le Conseil lui mandent que leurs ressortissants
déclinent toute responsabilité dans le malheur qui lui est
arrivé ; mais comme il est vassal du sire jde Ribaupierre, avec
qui la ville a un traité pour la prompte expédition des procès
entre leurs ressortissants respectifs, ils l'engagent à les défé-
rer en justice devant le Conseil ou devant le tribunal, comme
il lui conviendra le mieux.
Mardi avant la Saint-Martin 1445.
149 26-81 décembre 1445. — Voyage de maître Gilles (Kempff)
1446-46 en compagnie des députés de Schlestadt et de Eaysersberg,
pour rendre réponse au sire de Ribaupierre, qui avait pro-
posé de former une alliance (sich ze samm Km) : 6 s. 9 d.
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l'invasion des ABMAONACS en ALSACE 543
14 février 1446. — En réponse au damoiseau Jean, wild- 150
grave de Daun et de Kerburg, lieutenant du grand-baiili u^!!^
d'Alsace \ qui leur avait retourné un avis de la ville de Mul- yeMo
house signalant Tapparition de rassemblements armés à Bel-
fort et dans les environs, en leur offrant d'accourir de sa
personne si les circonstances exigaient son secours, le maître
et le Conseil de Colmar lui mandent que, dès la réception de
la lettre de Mulhouse, qu'il a reçue par leur intermédiaire, ils
avaient prié leurs bons amis de cette ville d'envoyer dans les
environs de Montbéliard un messager de confiance, sachant
l'allemand et le français, pour s'informer des mouvements
qu'on avait observés. Depuis on n'a pas eu d'autres nouvelles;
s'il en arrivait, on s'empresserait de les communiquer au
wildgrave, dont la lettre a été transmise à Mulhouse.
Jour de la Saint- Yalentin 1446.
29 mai — 4 juin 1 446. — Quand on porta les derniers Arma- 1 s 1
gnacs par terre, Pierre Rœchelin a dépensé en tout 1 1. 6 s. 1445-^
p. 66
4-10 septembre 1446. — Voyage de maître Gilles (Eempff) 152
à Obernay, sur la convocation de notre gracieux seigneur le 14^7
comte palatin du Rhin, au sujet du peuple étranger qui menace ^
journellement d'envahir le pays. Accompagné de trois che-
vaux, il dépensa en tout 1 1. 14 s. 2 d.
18-24 septembre 1446. — Maître Gilles (Eempff) se rend 153
auprès de messire Conrad de Bussnang au sujet des Wallons i^^i
étrangers. Sa dépense monte à 2 s. 6 d.
Le même se rend à Strasbourg auprès du grand-bailli et
des députés des autres villes, pour délibérer sur les résolu-
tions à prendre dans cette affaire; la diète s'ajourne derechef
à la Saint-Gall proche venante, à Strasbourg. Absent pendant
^ Figare à diverses reprises comme lieatenant da grand-baiili d'Al-
sace, en 1445, en 1451, en 1463.
p. 18
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544 BEVUB d'alsaœ
six jours avec trois chevaux, notre envoyé dépensa en tout
S I. 6 s 4. d.
154 2-8 octobre 1446. — Voyage de maître Gilles (Kempfl) à
1446^7 Schlestadt, où la diète des villes se réunit pour la rédaction du
^' " traité (der mteln halb) contre le peuple étranger. Il fut absent
avec deux chevaux pendant deux jours, et dépensa 11 s. 3 d.
Gratification à quatre gardes champêtres envoyés en recon-
naissance, pendant plusieurs nuits, par des chemins de tra-
verse : 6 s.
155 9-15 octobre 1446. — A huit varlets ou gardes champêtres
li^^T qui pendant six nuits avaient été envoyés à tour de rôle en
^' exploration, alors que le pays était infesté d'hommes d'armes,
et que nous étions prévenus qu'ils en voulaient à notre bétail,
payé à chacun par nuit 1 s., soit en tout 1 1. 6 s.
156 16-22 octobre 1446. — Mission de Henri Friburger pour
iS^T s'informer du corps de gens d'armes qui se rend dans le
^* Westerich.* Absent pendant quatre jours, il dépensa 16 s.
Aux forestiers du Bieth et aux gardes champêtres qui, la
nuit, ont été en observation sur le Landgraben ou fossé pro-
vincial, et sur les routes du Rieth, quand il était question de
l'expédition de ces troupes dans le Westerich : 8 s.
167 28-29 octobre 1446. — Maître Gilles (Kempff) se rend avec
14^-47 ^^ députation de Schlestadt à Kaysersberg et à Munster, pour
p. 19
engager ces villes à envoyer leurs députés à la diète de Stras-
bourg, au sujet de la convention projetée (von der verschrir
bwag wegm). Absent pendant deux jours avec deux chevaux,
sa dépense monta à 10 s. 2 d.
Voyage du même à Strasbourg à la prière et pour les affaires
de Schlestadt; occasionnellement on traite delà convention au
sujet du peuple étranger et d'autres questions intéressant la
* Westerich ou Lorraine, pays de l'ouest.
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l'invasion des armagnacs en ALSACE 545
yille. Son absence avec trois chevaux dura douze jours, et il
dépensa en tout 7 1. 4 s. 8 d.
27 novembre — 8 décembre 1 446. — Voyage de maître André 1 58
(de Westhaus) à Haguenau, où il se rend auprès du grand- i44«-47
bailli, sur la convocation du comte palatin du Rhin, pour la
formation d'un corps de gens d'armes chargé de réprimer le
brigandage. Absent pendant sept jours avec trois chevaux, il
dépensa en tout 4 1. 5 s. 5 d.
29 novembre 1446. — Le maître et le Conseil de Golmar 159
font part à leurs bons amis de Mulhouse du résultat de la 1442-48
diète convoquée à Haguenau par le comte palatin du Rhin, à m^
laquelle, seules des villes impériales, Mulhouse et Eaisersberg
ont manqué d assister, au grand déplaisir du lieutenant du
grand'bailli. Cet ofBder a entretenu l'assemblée, au nom du
comte palatin du Rhin, des guerres et des ravages qui désolent
le pays et qui deviennent chaque jour plus intolérables; le
mieux serait d'avoir sur pied un corps de cent hommes d'armes,
fournis moitié par le comte palatin, moitié par les villes impé-
riales, sous le commandement du comte palatin, et qui se por-
terait partout où il serait nécessaire. Les villes impériales n'ont
pas rejeté la proposition, mais elles ont demandé de se réunir
encore une fois pour la discuter à fond. Le grand-bailli y a
consenti, et il a été convenu que cette seconde diète aurait
lieu à Strasbourg, le mercredi après la Saint-Nicolas (7 décem-
bre). Mulhouse ne devra pas manquer d'envoyer sa députation,
de crainte qu'on ne dise qu'elle s'est rendue à une assemblée
où il lui convient moins de se trouver.* Pour rendre cette
nouveUe diète plus fructueuse, il est convenu que les villes
^ AUasion à des rapports avec la Suisse, qni avaient été d'abord
commans aax dix villes impériales, mais qne, pour sa part, Golmar avait
rompus, lors du retour de TEmpire à la descendance de Rodolphe de
Habsbourg, par suite de ravénement d'Albert II, en 1438, et de Frédé-
ric III, en 1440.
V"* Année. — Nouvelle Série. 35
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546 REVUE d'àlsace
supérieures auront une conférence préparatoire à Golmar, le
jeudi (!•' décembre), et Mulhouse est prié d'y assister.
Mardi après la Sainte-Catherine 1446.
160 1 1-17 décembre 1446. — Voyage de maître Gilles (EempflQ
14AÂ--41 à Strasbourg, où il se rend pour se concerter arec d'autres
villes au sujet du corps de gens d'armes que le grand-baiili
et quelques députés veulent former, et pour entretenir ceux
de Strasbourg de ce projet et de quelques autres affaires. Il
fut dehors pendant six jours avec trois chevaux, et il dépensa
en tout S 1. 3 s. 4 d.
181 25 mars 1447. — En réponse à une lettre du maître et du
1448^ Conseil de Strasbourg, qui leur avaient demandé ce qu'il y
avait de vrai dans la nouvelle que le comte Guillaume de la
Petite-Pierre se serait rendu à Montbéliard avec dix ou douze
chevaux, pour réclamer le secours du peuple velche qui s'y
trouve encore, contre ceux qui mettraient le siège devant
Bitche, le maître et le Conseil de Colmar leur mandent qu'ils
ont bonne connaissance de ce qui s'est passé à Bitche, et
qu'il est très exact que le comte Guillaume a couché, lui
troisième, le mercredi précédent (22 mars) à Rouffach, et que
le lendemain il a continué sa route vers le pays haut, nuds
sons qu'on ait su ni ses projets, ni le lieu où il se rendait;
toutefois ils feront en sorte de l'apprendre.
Fête de l'Annonciation de la Vierge 1447.
162 80 avril 1447. — En réponse au comte Jean de Thierstein
1442^49 qui, avec d'autres seigneurs de la Haute-Alsace (Conrad de
vereo Bussnang, Maximin de Ribaupierre), avait expliqué à la ville
de Colmar, au nom delà maison d'Autriche, comment il enten-
dait se comporter envers elle si, comme on en est averti jour-
nellement, un peuple étranger venait de nouveau attaquer
le pays, le maître et le Conseil lui rappellent tous les efforts
qu'ils ont faits autrefois pour garantir la tranquillité de la
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l'invasion DBS ARMAGNACS EN ALSACE 547
province. Récemment encore ils ont conclu un traité avec le
grand-bailli, avec la ville de Strasbourg et d'autres seigneurs
et villes pour protéger l'Alsace contre une invasion de ce
genre; on peut donc compter sur eux comme sur des gens à
qui la paix est chère.
Vendredi après la Saint-Marc 1447.
Le comte de Thlerstein, Conrad de Dussnang, et MaximiD de
Ribaupierre s'étaient également mis en rapport avec Schlestadt,
Kaysersberg et Mulhouse. Avant de répondre, Golmar paraît s'être
entendu avec la première de ces villes, à laquelle il écrivit à cet
effet, le mercredi après la Saint-Marc (26 avril) iUl (Md., fol. 229
recto.)
14-20 mai 1447. — Voyage de maître Gilles (Kempff) à lea
Haguenau, où il se rend sur la convocation de l'électeur pala- 1^^4,1
tin, à l'occasion des dangers présents (diser wilden kriffehalb). ^ ^
Absent pendant six jours avec trois chevaux, il dépensa en
tout S 1. 6 s. 6 d.
28 mai — 8 juin 1447. — Maître Gilles (Kempff) se rend à i64
Strasbourg, et de là à Haguenau et à Reichshoffen, pour donner 1 J^e'^?
réponse au comte palatin du Rhin sur sa demande de secours,
etc. Parti avec trois chevaux, il fut absent onze jours, pendant
lesquels il dépensa 5 1. 6 s. 8 d.
p. 60
L-M
1448—48
^ 839
28 juillet 1447. — Le maître et le Conseil de Cohnar les
entretiennent leurs bons amis et voisins de Mulhouse, de
Kaysersberg, de Munster et de Ttirkheim, de deux diètes
qui viennent d'avoir lieu, l'une à Schlestadt, au sujet des
affaires de leur gracieux seigneur l'électeur palatin, l'autre à
Strasbourg au sujet du peuple étranger (dont on est de nou-
veau menacé ). A cette dernière diète, il avait été particulière-
ment question de troupes à fournir pas les villes impériales,
et du commandant à leur donner. Gomme il conviendrait de
s'entendre au préalable sur ce point, comme sur tous ceux à
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548 REVUE D'ALSACE
traiter, ils proposent de tenir une conférence particulière à
Colmar même, le lundi suivant.
Vendredi après la Saint-Jacques, apôtre, 1447.
166 10 novembre 1447. — Cédule ajoutée à une lettre du maître
^!^ et du Conseil de Colmar au comte Jean de Thierstein et au
noble Werner de Stauffèn, qui leur avaient donné avis des
dangers dont les Ecorcheurs menaçaient de nouveau le pays,
en leur demandant s'ils pouvaient compter sur le concours de
la ville contre Tennemi commun. Le maître et le Conseil pro-
testent qu'ils voudraient que tout le monde fût aussi bien dis-
posé à la résistance qu'ils l'ont toujours été ; on peut compter
sur eux pour toutes les mesures de défense qu'on prendra.
Vendredi avant la Saint-Martin, évoque, 1447.
X. HOSSMANN.
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DEUX COMPLAINTES
SUR LA
CHUTE DU PRÉTEUR ROYAL F.-J. DE KLINGLIN
^IS"^
Les deux pièces inédites qui suivent, appartiennent à la
littérature autrefois si féconde des complaintes, littérature que
le journal a âni par tuer dans nos villes, mais qui survit
encore dans nos campagnes, où les spécimens en sont connus
sous le nom de Carmina. Bien qu'absolument dépourvues de
toute espèce de mérite, elles m'ont cependant paru dignes
d'être reproduites, parce qu'elles fournissent pour ainsi dire
la note exacte du sentiment public à Strasbourg immédiate-
ment après la chute du puissant préteur. Peut-être jugera-
t-on aussi que, rapprochées d'autres documents semblables
(l'auteur ou les auteurs de ces pièces n'étaient pas absolu-
ment illettrés), elles permettent d'apprécier où nous en
étions en fait de culture moyenne à une époque antérieure à
toute tentative de Verwekchimg, pour parler le langage de
nos aimables maîtres.
Je n'essaierai pas de refaire ici l'histoire du personnage
qu'elles concernent. Les détails de cette histoire, à vrai dire,
n'ont jamais été bien éclaircis, et ce userait une tâche labo-
rieuse que d'entreprendre la révision de ce procès. Les docu-
ments y relatifs, émanés de la municipalité de Strasbourg,
ont grandement soufTerk et ont en partie disparu lors du
pillage de la Pfalz en 1789. Les mémoires publiés soit au
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550 REVUE d'albaob
nom de Klinglin, de son fils ou de ses autres héritiers, soit
au non) de ses adversaires, aboutissent, comme c'est d'ordi-
naire le cas, à des assertions contradictoires. L'instruction
ouverte contre lui à Strasbourg ne dépassa pas les bornes
d'une information préliminaire, et ce qui peut s'en être con-
servé aux archives nationales, ne paraît pas avoir été examiné
depuis. Il en est de même des pièces qui doivent encore se
trouver aux archives du Parlement de Grenoble, où le procès
fut évoqué. D'autre part, dans notre cité même, il se forma
bientôt une légende autour de ce nom honni. On s'habitua à
prêter toutes les noirceurs à un homme qui sans doute
exploita sa haute position sans scrupules, qui abusa jusqu'à
l'excès de quelques*unes des habitudes les moins édifiantes
de l'administration d'alors, mais qui, après tout, dut expier à
peu près seul des fautes que certainement il n'avait pas été
seul à commettre. Le secret de l'instruction, le peu de publi-
cité des débats transportés dans une ville lointaine, mais
surtout la mort subite et mystérieuse du coupable dans sa
prison de la citadelle, à l'ouverture même du procès, four-
nirent de nouveaux aliments à la crédulité publique. On
parla d'un empoisonnement, d'une exécution secrète ordonnée
directement de Versailles. Rien n'est plus tenace qu'une
condamnation radicale portée par la voix publique. Trente-
six ans après, lors du sac de l'hôtel-de-ville, quand le petit-
fils du préteur, le maréchal de camp de Klinglin, à cette
époque lieutenant du Roy à Strasbourg, agit, comme agis-
saient les autorités d'alors, c'est-è-dire mollement, il n'en
fallut pas plus pour que sa conduite hésitante fût aussitôt
interprétée par l'opinion dans le sens d'une complicité dont
le but eût été de détruire les preuves authentiques des
crimes de son père et de son aïeul. Quand il eut émigré lui-
même (12 décembre 1792) et que ses biens furent vendus
au nom de la nation (juillet 1793), les paysans d'Illkirch
achetèrent le portrait du vieux préteur, t afin de conserver
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DEUX COMPLAINTES SUR F.-J. DE KLINGLIN 551
à leurs enfants les traits da tyran qui les avait rendus pauvres
et malheureux. » Enfin celui de nos historiens qui a réuni
le plus d'informations sur cette affaire, J. Friesé (il parait
avoir compulsé avec soin les protocoles émanés du Magistrat),
a visiblement écrit 8a relation sous l'influence de la même
opinion préconçue. Une révision impartiale de ce chapitre de
notre histoire locale, fondée sur l'examen contradictoire de
tous les documents qui peuvent en avoir survécu, serait un
travail du plus grand intérêt. Dans ce qui va suivre, je
me suis borné à réunir quelques notes pour orienter le
lecteur.
François-Joseph de Klinglin, baron de Hattstatt \ conseiller
d'Etat du Roy, conseiller honoraire près le Conseil souverain
d'Alsace, membre de la Chambre des XIII, succéda en qualité
de préteur royal à son père Jean-Baptiste de Klinglin en
1725. Trois années auparavant Louis XV lui avait assuré la
survivance de la charge paternelle qui valait 17,000 livres,
sans compter les revenus en nature. Il tirait en outre
16,000 livres de diverses autres charges. Ces revenus, joints
à ceux de sa fortune patrimoniale, quelque considérables
qu'ils fussent pour l'époque, ne suffirent pas longtemps à ses
goûts fastueux. Le désordre se mit dans son ménage ^ et dans
ses affaires, et il dut recourir à des expédients dont les
' La famille de Klinglin possédait les seignearies d'Essert dans le
bailliage de Delle, de Zillisheim dans le bailliage d'Altkirch, de Mun-
willer dans le bailliage de Thann, de Bilzenheim, Holzwihr, Oberberg-
heim, Oberentzen, Riedwihr et Wickerscbwihr dans la seigneurie de
Landser, de Hœhnheim dans la Basse-Alsace. Contre ce dernier village
le préteur se fît céder en 1735 par la ville de Strasbourg les communes
de GralTenstaden et d'Illkirch, où il s'était fait bâtir une jolie résidence
(devenue plus tard la propriété Gast). Cet échange onéreux pour la ville,
fut annulé par acte du 1*' février 1765.
' Il vivait séparé de sa femme, qui habitait Paris. A Strasbourg sa
maison était dirigée par des gouvernantes, presque toujours en lutte
avec son fils.
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552 REVUE d'alsace
finances de la ville ne tardèrent pas à se ressentir. Dès le
9 mai 1740 nous le voyons aux prises avec plusieurs membres
du Sénat. Le 26 janvier 1741 les accusations contre lui se
renouvelèrent, et des plaintes furent portées à Versailles.
Mais le préteur était trop bien en cour pour qu'elles y fussent
aisément accueillies. La brillante et ruineuse réception faite
par la ville de Strasbourg à Louis XV du S au 10 octobre
1744, servit particulièrement à le mettre en crédit. Outre la
haute protection du monarque, il avait encore à Paris celle
de M"' de la Roche-sur- Yon, du ministre de la guerre comte
d'Argenson, dont l'épouse était souvent chez lui en visite, et
du grand-chancelier d'Aguesseau. A Strasbourg, il était
appuyé par le maréchal de Coîgny. Son frère, Christophe de
Klinglin, était premier président du Cîonseil souverain d'Alsace ;
sa sœur, la comtesse douairière de Lutzelbourg\ avait de
grandes relations et beaucoup d'influence dans le monde des
lettres et des affaires. Le baron de MuUenheim était son
gendre, le maréchal du Bourg son beau-frère, et le jésuite
Brenni son confesseur. La majorité du Sénat était d'ailleurs
plus ou moins à sa dévotion. Pendant neuf années les hosti-
lités et les récriminations réciproques se poursuivirent avec
plus ou moins d'éclat. Des mémoires et de nombreuses lettres
furent échangés sans résultat entre le cardinal de Fleury, le
^ Elle monrat dans sa propriété de l'Ile-Jars près de Strasboarg en
1765, âgée de 82 ans. Voltaire, qui était en correspondance assidue avec
elle (voir sartout la correspondance de 1753-1765), loi écrivait le
2 septembre 1753 : « Je conclus, moit à faire élever un monument à la
gloire de votre frère, et à recevoir M. son fils en triomphe à Stras-
bourg. Tout ce que je sais, c'est que feu M. de Klinglin a rendu, pen-
dant trente ans, Strasbourg respectable aux étrangers, et que la patrie
ne lui doit que de la reconnaissance. On dit que l'affaire est jugée au
moment que je vous écris, et j'attends avec impatience le moment de
juger Tarrèt* Le tribunal des honnêtes gens et des esprits fermes est
le dernier ressort pour les persécutés. » Voltaire résidait à cette
époque près de Strasbourg, à la ferme qui a gardé son nom, et qui a été
détruite pendant le siège.
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DEUX COMPLAINTES SUR F.-J. DE KLINGLIN 553
chancelier d'Aguesseau, MM. d'Ângeryilliers, de Breteuil,
d'Argenson, le préteur et les divers corps du Sénat de Stras-
bourg. Enfin une imprudence de Klinglin contribua puissam-
ment à le perdre.
Il se brouilla avec une de ses créatures, Nicolas-Laurent-
Paul Beck, échevin et inspecteur de la Chambre des gabelles,
qui pendant onze ans avait été son homme d'affaires et son
agent dans plus d'une entreprise compromettante. Pour s'en
débarrasser, il le fit condamner par le Sénat de Strasbourg,
le 19 mars 1749, aux galères à perpétuité, comme détenteur
de fausses clés d'une caisse publique de la ville. Transporté
à Marseille, Beck entra malade à Thôpital de Saint-Louis-du-
Parc, d'où il parvînt à s'évader au bout de dix-huit mois, et à
gagner la Hollande. Une fois en sûreté à Amsterdam, il y
publia un mémoire virulent contre son ancien patron \ et
l'envoya en grand nombre à Strasbourg. Klinglin obtint un
ordre de saisie contre ce factum; la pièce n'en fut que plus
recherchée, et le contre>coup s'en fit sentir jusqu'à Versailles,
où les affaires du préteur avaient pris dans l'intervalle une
tournure moins favorable pour lui. Le contrôleur général
Machault avait fini par prêter son appui aux accusations
incessamment renouvelées contre Klinglin. Le Conseil ordonna
qu'une vérification fût faite de l'état financier de la ville de
Strasbourg, et Gourchelet, conseiller au Parlement de Besançon,
fut délégué à cet effet le 8 janvier 1782. Le résultat d'un
premier examen fut que dès le 22 février, Moog, secrétaire
des Xin, Louis Daudet, receveur du sel * et Jean-Daniel Cap-
paun, receveur de l'accis, tous trois compromis dans les mal-
versations du préteur, furent mis sous les verrous. Le 25,
Klinglin lui-même fut arrêté au moment où il sortait de son
* Fin octobre 1751, chez Pierre Mortier, Calwerstreet à Amsterdam,
in-folio.
' Il avait épousé une fille naturelle du prétear. 11 fat acquitté par le
Parlement de Grenoble. Les deax|aatres furent libérés^ Strasbourg même.
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554 RBVUB d'albaob
hôtel de la rue des Juifs ^ pour aller à une partie de chasse,
et enfermé à la citadelle. Le 20 mars il y fut rejoint par son
fils aîné, François-Ghristophe-Honoré de Elinglin, qui avait
été associé à sa fortune' et qui fut entraîné dans sa chute.
Le 28 juin le procès fut déféré au Parlement de Grenoble.
L'instruction était terminée, les débats allaient s'ouvrir dans
cette ville, et ordre avait été donné d'y transporter les accusés,
quand le vieux préteur mourut subitement dans sa prison de
la citadelle le 6 février 1753. Le 18 de gran4 matin, d'après
des instructions venues directement de Versailles, le corps du
défunt fut expédié sans bruit ni cérémonie de la citadelle à
sa maison d'Ulkirch, où il fut enterré. Le fils, conduit le mois
suivante Grenoble, y fut condamné en septembre à la réclu-
sion à vie au fort de Pierre-en-Gise; il y mourut quelque
temps après.
Au dire du syndic royal de Spon et du stettmestre de Gail,
Elinglin aurait causé en vingt-deux ans à la ville de Stras-
bourg un dommage de plus de six millions de livres tournois.
Les revendications que la ville exerça contre ses héritiers *
ne montèrent toutefois qu'à la somme de 640,705 livres, et
encore cessa-t-elle de les faire valoir quand l'état de cette
succession obérée fut mieux connu. Elle insista seulement sur
l'annulation de l'échange consenti par elle en 1735 descom-
^ Devenu plus tard la propriété Laquiante, aujonrd'hai rimprimerîe
Berger-Levranlt. Le père du préteur l'avait acheté en 1704 des comtes
palatins de Birckenfeld^
• En 1744 avoeat général au Conseil souverain d'Alsace, en 1747
stettmestre et membre de la Chambre des XV. Depuis 1744 il avait la
survivance de la charge paternelle ; il l'avait exercée à plusieurs reprises
pendant des absences ou des maladies du père, et quand celui-ci fut
arrêté, il en remplit une dernière fois les fonctions du 26 février au
20 mars, jour où il fut emprisonné lui-même sur un ordre direct de
Versailles.
' Cette afiEaireîresta pendante durant plus de dix ans, en partie au
Parlement de Grenoble, en partie au Conseil souverain d'Alsace.
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DEUX G0MPLAINTE8 SUR F.-J. DE KLmGXJN 5&5
munes d'Illldrch et Graffenstaden contre celle de Hœhnheiin,
et elle obtint satisfaction sur ce point en 1765.^
Les deux pièces dont suit le texte, doivent être du com-
mencement de 1753.' Elles sont tracées sur six feuillets d'une
écriture belle et soignée du temps. Je les reproduis sans rien
changer à la ponctuation ni à l'orthographe.
Etienne Babth.
Hemi Prstoris vereweiflungs worte in der Geflingensoliafit.
1.
Die ihr dem falschen Gluck der Welt,
Euch bisz dabien vertraut,
Und wann Euch das Netz gestellt,
Niemals zurûck geschaut,
Eomt; sieht mich armen Menschen an,
Der leyder allzusp&t,
Euch unbesonne wamen kan,
Wie schnell das Gluck sich dr&ht.
Mich armen* lachte auch das GlQck,
Ich schein demselben* Eînd,
Ich spOhrte lauter Sonnen Blick,
' En mars 1875, à la vente de la bibliothèque Bœrsch, deux pièces
mannscrites, contenant l'inventaire des meubles et effets délaissés par le
préteur, ainsi que le procès-verbal de la vente qui en fut faite le 25 juin
1753 et jours suivants, ont été vendus chacune 42 fr. 50 c.
• La deuxième n'a pu être composée que du 25 février au 9 mai, car
elle mentionne la présence à Strasbourg du commissaire Gourchelet, qui
repartit de notre ville à la dernière date.
* Sic.
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556 REVUE D* ALSACE
Verlachte Sturm und Wind,
Es trftumet* mir in deszen Scboosz,
Von keinem Wechszel nîcht,
Ich dachte du bist schon zu grosz,
Mann scheuet dein Ehren Licbt
3.
Ich wucbsze last bey jedem Tritt,
Gantz scbleunig und getrost,
Das Gluck that mit mir keinen* Schritt
Es trug micb auff der Post,
Ich flohe den Rageten gleich.
Gestirnten HOben zu,
ÂIs suchte ich in Jovis Reich,
Selbst einen Sitz und Rub.
Âch aber, welcb ein Unbestand,
Gluck du verbofftes Wort,
Du reiszest mîch mît stareker Hand,
Zur Citadelle fort.
Du fûhrst micb in die Veste bien,
Wo micb kein Scbwindel faszt,
Und lefztens ist das mein gewinn,
Dasz du [o Statt] micb fallen l&stt.
5.
Und acb, wâr nur der Fall allein,
So wâre es noch gut,
Docn acb, wasz kônnte scblimmers seyn,
Als wasz das Glilck mir thut,
Micb stûrtzet es so jftmmerlich,
Ja es erwûrgt micb gar,
Dann es wirilt Erden Last auff micb,
Wovon ich TrSger war.
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DEUX COMPLAINTES SUR F.-J. DE KLINGLIN 567
6.
Ach meine Thorheit weisz ich wohl,
Ich bin bey mir verkiagt,
Ich war vor Dunst und Nebel voU,
lu dieszes Netz gejagt,
Und sinn ich jetzo bien und her,
So war ich weiter nicht,
AIsz ein im Wein ersoffener,
Dem Witz und Liecht gebricht.
Jetzt da ein kalter Todten Schaume,
Mir nieine Stirne netzt,
Erwach ich erst aus meinem Traum,
Gantz aus mir selbst gesetzt.
Ist das mein ExceUenzm Hausz?
Ist das mein Staat und Pracht?
Nein, so sah es vor dem nicht aus,
Wasz hab Ich doch gemacht;
Gieng etwann ich berauscht im Scblaff,
Nein, ich war wachend toll,
Das GlOcke gosze mir zur Straff,
Das Maasz des Raszens voU,
Geitz, Wohllust, Hochmuth, Rachbegierd,
Und ungehahmter Wuth,
Ach leyder diesze bringen mir,
Mein letzte Marier giuth;
Ihr Wânde, die ihr mich umbschiieszt,
Verbergt mein Angesicht,
Ihr die Ihr mich bewaliren miiszt,
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568 BBVUB d'alsaoe
Betracht mich keiner nicht,
Ach wftr ich Ewiglich rerhûllt,
Und nur in meîner Brust,
Das Angedencken einst gestiUt,
Von dem wasz mir bewuszt.
10.
Bald wird yon dem, wasz kommen soll,
Mein ângstig Hertz geplagt,
Und bald wird es von Schlangen voll.
Durch Sie in sich benagt,
Mir stehet der VerzweifQung,
Mit deren Ich biszher,
OfFt bisz zem kalten Angstschweisz rung,
Kein Thor nicht offen mehr ;
11.
Mich drûckt ein fressend wilder Flach,
In meinem Eingeweyd,
Ein faulend grâszlicher Geruch,
Hângt mir an Haut und Kleyd,
Die Hôlle dtlnstet aus mir aus,
Ja Ihre Gluth, und Pein,
In Satans Dûrstem* Schweffel Hausz,
Ean nicht so brennend seyn,
12.
Dasz ist ein gnugsam schneller Todt,
Mit dem ich werd gequahlt,
Wann kombt doch einst das Morgenroth?
Daran ich werd entseelt,
0 Todt bring deine S&nsz herbey,
Ich glaub das ailes disz^
Mir stiszer als das Leben sey,
Ja Tausendmahl so stLsz,
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DEUX COMPLAINTES SUR F.-J. DE KLINGLm 559
13.
Mann triebe ehmabl halb und halb,
Mit mîr Abgôtterey,
Âls wie mit Aarom gtUdenem Ealb^
In falscher Schmeicheley,
Eombt, scbauet die Ihr bisz daher,
Umb mich herumb getantzt,
Wie Ihr mit Euer falschen Ehr,
Den Weeg zum Todt mir pflantzt;
14,
ErzOmte Bilrger, flucht mir nicht,
Wasz habt ihr doch daran,
Ihr seht das Gottliche Gericht,
Das gibt mir meinen Lohn,
Klagt Eure eigne Brtider an,
Mir flucht ihr allzuviel,
Das Ich euch Bûrgem Drang gethan,
Das weisz ihr Hand und Eiehl
BûrgerliGhe FroUockung.
So stûrtzte Lucifer vom Uiioinel zn der Hdllen,
Gleich wie der Prœtor jetzt von seinen Hocbmaths Wellen
1.
So kombt ihr Hôchst erwûnschte Leuthe,
An den Euch lângst bestimmten Ort,
Wohl an denn so erfûUt sich heute,
Der Bûrger ait und wahres Wort,
Es geht der Krug so lang zum Brunnen,
Bisz er zuletzt zum Scherben wird,
Und so ist auch auff eins zerronnen,
Wasz Euer Hertz im Schild geflihrt.
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660 REVUE d'alsaoe
Eombt legt der Ëhrfurcht stoltze Fiûgel,
In diesze (MadeUe bien,
Hier setzen Wind und Luflt euch Riegel,
Und dâmpflfen den verdammten Sinn,
Ja diesze wilde Gluth zu ktthien,
Ist unser Commissaire bemiiht,
Ëucb Schnee und Flocken zuzuspielen,
Bisz nichts in Eurer Brust mehr glQht.
Unbandig wilde Hocbmutbs Geister,
War Lucifer der Finstere,
So gar in Euren Hertzen Meister;
Dacht keiner nicbt au&s Kûn£Ftige,
Ibr habt auff Dampff und Dunst gegrûndet,
Wie das wasz mann auf Menscben baut,
Sicb in selbst eigenes Sturtzen endet,
Web, dem der auff Mmister traat.
Euch ist es iraraer* zu vergeben,
Ibr wusztet wobl der Statt Ibr Web,
Jedocb ibr sucbtet wobl zu leben,
Ob Statt und Freybeit untergeb,
Ibr babt den * Prœlor zugezimmert,
Den Sturmbock seiner Meisterscbafft
Womit er fast die Statt zerdrtlmmert,
Und Uns ins Elend biengeraflft;
Scbaut dieszem Wolff habt ibr geschwom,
Und baffiet ibn* mit Rath und Tbat,
Dem war die Feindschaffl angebobren,
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DEUX COMPLAINTES SUB F.-J. DE KLINGLIN 561
Die Er zu jeedem Burger hat,
Das heiszt wann wir es recht betrachten.
Ich sags herausz ohn allen Scheu^
Dem Teuffel seine Kinder schlachten,
Dasz mann bey Ihm in Gnaden sey ;
Ihr habt die Igel auffgeâschet,
Die Er hernach Uns angesetzt,
Ihr von dem Teuffel angefrischet,
Habt diesen Tyger auffgehetzt,
Ihr habt so Gott als Pflicht vergeszen,
Ans einer rechten tollen Wuih,
Der Mutter Eingeweyd durchfreszen,
Wie sonst die Bruth der Natem thut.
7.
Unseelig, toll, yerblende Leulhe,
Nun seht Ihr und empândet ail,
Die Untreu hab ich selbst zur Beude,
Und hoher Math kombt vor dem Fall,
Es fallet jeeder Stein zuruck,
Den mann mit Trotz gen Himmel schmeiszt,
Und bricht den Schedel und Genlicke,
Der Eyd und Ordnungen zerreyszt.
8.
Gott schonet der, die nach euch kommen,
Und trifflts die, die da schuldig seyn,*
Wird * keine Straff von Euch genomraen,
Und schlâffet Ihr mit Ehren ein,
Die Nachwelt wûrde euch auffgraben,
Und ein erfaultes halbes Aasz,
Den Raben Preîsz gegeben haben,
Das w&re blosz verdientes Maasz.
i- Année. - Nouvelle Série, 36
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562 REVUE D' ALSACE
Es >rûnscht die Statt euch keine Rache,
Sie kombt wohl selbst von oben her,
Allein auch selbst des Prœtors Sache,
Macht Euer letztes Urtheil schwer,
Der wird es ewiglich verfluchen,
Dasz er euch jetzmahls* bat gekennt,
Und dorten einst die Rechnung suchen,
Er alsz das Haubt, von euch der HILnd,
10.
Vermachet den* verhasten Saamen,
Den ihr im Leben habt erzeugt,
Von nun an, einen andern Nahmen,
Bisz mann den Allen gar verschweigt,
Wann eure Kinder noch so heiszen,
So mocht der Hasz der spaten Welt,
Sie unverschuld ins Feuer schmeiszen
Alsz die mann eures gleichen hUlt.
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BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
I. Alsatia. — Nme Beitrâge zur ds&smchen Landes-^
ReehtS' und Sittmgeschichtt^ Sprache und Litteratur (1873-
1874), par Auguste Stœber, ancien professeur au collège de
Mulhouse. — Imprimerie de E. Kœnîg, successeur de Risler.
— Colmar, E. Barth, libraire-éditeur, 1875. 1 yol. în-8° de
481 pages. Prix : 5 francs.
La plupart des lecteurs de la Revue d'Alsace connaissent la
belle collection de V Alsatia, éditée depuis de longues années par
notre collaborateur. M. Auguste Stœber. Le volume que nous
annonçons, et qui a paru en 1875 pour les années 1878-1874,
est certainement l'un des plus précieux et des plus intéressants.
Ce dixième volume de la collection contient en effet des com-
munications historiques importantes, parmi lesquelles il y a
lieu de remarquer spécialement quelques poésies de Sébastien
Brant, fournies par M. le professeur Charles Schmidt; le
règlement de l'école des maîtres-chanteurs de Colmar, fourni
par M. X. Mossmann ; une poésie inédite du XVI' siècle con-
cernant le singe de l'orgue et le coq de l'horloge de la cathé-
drale de Strasbourg, fournie par M. E. Wendling ; le Pater-
Noster des paysans, fourni par M. R. Reuss ; un extrait de la
chronique d'Ensisheim, fourni par M. I. Chauffour, ainsi
qu'un extrait de la chronique de F. E. Waldner de Freund-
stein concernant le soulèvement des paysans dans la Haute-
Alsace ; une chronique de Colmar, fournie par Julien Sée ;
et beaucoup d'autres pièces fort intéressantes à consulter, que
M. Stœber doit à l'obligeance patriotique de MM. Albert
Courvoisier, Dagobert Fischer, Jules Rathgeber, Nicolas
Ehrsam, Edouard Ensfelder, Ingold et G. Bischoff.
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564 REVUE D'ALSACE
Beaucoup d'autres documents, dont l'énumération serait trop
longue, accompagnent les communications que nous venons
d'indiquer, et contribuent aussi à donner au volume de 1878-74
un intérêt aussi varié que sérieux. Nous souhaitons sincère-
ment que l'œuvre collective dont M. Stœber est l'âme, continue,
comme avant la guerre, à trouver dans le public alsacien
proprement dit, l'accueil et le concours patriotique qui ne lui
ont jamais manqué.
IL Le vieux Mulhouse à table. — Esquisse de momrs
ëpiUaires par Auguste Klenck, ancien professeur au collège
de Mulhouse et membre de la Commission du musée historique
de cette ville. — Mulhouse, imprimerie de Veuve Bader & G*,
i87B. Petit in-8'' de vi-S9 pages.
Après le naufrage, on éprouve de la joie à retrouver ceux
qui ont échappé à la mort physique et à l'anéantissement
moral. M. Klenck, comme beaucoup d'autres qui ont dû rester
au pays ou le quitter, est de ce nombre, et c'est avec plaisir
que nous le retrouvons s'occupant du passé de la ville dont il
doit aujourd'hui forcément se tenir éloigné. — La plaquette
que nous avons à signaler est un écho lointain d'un travail
du même genre qui a paru dans la Revue d Alsace et quL
avec d'autres travaux, a valu à son auteur, M. Charles
Gérard, autrefois avocat à la cour de Colmar et depuis l'an-
nexion à la cour de Nancy, une notoriété et une estime en
rapport avec son talent et son caractère. C'est à M. Gérard
que M. Klenck dédie son opuscule, que le public a lu ou lira
avec beaucoup de satisfaction.
IIL La première pierre de l'ancienne église des
Dominicains de Strasbourg ou le Temple-Neuf, par
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BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 565
M. A. Straub, secrétaire général de Févêché. — Strasbourg,
imprimerie de R. Schultz & C', 1875. Plaquette, grand in-8**
de 15 pages avec une planche.
On sait que le chœur du Temple-Neuf était affecté à Tan-
idenne bibliothèque de la ville de Strasbourg, laquelle contenait
outre une immense collection de livres imprimés, une grande
quantité de manuscrits et des richesses archéologiques inap-
préciables ; on sait que tout cela a été détruit par le bombar-
dement commandé par Werder, et que le temple lui-même
fut réduit en cendres, tandis que toutes les maisons voisines
et contiguës furent épargnées.
En déblayant les décombres de l'ancienne église, on décou-
vrit en 1878 la première pierre de l'édifice, posée le 26 juin
1254 par Tévêque Henri de Staleck, et dont la chronique de
Godefroi d'Ensmingen, nous avait conservé le souvenir et la
description.
M. Straub a eu la bonne pensée de saisir cette occasion
pour nous donner un résumé chronologique de l'histoire de
lancienne église des Dominicains et une image photographiée
de la première pierre de l'édifice, constituant ce qui nous
reste du monument qui faisait naguère un des principaux
objets de notre culte alsacien.
La planche photographiée de cette charmante plaquette est
aussi faite avec autant de goût que d'amour ; elle est due à
M. Winter, dont nous avons déjà plusieurs fois eu l'occasion
d'entretenir les lecteurs de la Revue,
M. Straub a fait suivre son excellente notice d'un appendice
dans lequel il reproduit, avec son exactitude habituelle,
diverses inscriptions relevées sur des monuments d'Alsace et
constatant la date et les circonstances de la pose des premières
pierres. Ainsi de l'église des Dominicains deGuebwiller, des
églises paroissiales de Benfeld, de Saint-Thiébaut de Thann, de
l'église de Hochfelden, de celles de Kaysersberg, d'Osthausen,
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566 REVUE D'ALSACE
de Wilwisheim, d'Obernai, de Ijaudser et de quelques autres
du pays de Bade qui ne peuvent que médiocrement nous
intéresser en Alsace.
lY. Das Sexualverhœltniss der Oeborenen. Heraus-
gegeben von dem statistischen Bureau des Kaiserlichen Ober-
prâsidiums in Strassburg. — Strasbourg, imprimerie de
R. Schultz &C*, successeur de Berger-Levrault, 1875. In-8° de
64 pages.
Ge fascicule officiel est le cinquième de la série statistique
publiée par la Présidence supérieure d'Alsace-Lorraine. Dans
notre deuxième livraison trimestrielle de Tannée courante,
nous avons signalé les quatre premiers, dont le cinquième
que nous annonçons aujourd'hui est le développement statis-
tique de la population par sexe. L'auteur en déduit des
moyennes dont il est difficile d'apercevoir en ce moment
l'utilité scientifique, à moins qu'elles n'aient pour but de
corroborer la méthode du calcul des probabilités. Comme
élément de comparaison entre les divers cercles de la province,
il y a néanmoins des faits positifs qui en ressortent, et sous ce
rapport on conçoit que ce document ait une certaine utih'té
pour une administration vigilante.
Ce cinquième fascicule est, comme les précédents, imprimé
avec soin et contribue à former une série de documents qui
sera consultée avec fruit par les hommes qui se livreront à
des études comparatives embrassant de plus vastes périodes
de notre vie provinciale. — On peut se procurer ce fascicule
dans les principales librairies d'Alsace-Lorraine.
y. Bulletin de la Société belfortaine d'émulation. —
Belfort, imprimerie de Pélot fils, imprimeur de l'administration
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BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 567
du territoire de Belfort, 1875. 2* année, 1874. 1 vol. in-8^
de xxm-129 pages.
Nous remarquons dans ce deuxième bulletin divers travaux
d'une certaine importance. Un contrat de mariage en 1335
fournit à M. Léon Viellard l'occasion de remarques fort inté-
ressantes au point de vue historique et surtout au point de
vue des valeurs mobilières et immobilières du XIT** siècle,
comparées aux valeurs actuelles. Ce petit travail est fait avec
amour et avec exactitude par un nouveau débutant dans la
littérature alsacienne. Il est suivi d'une note fort intéressante
en réponse au questionnaire que Schœpflin avait envoyé au
jQscal du duc de Mazarin. — M. Julien Laurent, qui s'occupe
de sciences physiques et mathématiques, donne ensuite au
bulletin un essai théorique sur la dilatation des corps. Une
note sur les urnes cinéraires trouvées à Algolsheim avec deux
planches, d'autres documents concernant le siège de Belfort
par les Suédois, les embauchages en Alsace pour Tarmée du
roi de Navarre et la formation d'une compagnie de tireurs en
1662, suivent l'essai de M. Laurent. M. Anatole de Barthélémy
consacre ensuite douze pages aux tombeaux de l'église de
Saint-Dizier et y joint plusieurs gravures sur bois qui, avec le
texte dont elles sont suivies, complètent avec beaucoup d'au-
torité les notices précédentes de l'auteur sur le même sujet.
Signalons encore une excellente notice de M. Dietrich sur la
vierge des Trois-Epis. Au point de vue de l'histoire légen-
daire, le travail de M. Dietrich est incontestablement ce que
nous avons de plus exact et de mieux approfondi sur ce
pèlerinage. On y trouve des renseignements nouveaux et
jusqu'à présent inaperçus de ceux qui se sont occupés du
même sujet. Cette notice est accompagnée d'une très bonne
reproduction d'une gravure sur bois du commencement du
XVI* siècle. Nous recommandons spécialement la lecture de
la notice dont il s'agit à toutes les personnes qui sont en
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568 REVUE D' ALSACE
possession du bulletin, et nous terminons cet aperçu bibliogra-
phique en disant que ledit bulletin a les qualités d'ane
publication estimable.
VI. Alsace et Lorraine, par M. Gh. Boughet, bibliothécaire
de la ville de Vendôme. — Vendôme, imprimerie de Lemer-
cier et fils, 1875. In-8° de 18 pages.
Ce petit poème, qui vient réclamer sa place dans Thistoire
littéraire et patriotique d'Alsace-Lorraine, a été composé à
l'occasion de la souscription nationale ouverte pour hftter la
la libération du territoire. Cette indication suffit pour per-
mettre au lecteur de concevoir une idée des sentiments qu'il
exprime, surtout quand nous aurons ajouté que c'est un
dialogue entre les villes de Metz et de Strasbourg. Parmi les
nombreux écrits concernant l'Alsace-Lorraine à propos des
événements contemporains, M. Bouchet a droit à la bonne
place que la Revue (FAkace s'empresse de lui faire.
VII. Scènes de mœurs colmariennes du temps de la
guerre de Trente ans, par M. X. Mossmann. — Colmar, impri-
merie de Veuve J.-B. Jung, 1875. ^-8** de 88 pages.
En classant nos archives communales, M. Mossmann a
souvent l'occasion de mettre la main sur des documents qui
offrent beaucoup d'intérêt pour la vie politique de l'ancienne
ville libre et pour la biographie de personnages dont le nom
seul a passé dans nos annales. Une série de lettres émanant
de Jean-Henri Moog et de Jonas Walch, représentants ou
négociateurs principaux de la ville aux premiers temps de
l'invasion suédoise, lui a fourni les matériaux de la notice
dont nous venons de transcrire le titre, et qui, en même temps
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BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 569
qu'elle nous fait mieux connaître la figure et le caractère des
négociateurs, nous initie aux embarras et aux difficultés qu'il
&llait surmonter.
Cette notice est d'une lecture instructive et fort intéressante.
EUe forme une excellente page de notre histoire locale.
VIII. Notice historique et généalogique des comtes
de La Petite-Pierre, d'après des documents inédits, par
Ernest Lbhr. — Mulhouse, imprimerie de Veuve Bader & C*,
1874. — Strasbourg, chez J. Noiriel, libraire-éditeur. In-8" de
88 pages.
Cet opuscule contient l'histoire de l'origine des comtes, la
désignation des premiers comtes connus, l'histoire du comte
Volmar et de sa parenté, du comte Henri, du comte Bourcart,
un instant évêque de Strasbourg, et des derniers Lutzelstein.
Le nom de l'auteur suffit pour recommander cette excellente
notice généalogique au public alsacien.
IX. a) Notice historique sur le couvent de la congré-
gation Notre-Dame de Saveme ; b) Wangenburg,
Freudeneck, Schacheneck et Haselburg, par Dagobert
Fischer. — Strasbourg, imprimerie de Schultz & G% 1875.
Brochure de 11 et 82 pages.
Ces deux opuscules continuent la série des études que
M. Fischer consacre avec une louable persévérance à l'histoire
des institutions et des monuments de la circonscription reli-
gieuse et politique de l'ancienne cité épiscopale. Les deux
notices que nous signalons sont, comme tout ce qui sort de
la plume de l'auteur, marquées au coin de l'amour le plus
pur du sol natal, de l'exactitude et de la conscience apportées
dans les recherches.
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570 REVUE D' ALSACE
X. Au moment de clore ce bulletin, nous recevons un
volume consacré à un des événements les plus tragiques de
notre histoire de la Haute- Alsace, faisant autrefois partie de
révêché de Bâle. Cet ouvrage a pour titre :
Histoire des troubles dans révêché de Bâle en 1740.
— Pierre Péquignot, par Acg. Quiquerez, ingénieur des mines
du Jura bernois. — Delémont, imprimerie de J. Boéchat, 1878.
1 vol. in-8'' de 268 pages.
On a demandé à M. Quiquerez, de « consacrer une page,
une larme à un martyr de son amour des libertés publiques,
à Pierre Péquignot dont la mémoire n'est pas à réhabiliter
parce qu'un prince-évêque, Jean-Conrad de Reinach, a cru la
ternir en le traînant sur l'échafaud. »
C'est pour répondre à cette demande que le moderne et
intrépide représen'.ant du libéralisme et des libertés publiques
au pays d'Ajoie a entrepris le travail que nous annonçons.
Avant d'aborder l'examen et l'analyse des pièces du procès
intenté à Pierre Péquignot et consorts, M. Quiquerez esquisse
d'une main sûre et vigoureuse la situation politique des villes
et des campagnes sous l'autorité despotique des princes de
l'église de Bâle. Cette esquisse, qui embrasse les premiers
temps de la constitution féodale, s'arrête naturellement à la
grande Révolution française qui mit fin aux abus de l'arbitraire
et de la force. A l'époque où Pierre Péquignot, animé déjà
du soufCie nouveau, devait payer de sa vie l'honnêteté de sa
résistance, les divers Etats de l'évêché étaient convoqués par
le prince, mais ils ne formaient < qu'une assemblée consulta-
tive en matière d'impôts, dont le souverain dirigeait les débats
et les conclusions, sans se croire tenu d'une manière absolue
de s'y conformer. » Une ordonnance du prince sur la tenue des
Etats dit « que les délégués ne prendront aucune résolution
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BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 571
et n*auront d'autre pouvoir que d'assister aux comptes et
d'exprimer un avis sur les impôts. » C'est cette prétention
qui blessa les Etats et qui suscita la résistance dont Pierre
Péquignot et d'autres devaient être les victimes.
M. Quiquerez passe ensuite aux documents du procès, et nous
en retrace, pièces en main, les diverses phases tragiques
dont on ne saurait lire, sans une vive émotion, le^s dévelop-
pements.
Nous recommandons cette biographie historique aux lecteurs
de la Revue, et nous remercions M. Quiquerez d'avoir élevé à
Pierre Péquignot un monument digne de sa mémoire et qui
est la consécration solennelle de celui que la légende populaire
lui avait déjà consacré.
Noble victime d'un tyran,
Péqnignot, brave paysan,
Ici, nous te rendons bommage.
Que ton nom passe d'âge en âge !
Frédéric Kurtz.
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TABLE DES MATIERES
CONTENUES DANS LE TOME IV DE LA NOXIVELLE SÉRIE — 1875
JANVIER - FÉVRIER - MARS
Pages
Rodolphe Reuss. — Lettres inédites de Louis XIII, Louis XIV,
du prince de Gondé, du duc d'Ënghien, etc., au Magistrat de
Strasbourg, relatives aux affaires de cette ville — 1642-1647
— Seize pièces inédites et déchiffrées par M. Reuss sur un
dossier pourri, tombant en poussière et vraisemblablement
anéanti aujourd'hui 5-22
P.-E. TuEFFERD. — Curiosités de l'histoire de Montbéliard —
Mœurs gastronomiques et bachiques — Banquets de Thôtel-
de-ville — du château — Vins d'honneur et cadeaux offerts
aux personnages arrivant à Montbéliard — Festins du Conseil
de régence — Banquets de théologiens — Largesses munici-
pales — Repas bourgeois au XVIII* siècle — Redevances en
victuailles — Repas de baptême — de fiançailles — de noces
— d'enterrements — Régime d'un comte de Montbéliard -—
Fêtes de villages — Parties de vignes — Heures des repas —
Vaisselle — Habitudes bachiques — Ivrognerie — Ordonnances
contre les cabarets et l'ivrognerie — Droits sur les vins —
Nature des vins du pays 23-^
Akthur Benoit. — Collections et collectionneurs alsaciens —
1600-1820 — Antiquités — Monnaies — Médailles — Tableaux
— Manuscrits — Gravures — Curiosités — Le cabinet Schafe-
litzky — Sébastien Schag — Jacques Mertel — Louis-Balthazar
Kûnast — Daniel Reichshoffer — Rathsamhausen — Charles
Patin — Elias Brackenhoffer — Camilly — De Rohan —
Corberon — Eisenschmidt — Walther père et fils — Krieger
et Herr — Jean-Philippe Bœckler — Bartenstein — Pierre
Tschemein, Delfils, etc., etc 54-79
Charles Grad. — Le Foyer alsacien — Légendes et traditions
populaires — Les Nains du Hohneck — Le Wormspel, la
Wolmsa, les trois jeunes filles, Lina, Marthe et Anna — Le
pâtre Tony et son chien Moperlé — Le maître de la ferme,
Mathiss Ertlé — Les nains, et ce qu'en disent les flieuses de
Metzeral, les bûcherons du Herrenberg et les marquaires des
Hautes-Charmes — Orage — Accident — Désolation — Tony
se console en méditant le feuillet d'un vieux livre trouvé sur
le rocher où Lina s'était souvent assise 80-103
F.-J. Triponé. — Faits mémorables du blocus et du siège de
Belfort, du 24 décembre 1813 au 16 avril 1814; journal tenu
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574 REVXTE d'alsage
Pages
par M. F.nJ. Triponé, décédé notaire à Belfort et membre du
Conseil général du Haut-Rhin — MM. Legrand, commandant
de la ville et du château — Kail, colonel du ^^ de ligne —
Delorme, major du li« régiment de chasseurs à cheval —
Labombardière, commandant d^artillerie — Evénements jour-
naliers notés par Fauteur du ^ décembre 1813 au 16 avril
18U — Texte de la capitulation lOi-141
X. MossMANN. — I. Eme luzernUche Gesandtschafl am Hof Lud-
wig XI., par Th. de Liebenau. — II. Complaincte de 1 Eglise
fidèle sur la persécution faicte à ses enfans dans le royavlme
de France, Tan 1551 UWU
AVRIL - MAI - JUIN
X. MossMANN. — Matériaux pour servir à l'histoire de l'invasion
des Armagnacs, tirés des archives de Colmar — Désignation
des sources — 1435-1445 — Mesures diverses prises par le
Magistrat pour défendre la ville de Colmar — Dépenses que
ces mesures ont occasionnées 145-192
Arth. Benoit. — Collections et collectionneurs alsaciens, 1600-
1820 — Le cabinet de M. Hermann, docteur en médecine et
en histoire naturelle — Ce cabinet devient la propriété de la
ville de Strasbourg — Collections du musée d'Unterlinden à
Colmar — Le groupe allégorique attribué à Lemire, à Toccasion
du mariage du Dauphin avec Marie-Antoinette — Le docteur
Morel — M. Marquaire — J. Billing — Galerie de tableaux
de Mayno — Le cabinet du professeur Oberlin — Le manus-
crit de Herrade de Landsperg et Tabbé Rumpler — Engelhard,
Dibdin et Violet-le-Duc — Collections de Bogner. Petersen,
Rœderer, Daniel Lobstein, Thomas Lauth, Bartholdi, Sébastien
de Schauenbourg, Nestler, Cadet, Pasquay, Brunck, Schœn-
laub, Bouvet, Laforgue, Benjamin Zix, Ohmacht, F. Winckler,
Ramond du Pouget, Berstett, Renouard de Bussière, Schnoe-
ringer, etc., etc 193-219
Ed Casser. — Les archives de Belfort en 1731 — Inventaire — •
Titres de Belfort — Comptes — Justice — Titres concernant
le Salbert, le droit de chasse — Acquisitions, accensement,
obligations — Pièces diverses — Débit du sel — Titres origi-
naux — État-major, garnison — Procédures 220-231
P.-E. TuEFFERD. — Curiosités de Thistoire de Montbéliard —
Tribunaux — Législations — Epreuves judiciaires — Enfants
difformes — Juifs et usure -- Droits seigneuriaux curieux —
Divertissements — Messe de minuit — Noël — Nouvelle année
— Fête de mai — Visites nocturnes — Mont-Bart, Campe-
nottes— Ajoulotte — Représentations dramatiques — Bouffons
Tournois — Pas d'armes — Tir — Milice 232-262
Dagobert Fischer. — Recherches sur les revenus de Tévêché
de Strasbourg et état de ses recettes et dépenses — Désignation
du domaine, ses produits, ses dépenses 26^278
Fréd. Kurtz. — Bulletin bibliographique : L Projet de couron-
nement de la coupole du chœur de la cathédrale de Strasbourg
— II. Notes du stettmestre Jean Joner de Colmar — III. Mé-
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TABLE DES MATIÈRES 575
Pages
morial d'Ambroise Muller — IV. Germania nova de Thomas
Murner — V. Nouvelle édition du Lundi de Pentecôte — VI.
Recensement de la population d'Alsace-Lorraine et hydrogra-
phie du Rhin et de la Moselle. — VII. Les Ecorcheurs —
VIIL Bulletin de la S^iciété d'histoire naturelle de Colmar —
IX. Actes de la Société d'émulation de Porrentruy — X. Curio-
sités de voyages en Alsace — XI. Bibliographie alsacienne —
XII. Histoire de la ville de Saverne, etc., etc 27^288
JUILLET - AOUT - SEPTEMBRE
Dagobkrt Fischer. — La dissolution de Tordre des Jésuites en
Alsace — 1762-i7G4 — Résistance du Conseil souverain —
Sa soumission à Fédit — Ecrit clandestin attribué à tort à M.
de Boug — Son véritable auteur — Exécution des mesures
prescrites — Historique de la maison de Strasbourg — du
eollége de Molsheim — du collège de Hagenau — du collège
de Schlestadt 289-322
P.-E. TuEFFERD. — Curiosités de Thistoire de Montbéliard —
Suite et fin — IV . Poids et mesure — V. Le luxe à Montbéliard
et à la campagne — Carrosses — Intérieur et ameublement
d'une maison bourgeoise — Intérieur d'une habitation de
paysan — Vêtement et mobilier d'un serf — Intérieur du châ-
teau de Montbéliard à la fin du XIH« siècle — VI. Traditions
et légendes — L'esprit du château de Maiche — Les Dames
vertes du château de Clémont et de la combe d'Hyan — La
Dame blanche du château de Montbéliard — La tante Arie et
les fées — LVsprit de Vau près de Clay — Superstitions de
Longres — Légende du Pont Sarrazin — Légende de Sainl-
Maimbœuf — Légende de Saint-Dizier — Pierre-qui-tourne
deChampey 323-346
A. DuvERNOY. — Les Montbéliards en Palestine — Faits et
gestes de divers membres de la maison de Montbéliard dans
l'histoire des croisades 347-379
Arth. Benoit. — Collections et collectionneurs alsaciens, 4600-
1820 — Deuxième suite et fin — Les professeurs Schurer,
Oberlin — Le docteur Grimm, sa description du palais épis-
copal — Une maison de la rue de la Nuée-Bleue — Portraits
de l'astronome Keppler, de Louis XIV, de l'électeur palatin —
Les tableaux de l'abbé Rumpler — Le trésor d'un citoyen de
Strasbourg — Galeries de familles dans quelques châteaux —
M«»« de Lutzelbourg et Voltaire — La galerie Saint-James à
Londres et ses portraits alsaciens — Les portraits du musée
de Strasbourg — Galeries du comte Fries, de G'sell à Vienne
— La collection d'armes à Loutherbourg — Les ornithologistes
Walther et Baldner — Le catalogue Grauel — Le théâtre ana-
tomique — Le cabinet d'histoire naturelle du docteur Corvinus,
de MM. Fee, Eckel, etc. — Le Gimpelmarck — Emove B, Zix
— Notes 380-403
Ch. Grad. — Le foyer alsacien — Légendes et traditions popu-
laires — XI. Chasse maudite 404-415
X. MossHANN. — Matériaux pour servir à l'histoire de l'invasion
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576 REVUE d'âlsacb
Pages
des Armagnacs, tirés des archives de la ville de Ck>lmar —
Première 9uUe 41^432
OCTOBRE - NOVEMBRE - DÉCEMBRE
Dàgobert Fischer. — La dissolution de Tordre des Jésuites en
Alsace — Suite et fin — Le collège d'Ensisheim — Le collège
de Golmar — Le collège de Rouffach — Le couvent de Saintr
Ulrich — Le prieuré de Saint-Morand — Etat des Jésuites
résidant en Alsace et recevant une pension en 1765 — Le
collège de Bouquenom — Histoire de cet établissement 433462
Adg. Quiquerez. — Franquemont — Le seigneur et le curé —
Histoire de la seigneurie et des seigneurs — Franquemont est
pris par Tèvéque de Bâle -— Franquemont est vendu par
1 èvêque et érigé ensuite en baronie — Privilèges et immunités
du curé — Condition des sujets — Les impôts qu'ils payaient
— Mœurs, croyances, superstitions, etc., etc 463-474
Cl. Dcvernoy. — Les Montbéliards en Palestine — SiUte et fin
— Mariage de Frédéric II avec Jolande, tille de Jean de Brienne^
roi de Jérusalem — Frédéric dépossède le roi Jean, le défait
avec le concours des croisés allemands et le force à rentrer en
France — Le roi Jean défait les ennemis de Tempire latin avec
le concours des croisés allemands — La Palestine sous Tadmi-
nistration de ceux-ci — Eudes de Montbéliard — Il se fait resti-
tuer Jérusalem, Bethléem et Nazareth — Son histoire comme
guerrier — Evénements de Chypre — La part des Monibéliards
— Les Ibelins et les impériaux — Eschive de Montbéliard —
Les hospitaliers de Saint^ean de Jérusalem — L'art en Pales-
tine — Les monuments élevés par les Lusignans — Départ
pour la Palestine de Thiébaut de Navarre, des ducs de Bour-
gogne et de Bretagne, etc., etc 47&-519
Ch. Grad. — Le mouvement scientifique en Alsace — M. G.-A.
Hirn et ses travaux de physique 520-540
X. MossMANN. — Matériaux pour servir à Thlstoire de l'invasion
des Armagnacs en Alsace, tirés des archives de la ville de
Colmar ~ Suite et fin 541-548
Etienne Barth. — Deux complaintes sur la chute du préteur-roy
F.-J. de Klinglin — Historique des causes du procès intenté
au préteur à Strasbourg — Sa mort dans la prison de Grenoble
— Texte des deux complaintes 540-502
Fréd. Kurtz. — Bulletin bibliographique — I. Alsatia pour
1873-1874, A. Stœber — U. Le vieux Mulhouse à Ublc,
A, Klenck — lU. La première pierre de Tancienne église des
Dominicains ou le Temple-Neur de Strasbourg, A. Straub —
IV. Développement statistique de la population d'Alsace-Lor-
raine — V. Bulletin de la Société belfortaine d'émulation —
VI. Alsace-Lorraine, Ch, Bouchet — VU. Scènes de mœurs
colmariennes, X Mossmann — VIU. Généalogie des comtes de
la Petite-Pierre, E. Lehr — IX. Congrégation de Notre-Dame
de Saveme, Wangenburg, Freudeneck, etc., D, Fischer —
X. Troubles dans l'èvèché de Bâle, Aug. Quiquerez 563-571
Table des matières de l'année 1875 572-576
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